‹ Une page d'histoire, découverte des restes de trois missionnaires de la Compagnie de JésusChapitre 12 sur 20 · A LA BASILIQUE · texte numérisé non relu

A LA BASILIQUE

par conséc|uent, dans un sens, sont apôtres. Mais ceux-là méritent surtout ce titre qui sont envoyés aux nations infidèles. C'est à eux que s'appliquent spécialement les paroles du prophète Isaïe reproduites par S. Paul : " Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui apportent la bonne nouTcUe de la paix et des vrais biens que Jésus-Christ a procurés à tous les hommes ! "

C'est pour obéir aux prescriptions de notre mère la sainte Eglise que la cérémonie présente paraît plus un deuil qu'une réjouissance. Tant que l'Eglise n'a pas déclaré qu'un serviteur de Dieu est en posession de la gloire du ciel, nous ne pouvons pas lui rendre un culte public, bien que nous soyons convaincus de sa sainteté et que, privément, nous puissions l'invoquer.

Vous vous rappelez, mes Frères, quelle joie ce fut pour Québec lorsque, en 1878, les restes du fondateur de l'Eglise du Canada apparurent de nouveau à la lumière du jour et furent portés triomphalement dans les rues de notre cité. Eh bien, nous avons actuellement devant nous les ossements de trois religieux de l'illustre Compagnie de Jésus qui ont été contemporains du Vénérable François de Montmorency-Laval. Comme lui, ils furent des apôtres et des tondateurs delà religion sur le sol du Canada. Grâce au patriotisme et à la générosité du gouvernement de la province de Québec, leurs noms sont

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gravés sur le marbre, et un superbe monument a été élevé eu leur honneur clans Féglise des Dames Ursulines. Sur ce monument nous lisons les paroles suivantes, abrégé de leur vie apostolique :

" Ici reposent dans le Christ trois membres de la Compagnie de Jésus, dévoués champions de la foi catholique.

" L'un, Jean de Quen, né ù Amiens, explora le premier la région du lac St-Jean, se fit pendant vingt-cinq ans l'apôtre des Algonquins, puis périt à Québec, l'an 1659, à r^ige de cinquante-neuf ans, victime de son dévouement aux pestiférés.

" L'autre, François du Pérou, français et prêtre, consacra vingt-sept années de sa vie à évangéliser les Hurons. Il mourut au fort St-Louîs, sur la rivière Eichelieu, en 1665, heureux d'aller jouir au ciel de la récompense de ses fatigues.

" Le troisième, Jean Liégeois, originaire de la Champagne et frère coadjuteur, aida pendant dixneuf ans les Pères de son zèle intelligent et de ses travaux. Il était à Sillery, protégeant et encourageant les nouveaux convertis, quand, le 29 mai 1655, il tomba mort sous les coups des Iroquois, qui lui transpercèrent le cœur, lui enlevèrent la chevelure et lui tranchèrent la tête. Il était âgé de cinquantequatre ans. "

La relation de 1655 fait l'éloge du Frère Liégeois

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dans un style qui rappelle celui du martyrologe romain : " Ce bon religieux, dit-elle, était homme de cœur tout plein d'amour pour les pauvres sauvages. La charité qu'il leur portait lui a causé une mort passagère pour lui donner une vie éternelle."

Je crois entrer dans l'esprit de cette cérémonie en me renfermant dans les paroles de mon texte : "Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix, de ceux qui annoncent le salut 1" et en vous montrant brièvement que devant Dieu, devant l'Eglise et devant la société civile, le missionnaire est grand.

Devant Dieu le missionnaire est grand.

Mais, me direz-vous, peut-il y avoir quoique choso de beau, quelque chose de grand devant Dieu ? N'est-il pas lui-même toute beauté et toute grandeur? Que sont devant Dieu les actions que les hommes appellent éclatantes, les exploits des grands capitaines et des conquérants ? Que sont les découvertes des savants et les productions des hommes de génie? Tout cela peut-il exciter la louange et l'admiration de Dieu, attirer ses récompenses ? Nullement.

Mais que la charité se trouve dans un cœur, qu'elle porte l'homme le plus petit, le plus ignorant, il donner un verre d'eau froide à son frère, et tout de suite Dieu l'aime, fait son éloge et lui réserve une

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récompense ctcrnelle. Ah ! mes Frères, c'est par le cœur efc par l'amour qui y règne, que l'homme est grand devant Dieu et qu'il force son admiration.

En face de ceux qui, pour son amour, conservent leur esprit et leur cœur dans la pureté, il s'écrie : " 0 quam pulchra est casta gsneratio ! " Devant les êtres sortis de sa main toute-puissante, auxjours de la création, il s'était contenté de dire : " C'est heau, c'est bon 1 " Mais en présence des œuvres de la charité et de l'amour, ce grand Dieu se laisse aller aux transports de l'admiration : " 0 quam pulchra est casta generatio ! "

Egalement, mes Frères, devant les messagers de la bonne nouvelle, devant les missionnaires qui, suivant les expressions de l'Ecriture, volent à la conquête des îimes comme des ilèchcs lancées avec vigueur, comme les nuées emportées par le vent. Dieu s'écrie par la bouche du prophète Isaïe et de l'apôtre des nations : " Quam speciosi pedes evangelizaiitium pacem, evangelizantiam hona ! " Qu'ils sont beaux les pieds meurtris, déchirés à la poursuite des âmes, qu'ils sont beaux !

Cette exclamation à 1 1 vue des pieds du missionnaire nous montre quelle doit être l'admiration de Dieu pour les battements de son cœur, pour les élans de sa volonté, pour les aspirations de son intelligence, excités et mis en mouvement par le zèle de sa gloire et par l'amour du prochain.

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So séparer de ses parents et de ses amis, abandonner sa patrie, affronter tous les dangers, endurer toutes les souôrances, n'est rien poui* le missionnaire. Pourquoi ? parce que, comme Jésus-Christ, il aime jusqu'à l'immolation. C'est ce qu'ont fait saint François-Xavier, saint Claver ; c'est ce qu'ont fait aussi leurs dignes émules, les missionnaires et les apôtres du Canada. Lisez les Relations des Pères de la Compagnie de Jésus dans notre pays, et vous verrez passer sous vos yeux tout ce que le cœur de l'homme est capable de concevoir, d'entreprendre et d'exécuter pour le salut des infidèles et la gloire de Dieu,

Pour bien comprendre la grandeur du missionnaire devant Dieu, il faudrait pouvoir connaître tout le prix des âmes et le désir ardent que Jésus-Christ a (le leur salut. L'âme du sauvage le plus ignorant, comme celle du plus grand savant ou du plus puissant monarque, vaut le sang d'un Dieu. " Allez, allez, disait une sainte personne à sa compagne qui partait de France pour le Canada, allez recueillir les gouttes du sang de Xotre-Seigneur qui se perdent."

Aux yeux de Dieu, non seulement le missionnaire recueille les gouttes du sang de Jésus-Christ, mais, comme son Fils, il est sau,veur. C'est pour ainsi dire son propre Fils courant k la recherche des âmes créées à son image et leur appliquant le fruit

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de la rédemption. Sans doute, les apôtres formés par Jésus-Christ furent plus parfaits que tous les saints, la Sainte Vierge et S. Joseph exceptés, et occupent dans la gloire un rang spécial. Mais il n'y a pas de témérité à dire que ceux c[ui ont marché sur leurs traces, qui ont partagé leurs travaux et leur zèle dans la propagation de l'Evangile, partageront aussi au ciel, dans une certaine proportion, leur gloire et leur bonheur.

Sur la terre, ils ont été grands devant Dieu, et ils le seront aussi dans la patrie céleste.

Si les missionnaires sont grands devant Dieu, ils ne le sont pas moins devant leur mère, la sainte Eglise. L'Eglise militante est comparée à une armée dans laquelle la subordination et l'obéissance aux chefs légitimes lidèlement observées font la force et la beauté, lui assurent des conquêtes nouvelles, des succès sans cesse renaissants dans sa divine mission, qui est de prêcher l'Eviingile à toutes les nations.

Dans une armée, même la mieux disciplinée et la plus vaillante, tous les soldats n'ont pas la même force, la même bravoure, la même ardeur et le même entrain ; aussi la garde du drapeau n'est pas confiée à tous indistinctement.

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Il y a des troupes d'élite, des soldats sans peur et sans reproclie, qui tombent maisj ne se rendent pas. Faut-il livrer un assaut dangereux, escalader une citadelle réputée imprenable, la tâche est assignée aux plus braves, qui partent comme l'éclair. Ils tomberont, mais leurs corps entassés serviront de ponts pour fraîicliir le fossé.

Ainsi, dans T Eglise militante, il y a des âmes fortement trempées, des soldats d'élite. Ce sont ces chrétiens qui, au lieu de dépenser leur jeunesse dans les plaisirs énervants, l'ont employée à la pratique de la vertu, ù la méditation des grandes maximes de l'Evangile, et qui ont compris que le salut d'une âme vaut mieux que la conquête d'un royaume. Ils ont fait un long apprentissage de l'obéissance et de la mortification ; ils ont prêté l'oreille à cette parole du Sauveur : " Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive ! " Ils ont ouvert leur cœur à la divine charité, (pii en a fait comme un brasier ardent, dont la flamme tend à s'échapper et à se répandre au loin.

C'est parmi ces braves que l'Eglise choieit le» missionnaires et les apôtres pour les envoyer jusqu'aux extrémités du monde à l'assaut des citadelles de l'infidélité et du paganisme. C'est à eux qu'elle confie la garde de l'étendard de la croix et leur ordonne d'aller le planter sur tous les

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continents, dans toutes les îles, à l'orient, au coiicliant, au midi, au septentrion.

Par leur dévouement, leurs travaux, leur charité, l'eiiusion de leur sang, les missionnaires surtout prouveront jusqu'à la fin des temps que l'Eglise est sainte et apostolique.

Lorsque nous chantons "Je crois l'Eglise sainte et apostolique," nous n'entendons pas seulement qu'elle a produit des saints dans le passé, dans les premiers siècles de son existence, que la doctrine qu'elle nous enseigne vient des apôtres qui l'ont fondée ; mais nous professons encore qu'actuellement l'Eglise est sainte et apostolique, qu'elle seule produit les saints et les apôtres, qu'elle seule sait engendrer ces hommes au cœur large et généreux, comme étaient ceux dont les cendres sont sous noa yeux ; comme était le premier évoque de Québec, et toute cette légion d'âmes héroïques qui ont présidé à l'établissement de la foi catholique dans nos vastes contrées.

Gloire ù ces héros ; gloire à ces familles religieuses dont les enfants ont porté le nom du Christ jusqu'à l'extrémité de la terre ! Nous devons les honorer et leur rendre grâces. Tout en prouvant la sainteté de leur mère, ils ont, par leurs mérites, grossi le trésor de l'Eglise, amassé ces richesses spirituelles qui, en vertu de la communion des saints, composent le patrimoine commun de tous les fidèles.

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Ali 1 mes Frères, c'étaient des saints, c'étaient de véritables apôtres ces enfants de saint Ignace dont les noms sont présents à votre mémoire et se pressent sur vos lèvres. Ajoutons qu'ils ont été des martyrs. Tous n'ont pas eu la gloire et le bonheur de verser leur sang pour le Christ et pour la diflasion de son Evangile comme Garnier, Brébeuf, Lallemant, Daniel et Jogues ; mais tous, devant Dieu et devant l'Eglise, ont recueilli la palme du martyre par le désir ardent de sacrifier leur vie ; tous ont été des martyrs par les souâVances, les fatigues et les privations de toutes sortes.

Il V a deux ou trois siècles, traverser les mers était déjà une rude épreuve. Elle n'était cependant que le prélude de celles qui attendaient le missionnaire sur notre sol couvert de forêts et habité par des peuplades barbares.

Avec nos moyens si faciles de communications, nous avons peine à nous figurer les fatigues et les dangers éprouvés par les missionnaires dans leurs courses apostoliques sur un territoire immeuse, inconnu, où, à chaque pas, se rencontraient des obstacles et des ennemis.

Que dire surtout des voyages accomplis pendant l'hiver, au milieu des glaces et des neiges, à travers les bois sans chemins battus ? Et, après une journée de marche forcée, quelle était l'hôtellerie qui

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