‹ Une nuit à Florence sous Alexandre de MédicisChapitre 8 sur 10 · LE BARGELLO · texte numérisé non relu

LE BARGELLO

Le Bargello, vaste édifice construit par Arnolfo di Lupo pour servir à la fois de cour criminelle et de prison, et sur les murailles duquel on a dernièrement découvert un portrait de Dante par Giotto, est encore aujourd'hui, avec son gigantesque escalier gardé par un lion, un des monuments de Florence qui rappel-

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lent avec le plus de grandeur et d'originalité les époques terribles dont il vit s'accomplir les événements.

C'est au Bargello qu'avaient été conduits non-seulement Philippe Strozzi et fraLeonordo, mais encore Selvaggio Aldobrandini, tout blessé qu'il était, Bernardo Corsini, qui lui avait donné asile, et les autres patriotes que le duc avait cru devoir leur adjoindre, comme faisant partie de la conspiration tramée contre lui, et à laquelle il avait participé, disait-il, sinon de fait, au moins de cœur.

Tous avaient été enfermés dans la même chambre, vaste pièce aux fenêtres grillées et aux murs chargés d'inscriptions gravées par les nombreux martyrs de la même cause qui y avaient précédé les héros de ce récit.

Au moment où nous introduisons le lecteur au milieu de ces nobles victimes de la tyrannie du grandduc, fra Leonardo est appuyé à l'une des colonnes qui soutiennent la voûte; Strozzi est assis; près de

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lui est Selvaggio Aldobrandiai, couché sur un banc, la tête appuyée sur un manteau roulé; les autres entourent Bernardo COrsini, monté sur un escabeau et occupé à écrire son nom sur la muraille avec un vieux clou.

— Que fais-tu là, Bernardo? demanda le moine. —Tu le vois, mon père, répondit Bernardo ; j'écris

mon nom indigne près de ceux des martyrs qui m'ont précédé ici-bas et qui m'attendent au ciel. Et il passa le clou à Vittorio dei Pazzi.

— A mon tour, dit Vittorio. Par le Christ, notre dernier prince élu par la nation I ces murs seront un jour le livre d'or de Florence. Tenez, voilà celui du vieux Jacob di Pazzi, mon aïeul; voilà celui de Jérôme Savonarole ; voilà celui de Nicolas Carducci, de Dante, de Castiglione... Vive Dieul la belle garde de nobles fantômes la liberté doit avoir là-haut I

— Écris le mien, Pazzi, s'écria Selvaggio, écris le mien entre le tien et celui de Strozzi. Il faut que la

postérité sache que j'en étais; et si la muraille est trop dure, viens prendre de mon sang pour l'écrire au lieu.de le graver... ma blessure est encore fraîche et ne t'en refusera pas. Écris, écris : « Selvaggio Aldo- Jbrandini, mort pour la liberté! »

— A toi, Strozzi, dit Vittorio après avoir gravé le nom de Selvaggio Aldobrandini au-dessous du sien.

Et il lui tendit cet ignoble clou, devenu entre les mains des illustres prisonniers le burin de l'histoire.

Philippe Strozzi prit le clou et, à la hauteur de sa main, écrivit une sentence italienne que nous essayons de traduu'e dans ces deux vers :

Garde-moi de qui je me fie, Et je me garderai de qui je me défie.

Vittorio se mit à rire.

— Le conseil est bon, dit-il; mais, donné par les murs d'une prison, il a le défaut d'arriver un peu lard.

Les autres continuèrent à inscrire leurs noms. En ce moment, un familier de l'inquisition d'Étal parut. ^

— Philippe Strozzi est-il revenu de l'interrogatoire? demanda-t-il.

— Oui ; qui le demande? fit Strozzi.

— Une jeune fille qui a l'autorisation de passer une demi-heure avec lui, répondit le familier.

— Une jeune fille ! dit Strozzi avec étonnement. A moins que ce ne soit Luiza...

— C'est elle, mon père ! cria de la porte la fille de Strozzi.

— Alors, viens, mon enfant, viens ! dit Philippe en ouvrant ses bras. Je t'ai pardonné; les autres te pardonneront, je l'espère.

Puis tout à coup revenant à toute sa tendresse paternelle et la serrant dans ses bras avec terreur :

— Oh ! mon enfant, s'écria-t-il, tu me fais trembler... De qui tiens-tu la permission de me voir?

— Du duc lui-même, répondit Luiza.

— Comment l'as-tu obtenue?

— J'ai été la chercher.

— Où cela?

— Au palais.

— Au palais, chez le duc?... s'écria Strozzi. Tu as été chez cet infâme?... La fille de Strozzi chez ce bâtard des Médicisl... Oh! j'aurais mieux aimé ne te revoir jamais que te revoir à cetle condition... Va-t'en, va-t'enl...

Et il repoussa sa fille.

— Strozzi, sois homme... dit fra Leonardo en recevant la jeune fille entre ses bras.

Mais le vieillard se leva, et, tandis que l'innocente enfant le regardait pleine d'étonnement et de terreur •.

— Elle a été chez lui!... dit-il en enfonçant ses mains dans ses cheveux. Elle est entrée dans cette caverne de débauche, dans cet antre de luxure !... Et de combien d'années d'innocence as-tu payé la per«

mission de me voir une demi- heure?... Réponds, Luiza, réponds!

— Mon père, répondit la jeune fille avec une humble tendresse, Dieu sait que je ne mérite pas ce que vous me dites. D'ailleurs, je n'étais pas seule; Lorenzo était près du duc, Lorenzo ne nous a pas quittés.

— Ainsi, Luiza, pas de conditions infâmes?

— Rien, mon père, rien, sur l'honneur de la famille ! Je me suis jetée à ses pieds, j'ai demandé à vous voir. Ils ont échangé quelques mots à voix basse, Lorenzo et lui ; puis le duc a signé un papier, me l'a remis, et je suis sortie sans avoir eu à rougir d'autre chose que son regard.

— N'importe, reprit Strozzi en secouant la tête, il y a sous cette clémence, Luiza, quelque mystère terrible. Mais, n'importe, puisqu'une demi-heure t'est donnée, mettons cette demi-heure à profit. Ces minutes sont probablement les dernières que nous ayons à passer ensemble.

— Mon père!... s'écria Luiza.

— Dieu t'a donné la force, ma fille, dit le vieillard, et l'on peut te parler non pas comme à une enfant^ mais comme à une femme.

— Oh ! mon Dieu I vous me faites trembler, mon père, murmura la jeune fille.

— Tu connais l'homme qui demande ma tête!... tu connais le tribunal qui me juge I...

— Seriez-vous donc condamné, mon père?...

— Non... pas encore. .. mais je puis l'être... mais je le serai certainement. Réponds-moi donc comme si je l'étais déjà. Songe que c'est la tranquillité de mes dernières heures que je vais te demander... Songe qu'il ne reste pas au condamné seulement à mourir, mais qu'il faut qu'il meure en chrétien, c'est-à-dire sans maudire et sans blasphémer...

— Merci à vous, mon Dieu ! murmura fra Leonardo, à vous qui avez amené ici cet ange pour lui rendre la foi qu'il avait presque perdue.

— Que faut-il que je fasse, mon père, pour vous rendre la tranquillité? Dites-le-moi, et à Tinstan: même je vous obéirai.

— Luiza... dit Strozzi d'une voix solennelle, lorsque tu verras dresser mon échafaud, lorsque tu sauras que je marche au supplice, jure-moi que ta ne feras pas un pas vers cet homme pour me sauver, ma vie dût-elle en être le prix!... Jure-moi qu'il n'y aura aucun pacte entre ton innocence et son infamiel... Car, par l'âme de ta mère, par mon amour infini comme s'il était divin, Luiza, je te jure que tu ne me sauverais pas... que je mourrais désespéré... et qu'après m'avoir perdu sur la terre, pauvre enfant, tu ne me retrouverais pas au ciel!...

Luiza se laissa glisser sur ses genoux afin de donner plus de solennité à sa promesse, et, les deux mains dans celles du vieillard :

— Mon père, mon père, je vous le jure! dit-elle, et Dieu me punisse si je manque à mon serment!

— Ce n'est pas tout encore, continua Slrozzi en posant ses deux mains sur la tête de sa fille et en la regardant avec une suprême tendresse, le danger qui te poursuit pendant mon agonie peut survivre à ma mort... Ce que le duc n'a pu obtenir par la terreur, il peut chercher à l'obtenir par la violence.

— Mon père !... s'écria Luiza.

— Il peut tout! il ose tout! dit vivement le vieillard. C'est un infâme 1...

— Mon Dieu ! murmura la jeune fille en cachant son front rougissant entre ses mains.

— Luiza, insista Philippe, tu aimes mieux mourir jeune et pure, n'est-ce pas, que de vivre dans la honte et le déshonneur?...

— Oui! oui!... cent fois oui!... mille fois oui!... Dieu m'en est témoin!

— Eh bien... dit Strozzi d'une voix qui commençait à trembler malgré lui, si jamais tu tombais entre les mains de cet homme... si tu ne voyais aucun

moyen de lui échapper... si la miséricorde même de Dieu ne t'offrait plus aucune chance d'espoir...

— Achevez... dites, dites, mon père...

— Eh bien, un seul trésor me restait, que j'avais soustrait aux yeux de tous : un dernier consolateur, ami suprême qui devait m'abréger la torture el ra'épargner l'échafaud... C'est ce poison...

— Donnez, mon père! s'écria Luiza comprenant l'intention du vieillard.

— Bien, bien, Luiza! dit Philippe; merci. Ce ilacon, c'est la liberté, c'est l'honneur; prends-le, Luiza, je te le donne... Souviens-toi que tu es la fille de Strozzil...

— il sera fait comme vous le désirez, mon père, je vous le jure!...

Et elle étendit le bras, faisant à la fois le serment solennel de la voix et du geste.

— Merci! dit Philippe; maintenant, je mourrai tranquille. Et toi, mon Dieu, toi qui entends ce ser-

raent, n'est-ce pas, mon Dieu, que tu ne le laisseras pas s'accomplir?

En ce moment, la porte de la prison s'ouvrit, et le familier qui avait accom,pagné Luiza reparut; seulement, cette fois, il était accompagné d'un homme masqué.

L'homme masqué entra avec lui et s'arrêta à la porte.

— - La demi-heure accordée par la permission est écoulée, dit le familier en s'adre-ssant à la jeune fille, il faut me suivre.

— Oh! déjà! déjà! s'écria l'enfant.

— Va, ma fille, et sois bénie, dit Strozzi.

— Encore un instant, encore une seconde! insista la jeune fille en joignant les mains.

— Non, va, va! Adieu, mon enfant, pas de grâce de ces hommes.

— Adieu, mon père! dit Luiza.

— Au revoir dans le ciel, dit fra Leonardo.

— Oh ! murmura Philippe Strozzi en se tordant les mains.

— Courage, courage, pauvre père! dit fra Leonardo en le serrant contre son cœur.

Pendant ce temps, Luiza, entraînée parle familier, s'éloignait.

Au moment où elle passait près de l'homme masqué :

— Luiza!... dit tout bas celui-ci.

Au son de la voix, la jeune fille tressaillit

— Lorenzino ! . . . soupira-t-elle.

— Tu as toujours foi en moi; demanda l'homme masqué.

— Plus que jamais !

— Eh bien, alors, à ce soir.

— A ce soir, répéta tout bas la jeune fille.

Et, le cœur plein d'espoir et de courage, elle sortit La porte se referma et l'homme masqué resta seul au milieu aes prisonniers, dont tous les regards se fixèrent sur lui avec un étonnement mêlé de menaces.

Seul et absorbé dans sa douleur, Philippe Strozzi, aux bras de fra Leonardo, ne s'occupait pas de lui.

Vittorio dei Pazzi, faisant un pas vers lui, fut le premier qui lui adressa la parole.

— Qui es-tu, toi qui t'introduis masqué parmi nous? lui demanda-t-il ; quelque espion deMaurizio? quelque sbire du duc?

— Es-tu le tortureur? Nous sommes prêts aux tourments, dit Bernardo Corsini.

— Es -tu le bourreau? continua Selvaggio Aldobrandini en faisant un effort pour se tenir debout. Nous sommes prêts à la mort!

— Voyons, parle, oiseau de malheur! reprit Vittorio ; quelle nouvelle apportes-tu?

— Je vous apporte la nouvelle, dit Lorenzino en se Jémasquant, que vous êtes tous condamnés à mort, et que vous serez tous exécutés demain matin au point du jour.

— Lorenzmo ! s'écrièrent tous les prisonniers.

— Lorenzino! répétèrent après les autres fra Leonardo et Strozzi.

— Que cherches-tu ? lui demanda Yitlorio dei Pazzi.

— Que demandes- tu? insista Bernardo Gorsini.

— Que vous importe, répondit Lorenzino, à vous qui n'avez plus rien à faire dans ce monde qu'à prier et à mourir ?

Alors fra Leonardo s'avança à son tour.

— Lorenzo, dit-il, descends-tu dans les Catacombes pour insulter aux martyrs? Que viens-tu faire ici?

— Tu vas le savoir, moine, car c'est toi que je cherche.

— Que me veux-tu?

— Dis à tous ces hommes de s'éloigner et de nous laisser isolés autant que possible.

— Pourquoi cela?

— Parce que j'ai un secret à te révéler, et que, comme je suis, moi aussi, en danger de mort, je veux ^ue tu entendes ma confession.

— Ta confession 1 s'écria fra Leonardo en reculant d'un pas.

— Oui.

— Moi, entendre ta confession ! dit le moine épouvanté; et pourquoi moi plutôt qu'un autre?

— Parce que ta vie est condamnée, parce que ta vi( dépend de mon secret; parce que, enfin, dans tout Florence, je ne me fie à nul autre confesseur que toi.

— Mes frères, arrière tous ! dit fra Leonardo la pâleur sur le .front; car, ainsi qu'il l'avait dit à Strozzi, il se doutait qu'il allait entendre quelque chose de terrible.

Les prisonniers obéirent. Fra Leonardo s'assit au pied de la colonne, et Lorenzino s'agenouilla devant lui.

— Mon père, dit le jeune homme, il y a un an que je suis revenu à Florence, ayant déjà dans le cœur le projet que je vais exécuter aujourd'hui. A peine de retour dans ma ville natale, comme je craignais de

prêter aux autres les sentiments que j'avais moi-même, je parcourus les différents quartiers de la ville; j'interrogeai les maisons des pauvres et les palais des riches. Je me mêlai aux humbles ouvriers et aux orgueilleux patriciens. Une seule voix, pareille à un gémissement immense, s'élevait de tous côtés, accusant le duc Alexandre. L'un lui redemandait son argent, l'autre son honneur; celui-ci un père, celui-là un fils. Tous pleuraient, tous se lamentaient, tous accusaient; et je me dis : Non, il n'est pas juste qu'un peuple entier souffre ainsi pour la tyrannie d'un seul homme.

— Ah ! fit fra Leonardo, ce que nous avions rêvé, c'était donc vrai !

— Alors, reprit Lorenzino, je jetai les yeux autour de moi. Je vis la honte sur tous les visages, la terreur dans tous les esprits, la corruption dans toutes les âmes. Je cherchai à quoi je pouvais m'appuyer, et je sentis que tout pliait sous ma main. La délation était

partout, au dedans et au dehors; elle pénétrait dans l'intérieur des familles; elle courait et discutait sur les places publiques, elle s'asseyait au foyer conjugal, elle se dressait sur les bornes des carrefours ! Alors je compris que quiconque voudrait conspirer en de pareils jours ne devait prendre d'autre confident que sa seule pensée, d'autre complice que son propre bras. Je compris que, pareil au premier Brutus, il devait couvrir son visage d'un voile assez épais pour que nul regard ne pût le percer. Lorenzo devint Lorenzino.

— Continue, mon fils, murmura fra Leonardo haletant.

— 11 fallait arriver au duc, continua le jeune homme. Il fallait qu'il se défiât de tous, il fallait qu'il se fiât à moi. Je me fis son courtisan, son valet, son bouffon. Non-seulement j'obéis à ses ordres, mais je prévins ses volontés; je devançai ses désirs.. . Pendant un an, Florence m'appela lâche, traître, infâme! pendant un an, le mépris de mes concitoyens passa sur mdi,

lus lourd que la pierre d'un tombeau ; pendant un an, tous les cœurs doutèrent de moi, excepté un seul... Mais enfin j'ai réussi , enfin j'ai, atteint le but que je voulais atteindre ; enfin je suis arrivé au terme de ma longue et pénible route... Mon père, cette nuit, je tue le duc Alexandre.

— Parle bas! parle bas ! murmura fra Leonardo.

— Mais, reprit Lorenzo, le duc est adroit, le duc est fort, le duc est brave. En essayant de sauver Florence, je puis succomber à mon tour. Il me faut donc l'absolution in articulo mortis. Donnez-la-moi donc, mon père, donnez-la-moi sans hésiter. Allez, j'ai assez souffert sur la terre pour que vous ne me marchandiez pas le ciell

— Lorenzino, dit le prêtre, c'est un crime de t'absoudre, je le sais; mais ce crime, je le prends sur moi. Et, quand Dieu t'appellera pour le demander compte du sang que tu auras versé, je me présenterai à ta place en disant : < Seigneur, ne cherchez pas le

coupable.... Seigneur, le coupable est devant vous. »

— C'est bien, tout est dit, fit Lorenzino. Maintenant, lui aussi, comme vous, il est condamné. Et ce n'est plus qu'une affaire de temps... Mon père, lorsque demain on viendra pour vous chercher, criez tous : « Le duc Alexandre est mort? le duc a été assassiné par Lorenzino ! Ouvrez la maison de Lorenzino et vous trouverez son corps... » Et le bourreau lui-même tremblera; et le peuple courra à ma maison de la via Larga, et le peuple retrouvera le corps; et, au lieu d'être conduits à l'échafaud, vous serez portés en triomphe.

— Et toi?

— Et moi?... C'est moi qui ouvrirai au peuple la porte de la chambre où sera le cadavre du duc. Et maintenant que je vous ai dit tout ce que j'avais à vous dire, adieu, mon père !

Puis, s'avançant vers les autres prisonniers dont le groupe fermait la porte :

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— Place, messieurs ! dit-il.

— Et si nous ne voulions pas te faire place, nous? dit Vittorio dei Pazzi.

— S'il nous avait pris l'envie de nous venger avant que de mourir? dit Bernardo Corsini.

— Si nous avions décidé de t'étouffer entre nos mains, de t'étrangler avec nos chaînes? dit Philippe Strozzi.

Et tous ensemble, jusqu'à Selvaggio Aldobrandini, qui essayait de se traîner jusqu'au jeune homme, se mirent à crier :

— Qu'il meure, celui qui nous a vendus tous! qu'il meure, le traître! qu'il meure, l'infâme!

Lorenzino fronça le sourcil et porta la mam à son épée : mais il entendit la voix de fra Leonardo qui disait tout bas à son oreille :

— Arrête, Lorenzo ! c'est la dernière souffrance de ta passion, c'est la dernière épine de ta couronne!

Puis, tout haut, et s'adressant aux prisonniers :

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— Frères, dit-il, laissez passer cet lioamie; c'est le plus grand de nous tous!

Et Lorenzino sortit, au milieu de la stupéfaction des prisonniers, qui, obéissant à l'ordre de fra Leonardo, ne firent aucun mouvement pour l'arrêter.

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