‹ Une nuit du MidiChapitre 28 sur 61 · LES OFFICIERS · texte numérisé non relu

LES OFFICIERS

Vive l'empereur ! vive l'empereur ! vive l'empereur !

(Ils s'embrasnent tous.) LE MARÉCHAL.

L'empereur a battu l'ennemi à Fleurus : nos camarades de l'armée, grande par excellence, ont sauvé l'empire d'une seconde invasion ; vous savez tous, messieurs, ce qu'est une victoire au début d'une campagne, surtout une victoire avec un nom de Fleurus ; c'est un premier coup d'épée qui tue la coalition. Cette victoire nous impose, à nous, de nouveaux devoirs dans le poste honorable où nous a placés la confiance de l'empereur : que la modération soit plus à l'ordre du jour que jamais ; que

nos réjouissances niilitaiies éclatent sans air de morgue et de bravades au milieu de celte ville. On dit que nous attendons une victoire pour commencer la persécution des royalistes, il faut leur prouver que cette victoire assure leur repos et leur séemité. Que des idées de paix et d'union civile soient désormais dans tous nos entretiens. . .

Il Tait figM (l'approcher à Taide de camp do serTice.) 11 y aUra fètc

ce soir dans mon hôtel ; vous donnerez vos ordres pour les invitations ; vous ferez vos choix dans le cornmerce, la marine et la bourgeoisie. Nous irons au théâtre de neuf à dix; vous ferez prévenir qu^on joue r Oriflamme; on ne doublera pas les postes à midi ; le i 4^ de chasseui-s est consigné dans sa caserne liors la ville; toute patrouille de jour est supprimée jusqu'à nouvel ordre ; le service des rondes-majors se fera à pied... Au coucher du soleil, cent et un coup de canon... Allez. (Laide de camp son.) Messieurs, vous me ferez tous Thonneur de dîner avec moi, aujom'd'hui; ainsi, ayez soin que toutes vos affaires de service soient terminées avant six heures ; après le diner nous aurons bal et concert. Vous pouvez vous rclircr.

iLes officiers sortent. Restent le maréchal et le général Monton. La maréchal sonne; entre nn valet de chambre.)

LE MARÉCHAL

Mon chpcolat, je suis encore à jeun; il faut prendre Hes forces, nous aurons de la besogne aujourd'hui. Général Mouton, voulez-vous déjeuner avec moi?

14G l'NE NUIT Dt: MID

LE GÉNÉRAL MOUTON

Merci^ maréchal, j'ai déjeuné.

tOn apporte le déjenner sur un guéridon. Le maréchal s'asseoit.; LE MARÉCHAL.

Général, je compte sur vous ce soir au concert... D'abord, il faut que vous m'aidiez à composer le programme; c'est ui^gent... Voyons, quelle ouverture choisissonsp-nous?

LE GÉ?iÉRAL MOUTOTS.

Mais... la bataille d' Mister litz, je crois..

LE MARÉCHAL

Oui, c'est toujours de circonstance, avec l'empereur.. . point de petites ariettes, n'est-ce pas? il nous faut un concert mâle, tout militaire... ah ! le chœur obligé de la Vestale : De lauriers couvrons les chemins,

LE GÉNÉRAL MOUTON

Indispensable l c^est encore de circonstance... après, le duo de y Oriflamme.,,

LE MARÉCHAL

C'est cela!... 11 faut nous exécuter de bonne grâce, et supprimer pour cette fois Feillons au salut de l'empire. Nous aurons à coup sûr quelques dames royalistes, qui viennent parce qu'on danse, mais qui, aux premières mesures de l'air républicain, demanderaient leurs châlp?

et leurs chapeaux... Allons, il faut faire ce sacrifice aux dames... Avez-Yous une idée pour le chœuf final?

LE GÉNÉRAL MOUTON

Oh! c'est tout trouvé... le chœur de Fernand Cortez : Marchons ! suivons les pas du guerrier intrépide,

LE MARÉCHAL

A merveille ! à merveille !. .. (Entre un aide de camp qui remet

un pli.) C'est encore un pli du gouvernement,.. Ce sont les détails de la victoire, sans doute... Voyons... (ii ut.) Ah ! c'est à tuer sur place comme un boulet !

LE GÉNÉRAL MOUTON

Maréchal! maréchal! qu'avez- vous?

LE MARÉCHAL

Soyons hommes, général.. . La grande armée est morte !

LE GÉNÉRAL MOUTON

Impossible ! maréchal , c'est un piège qu'on vous

LE MARÉCHAL

Non, non... voilà le sceau du ministre, et puis regardez, regardez... c'est justement la même plume qui a tracé la nouvelle delà victoire... Oh! c'est à s'abîmer à cent pieds sous terre,

LE GÉNÉRAL MOUTON

Et Tempereur? l'empereur?

LE MAHÉCHAL.

Un ne parle pas de l'empereur... Il doit être mort avec Si GARDE... C'est à Mont'Saint-Jean que nous avons été écrases... Ahî ils étaient dix contre un; pauvre garde impériale !

LE GÉNÉRAL MOUTON

Excusez^ maréchal... il faut que je pleure... laissezmoi pleurer...

LE MARÉCHAL

Ëh ! nous sommes seuls^ plem'ons du sang... du sang... t'umnie eux... ah!...

(Il s*asseoit, et laisse tomber sa tête sur ses iuain«.) LE GÉNÉRAL MOUTON.

Après le miracle de l'île d'Elbe !... rien... mutile... un jeu du destin... Eh! cette garde n'a pas tout écrasé! !... on a résisté à la vieille garde!!... les cuirassiers de Valmy n'ont pas entr'ouvert la terre ! !... Oh ! la têlc se fend d'y penser !

LE MARÉCHAL, se levant.

Vingt contre un!... trente, peut-être!... qui sait?... Quand la garde est démolie sur un champ de bataille, il faut que le monde entier et la trahison soient de l'autre côte... pas possible autrement... Enfin, c'est fait... Main-

tenant, songeons à nos devoirs, nous, général ; n is devoirs sont grands... nous avons toute notre vie poui* pleurer ce désastre... toute notre vie ! Ce sera bien peu de temps, peut-être... SU nous était donné, au moins, de mourir en soldats, comme nos frères du Mont-Saint- Jean... Mais voilà la guerre civile qui va éclater dans ce malheureux pays... Pom' moi, je ne puis, je ne dois pas en sortir... Cela me rappelle l'insurrection de Milan, où je faillis être assassiné, (ii pense.) Ohl à Milan, pays ennemi... au milieu d'Italiens... mais ici, en pleine France, je n'ai que la guerre civile à craindre... l'assassinat jamais 1

LE GÉNÉRAL MOUTON

Mai'éclml I

LE MARÉCHAL

Au reste... à noire devoir, tous... général, vous restez, vous, à Marseille, avec Verdier; la dépêche me porte Tordre de partir sur-le-champ pour Toulon, avec des instructions nouvelles... Je vais donc partir pour Toulon... (il sonne; entre un valet de chambre.) A propOS, et CC

pauvre Angles qui est allé en toute joie porter la bonne nouvelle à son vieil ami... ils mourront tous les deux du contre-coup... Je vais écrire à ce pauvre Angles de vemr coucher à l'hôtel ; vous aurez la bonté de le recevoir,

général. (ll e'erU an petit billet, sonuc, et le remet au valet de cbam-

bip.) Donnez ceci à un chasseur d'ordonnance... Quant à

nos invitations^ il faut les contremander^ ça va sans dire... Y a4-il exemple d'une aussi brusque transitioii de la\ie à la mort!!... Ohl que le destin est écrasant^ avec ses comhinaisons... Ce serait bien le cas de réciter VO diva graium qtuB régis Antium... Allons^ il faut nous séparer, général Mouton... c'est peut-être pour toujours... Nous avons trob abimes devant nous : la guerre civile, l'assassinat et l'échafaud... Adieu, ejnbrassoBsnous.

F (Ils s'embrassent.)

LE GÉNÉRAL MOUTON,

Que nos destinées s'accomplissent !

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