‹ Une nuit du MidiChapitre 42 sur 61 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, M. DE SAINVAL, CASIMIR.

M. DE SAINVAL

As-tu fait quelquefois des châteaux en Espagne, Delphine?...

DFiLPHINE.

Moi, souvent.

H. DE SA1!«YAL.

Ce soir^ dans la campagne^ Là-bas, quand nous marchions, au hasard, l'œil ouvert. Pour distinguer un toit qui nous mît à couvert; De poussière, d'effroi, de chaleur étouffée, ^''aurais-tu pas construit quelque château de fée, Comme on en trouvait tant aux siècles fabuleux, Et qui n'existent plus que dans les contes bleus?

DELPHINE

Oui, mon onde. Tantôt, là, dans le vestibule, Je rêvais, en marchant, comme une somnambule. n me semblait qu'un sylphe, artr^e complaisant. Bâtissait un château, pour m'en faire présent, Et m'apportait du ciel, sur ces terrestres rives. Un pâté froid, suivi d'un bon salmis de grives : Deux mets selon mes goûts; car la main du bandit M'a tout ôté, ce soir, excepté l'appétit.

M. DE SAINVAL

mystère infernal!... Eh! bien!... ma chère nièce, Ton rêve s'est bâti ce soir tout d'une pièce! Les châteaux en Espagne existent quelquefois... J'en tiens un sous la main... c'est celui que tu vois.

DELPHINE

Ce château?...

M. DE SAINVAL

Ce château ! Dieux ! quels maîtres honnêtes î J*ai cassé les cordons de toutes les sonnettes, Personne n'a paru dans les appartements.

(Désignant Casimir.)

Il était avec moi... demandez si je mens.

CASIMIR

Oh! vous accusez vrai!...

M. DE SAINVAL

Ce château fantastique Ne nous a pas montré l'ombre d'un domestique. L'ombre d'un revenant, l'ombre d'une ombre enfin. Mais nous avons de quoi contenter notre faim. Ma nièce, rendons grâce à l'invisible maître; 11 a compris ton rêve, et je puis te promettre Pâté froid et salmis., .

DELPHINE

Tant mieux ! . . . nous souperons ! . . , Les maîtres du château sont dans les environs!...

FERDINAND

Probablement.

CASIMIR

11 faut aller voir dans la plaine Si notre cbàtelain ou notre clmtclainc Respiient la fraîcheur avec nos cuisiniers; Car il fait beau, ce soir, sous ks grands marronniers.

DELPHINE, à Feidioand.

OÙ donc avoz-vous pris ce valet?...

FERDINAND

Qu'il est grave •

M. DE SAINVAL

Jl vaut bien mieux chercher le chemin de la cave; J'y cours; nous allons tous faire un souper divin. Alicante et Xérès nous fourniront le vin.

Soupons d'abord, et puis viendjont les coramentaiies S«ir le château d'Udolphe et ses sombres mystères!

FERDINAND

Je suis de cet avis; mon cousin a riûson.

Pourquoi nous occuper du chef de la maison?

Fantôme ou châtelain, il est peu redoutable S'il nous permet, ce soir, de manger à sa table.

DELPHINE

Oh I comme je suis faite ! Avant souper, je veux Rajuster ma toilette et natter mes cheveux !

FERDINAND^ ouvrant la porte du payilloc à gauche.

L^attention du sylphe est charmante et complète... Entrez^ voilà madame^ un salon de toilette I

(Delphine prend le carton et entre.) M. DE SAINYAL.

Aux fourneaux souterrains, moi, je vais faire un tour. Nos cuisiniers, peut-être, y seront de retour.

(Il sort par le fond.)

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