TROISIÈME PARTIE
LE MINISTÈRE ÂZEGLIO APRÈS SON ALLIANCE AVEC LE CENTRE GAlfCHE — ÉLECTION DE M. RATTAZZI À LA PRÉSIDENCE DE LA CHAMBRE— CRISE MINISTÉRIELLE — SORTIE DE M. DE CAVOUR DU CABINET.
Soumise à la délibération du Sénat du royaume, la loi sur la presse y fut approuvée le 24 février avec 49 voix contre 'S seules contraires. Deux jours après la session parlementaire de 4851 fut close. Celle de 1852 s'ouvrit le 4 mar§. Tendant cet espace de temps une modification survint dans le Cabinet présidé par M. d'Azeglio. Dans une des soirées habituelles dans le carnaval de cette année chez S. A. R. le Duc de Gênes, sur les instances de M. de Cavour, le Roi fit appeler le chevalier Pernati de Momo , intendant général dé la division de Turin, qui était l'un des invités. Il l'exhorta vivement à vouloir accepter le portefeuille de l'intérieur, qui allait être vacant , à cause que M. Galvagno succédait à M. Déforesta au Ministère de grâce et justice. M. Pernati, qui quelques mois auparavant avait refusé, céda cette fois à ces nouvelles instances. Le lendemain il y eut, comme d'habitude j Conseil des ministres chez M. d'Azeglio. M. Galvagno y fut mandé et interpellé par M. Farini, au nom el d'ordre du président du Conseil, pour savoir si, le cas
échéant où M. Déforesla eût renoncé au portefeuille de gardedes-sceaux, il l'aurait lui-même accepté; d'autant plus qu'il n'avait manifesté aucune répugnance pour cet arrangement lorsqu'il gérait déjà ce Ministère par intérim. A la demande de M. Galvagno, si M. Déforesta avait déjà positivement donné sa démission , il fut répondu que c'était bien décidément dans son intention. M. Déforesla avait en effet plusieurs fois déclaré que l'état de sa santé ne lui permettait plus de continuer ses fonctions. Vers la fin de la session de 1851, MM. de Cavour et Farini s'étant chargés d'obtenirde lui une déclaration explicite , il avait ouvertement persisté dans l'afQrmative, sans s'expliquer toutefois ni sur le mode, ni sur l'époque de sa retraite. C'est pourquoi ses collègues considérèrent cette déclaration comme suffisamment positive pour procéder immédiatement au remaniement du Cabinet. Dans l'ignorance de ces particularités , M. Galvagno répondit que, pour obtempérer aux vues du Conseil, mais aussi sous réserve de ses convenances particulières, il aurait accepté sans difficulté. Mais en même temps il demanda qui aurait été son successeur au Ministère de l'intérieur. M. Farini nomma M. Pernati; et ainsi se termina l'entretien. Le ton et la forme de cette communication firent soupçonner a M. Galvagno quelque mystérieuse combinaison qu'on voulait lui cacher. Mais, après tout, n'ayant que des soupçons et rien de précis, il laissa faire. Ses soupçons s'accrurent, lorsqu' après cet entretien^ et de retour à son Ministère, M. le comte Ponza de San Martine, son premier officier, vint lui annoncer inopinément que M. Pernati avait assumé le Ministère de l'intérieur , et que lui avait déjà par lettre demandé sa démission au Roi. M. Galvagno , sondé et interrogé peu d'instants auparavant sur ses dispositions à l'endroit de ce remaniement ministériel, se fâcha vivement de ce qu'on avait agi avant qu'il eût donné son assentiment formel. Il fut aussi vivement choqué de l'étrange procédé de son premier officier, qui avait
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demandé direclement sa démission au Roi, sans l'intermédiaire du ministre. Procédé de tout point contraire aux exigences du régime constitutionnel. Il ne put s'abstenir de retourner aussitôt chez M. le président du Conseil, à qui il manifesta ses plaintes en termes assez énergiques. M. d'Azeglio s'expliqua en disant à son collègue que S. >L lui avait parlé de la sortie de M* Déforesta et de ce projet de remaniement qu'il avait approuvé ; mais que le Roi lui-même était dans Terreur en croyant tout arrangé ; que , du reste, s'il ne consentait pas à cet arrangement, il serait annulé. Ces explications furent loin de calmer la doyloureuse blessure faite à raraour-propre de M. Galvagno. Le lendemain il obtint audience du Roi à Montcalier et déposa formellement sa démission de ministre de Tin teneur; déclarant en outre qu'il ne pouvait accepter la charge de garde-des-sceaux ^ que S: >L voulait bien lui offrir, parce qu'il ne lui résultait pas personnellement qu'elle fût vacante; ne croyant pas en outre qu'on prétendît qu'il bafouât par un acte si injurieux le ministre Déforesta , dont il appréciait les sentiments honnêtes et libérauxj aussi bien que la profonde science de jurisconsulte. Le Roi dit qu'il s'était trompé en croyant que M, Déforesta eût demande sa démission, et ajouta qu'il ne voulait pas qu'il abandonnât le Ministère^ et qu'il espérait bien que les choses seraient combinées de manière à ce que, puisqu'il y avait eu erreur, sa parole royale ne fût pas compromise. M. Galvagno protesta qu'il ne s'était et ne se serait ja^ mais refusé à tout ce qui pourrait consolider utilement le Cabinetj qu'il était disposé à y contribuer spontanément , mais qu'il aimait mieux se retirer définitivement lui-même que d'y être induit par force* Le Roi admit pleinement la justice de la réclamation de son ministre; il lui manifesta le regret de ce malentendu, et le chargea enfin d'en référer au président du Conseil, afin qu'il pourvût en conséquence. Ce fut alors que IL d'Azeglio entra en pourparlers avec M. Déforesta, dont la détermination fut déclarée irrévocable, La
démission de ce dernier fut soumise au Roi qui l'agréa et qui pourvut alors au remaniement ministériel, suivant ce qui était- convenu.
C'est ainsi que s'accomplit cette modification du Ministère Azeglio, modification qui n'est certainement pas dénuée. de toute sorte d'intrigue, mais qui ne fut pas, suivant les soupçons de M. Galvagno, inspirée par M. de Cavour, afin de l'exclure du Cabinet et obéir aux exigences du tiers-parti, qui le voyait avec peine au pouvoir. Que le tiers-parti eût ce désir , il n'y a là rien d'étonnant. Ce serait étonnant si M. Galvagno avait pu s'en étonner lui-même. Il représentait en effet dans le Ministère la répugnance un peu déguisée pour l'alliance accomplie avec le centre gauche. Mais que M. de Cavour voulût exclure M. Déforesta du Ministère pour priver M. Galvagno du portefeuille de l'intérieur, et l'investir d'un autre sans son consentement, c'est ce qui n'est pas croyable et qu'il serait facile de nier absolument. M. de Cavour voyait la nécessité de renforcer le Ministère par un élément nouveau qui se posât come une forte et énergique individualité, ce qui fit appeler M. Pernati (19) au pouvoir, car on pouvait sans crainte lui confier le Ministère de l'intérieur, et d'autant plus qu'on savait que M. Galvagno aspirait au portefeuille de grâce et justice, qui s'effaçait dans les débiles et oisives mains de M. Déforesta. Voilà le secret véritable de tout ce remaniement qui blessa si vivement et à tort M. Galvagno (20). C'est, du reste ^ le cas d'observer avec M. Guizot que les honnêtes gens, quand ils ne sont ni chimériques ni dupes, tombent aisément dans des méfiances extrêmes. Nous ne tarderons pas à voir que cette défiance fut cause d'une rupture qu'on aurait pu aisément épargner.
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A l'ouverture de la sesdon de 1852 les partis politiques se trouvèrent assez modifiés en suite du rapprochement du centre gauclie vers le Ministère* La gauche disposait de 42 voix; le Ministère de 84, Une quarantaine flottait entre la droite opposante et le parti ministérieK Le Gouvernement pouvait cependant, en toute circonstance grave et d'intérêt public, compter sur cette fraction guidée parM. PinelH et qui devait, hélas! trop tôt être privée de son cheL C'est dans ses rangs que se distinguaient entre autres MiL Bohnida, Déforesta, Salmour^ Sappa, Ricotti, Brignone, Demarchi, Santarosa, Lisio, Durando, Mameli, Arnulfo, Bellono. La droite pure se trouva réduite à 19 membres, parmi lesquels étaient MM. Balbo, Revel, Ménabrea, Arconati, De Viry et Despine. Quinze députés, notamment MM, Avigdor, Broiïerio, JosU, Manlelli^ J.-B. Michefini, Ricci Vincent, Siotto Pintor, hésitaient sur le parti auquel ils devaient se rallier. L'élection du 4 mars de deux vice-présidents de la Chambre, put fournir quelque indice sur les dispositions des divers partis parlementaires après la récente, modification ministérielle, La nomination du premier vice-président dans la personne de Mp Gaspard Benso no souffrit aucune difficulté; tandis que celle de M. Rattàz^i, chef du tiers-parti, appuyée personnellement par M, de Cavour, ne réussit qu'à la troisième épreuve. Dans les deux premières votations il eut pour lui tous ceux qui avaient vu la fusion d'un œil satisfait. Les membres de la gauche divisèrent leurs voix entre MM. Tecchio et Sineo, Ceux de la droite portèrent M* Mameli. En définitive, sur 114 voix^ 71 se portèrent sur M, Raltazzi, appuyé aussi par la gauche qui abandonna son premier candidat en désespoir de cause. Les 43 autres se portèrent sur M* Mameli^ appuyé par la droite et par une grande partie de la fraction pinellienne.
La nomination du second vice-président dans la personne de M. Rattazzi, faite sans que MM. d'Azeglio et Galvagno eussent été consultés, produisit quelque impression dans le public Elle avait nécessairement ému la diplomatie qui, suivant l'usage, serrait de près le président du Conseil, et ne manqua pas de l'accuser de ce résultat comme d'un premier pas du Ministère vers le parti pour qui il sympathisait et qu'on dépeignait comme un ramassis de démagogues et de révolutionnaires. Cependant M. Galvagno chercha, par les raisons les plus plausibles, de rassurer M. d'Azeglio, en lui disant qu'on ne devait pas donner plus d'importance qu'il ne fallait à cette nomination, qui, après tout, n'était qu'une simple affaire de règlement intérieur de la Chambre. Les vice-présidents, d'ailleurs étant au nombre de deux, il était d'usage dans tous les Parlements d'en nommer un dans chacune des deux grandes nuances de parti de la Chambre; or, le Ministère se trouvait dans la condition la plus favorable , puisque, non-seulement l'un était positivement ministériel, mais l'autre, choisi en dehors de l'opposition, représentait la fraction récemment rapprochée du Ministère. M. d'Azeglio était presque complètement rassuré sûr le résultat de cette nomination, lorsque le 14 mars une correspondance de Turin de ï Indépendance Belge lui tomba sous les yeux. On y présentait l'élection de M. Rattazzi à la vice-présidence comme le résultat d'une candidature ministérielle. Cette révélation le poussa à bout, et le même jour il expédia aux agents diplomatiques du Cabinet une circulaire, dans laquelle il déclara nettement que jamais M. Rattazzi n'aurait été accepté par le Ministère ; que jamais celui-ci n'aurait associé sa politique à celle du centre gauche. L'envoi de cette circulaire eut lieu à l'insu de M. de Cavour, avec lequel le président du Conseil, pour éviter des tiraillements désagréables, était déjà en termes peu intimes; tellement que , dans la crainte de fâcheuses conséquences, il évitait toute discussion qui pût éveiller quelque vivacité.
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Le jour avant que M. d*Azeglîo expédiât cette circulaire, il arriva un fait qui parut au premier aspect dévoiler de Tincertilude et de rhésitation dans la majorité acquise auMiniâtére. Ce fut à propos de la discussion sur les fortifications de Casai, Quelques mois avant que les événements du 2 décembre eussent donné une solution aux questions pendantes en France; en ces jours d'anxiélé, de soupçons, de craintes du plus sombre avenir ; en ces jours où tous les gfouvernements se disposaient à une lutte qui paraissait inévitable; où 'l'Autriche enfin fortifiait les rives du Lac-Majeur, les abords de Milan, renforçant les garnisons , amassant les munitions sur TAdige et à Vérone, le Ministère, présidé par M, Maxime d'Azeglio, avait jugé prudent de pourvoir avec nrgence à la défense de FËtat et de lui conserver sa pleine, entière et absolue indépendance d'action. Le moyen le plus simple était, il est vrai, celui de présenter un projet de loi au Parlement. Mais ce moyen faisait craindre des longueurs. Il faisait en outre surgir des autres inconvénients. En eilet, si dans les conditions où se trouvait alors rEuropCj et dans Télat des relations du Piémont avec les autres puissances, le Gouvernement se fut aventuré à demander au Parlement un crédit de quelque importance pour ériger des fortifications, des discussions vives et passionnées se seraient certainement élevées et auraient produit le plus fâcheux effet sur les gouvernements soupçonneux de F étranger. N'était-ce pas se créer h plaisir des remontrances, des récriminations, des difTicultés; se soumettre à des conseils plus ou moins sincères, mais intempestifs; chercher, en un mot, des obstacles à T exécution d'un acte regardé et reconnu comme un moyen de salut indispensable? 11 y avait de plus. A répoque où le Cabinet aurait du présenter ce projet de loi des lortificatiuns de Casai, le ministre des finances venait
d'obtenir la faculté de contracter un emprunt à Tétranger et de le négocier avec F Angleterre. Or, si dans ces circonstances la discussion sur les fortiûcations avait soulevé des vifs débats, elle aurait été certainement mal interprétée par les amis et les ennemis du Ministère , sous le point de vue politique et financier ; car les intéressés à la non réussite de cette opération de crédit n'auraient pas manqué de réunir tous leurs efforts pour la rendre dif&cile, et la faire avorter. Le Ministère se trouvait donc entre Talternative ou de laisser le pays sans défense là où l'attaque pouvait être possible et même probable, ou d'exposer lui-même sa propre responsabilité. Le Cabinet avait cru devoir se tenir au second de ces partis. A l'ouverture de la session de 1852, le mi^ nistre de la guerre vint demander au Parlement l'autorisation de compléter les travaux de fortiûcation de Casai et un bill d'indemnité pour ceux déjà accomplis. Le Parlement, jaloux de ses prérogatives , jugea à propos d'infliger au Ministère une sévère leçon pour ne pas donner force à un semblable précédent. En effet, après une vive discussion, dans la séance du 13 mars on procéda à la votation, Qt le Ministère ne s'en lira qu'à une bien faible majorité; car 59 voix protestèrent contre 67 qui approuvèrent. Peu de jours auparavant, du reste, le Ministère avait obtenu une majorité considérable à l'occasion du débat sur l'état de siège qu'il avait décrété dans plusieurs localités de la Sardaigne^ où des troubles avaient éclaté. C'est pourquoi la modification postérieure dans la majorité pouvait être considérée comme un accident tout à fait exceptionnel, et ne signalait en aucune façon un commencement d'hostilité contre le Ministère.
Dans le sein du Sénat les débats furent encore plus vifs. Le comte Gallina porta la question sur le terrain politique. Avant de donner son approbation il insista pour que le Ministère donnât des explications sur l'alliance avec le liers-parti.de la Chambre des députés, a Le Sénat, dit l'ancien ministre des finances du roi Charles-Albert, dans la séance du 3 avril, le
\h7 Sénat n'est pas assez renseigné sur les causes qui peuvent induire le Ministère à suivre cette ligne politique plus que toute autre. L'opinion publique cherche à en sonder les motifs. Les fortifications de Casai sont un argument trop commode. Je demande au Ministère, je demande au président du Conseil, dont l'opinion, vierge encore, a pu être jugée par des actes antérieurs, qu'il déclare et donne au Sénat des explications sur la politique qu'il suit et qu'il veut suivre désormais, et que ces déclarations soient telles que le Sénat puisse se prononcer dans la nature de sa confiance et d'une plus ou moins complète satisfaction. Je dis donc que ce changement de politique tel qu'il apparaît, cette direction vers une ligne plutôt que vers une autre, est d'un grand poids dans la marche de la chose publique; d'un grand poids lorsqu'on a à discuter d'impôts, surtout en notre pays où, par le morcellement de la propriété, la matière contribuable en couvre tout le territoire; lorsque ces impôts doivent peser sur chaque individu, lorsqu'enfin la famille entière des citoyens en sera écrasée. Cette aggravation est, il est vrai, nécessaire, indispensable comme conséquence du passé. Mais elle est telle aussi, que le contribuable, le citoyen, doivent absolument savoir à quel usage, dans quel but, avec quelle idée ces impôts sont demandés. Je fais ici allusion aux paroles naguère prononcées par notre honorable collègue le marquis de Montezemolo. Il a parlé d'une opinion \ague sur des projets de guerre future, non pas de guerre européenne, mais de guerre nationale. 11 a combattu ces idées qui, dit-il, n'étaient pas admissibles. Je m'associe de grand cœur à cette opinion. Je crois cette guerre impossible; et j'ai le bonheur d'être en ceci d'accord même avec le sentiment exprimé par le député de Strambino (M. d'Azeglio) lorsqu'il s'adressait à ses électeurs. Je considère ses paroles comme durables, je les tiens pour irrévocables, parce que telles furent toujours les paroles du noble ministre. Mais il n*est pas moins vrai que cette nouvelle tendance exige des
explications ; que le Sénat a le droit de poser la question dans les termes suivants : — Hier le président du Conseil, en paroles éloquentes, vous parla de bonne foi. Messieurs, quand le président du Conseil invoque la bonne foi, croyez alors sans crainte. — Eh bien ! c'est à la bonne foi que je m'adresse pour obtenir ces explications que je crois indispensables. Il faut que l'opinion publique sache en quelle voie on entraine le pays. Il faut qu'on sache quelle est la direction de la politique pour accorder la confiance que le Ministère demande. Le vote que j'aurai à émettre sur la question sera dicté par la réponse qui nous sera faite. »
M. d'Azeglio se leva aussitôt pour répondre à l'interpellation de M. Gallina: « Le désir de toute ma vie, dit-il, a toujours été d'être et de paraître clair pour tout le monde, et de suivre une politique que je pusse en toute occasion, en tous lieux et en tout temps professer et expliquer. Je remercie donc l'honorable préopinant de m'avoir procuré l'occasion de répéter ce que j'ai déjà dit dans l'autre Chambre, et ce qui, du reste, est parfaitement clair pour ceux qui ont eu la patience de lire mes écrits. Car, depuis que j'ai commencé ma carrière politique, je pourrais même dire depuis que j'ai commencé à penser, ma politique a toujours été la même , c'est-à-dire celle de la justice et de la liberté , celle de la dignité et de l'indépendance. Sans m'arrêteraux allusions présentées par l'honorable préopinant, et auxquelles le président du Sénat a opposé quelques observations, je me contenterai de redire, et si l'on veut de commenter ce que j'ai déjà dit à la Chambre des députés. J'ai dit que j'étais entré au Ministère en professant une politique, que j'étais resté au Ministère, même trop longtemps, en avouant cette même politique, et qu'avec cette même politique j'en sortirai. Cette politique, messieurs, est, je le répète, celle de toute ma vie. C'est-à-dire celle de me tenir entre les deux partis extrêmes, de conserver le Statut, rien de plus que le Statut, rien de moins que le Statut. Il y a des circonstances.
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messieurSj où ce maÎDtieû entre deux partis extrêmes prend nécessairement Tapparence d'oscillation politique, comme roscillalion matérielle d'un homme qui^ tiraillé de doux côtés, ne pourrait s'empêcber de céder plus ou moins à ces deux forces contraires, quelle que fut sa force de fixité. Ce mouvement, lorsque le Ministère était tiré trop à droite j il Ta fait a {^^auche par une nécessité naturellement dynamique; et lorsqu'il était tiré trop à gauche, il a fait de même un mouvement à droite. {Hilarité gèiérale) Or, messieurs , je me plais à le répélerj le Ministère n'a nullement changé de polîtîf|ue. 11 continue celle qu'il a commencée,
u Je prie le Sénat de considérer qu'il y a des circonstances dans les temps d'esprit de parti^ d^agilation morale, qui développent des craintes, des soupçons sans corps, des fantasmagories ^ des illusions, il est vrai, mats qui peuvent créer des dangers pour TÉtat. Maintenant , puisque Thonorable préopina ni à aflirmé que j'avais toujours été franc et ouvert, ce dont je m'honore, je veux rétre encore en cette occasion. On a répandu dans l'opinion publique que nous étions en discorde dans le Ministère- Dans tons les Ministères du monde, comme entre deux seules personnes, qui discotent d'afTaires ensemble, il arrive le moment où l'on n'est pas de la même opinion. Personne d'entre nous n*est peut-être le même dans l'espace de 24 heures. M n'y a donc rien d'étonnant s*il se présente des points sur lesquels les opinions sont divisées; et puisque l'honorable préopinant a si bonne opinion de ma bonne foi, je puis certifier au Sénat, tout en rassurant l'opinion publique , que le Ministère est parfaitement d'accord en ceci : qu'il faut s'en tenir scrupuleusement au Statut (et cela ne fait pasquestioUj et en cela i! ne faut plier ni à droite ni à gauche), comme il est parfaitement d'accord pour soutenir notre indépendance à tout prix. S'il y a des personnes qui, je ne dirai pas converties, car nous n'avons pas la prétention de convertir, voulant bien nous considérer comme le moindre des maux possibles,
OU pour tout autre motif nous offrent et nous donnent leurs voix , nous ne devons ni ne pouvons certainement les repousser.
« Quant à la question principale , sur laquelle le Ministère, même en désaccord sur tout le reste, se réunirait toujours, je veux dire celle de l'indépendance nationale qui est liée à la question de finance, je dirai qu'hier, quand j'eus l'honneur de m'adresser au Sénat , je parlais des sacrifices faits jusqu'à ce jour, et je citais ceux de la guerre de 1706, lorsque l'armée française assiégeait Turin. Réfléchissant ensuite aux paroles que j'avais eu l'honneur d'adresser au Sénat, il me vint à l'idée que j'aurais pu faire une observation, qu'en ce moment là m'est échappée et qu'aujourd'hui je demande au Sénat la permission d'exposer. Il est un fait singulier que la Maison de Savoie a été et est toujours une de ces dynasties qui a le plus demandé de sacrifices de sang et d'argent. Puisque les ducs Charles-Emmanuel I et II, et le roi Victor-Amédée II demandèrent à leurs sujets leurs vies et leurs richesses, on pourrait demander ce que ces souve-. rains leur donnèrent en retour. Messieurs, ils donnaient au Piémont l'indépendance, la dignité et l'honneur. Mon argument est donc que le peuple piémontais particulièrement se soumettra de grand cœur aux charges nécessaires pour maintenir le Statut et l'indépendance de la nation. Oui, l'on entendra aussi des hauts cris, mais ceux qui crieront seraient les premiers à crier encore plus, si au lieu de conserver au pays, comme nous nous sommes efforcés, sa dignité devant l'Europe, sa légitime défense contre toute attaque, son indépendance et son honneur, on négligeait ces devairs sacrés en reculant devant des sacrifices d'argent. J'ai une trop haute idée du pays où je suis né, pour n'être pas persuadé (et les exemples du passé me confirment dans cette persuasion) qu'en Piémont les dépenses que nous ferons pour défendre notre indépendance seront toujours approuvées par la nation, et que la nation nous condamnerait si nous lui