‹ Une nuit de Shakespeare; conte en trois actes. Pref. de Grégoire Le RoyChapitre 26 sur 32 · SIXIÈME SCÈNE BEN JONSON, WILLIAM SHAKESPEARE · texte numérisé non relu

SIXIÈME SCÈNE BEN JONSON, WILLIAM SHAKESPEARE

JONSON

Allons rejoindre ces fous, le vin, la musique, les chansons, cela distrait.

WILLIAM

Laisse-moi, Ben! J'ai si mal. J'ai tant de peine; je ne peux pas t'exprimer... C'est risible, je sais! Mais on a si mal, si mal! Là. Tu ne peux pas savoir.

JONSON

Il y a d'autres femmes...

WILLIAM

Mais non! C'est toujours la même qui fuit! Puis tout ce qu'on dit n'est pas vrai. Il n'y en a pas d'autres, il n'y en a qu'une : celle qu'on ne voit qu'une fois et qu'on regrette toujours.

JONSON

On dit cela et l'on recommence.

Pour se tromper soi-même. Jamais je n'ai senti peser sur moi des yeux aussi caressants que les siens I Ohf ses longs yeux amis, si clairs et si droits, ses yeux qui semblaient si bien me voir et me comprendre. Les autres femmes, c'est une joie de les tenir dans ses bras, mais un simple frôlement de ses mains, à elle, c'étaient tous les rêves, tous les bonheurs. Tu ne sais pas comme j'ai mal, profondément et doucement mal. Laisse-moi, Jonson, je veux être seul.

JONSON

Seul ? Je n'aime pas te laisser seul, ce soir.

WILLIAM

Ehf que crains-tu? Ne suis-je pas habitué à vivre de la sorte? Crois-tu que j'aie envie de me tuer? L'amère volupté que je ressens, en souffrant pour elle, m'attache bien trop à l'existence.

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