M. PHILARÈTE CHASLES
Protetiear ii Cilléfe de Frme.
^ » Chaque liomnic d« pTai qui galt lire est va
l«et«ar de plu pour Molière. »
B&ikti-Bboyi.
Le plus populaire des écrivains français^ le poëte dramatique du bon sens^ celui qui représente avec une fidélité incontestable notre génie national, devait occuper la première place dans cette série d'auteurs classiques que notre librairie populaire s'est pro* mis de publier. Ccst surtout en France que le mot si juste et si prorond de M. Sainte-Beuve possède toute sa force et doit recevoir sa plus complète application.
Le nombre des Français qui savent lire s'accroît chaque j<wr; pas un d'entre eux n'ignorera Molière.
Depuis le moment où deux religieuses charitables reçicrcnt les
derniers toupirt dp l'antenr da MiwUkropi, près de deux siècles se sont écoulés. Tout a changé nu'.our de nous : moeurs, iuslllalions, relations sociales; !ou(^ jusqu'au langage et au style de la conversation.
Molière est donc k la fois un ancien et un moderne; c'est le plus intime de nos amis; c*est un Yïeux maître. Traductions^ commentaires, édilious diverses^ imitations, critiques, parodies^ controverses forment autour de cette grande renommée une auréole glorieuse et un nuage qui s^épaissit. Attirés par une puissante sympathie vers cette intcl1igi>nce souveraine et hardie, nous perdons de vue le sens de ses œuvres, nous senlons que les années qui s'écouleat creusent entre lut et nous Un ahjme sans Cesse plus profond.
Qu'est-ce que Molière en clTet ?
Nous ne comprenons phis Sganarelle; Georges Dandin nous est étringer ; Scopin et Ma$cariUe effrayent nos habitudes et nos mœurs; les licences à'Amphiiryon nous répugnent. Nos oreilles s'étonnent des antiques expressions employées par la bourgeoisie parisienne, et prodiguées par Molière.
Partout des allusions qui nous échappent.
Tantôt elles se rapportent à Id vie dn poète, vie si douloureusement (nssioniiée; tantôt à la cour et aux contemporains de Louis XIV. Cette époque brillante, qui précède la revocation de redit de Nantes et qui suit immédiatement le maringe espagnol, célébré dans Tîle des Faisans, ne s'explique pas sans Molière, et Molière ne s'explique pas sans elle.
Une édition vrain:eut populaire de notre auteur comique détail résoudre tous ces problèmes. 11 fallait isoler chacune des eréations du grand homme, les replacer au milieu des circonstances mêmes qui eu ont délerminé la naissance, au sein des élé- Btcnisqni y ont concouru. 11 était indispensable de suivre Alolièie à la piste, depuis ses tréteaux de la porte de Nesk, témoins des pfifrmiers essais de sa troupe juvénile, jusqu'au salon de Ninon de Lcnclos, où fut tramée, parmi les éclats de rifB de Chapelle et de ses amis, la grande cérémonie du Malade imaginaire.
D'où nous vient SganarHle? Quel est le berceau de Jodelet? Ei ce pauvre Amphitryon, pourquoi ful-il joué sur la scène au moment même où M. de Montespan, un autre Amphitryon sacrifié par le Jupiter de Tépoque, allait \i?re dans ses domaines, par ordre de Jupiter? A quoi se rapportent et la Comtesse d'Escarbagnas, et cet autre gentiiiiomme maltraité et immortel^ M, de Fowrceauynac ?
L*(Buvr? de Molière^ nous le répétons, ost up commentair/e perpétuel des premières années de Louis XI Y.
Un 54vac*l, que la sympathie populaire en'.oure, et dont l'enseignement captive la jeunesse,— M. Philaicle Chaslf s, versé dans foutes les littératures deTturope moderne, et qui a fait des origines et du progrès de notre laiigu«i l'objet de l'étude la plus féconde, la pliM lipprofoudie, — M. Pbilarète Chasles a bien voulu se charger de surveiller et d'éclairer celte nouvelle édition de Mol'.èrc, revue par lui d'après les meilleui s textes, et augmentée d*ur commentaire absolument nouveau.
Non-seulement celte édition contient les résultats et ji'jessence des coinmentdires précédents, mais on y trouve pour la première fois la série continue et complète de la vie lit*éraire du grand homme. Tous Jcs faits et toutes les idées qui ont successivement présidé à la créai iou des Pneieusez riiiculesi, du Tartuffe, du Mi" ianthro]pe et des Femmts savunUs y servent de ridre à ces chefsd'œuvre. Les expressions itisolites, les tournures surannées y sont notées et expliquées avec un soin curienx. Enfin, tout en écartant les épines de la sciencp, on n*a oublié aucun des fruits et des conquêtes qui feront de cette édition de Molière, élucidée pbitol que commentée, la véritable édition populaire et définitive.