EURE
l’âme de l'infirme qui se sent humilié. Ces souffrances morales sont d'autant plus grandes, que sa déformation, il le comprend, est devenue incurable, et souffrances d'autant plus vivement ressenties que le développement intellectuel est, chez le plus grand nombre, plus précoce et plus complet.
S'il ne s'agissait que de blessures passagères d'amourpropre dans les occasions où sa difformité lui est rappelée, le déformé pourrait arriver à la longue à s'en consoler.
Mais cette difformité, qui l’expose aux railleries, ne lui permet même pas de réaliser les espérances qu’il avait pu concevoir. Il se verra dans l'impossibilité de suivre la carrière, ou de prendre le métier pour lequel il se sentait des aptitudes.
Il est évident que, dans les milieux riches, le déformé trouve des compensations, mais pour le pauvre, son infériorité dans la lutte pour la vie le pousse, en troublant sa mentalité, à prendre en haine ceux que le sort a moins accablé.
b) Le point de vue social. — En préservant l'enfant des difformités physiques, on lui rend doublement service : au physique et au moral. Les bienfaits de la surveillance physique des enfants ne se limitent pas à la protection de l'individu, ils ont une répercussion sur la collectivité.
. Ne constate-t-on pas que les causes de la dégénérescence physique de notre race deviennent de plus en plus nombreuses : l’alcoolisme, la syphilis, les infections et intoxications de toutes natures jointes au sur-
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menage qu'occasionne la vie suractive de notre époque ont une influence désastreuse sur les générations qui se succèdent, aussi n'est-il pas étonnant d'enregistrer une augmentation progressive et constante du nombre des mal formés. |
La surveillance attentive du physique de l'enfant n’estelle pas un des meilleurs moyens de pallier les effets de l’affaiblissement de la race, en conservant aux jeunes Français la force et l'harmonie du corps ?
= « Protégeons la graine », comme l'écrit le Docteur de Fleury. Les résultats à espérer ne peuvent être contestables et nous le prouverons tout à l'heure par les chiffres déjà enregistrés. Mais par exemple ne voit-on pas, depuis que l’on exerce une surveillance plus rigoureuse de l'alimentation et de l'hygiène de l'enfance du premier âge, une diminution très appréciable de la mortalité infantile ? Dès 1867, Broca émettait d’ailleurs cette hypothèse : « J’admets, écrivait-il, qu’une meilleure entente des soins à donner à l'enfant pourrait amener, non seulement l'augmentation de la population par diminution de la mortalité du jeune âge, mais encore l'amélioration de la race par diminution des individus mal constitués et mal développés ».
Si nous nous placons au point de vue économique nous voyons qu’il y a un avantage sérieux à tout mettre en œuvre pour préserver les enfants des déformations.
Si linfirme est une charge pour la société, qu’est-il en mesure de faire pour elle ? Pas grand’chose. C'est un improductif. |
Improductif parce qu’il est souvent dans des conditions d’infériorité ne lui permettant pas de fonder une
famille, improductif plus généralement encore, parce qu'il ne paiera pas l’impôt du sang. Et, à ce point de vue, les déformés constituent une partie des réformés, des versés dans l’armée auxiliaire et aussi de ces malingres qui, pris par les conseils de révision, ne peuvent, après leur incorporation, être versés utilement dans les compagnies.
La surveillance physique des enfants, en permettant de prévenir ou de soigner à temps les affections graves du squelette, diminuera le nombre des réformés, et ils pourront sans inconvénient affronter plus tard les épreuves du métier militaire, et même en bénéficier.
La nécessité de l'Inspection orthopédique des enfants est donc démontrée par les bienfaits qui en découlent pour l'individu au point de vue physique et moral. Elle est démontrée encore par les avantages qu'elle procure à la collectivité : diminution des charges imposées à la société, accroissement des effectifs militaires, relèvement de l'énergie et perfectionnement de la Race.
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