‹ Une page d'histoire, découverte des restes de trois missionnaires de la Compagnie de JésusChapitre 13 sur 20 · PANEGYRIQUE PRONONCE PAR MGR PAQUET · texte numérisé non relu

PANEGYRIQUE PRONONCE PAR MGR PAQUET

attendait le pauvre missionnaire trempé de sueurs ? De quelle nourriture pouvait-il réparer ses forces ? Quelle couche recevait ses membres brisés par la fatigue ? Pouvait-il même se reposer dans cette cabane étroite, habitée par une nombreuse famille, au milieu d'une atmosphère remplie de fumée et de miasmes ? Comment se défendre du froid pendant l'hiver ?

Ce n'est pas seulement une nuit, un jour qu'il faut passer ainsi dans la compagnie des sauvages, dont les plus humains sont d'une grossièreté repoussante, ce sont des mois et des années. Car ce n'est que par un séjour prolongé que le missionnaire pourra apprendre ces langues étranges qui varient suivant les tribus et les bourgades ; ce n'est que par un séjour prolongé qu'il parviendra à instruire ces enfants de la forêt et à gagner leur cœur, en leur prouvant qu'il ne recherche pas leurs biens mais uniquement leur ame. Non quœrimus vestra sed vos. ( II Cor., XII— 14.)

Ecoutez le récit d'une des courses du Père de Quen. Ce n'est pas la x^lus pénible, parce qu'elle est faite pendant la belle saison. Elle nous donne toutefois une idée des fatigues supportées par ces apôtre.?.

Le Père de Quen est à Tadousac. Il apprend que vers le septentrion, sur les bords d'un lac inconnu des Européens, quelques chrétiens sauvages sont

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malades et désirent un missionnaire. Il prend deux indiens pour le conduire, s'embarque dans un petit canot d'écorce et, cinq jours durant, ils travaillent, depuis le point du jour jusqu'au coucher du soleil, — c'était au mois de juillet, — à remonter les rivières et les lacs, ramant toujours contre des courants ou contre des torrents qui leur faisaient bander tous les nerfs du corps pour les surmonter, suivant l'expression du Père de Quen lui-même.

Ils rencontrent dix rapides ou dix portages qui les obligent à débarquer dix fois pour ipasser d'une rivière à l'autre, ou d'un courant trop rapide à une autre partie de la rivière plus navigable.

Dans ces portages, dont quelques-uns ont une lieue et demie, ils prennent sur leurs épaules ou sur leur tête et le bateau et tout ce qu'il contient et marchent par des chemins où n'ont jamais passé que des bêtes sauvages, tant ils sont affreux, couverts de pierres, d'arbres renversés et de broussailles ; ils franchissent des montagnes escarpées et des précipices cachés dans l'abîme des forêts.

Enfin, ils arrivent sur les bords d'une grande nappe d'eau, terme de leur voyage.

Remarquez que cette fois le missionnaire venait visiter des chrétiens. Les sauvages, dit la Relation, sortent de leurs cabanes pour* voir le premier Français qui ait jamais mis le pied sur leurs terres.

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C'était le 16 juillet 1647. Grâce au Père de Queii, le lac Saint-Jean était découvert et la route fi-ayée aux Européens.

En arrivant sur le bord de ce lac, le généreux missionnaire éprouva une bien douce consolation : car ce qui frappa tout d'abord sa vue fut une grande croix plantée sur un promontoire élevé, qui s'avance dans les eaux et au pied de laquelle les cliréticns venaient prier.

Ces bons clirétien« s'étonnaient, dit la Relation, de l'entreprise du missionnaire, ne croyant pas qu'il aurait jamais eu le courage de franchir tant de difficultés par amour pour eux. Ils le reçurent dans leurs cabanes comme un être supérieur, comme un homme venu du ciel.

Vous avez raison, bons néophytes, braves chrétiens de la nation du Porc-Epic, vous avez raison de regarder le missionnaire comme un être supérieur, comme un homme venu du ciel. Mais vous aussi, enfants de la forêt, vous êtes des êtres supérieurs, venus du ciel où habite notre père commun. Vous êtes les frères de Jésus-Christ. Que dis-je ? Pour cette robe noire, pour cet apôtre, vous êtes Jésus-Christ lui-même !

Le missionnaire porte gravée dans son cœur cette parole de son divin maître : " Tout ee que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moimême que vous le ferez. " Ke vous étonnez donc

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