L^ÉTRANGER
Je tirerai sur vous, si vous faites deux pas à reculons;
'Val.
iîî UNE NUIT DU MIDI
je tirerai sur mon fils, sur moi, sur le bon Dieu... Ah! ce n'est pas travailler, ça!... Tenez, tenez, en voilà quatre, sL\, dix... tout à la débandade... Allez, (ii jeu« son fusil dans h «lircrtion dei fiipr.is.) Dutcuil, soyez bon à quelque chose au moins, pansez ce pauvre Joachim, qui est étendu là comme un juif...
M. DIJTEUIL.
Oui, oui, je vais remporter sur la montagne...
(Toulo la bande a disparu. Dateuil emporte Joachim.) ANTOINE, il Tait le signe de la croix.
Et voilà ma dernière balle !
l'étranger, ao désespoir.
Attends, ne tire pas... (u se tourne.) Je mangerai mes poings... Regarde, Antoine... nous sommes seuls... seuls... M. le comte avait bien raison de vouloir attendre les Anglais... Oh ! malédiction I
ANTOINE
Dix-neuf coups tirés sans en voir tomber un de ces sansonnets!... Ah ! la poudre est mouillée par la rosée, el les balles ne sont pas rondes... Laissez-moi tirer mon dernier coup; ils ne sont plus qu'à cent pas... Je veux tuer le chef de ces grues.
l'étranger, tire une pièce de sa poche.
Dis, pile ou croix, celui qui devine brnle la cervelle
à l'autre... Je ne veux pas fuir devant la cocarde de la nation.
ANTOINE
Ni moi.
l'étranger.
Sacrebieu ! j'ai du regret de n'avoir pas tué mon fils ! à son âge fuir devant ces brigands !... Oh! moi, à seize ans, dans le Piémont!...
ANTOINE
Ah î il est encore là avec son Piémont... Allons, jetez votre pièce en l'air.
l'étranger.
Tu as raison...
(Il jette la pièce.) ANTOINE.
Croix.,. Croix du bon Dieu... Sainte Vierge, faites que ce soit pile,
l'étitanger.
C'est croix... Allons, feu, mon ami; avant, embrassons-nous... Laisse-moi faire un acte de contrition... Ah! si M. Cantol était ici I
ANTOINE
D'abord il faut ôter le drapeau blanc de là... Je vais l'ôter à la barbe des gendarmes... (L'Étranger ptie à genoux.
Antoine arrache le dnipean et le roule autour <!e son corps.) A prCSCUt,
It4 UNE NUIT DU MIDI
VOUS croyez bonnement que je vais vous tuer ? Et moi^
en serai-je plus avance après? M*auricz-vous tué, vous?
l'étranger.
Oui!
ANTOINE
Mais vous avez donc la rage de tuer les gens, vous? Il faut que vous soyez race de boucher.
l'étranger.
Je n'ai que ma parole, moi... Allons, dccidons-nous, les gendarmes sont là... Si lu veux me tuer... je ne le demande qu'un sci-vice... C'est Angles qui nous a trahis, il faut que tu me promettes de tuer Angles.
ANTOINE
Encore im ! Allons, vous êtes fou...
l'étranger.
Tu refuses; je veux vivre... vivre pour me venger, pour venger mon fils qui est mort peut-être... Voilà les gendarmes.... Couchons-nous sur terre... Embrassonsnous, et roulons dans le pn'cipice... Ce n'est pas fuir, ça... S'ils nous tuent, eh bien ! autant de gagné l viens.
ANTOINE
Va.
(Les gendarmes paraissent au sommet du lalns pierreux et presque à pic; au même moment, l'éirnnyer et Antoine se laissent rouler par le même chemin, en essuyant une décharge de carabines.)