LA CELLULE DE FRA LEONARDO
Le couvent de Saint-Marc, où Philippe Strozzi avait trouvé un abri, est situé entre la via Larga et la via del Cocomero, les deux plus belles rues de Florence. C*est encore aujourd'hui un lieu de pèlerinage pour les voyageurs attirés par un souvenir d'art et par un souvenir religieux : par les tableaux ou plutôt par les fresques de Beato-Angelico, et par le martyre de Savonarole.
C'est dans la cellule d'un des disciples de cet homme, dont la mémoire est en si grande vénération à Florence, que l'on raconte ses derniers moments, que l'on cite ses dernières paroles, comme s'ils étaient d'hier; que tous les ans, enfin, on trouve le lieu de son sup-
plice jonche de fleurs, — c'est dans cette cellule, disons-nous, que Philippe Slrozzi était enfermé.
Le proscrit était plus calme. Le matin , il avait envoyé son hôte chez Luiza. Fra Leonardo, porteur des reproches paternels, avait reçu la confession de la jeune fille, et il était revenu tendant les bras à Philippe Strozzi, en lui disant :
— Vous pouvez toujours bénir, aimer, embrasser votre enfant, et pardonner à Lorenzino.
— Mais je vous dis qu'elle l'aime ! s'écria le vieillard; je vous dis que je l'ai vu sortir à une heure du matin de chez elle! je vous dis que c'est un misérable !
— Oui, insista le moine, oui, elle l'aime, et d'un amour pur et fraternel.
— L'amour d'un Lorenzino, un amour pur et fraternel! Et c'est vous qui me dites cela, mon père, vous habitué à lire au fond du cœur des hommes! c'est vous qui venez prendre la défense de cet infâme 1
Le moine resta rêveur; et, posant la main sur l'épaule de Philippe Strozzi :
— Oui, mon fils, reprit-il, oui, tu l'as dit ; oui, il y a peu d'âmes que je n'aie sondées, peu de ces gouffres sombres où s'agitent les passions humaines dont je n'aie mesuré la profondeur. Eh bien, te le dirai-je, Strozzi, Lorenzino est un de ceux-là dont la pensée me soit toujours restée inconnue. Cependant, plus que tous les autres, je l'ai suivi des yeux, car tu le sais bien, longtemps l'espoir des républicains a reposé sur lui. Eh bien, plus je me suis penché sur les hommes, moins j'ai vu clair dans l'abîme de son cœur. Depuis son retour de Rome, il y a de cela un an, il est devenu impénétrable à tous les yeux, même aux nôtres ; car, depuis son retour, pas une seule fois il ne s'est approché du tribunal de la pénitence. Ohl s'écria le moine avec terreur, oh! celui qui pour la première fois entendra la confession de cet homme 1..,
— Oui, dit Philippe Slrozzi d'une voix sombre, ^ toutefois il ne meurt pas sans confession !
Fra Leonardo secoua la tête.
— N'importe, n'importe, dit-il, tout n'est pas perdu pour cet homme, puisqu'il aime. L'amour est une croyance, et le cœur où il reste un rayon d'amour n'est jamais entièrement renié de Dieu.
— Suis-je assez malheureux ! s'écria Strozzi, et fallait-il, pour achever de briser mon cœur déjà si plein de doute, que l'amour de cet homme s'arrêtât sur Luiza, et que Luiza le lui rendît !
— Strozzi, Strozzi, dit le moine, au lieu d'accuser le ciel, remerciez-le donc, au contraire, de ce que la pauvre enfant, abandonnée comme elle l'était et croyant obéir à l'amour paternel, tout en aimant comme une femme, est restée pure comme un ange.
— Oh! si je le croyais !... murmura Strozzi.
— Crois, puisque je te l'affirme, dit fra Leonarao en étendant la main.
— Mais alors, s'écria le pauvre père, dont le cœur débordait, pourquoi ne vient-elle pas me dire cela elle-même? Il me semble que, si c'était elle qui me le dîl, je ne douterais plus.
— Ne doute plus, car me voilà, s'écria Luiza, qui, amenée par le moine dans la cellule voisine, avait tout entendu et n'attendait qu'un mot de tendresse de son père pour se jeter dans ses bras.
En même temps que la jeune fille entrait par uDO porte, le moine, qui ne voulait pas être un obstacle aux épanchements du père et de la fille, sortait par l'autre.
Il y eut un instant où les paroles et les baisers se confondirent, et où Dieu seul put entendre les remercîments que le père et la fille lui adressaient en balbutiant.
Alors, Strozzi chercha des yeux fra Leonardo, et le vil refermant la porte.
— Vous nous quittez, mon père ? lui demanda-t-il.
180 UNE NUIT A FLOREVCE
— Le bonheur passe si vite, répondit le moine, que, lorsqu'un homme est heureux, il est bon qu'il y ail près de lui un homme qui prie. "
Et la porte se referma sur fra Leonardo.
Strozzi, plus faible contre la joie qu'il ne l'avait été contre la douleur, tomba sur un des escabeaux de bois qui servaient de sièges à l'austère dominicain.
Luiza s'assit à ses pieds.
—Mon Dieu, mon pére,dit lajeunefille, comme vous avezdû souffrir, s'ilest vrai quevous ayez doutéde moil
— Oh ! oui, s'écria Strozzi, oh! oui, j'ai bien souffert, car tu ne sauras jamais combien je t'aime, Luiza. L'amour des parents est un mystère entre eux et le Seigneur. Depuis trois ans que j'ai quitté Florence, je n'ai pu avoir de tes nouvelles qu'à de ^ongs intervalles. Toi et Florence, vous êtes mes deux seules amours, et, Dieu me pardonne, je crois que, de vous deux pauvres opprimées, elle ma mère, toi ma fille, c'est encore toi que j'aime le mieux.
— Mes frères étaient avec vous, mon père, et j'étais
heureuse de l'idée qu'ils vous consolaient.
— Tes frères sont des hommes forts, faits pour lutter, faits pour souffrir. Quand un père engendre un fils, il sait qu'il doit ce fils à la patrie ; mais une tille appartient plus étroitement à son père. Une fille, c'est l'ange du foyer chrétien, c'est la statue de l'amour virginal qui a remplacé les pénates antiques. Juge donc de tout ce que j'ai souffert, mon enfant, lorsque je songeais aux dangers qui te menaçaient dans cette malheureuse ville et que je comprenais mon insuffisance à te protéger; mais toi, toi, ma fille qu'as-tu fait pendant tout ce temps?
— Tout ce temps, mon père, répondit Luiza, je l'ai passé entre la prière et l'amour. — J'ai prié pour vous, mon père; j'ai aimé Lorenzo.
— Donc, tu l'aimes? demanda Strozzi avec un profond soupir.
— A ne pas comprendre, si je le perdais, répondit
Luiza, comment Dieu lui-même pourrait le remplacer dans mon cœur.
— Mais, demanda en hésitant le vieillard, personne ne sait votre amour, n'est-ce pas?
— Personne, mon père.
— Où le vois-tu? comment le vois-tu?
— Jusqu'au moment où il m'a dit de quitter ma fi tante, je l'ai vu chez ma tante, et, depuis ce temps, je
le vois dans la petite maison de la place Santa-Croce ; là, il vient tantôt sous un déguisement, tantôt sous un autre, mais toujours masqué. Chaque fois, nous convenons d'un nouveau signal pour la prochaine fois. Il faut qu'il y ait dans sa vie un grand secret que j'ignore. Tantôt il est triomphant et joyeux, tantôt il est sombre et abattu; parfois il est gai comme un enfant, parfois il pleure comme une femme.
— Et toi?
— Moi, je SUIS gaie ou triste selon qu'il est triste ou gai.
— Et du mariage arrêté autrefois entre vous, t'en parle-t-il encore?
— Oh! oui. bien souvent, mon père; et alors il E^exalle, alors il parle d'avenir, de puissance, de couronne et je ne le comprends pas plus que lorsqu'il se lait, car tout est mystérieux en lui, mon père.
— Mon enfant... mon enfant!
— Rassurez-vous, mon père, ce n'est pas Lorenzo que vous avez à craindre.
— Oui, c'est vrai; tu me rappelles qu'un autre danger te menace encore... Il t'aime donc, ce misérable duc?
— Personne ne me l'a dit encore; mais plusieurs fois, et ce matin encore, j'ai été suivie par des hommes masqués et j'ai senti, au frémissement de mon cœur, que j'étais en péril.
— Il ignore où tu habites?
— Depuis quelques heures, il le sait.
— 0 mon Dieu !
— J'ai été bien effrayée d'abord, mais ensuite Lorenzo m'a dit que je n'avais rien à craindre, et j'ai été rassurée.
— Lorenzo ! tu l'as donc vu ?
— Ce matin, oui, mon père.
— Et t'a-t-il dit qu'hier au soir nous nous étions vus, nous ?
— Il me l'a dit.
— T'a-t-il dit que je lui avais offert de te donner à lui pour femme?
— Oui, mon père.
— Et t'a-t-il dit qu'il avait refusé
— Il m'a dit tout cela.
~ Qu'as-tu pensé, alors?
— Je l'ai plaint, mon père.
— Tu l'as plaint?
— Oui , parce que je sais qu'il a dû souffrir.
— Mais où l'as- tu vu?
— Chez lui.
— Ta as été chez lui, via Larga, dans sa maison infâme?
— Je croyais le danger pressant.
— Et c'est toi la première qui lui as parlé de moi?
— Non, c'est lui le premier qui m'a parlé de vous.
— Tl ignore où je suis, n'est-ce pas ?
— Excusez-moi, mon père, il le sait.
— Qui le lui a dit?
— Moi.
— Malheureuse, tu me perds, tu te perds avec moi! s'écria Strozzi.
— 0 mon père, comment pouvez-vous supposer...?
— Et loi, comment peux-tu être à ce point aveugle et crédule? A cette heure, Luiza, le duc Alexandre sait tout. A cette heure, moi, toi, mes amis, sommes en son pouvoir; et c'est ton fol amour, c'est ta confiance insensée qui nous a perdus! 0 malheureuse! que Dieu te pardonne, comme je te pardonne ! mais qu'as-tu fait!...
i86 UNE NUIT A FLORENCE
Et Strozzi, qui s'était levé, se laissa retomber sur son siège en se tordant les bras.
En ce moment, des coups retentirent violemment frappés à la porte du couvent.
— Écoute! dit Strozzi en étendant la main du côté d'où venait le bruit.
— Eh bien? demanda Luiza haletante.
— Entends-tu? Tiens, regarde, et doute encore l Et, prenant sa fille par le bras, Strozzi la traîna
jusqu'à la fenêtre de la cellule, d'où elle put voir étinceler des armes à travers la porte enir'ouverte.
— Des sbires!... des soldats!... le duc! s'écria Luiza. Mon père, mon père, tuez-moi! Mais, non, c'est impossible! Oh ! vous aurez été trahi !
— Oui, j'ai été trahi ; et ce qu'il y a de plus affreux, c'est que je l'ai été par ma fille !
— Oh! attendez, attendez, mon père, avant de nous coûdaiîiner ainsi.
L'ailente ne fut pas longue. Fpa Leonardo parut sur la porte de la cellule.
—MoD frère, dit-il en s'adressaut à Philippe Strozzi, ^ êtes- vous prêt pour le martyre?
— Oui, répondit froidement le vieillard.
1^ — C'est bien, continua le moine, car voici les bourreaux.
En ce moment, on entendit la voix du duc Alexandre qui disait :
— Restez à cette porte et ne laissez passer personne. Vous autres, suivez-moi.
Et il parut suivi, en effet, de Jacoppo et du Hongrois, les deux sbires habituels de ses expéditions secrètes.
— Ah ! ah ! dit-il en riant, on m'avait donc dit vrai, et le loup est pris au piège.
-- Qui es-tu, et que veux-tu? s'écria frère Leonardo en s'élançant entre le duc et Strozzi.
— Qui je suis ? dit le duc raillant. Je suis, comme
tu le vois, mon digne père, un pieux pèlerin qui nsite les maisons du Seigneur, pour récompenser ou punir "îeux qui, dans leur orgueil, se croient au-dessus des récompenses et des punitions. Ce queje veux !...
El il écarta violemment le moine.
-^ Je veux que tu me fasses place, car j'ai à parler à cet homme.
Mais fra Leonardo se rejeta au-devant de Strozzi, s'exposant le premier à la colère du duc.
- Cet homme est l'hôte du Seigneur, dit-il; cet homme est sacré, et l'on n'arrivera à lui qu'en passant sur mon corps.
— C'est bien, dit le duc, dont l'œil lança un double éclair; on y passera. Crois-tu que celui qui pour monter au trône a foulé le cadavre d'une ville s'arrêtera de peur de fouler aux pieds celui d'un misérable moine?
— Allons, dit le Hongrois s'approchant et portant la main à son poignard, faut-il... ?
— Non. il ne faut pas, ou du moins pas encore; lu
es toujours pressé, toi?... Allons, répéta Alexandre ^'adressant de nouveau à fra Leonardo, place à ton duc!
— Mon duc? répondit le dominicain; je ne connais pas ce nom. Je sais ce que c'est qu'un gonfalonier, je sais ce que c'est qu'un prieur; je suis prêt à obéir à une balie ; mais je ne sais pas ce que c'est qu'un duc, je ne sais pas ce que c'est qu'un duché.
— Alors, dit le duc Alexandre, les dents serrées par la rage, place à ton maître !
— Mon maître ! répondit fra Leonardo avec la même résolution, c'est Dieu ! Je n'ai pas d'autre seigneur que celui qui est au ciel, et, tandis que la voix d'en bas me dit : « Va-t'en! » j'entends celle d'en haut qui médit: € Demeure. »
— Eh bien, attends ! répéta le Hongrois.
Mais le duc frappa du pied avec violence et jeta sur !e sbire un regard qui le fit reculer.
— Attends donc! dit-il; et quand par hasard je
suis patient, sois-le donc aussi. Tu vois bien que je ne veux pas effrayer cette jeune fille. Eh bien, moine, continua-t-il, puisque tu ne connais ni duc ni maître, place au plus fort!
Et, à un signe du duc, le Hongrois et Jacoppo écartèrent le moine, qui, en démasquant Strozzi, le laissa face à face avec le duc.
— Duc Alexandre, dit le vieillard en protégeant encore instinctivement sa fille du bras, tandis qu'il insultait le duc, je croyais que tu avais assez de ton chancelier, de ton bargello, de tes gardes, pour ne pas jouer toi-même le rôle de sbire. Je me trompais.
Le duc éclata de rire.
— Et comptes-tu pour rien, dit-il, le plaisir de rencontrer son ennemi face à face? Me prends-tu pour un de ceux qui se glissent la nuit dans une ville, qui se cachent le jour dans une tanière, qui attendent patiemment et traîtreusement l'heure d'allonger le bras dans l'ombre, et de frapper par derrière? Non ; je marche à
la clarté du soleil, et je viens te dire en plein midi, moi : Strozzi, nous avons joué l'un contre l'autre une partie terrible dont la vie était l'enjeu; lu as perdu, Strozzi, paye!
— Oui, répondit Strozzi, et j'admire en même temps la prudence du joueur qui vient réclamer sa dette si bien accompagné !
— Crois-tu que j'eusse peur, par hasard ? crois-tu que je n'aurais pas été te trouver seul partout où j'aurais espéré te rencontrer ? Oh ! lu fais là une étrange erreur, et tu me prends pour quelque autre.
Alors, se retournant vers ses deux sbires :
— Jacoppo et le Hongrois, sortez, dit-il ; refermez la porte sur nous, et, quelque chose que vous entendiez, ne venez point que je ne vous appelle.
Les deux sbires voulurent résister ; mais Alexandre frappa du pied en se tournant vers eux, et tous deux, laissant fra Leonardo, qui alla s'agenouiller devant un prie-Dieu, sortirent en refermant la porte derrière eux.
— Eh bien, dit le duc avec une suprême hauteur, me voilà seul, Strozzi, seul contre vous deux. Ah ! oui, je comprends; je suis armé, "et vous êtes sans armes. Attendez. Tiens, Strozzi, je jette cette épée.
Et le duc, en effet, tira son épée et la jeta derrière lui.
— Tiens, Strozzi, je t'offre ce poignard. Et il tendit son poignard à Strozzi.
— Accours, vieux Romain... N'y a-t-il pas dans l'antiquité un Yirginius qui tue sa fille, et un Brutus qui tue son roi? Choisis entre les deux. Frappe, faistoi immortel comme eux!... Allons, frappe! mais frappe donc ! Que risques-tu ? Pas même ta tête : tu sais bien qu*elle est au bourreau. Et toi, moine, qui t'arrête? Ramasse cette épée et viens me frapper par derrière, si ta main tremble à me regarder en face.
— Mon Dieu défend à ses ministres de répandre le sang, répondit fra Leonardo d'une voix calme, mais ferme; sans quoi, duc Alexandre, je n'eusse pas remis
la cause de la patrie à un autre bras, et il y a longtemps que tu serais mort et que Florence serait libre.
— Eh bien, Strozzi, demanda le duc Alexandre, frois-tu que j'aie peur?
Il se fit un instant de silence, Luiza en profita.
— Non, monseigneur, non, dit-elle d'une voix tremblante, on sait que vous êtes brave. Eh bien, soyez aussi bon que vous êtes courageux.
— Silence, enfant! s'écria Strozzi, je crois que tu le pries !
— Mon père, insista Luiza, tandis qu'Alexandre remettait son épée au fourreau et son poignard à la gaîne, mon père, laissez-moi. Dieu donnera la force à mes paroles. Monseigneur!... continua-t-elle ens'inclinant.
Mais fra Leonardo, s' élançant de son prie-Dieu : --Relève-toi, enfant! s'écria-t-il. Point de traité
entre l'innocence et le crime; point de pacte entre
l'ange et le démon ! Relève-toi l
— Tu as tort, moine, dit le duc avec son rire plus terrible encore que sa colère ; elle était si belle ainsi, que j'allais oublier mon offense pour ne me souvenir que de mon amour.
— Mon enfant ! mon enfant! s'écria Strozzi en saisissant sa fille et en l'enveloppant de ses bras.
— 0 mon Dieu ! mon Dieu ! s'écria fra Leonardo en adjurant le ciel de ses deux bras étendus, si tu vois de pareilles choses sans tonner, je dirai que ta miséricorde est encore plus grande que ta justice
— Jacoppo ! le Hongrois 1 cria le duc après avoir attendu un instant, comme pour laisser à Dieu le temps de frapper.
Les deux sbires entrèrent.
— A vos ordres. Altesse, dit le Hongrois.
— Remettez ces deux hommes aux mains des gardes, dit le duc en montrant fra Leonardo et Philippe Strozzi, et qu'ils soient conduits au bargello.
— Monseigneur! monseigneur! s'écria Luiza, au
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ûom du ciel, ne séparez pas le père de la fille; n'arrachez pas le prêtre à son Dieu.
— Tais-toi, et demeure, s'écria Strozzi. Pas un mot de plus, pas un pas en avant, ou je te maudis!
— Oh ! murmura Luiza en tombant brisée sur ses genoux.
— Adieu, mon enfant, lui dit Strozzi ; le Seigneur seul maintenant veillera sur toi; mais n'oublie jamais que c'est Lorenzino qui me tue.
— Mon père! mon père! s'écria la jeune fille en étendant ses deux mains vers le vieillard.
Mais lui, sans pitié pour ses supplications, lui jeta un dernier adieu plus rempli peut-être de colère que de tendresse, et sortit.
— 0 monseigneur! monseigneur!... dit Luiza toujours à genoux et s'adressant au duc, ne puis-je donc rien pour sauver mon père?
Le duc, qui était déjà près de la porte, revint à elle.
— Si fait, enfant, dit-il, car toi seule, au contraire, peux quelque chose pour le sauver.
-- Et que faut-il que je fasse, monseigneur? demanda-t-elle.
— Lorenzo te le dira, répondit le duc. Et il sortit.