‹ Une nuit de Shakespeare; conte en trois actes. Pref. de Grégoire Le RoyChapitre 24 sur 32 · CINQUIÈME SCÈNE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SCÈNE

JOHN, les COMÉDIENS, WILLIAM, JONSON puis BETSY et les Voisins

JOHN

Lui r Lui f Lui f Eloigne-toi, fantôme f Je ne t'ai rien fait. Quel châtiment f Et tout cela pour quelques bourses coupées. Oh f Dieu, souvenez-vous du bon larron. {A Shakespeare.) Ombre malheureuse, retourne au purgatoire! Je ferai dire des messes en ton intention. Je suis riche maintenant. Toi, qui viens de l'autre monde, dis-leur que...

WILLIAM

Es-tu fou, John..., ou ivre? Que signifient ces cris, cette figure épouvantée ?

JOHN

Mais il parle..., comme un vivant. William, William, es-tu réellement vivant ?

WILLIAM

Aussi vivant qu'on peut l'être.

JOHN

Je croyais..., je te croyais pendu ?

JONSON

Ah r Shakespeare, tu as eu tort de détromper ce gros poltron. Il te prenait pour un revenant. Si nous étions restés là, immobiles dans le clair de lune, nous eussions entendu toute la confession de ses crimes.

C'eut été un trop long chapelet de noirceurs et de friponneries...

JOHN Vous m'ennuyez. Je suis un honnête bourgeois.

WILLIAM Depuis quand ?

JOHN

Depuis tantôt. Tout arrive.

JONSON C'est ce qu'à dû se dire ton ami Pistol.

JOHN Pistol ?

JONSON

C'est lui que Brown a fait pendre ce matin. Il n'avait que lui sous la main.

JOHN

Tant mieux.

JONSON

Pistol a fait une bonne fin. Avant de mourir il a dit : « Après Sir John, je suis le plus fieffé coquin que la terre ait jamais porté.

JOHN

C'était un traître et un menteur! Le diable le retournera dans sa marmite jusqu'au jugement dernier \ Mais à propos de diables... (montrant les comédiens), quels sont ces farceurs ?

ESSEX (enlevant sa tête de coq) Je suis Essex, Essex le comédien.

SNOUT (faisant son entrée en brigand) Etes-vous prêts? En scène I En scène! Le jeu va commencer.

Les comédiens ? Pourquoi cette insipide mascarade ?

SNOUT

Vous allez voir, vous allez voir! C'est une nouvelle pièce. Vous allez voir f

Betsy arrive suivie des voisins et des voisines. Quelques personnages portent des lanternes.

BETSY

John f Où es-tu ? Que se passe-t-il ? (Voyant les comédiens.) Houf les vilains museaux.

SNOUT

C'est une nouvelle pièce f Vous allez voiri

JOHN {en colère)

Voir ? Vous allez filer d'ici, et vite I Je vous en donnerai moi des pièces, des pièces de ma façon. Comment, transformer mon auberge en une maison de fous ? Hors d'ici f Croyez-vous que je continue à loger chez moi des vagabonds de votre espèce ? Que j'aie envie d'assister au sac de mon mobilier ? Des comédiens ? Des farceurs, des bouffons, des clowns, voilà ce que vous êtes f Hors d'ici f Je vous apprendrai à me faire peur f

SNOUT Mais...

JOHN

J'ai dit et ne me dédirai point f Allez faire vos paquets.

SNOUT (suppliant)

Laissez-nous au moins passer la nuit sous ce toit; il est tard...

Pas une heure î Betsy f suis-je le maître ? Ma maison est nette; je ne veux plus chez moi des gens de sac et de corde.

JONSON

On n'est jamais trahi que par les siens.

BETSY

Il est le maître. Si vous lui résistez, nos voisins nous aideront pour vous faire déguerpir.

HORACE VAN OFFEL — oD — UNE NUIT DE SHAKESPEARE

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