‹ Une nuit de Shakespeare; conte en trois actes. Pref. de Grégoire Le RoyChapitre 27 sur 32 · VOIX A L'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

VOIX A L'INTÉRIEUR

Ohéf une chansonf Une chanson! Vive la joief Ahl Ahf {Rires, musique.)

JONSON

Tu ne peux pas rester sur ce banc... toute la nuit.

WILLIAM

Qu'importe où je suis. Tout est fini à présent. Adieu, mes espoirs. Demain, je retournerai dans mon village, là-bas dans ma maison, au milieu des champs.

JONSON La gloire préfère séjourner dans les capitales.

WILLIAM

La gloire! j'en ai assez de cette duperie. Il y a trop de souffrances sous les belles épitaphes. Non \ Je veux retourner là-bas, dans l'oubli. Je me consolerai en regardant l'eau ridée passer sous les saules chevelus, en contemplant les aurores éclatantes et les soirs paisibles. J'aurai des fleurs, des abeilles, des enfants. Je suis lasl las, te dis-jel d'être le cœur endolori de tout ce qui pleure, respire et lutte ici-bas.

JONSON

Pourtant, porter dans sa chair le cœur de tous les hommes, cela aussi c'est une volupté, Shakespeare! une volupté de Dieu...

WILLIAM

O vief quel est ton secret? Pourquoi tous ces deuils et ces larmes? Que nous donneras-tu en échange de tes angoisses, ô toi qui détruis? Quelles consolations, faisant oublier les malheurs endurés? Quelles récompenses pour les âmes honnêtes et de bonne volonté? Serai-je un jour uni à tout ce que j'ai perdu? Aux douces femmes, aux mâles compagnons, aux bêtes familières. Reverrai-je tout ce qui m'a fait sangloter et rire, tout ce que j'ai ardemment désiré, ou bien ne suis-je sorti du néant que pour avoir mal et pour mourir ?...

JONSON

Le sait-on? A la campagne, des rustres brûlent au fer rouge les yeux des pinsons pour leur donner une plus belle voix; qui sait si, en ce moment, le Créateur ne se réjouit pas de toi de cette manière, en brûlant tous les viscères de ta poitrine, pour te faire mieux chanter, poète...

Page 1