‹ Une nuit du MidiChapitre 27 sur 61 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

lie Milifaiei ém i» r^rfc «l Brune.

3S lUIN , DIX BEOSES BU MATIIT.

EDtrent BRUNE el ANGLES.

ANGLES

Marcchaly je suis pénétré de reconnaissance pour ce service ; je sais bien qu'en usant de voire pouvoir discrétionnaire pour pardonner à ces bonnes gens, mes voisijis, vous avez écouté plutôt votre générosité que raa recommandation; mais je vous sam'ai toujours un gré intîni...

LE MARÉCHAL

Eh ! que voulicz-vous que je fisse?... Que je donnasse suite à cette insurrection de famille? que j'assemblasse un tribunal militaire pour faire fusiller deux vieiDcs femmes et deux vieux fous?... C/est alore qu'on m'en donnerait par les rues du Robespierre et du Marat. Voyez, Angles, je n'en suis pas à mon noviciat de ces sortes de campagnes bourgeoises, où Ton fait souvent la

gueiTe un an sans tirer un coup de fusil ; j'ai déjà eu mon commandement de pacification dans la Vendée, et il y a là des hommes autrement trempés qu'ici. Quant à vos voisins, ils ne sont en eux-mêmes nullement redoutables, malgi^é leur chant royaliste et leur drapeau blanc; et, à coup sûr, ce n'était pas la famille Dumeurier que nous comptions trouva' chez elle : le coup a été manqué cette fois.

ANGLES

Je vous comprends, maréchal ; un seul homme, dans ce parti, vous donne quelque inquiétude.

LE MARÉCHAL

Oui, un seul ; mais il est leste et adroit ; c'est un brave des Abruzzes, qui a le pied fait aux montagnes, et ^est pas novice au métier... Au reste, je suis bien aise de m'ètre montré, à si peu de prix, magnanime envers vos Yoisins; on n'aurait pas manqué, dans les commérages villageois, de mettre leur aiTCStation sur votre compte, et en ces temps de trouble, on arrive à l'assassinat par des commérages de vieilles femmes.

ANGLES

Ohl maréchal...

LE MARÉCHAL

Ëh ! ce ne sont pas les vieilles femmes qui vous assassineraient, ni quelques méchants prêtres fanatiques, ni quelques vieux bourgeois, royalistes d'habitude, qui ont

\ki UNE NUIT DU MIDI

reçu de leur pèro leur opinion avec les meubles de Thoirie; mais toutes ces petites exaltations de famille^ ces innocentes conspirations de sofa campagnard ont des contre-coups terribles^ des ricochets de haine où il y a du sang au bout ; ce sont les conseils de la faiblesse souvent qui mettent le poignard aux mains de Ténergie... Laissez-moi veiller sur voipis^ Angles; je veux^ avant huit jours, vous mettre en bonne odeur auprès de vos voisines ; j'ai déjà fait hier une petite affaire de commerce avec M. Dumeurier ; je lui ai acheté sa récolte de fourrage, que je lui payerai bien : il est marchand, avant d'être royaliste ; il sera sensible à ce procédé . Je veux qu'il aille vous en remercier dimanche, après la messe ; mais, en attendant, tenez-vous toujours sur vos gardes...

Les Précédents, LE GÉNÉRAL MOUTON- DUVERNET.

LE GÉNÉRAL MOUTON

On apporte les dépêches à l'instant, maréchal.

LE MARÉCHAL

Ah ! voici quelque bonne nouvelle, j'en suis sûr. (Euue

un aide de camp qui remet an pli au maréchal.) QuC dit CC petit

billet ? Ah I Testafette a subi douze heures de retaid par un accident de route... C'est certainement l'orage de la dernièi*e nuit qui a abîmé les chemins... Voyons la dé- P'/chc.

ANGLES

Je me retire^ maréchal.

Non, non... Il n'y a rien de secret là dedans, à coup sûr ; restez... (ii lit.) Une victoire ! une victoire l' (Angles ei

It' général Moulon se serrent les mains.) A FlCUrUS I ANGLES.

Qhl c'est mie plaine de bonhem* !

LE MARÉCHAL. '^'

Nous avons battu les Prussiens ; c'est un début décisif; maintenant la campagne est à nous.

ANGLES

Dieu protège la France.

LE GÉNÉRAL MOUTON

Et l'empereur.

LE MARÉCHAL

Général, dites à l'aide de camp de service d'appeler ici tous les officiers qui sont dans l'hôtel... Angles, je vous retiens à dîner aujourd'hui ; vous ne m'échapperez pas. Nous boirons à la grande armée de Fleurus.

ANGLES

J'accepte, maréchal ; mais comme il y a bien du temps encore d'ici à six heures, j'irai faire une promenade

lu UNE NUIT DU MIDI

jusqu'à la campagne ; je veux annoncer la grande nouvelle à mon vieil ami Philippe, et i*evêtir l'habit de fète^ rhabit de Fleunis l'aînée; c'est une relique de drap> qui, j'espère, ne déparera poiiif les brUlants uniformes de voire état-major.

C'est cela... Nous avons tous notre amour-propre national; pour faire honneur à voire habit de Flcurus raini5e, je mettrai mon vieil uniforme de Bei^hcm et

du Helder..«i A ce soir. Adieu. (Angles ion. Bnlrem let oAcien

a, ui-oujor.) Messieurs, l'empereur a battu...

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