‹ Une nuit du MidiChapitre 12 sur 61 · M. GODARD · texte numérisé non relu

M. GODARD

11 a deux yeux de sabreur.

MADEMOISELLE AUZ::T.

Ah ! sainte Vierge des Accoules 1

M. DUMEURIER.

Il a d'assez l>eaiL\ cheveux blancs.

M. COBARD.

Ah! que dites-vous là? des cheveux blancs, un monslre comme ça !

MADAME DUMEURIER.

Qui a un pavillon tricolore qui ne finit plus.

M. DUMEURIER.

Oui, oui, mais ça n'empêche pas qu'il ii'ait de beaux ^ cheveux blancs comme un patriarche de la Bible.

MADAME DUMEURIER.

Eh ! ne dis pas ça, Dumeurier, ne dis pas ça, tu me donnerais des attaques. C'est un patriote de quatre-vingtneuf.

M. COBARD.

C'est celiii-là qui a fait du mal, dans la terreur !

MADEMOISELLE AUZET.

Il a fait les cent coups.

M. DUMEURIER.

C'est UH coquin, mais je croyais qu'il n'avait pas fait de mal dans. . .

Ce brigand ! avec son drapeau l il n'a pas fait de mal !

M. COBARD.

C'est un buveur de sang.

MADEMOISELLE AUZET.

Voilà M. Cantol qui rentre, il a déjà fait sa promenade.

(Entre M. Cantol.) M. CAISTOL.

Eh bien ! on ne soupe pas encore ?

MADAME DUMEURIKK.

Nous attendons les amis.

M. CANTOL.

Les amis tardent bien ; si nous faisions un petit bcston en attendant?

MADAME DUIIEURIER.

Il est encore là avec son boston! Asseyez-Aous ici^ monsieur Gantois nous parlions du voisin.

M. CANTOL.

Ah! le païen! on ne Ta jamais vu à la messe .'

MADEMOISELLE AUZET.

Oui^ pas même le saint jour de Pâques.

Pas même le jour de Noël. Il dit qu'il se moque de la messe. C'est un athée^ un Helvétius!

M. COBARD.

Et un buveur de sang.

M. CANTOL, ^

Aussi.

MADEMOISELLE AUZET.

Oh! si celui-là n'est pas damné!

M. CANTOL.

11 est dans rimpénitence finale jusqu'au cou.

M. DUMEURIER.

11 se converlira peut-être... Il ne faut qu'un bon acte de contrition

M^^CANTOL.

Oui : il passe toujours devant l'église sans ôter son chapeau, 11 est excommunié de droit jure, comme on dit en théologie.

MADEMOISELLE AUZET.

Miséricorde! excommunié! et son Égyptien aussi, sou mameluk?

M. CANTOL.

Eh! il adore les Taux dieux... les idoles d'Egypte, simnlacra gentium,

Quel abominable voisin I Moi, je tremble toujours quand il fait des tonnerres^ j'ai peur que le tonnerre ne se trompe de maison; nous sommes si près de ces deux coquins ! Savez-^Vous, j'ai fini mon eau pascale, et j'ai usé, aux Rogations, ma dernière bougie de la Chandeleur; elle était bordée de vert, ce sont les meilleures contre les tonnerres. Comment allons-nous fa^re à présent? Nous sommes dans quelques jours à Sainte-Anne, c'est un jour de tonnerre. Monsieur Cantol, envoyez-nous un grain d'encens du cierge pascal, et une bougie du lumen Christi du samedi saint.

M. CANTOL.

Je vous l'enverrai; c'est vingt-huit sous poui* les deux.

MADAME DUMEURIER.

Ah ! que j'ai bien enTie de voir toutes ces affaires s'arranger; nous irons à la ville, et nous ne verrons plus ces deux monstres.

* M. CANTOL.

Madame Dumeurier, nous souperons demain : aujourd'hui vos amis nous ont oubliés. Voilà votre maii qui dort; nous amîons eu le temps de faire un petit boston.

MADEMOISELLE AUZET.

La chienne aboie, chut! voici quelqu'un.

(M. Dameorier se réveille. Us se lèvent tous. Entre Claire.] CLAIRE.

Voici deux paysans.

MADAME DUMEURIER.

Bien I La table est-elle mise?

CLAIRE

Oui, madame, il y a trois heures, et tout est brûle.

(Elle sort.) M. CANTOL.

C'est ça, tout est brûlé.

MADEMOISELLE AUZET.

Ah bien ! à la campagne comme à la campagne.

H. COBARD.

C'est Vélranger el son ûls.

MADAME DUMEURIER.

Oui.

M. CANTOL.

Fermons bien les portes quand ils seront entrés.

M. COBARD.

Je suis fàehé qu'il ait amené son fils avec lui.

MADEMOISELLE AUZET.

Oh ! ne dites pas cela, monsieur Cobai'd ; son fils est un saint.

M. COBARD.

Oui, oui, c'est un brave garçon, mais il n*est pas dégourdi, et je le crois un peu poltron.

Chut! chuti

M. CANTOL.

M. Cobard a raison ; ces imbéciles-là, comme Joachim, sont dangereux ; ils vous compromettent.

MADEMOISELLE AUZET.

Ne craignez rien, ne craignez rien, c'est toute l'image de son père ; il est modeste, le pauvre enfant ; il est ti-

mide comme une carmélite^ mais c'est un bon fils^ un braye royaliste ; son père lui a donné une bonne éducation^ il ne pouvait pas avoir de meilleur maître.

M. CANTOL.

Moi^ il m'a toujours fait TefTet d'un imbécile.

MADAME DUMEURIER.

Oui^ mais que son père ordonne à cet imbécile d'aller jeter noire païen de voisin dans sa citerne^ une pxene au cou^ vous verrez si on désobéira.

M. DUMEURIER.

Ce n'Cbt pas ce qu'il ferait de mieut.

M. CANTOU

On doit toujours obéir à son père.

MADAME DUMEURIER.

Moi, je n'ai dit ça que pour comparaison.

Vétranger ne peut donner que de bons conseils à son fils ; il est doux comme François de Salles ; c'est un honmie retiré du monde^ qui fait la chapelle dans sa chambre^ et s'amuse au jardinage pour sa petite récréation; c'est un chartreux; il aime les fleurs comme saint Philippe de Néry : preuve d'un bon naturel. Et puis, il couche sur la dure, et il a un cilice, je le sais.

: MADAME DUMEURIER.

Bien, ma sœur, voilà qui est parlé !

M. CANTOL.

Pendant que vous vous échauffez là loules deu.v, notie souper continue à se brûler ; nous mangerons du charbon.

MADAME DUMEURIER.

Bah ! je me moque bien du souper !

M. CANTOL.

Il fallait me dire cela il y. a deux heures; j'étais invité chez M. Godeau,ce soir ; il a une cuisinière, celui-là, qui ne laisse jamais brûler un souper.

MADEMOISELLE AUZET.

Oui, mais qui n*a pas fait ses Pâques cette année.

M. CANTOL.

C'est possible; mais je n'ai jamais mangé de meilleures tourtes que chez M. Godeau.

MADAME DUMEURIER.

Ah! vous êtes bien indévot, monsieur Cantol. Quand on vous voit à VégUse, on vous donnerait le bon Dieu sans vous confesser; mais, au boslon et à la table, vous êtes pire que Nabuchodonosov,

M. CANTOL.

Bien !

M. CODARD.

Voilà Y étranger l voilà V étranger î j'entends son pas.

Les Précédents, L'ÉTRANGER, d(«guisé en paysan provençal, JOÂCHIM, son fiUj même costume; ils portent en Uandonlièrc un fusil de chasse.

l'étranger. Il toticbc la main à tous.

Bonsoir, bonsoir, braves gens.

MADAME DUMEURIER.

Vous venez bien tard ; nous étions en peine.

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