X. COBARD
Moi^ soyez tranquille^ j*ai ce qu'il me faut.
l'étranger.
Et qu'est-ce qu'il vous faut?
M. COBARD.
J'ai...
l'étrai^ger.
Allons, vous n'avez rien.
MADEMOISELLE AUZET.
Moi, je prierai Dieu pour vous,
l'étranger.
Ah i ça vaut mieux que les armes de M. Cobard : oui, priez Dieu pour moi^ vous m'aviez promis une neuvaine.
^ MADÎSMOISELLE AUZET.
Je di^le rosaire tous les sou*s à votre intention, c'esl six fois plus lorfg que le chapelet.
, l'étranger.
Sien, bien. Il m'ë faut le secours des bonnes âmes.
M. CANTOL, MADAME DUMEURÏER, entre arec précipHatfon. J0AC4iiM les suit noncbalammcnt et mange.
MADAME DUMEURIER.
Nous ^mmes perdus! nous sommes perdus! (L'étranger
T4 lentement prendre son fasil, dans an ilcs ang'cs ilo U cheminée. L'effroi
est au comble dans lo Miion.) NouB sommcs perdusl il y a quelque mauvaise nouvelle de Paris. On tire des fusées sur Taire de notre brigand de voisin... n'ouvrez pas les fcnc 1res, n'ouvrez pas,
{Véiranger éteint les deux flambeaux et entr'ouvre une croisée.) MADEMOISELLE AUZET.
Comme ça, nous ne risquons rien.
L ÉTRANGER, les yeux dans la campagne ; on ôe groupe autour de lui. Joacbim mange toujours. On entend dans le lointain chanter la Marseillaiïe.
Oh! chantez, chanlez, brigands... ils allument un feu sur la terrasse.
H. CANTOL.
C'est le feu de la Saint-Jean.
MADAME DUMEURIER.
Pardi pas, nous ne tenons que vingt-deux, Saint-Jean est le vingt-quatre, et puis ils se moquent bien de saint Jean, ces païens, c'est quelque feu de bonne nouvelle.
l'étranger.
C'est pour se f de nous, je crois, qu'ils font leurs
farces.
MADEMOISELLE AUZET.
Ah I mon Dieu, il jure ce saint !
C'est permis dans ce cas.
l'étranger.
Ces Bonapartistes! ils chantent'.... Joachim, ici.
JOACHIM, laisse lomber son pain.
Oui, pore.
l'étranger.
Écoute; tu vois bien ce vieux qui regarde le feu... là, devant le cerisier?
JOACHIM
Oui, père.
l'étranger.
On dirait que tu le touches avec la main^
JOACHIM
Oui, père.
l'étranger.
Il n'y a pas deux cents pas d'ici au cerisier.
JOACHIM
Oui, père.
l'étranger.
Eh bien ! tu me comprends?
JOACHIM
Oui, père.
(Il fait le signe de la croix, prend son fusil, et Tarme. Tous, excepté l'étranger, se précipitent sur lui pour l'empêcher de faire feu.)
M. DVMEVRIEA.
Mais voua avez perdu la tête; voyez ce grand benêt! est-ce qu'il tf allait pas tirer !
l'étranger.
C'était pour rire seulement ; me prenez-vous pour un fou?
M. CANTOL.
Si vous aviez un fusil à vent, encore passe.
M. COBARD. V f
Ah! c'est bien commode les fusils à vent!
MADAME DUMEURIER. ^. "
Quelle peur vous m'avez donnée, saint hommQÎ
MADEMOISELLE AUZET.
Pas à moi.
l'étranger.
Allons, vous êtes lOUS des... (lladame Dumeurier rallitme les
namicanx.) Mais il HO m'ëchappcra pas, le brigand... Qu'il tremble î j'ai une petite dent de lait contre lui depuis longtemps... Il a voulu piller ma campagne.
MADEMOISELLE AUZET.
Voyez donc! un homme riche comme ça!
l'étranger.
Oh! riche, riche... et de quel argent? Je le sais moi de
. quel argent : de l'argent des braves royalistes qu'il a fait
guillotiner. 11 faudra bien qu'il retourne aux pauvres, cet
argent...
M. CANTOL,
11 faudra l'obliger à cette restitution...
l'étranger.
C'est mon affaire. Il voulait me piller, moi! jusque moi! ce voleur de la Sambuque...
MADEMOISELLE AUZET.
Eh! qu'est-ce qu'il aurait trouvé chez vous, pauvre homme? *
l'étranger.
Rien; pas une épingle; mais c*est égal, il voulait venir piller... c'est son paysan qui me l'a dit. Eh! ne suis-je pas un chien à présent? im chien enragé que tout le monde peut tuer, voler, assassiner? Est-ce que ce brigand de votre voisin n'a pas donné mon signalement à Bnine? est-ce que tous les gendarmes ne sont pas à ma poursuite?... Ah î scélérat, tu ne la porteras pas en enfer celle-là!... tu ne tireras pas de. fusées demain à celte
r.O UNE NUIT DU MIDI
heure*... Allez vous coucher, mes amis, et bonne nuit... demain sera un grand jour... après-demain matin nous irons chanter le Salve Regina à Notre-Dame de la Garde ; moi pieds nus avec mon fils, c'est un vœu. Nous prierons pour rame d'Angiès.
C'est une pieuse et salutaire pratique de prier pour les moiis.
l'étranger.
Bonne nuit... Joachim, ici. Bonne nuit, braves gens. Nous avons trois lieues à faire dans les montagnes. Priez pour nous. A demain, au soleil trament.
M. CANTOL.
Allons finir de souper. J'ai ctë bien malheureux auourd'hui en souper.
M. COBARD.
Plus qu'un jour à soulfrir, monsieur Canlol.
MADEMOISELLE AUZET.
Je vais faire mon drapeau blanc.
(Us rentrent tous en échangeant des adieux.)