‹ Une page d'histoire: les francs-tireurs de la Sarthe, journal d'un commandnatChapitre 6 sur 10 · AUX AVANT-POSTES · texte numérisé non relu

AUX AVANT-POSTES

Le lendemain, rarm6e de la Loire remportait sur les Bavarois , commandes par le general comte de Tbann , la victoire de Coalmiers.

Ce brillaDt succes^ dont la nouvelle bientdt repandue au loin enthousiasma tous les coeurs, venait de prouver de quel patriotisme et de quel courage etaient animes ces jeunes soldats qui, r^unis en quelques semaines et ignorants pour la plupart des choses de la guerre, n'en avaient pas moins aborde un adversaire nombreux et redoutable avec Taplomb et la solidite de vieilles troupes.

La lutte, commencee dans la matinee, ne s'etait terminee qu'a la nuit , et avait eu pour resultat d'obliger Tennemi a evacuer non-seulement ses positions retranchees de Baccon , Coulmiers, Rosieres , Ormeteau , £pieds , Gemigny , Cbamps

et Saint-Sigismond , mais encore de quitter precipitamment Orleans, pour battre en retraite en arriere d'Artenay.

Je ne raconterai pas cette bataille. Elle a ete decrite d'nne facon trop complete par MM. les gen6raux d'Aurelle de Paladines et Ghanzy, pour que je me permettede parte r apres eux des phases et des p6ripeties de cette grande et belle journee. Du reste^ sauf quelques coups de fusil echanges peu aprfes notre depart de Prenouvellon — a hauteur de Poiseanx — avec un escadron de cuirassiers, les francs- tireurs de la Sarthe ne prirent qu'une part tres-secondaire au d^anfie sanglant du 9 novembre.

Charges, de concert avec les francs-tireurs de Paris , de reconnaitre des la pointe du jour les villages de Tournoisis et de Saint-Peravy, nous eAmes ensuite a observer la route de Ch4teaudun a Orleans. A cet effet, nous occupames Villamblain , couvrant ainsi , concurremment avec la cavalerie du general Reyau, I'aile gauche de I'armee. II etait environ midi ; Taction etait devenue generate.

Vers cinq heures, nous nous portions de nouveau en avant dans la direction de Tourpoisis. Au m^me moment^ le general Reyau , qui avait eu le tort de s'ecarter des instructions qu'il avait reQues et dont les escadrons avaient souffert beaucoup devant Saint-Sigismond , regagnait ses emplacements du matin ; nous ayant apercus et pris pour une colonne prussienne , il fit prevenir le general Chanzy que. son flanc gauche Stait menace.

Cette meprise impardonnable faillit nous ^tre funeste, car le general Reyau avait ordonnea son artillerie d'ouvrir le feu sur nous. Fort heureusement I'erreur fut reconnuea temps ; mais la nuit arrivait, et il n'etait plus possible de se lancer

a la poursQite de Tennemi , qui nous echappa et se retira en bon ordre.

Sans les fautes que commit M. le general Reyau dans cette journee, les resultats deja si considerables de la bataille de Coulmiers eussent incontestablement ete immenses , et nous eussions marche sans encombre sur Paris.

Le 10 > dans la soiree, les francs-tireurs de Paris et les francs -tireurs de la Sarthe occupaient Patay, abandonne pen d'beures auparavant par les troupes bavaroises. — La veille, le bataillon de Foudras avait couche a Villamblain , tandis que le corps Lipowski etait rentr^ dans son cantonnement de Thiville.

A notre arriv^e a Patay, toutes les portes etaient closes, pas un habitant n'osait se montrer, tellement on 6tait encore sous I'empire des rigueurs de la domination prussienne. Notre premier soin fut de fortifier le village^ et bientot de hautes et solides barricades en defendirent toutes les issues.

La nuit se passa sur le qui-vive; le lendemain, une fausse alerte nous faisait prendre les armes , mais tout se borna pour nous a une reconnaissance que quelques compagnies pousserent jusqu'a Rouvray, et oil plusieurs cuirassiers blancs et des uhlans furent enleves par nos hommes.

J'interromps mon recit pour dire qu'a

cette meme date, je lus dans le Bulletin de la R^ubliqtte Francaise qu'un corps de francs-tireurs venait d'etre dissous, pour avoir manque d'energie devant Tennemi.

Nous ne nous doutions guere que cette decision du minis-

tre de la guerre, Monsieur Gambetta, nous concernait ; et, cependant , je ne tardai pas a apprendre indirectement que c'etait de nous quMI s'agissait. Indigo^ et me perdaut en conjectures sur ce qui pouvait nous etre reprbcbe, je partis aussitdt pour Tours, apres avoiii.confie le commandementdu balaillon a un de mes capitaines.

Apres bien des demarches infructueuses au ministere , on me confirma enfin notre licenciement, sans toutefois consentir a me communiquer le rapport qui I'avait motive. Chose incroyable ! a I'heure ou je rassemble ces souvenirs y je suis encore a ignorer la nature de cette plainte que, quelle qu'ell'e soit, je qualifie d^nfamie.

Tout me donna a penser , d'apres certaines conversations que j'eus avec des employes subalternes, carje ne pus obtenir d'approcher ni deM. Gambetta ni de M. Freycinet, que c'etait a Chartres — oil nous n'avons pas 6te engages — que Ton nous accusait d'avoir failli a notre devoir. J'entrevis la une vengeance de M. E. Labiche , prefet d'Eure-et-Loir , qui avait voulu nous punir de Particle du Journal d'Alengon , que j'ai cite precedemment et auquel, commeje Tai deja dit, je suis completement etranger.

Courrouc6 de cette facon d'agir du gouvernement , je menagai de r6clamer par la voie de la presse, et j'allais publier dans les journaux de Tours une protestation ener-

ft

gique , quand le hasard me mit en rapport avec M. Glais- Bizoin. Je lui fis part de mes ennuis et de mon projet d'ebruiter cette affaire, si justification ne m'etait immediatement rendue. II s'engagea a me renseigner , chercha a me calmer^ et , d6s le lendemain , il m'apprenait que mon corps etait maintenu et que je n'avais qu'a retourner a mon poste.

La Ugiret4 avec laquelle procedait le ministre ne me satisfit pas : j'insistai plus que jamais pour qu'une retractation officielle pariit au Maniteur. On se fit bien un peu prior ; enfin M. Byse, chef du cabinet de M. deFreycinet, me soumit quelques lignes ecrites en ma presence , me dormant satisfaction entiere , et qui devaient etre inserees le soir mSme.

Sur cette assurance, je rentrai a Patay, et ce ne fut que le U decembre , — un mots apres environ, — que le Monileur du 9 me tombant sous la main , j'y trouvai cette note :

« M. de Foudras, commandant des francs-tireurs de la » Sarthe, ayant continue a faire son devoir devant Tennemi, » est autoris6 a conserver le commandement dont il avait » ete releve. »

Je dus me contenter de cette reparation bien differente de celle que Ton m' avait promise. On n'avait pas et6 plus juste a regard de mon corps ; comme nous servions notre pays et non un parti , mes braves volontaires et moi ne nous decourageaines pas , et redoublames au contraire de zele et de courage.

Le 42 , les positions de Tarmee fran^aise etaient : Pour le 45® corps, — le grand quartier general aux Ormes — ses divisions s'^tendant de Cercottes a Gidy et Ghevilly , ses reserves et ses pares aux Barres et aux Ormes ; uoe brigade a Orleans.

Pourle 46* corps, — le quartier g^n^ral a Saint-Peravy — la 4^^ division (amiral Jaureguiberry), etablie de Saint- Sigismond a Coulimelle , et de Saint-Peravy jusqu'k Boulay, par le Mesnil, Romiily, Coinces et Bricy. La 2® division

(g6n6ral Barry), de la ferme de Nuisement a la Haiite-fipine, occupant les villages de G^migny , Rosieres el Coulmiers.

La division de cavalerie elail campee entre Coulimelle et Tournoisis, en -arriere et parallelement a la route de Ch^teaudun.

Les avant-postes du 16® corps, a partir du 13, furent repartis de la mani^re suivante :

A Patay , les francs-tireurs de Paris , les francs-tireurs de la Gironde et deux escadrons du 4*^ de cavalerie l^gere mixte ;

A Peronville, les francs-tireurs de Saint-Denis; a Terminiers (Eure-et-Loir), — en avant de Patay — les francstireurs de la Sarthe, dont deux compagnies d6tach6es a Sougy (Loiret) , a proximite de I'ancienne route de Chartres a Orleans.

Cette ligne d'avant-postes, qui couvrait complelement le front du 16® corps, etait sous le commandement du colonel Barbut, officiertres-actifetdes plus vigoureux. Le lieutenantcolonel Lipowski , pour les operations d'ensemble, avait sous ses ordres les corps de francs-tireurs que je viens de nommer.

De Patay a Terminiers la plaine est legerement ondulee , comme du reste tout le pays , soil qu'on se tourne du cote de Gommiers et de Guillonville , soit qu'on regarde dans les directions de Faverolles, Loigny et Lumeau. Quelques bouquets de bois ou plutot des fourr6s sont plantes de distance en distance. Terminiers etant construit sur un plateau en pente douce , la vue de ce point pent embrasser une assez vaste etendue, et plonger meme, a I'aide d'une longue-vue, jusqu'en avant d'Orgeres.

Deux chemins de grande communication, qui partem de Terminiers, conduisent, Tun a Loigny par Faverolles , le chateau de Villepion el la ferme deVillours; I'autre, a Lumeau par Neuvilliers, en traversanl I'ancienne route de Chartres a Orleans. Ces chemins sont bons et les villages qu'ils desservenl bien batis ; les maisons, entourees generalement de jardins , peuvent offrir de veritables positions defensives.

C'est cetle contree que nous etions appeles a surveiller, et cela avec d'autant plus de soins et de precautions que , tandis que le general de Thann reformait ses Bavarois a Elampes, le grand-due de Mecklembourg , qui venait de prendre le commandement de I'aile droite de I'armee allemande, massait ses forces a Chartres ; ses eclaireurs rayonnaient deja de Janville a Bazochesrles-Hautes , et au-dela.

i5 Novembre. — Le bataillon quitte Patay a cinq heures du matin, pour aller occuper le poste de Terminiers qui lui est assigne.

Peu apres noire arrivee, un olTicier mpnte dans le clocher signale sur la route de Loigny un delachement de cavalerie prussienne : ce sont des uhlans. Les francs-tireurs, embusques derriere des haies, a I'entree du village, laissenl approcher I'ennemi , puis ouvrent le feu sur ces cavaliers, en tuent un, blessent plusieurs chevaux, et mettent en fuite le reste de la troupe, qui est vigoureusement poursuivie. Dans cette poursuite, deux hussards du 6^, que Ton m' avail adjoints pour les besoins du service, parviennent a s'eraparer d'un homme qu'ils font prisonnier, et le ramenent ainsi que son cheval atteint de quatre balles dans le ventre.

14 Novembre. — Les 3® el 4® compagnies parlent pour Sougy : elles devront fournir des postes aux £chelies et aux Ouvans.

Sur les onze heures, les Allemands se montrent plus nombreux encore que la veille. La !'• compagnie, qui s'est

aussil6t portee au-devant d'eux , ne tarde pas a les obliger

a baltre precipilamment eu retraite, les suivanl au pas de course et en tiraillant jusqu'en dehors du village de Faverolles, oil quinze des nolres restent de grand'garde pendant la nuit.

iS et 16 Novembre. — Reconnaissance executee dans la direction de Loigny ; nous rentrons a Terminiers dans le courant de la soiree sans avoir aper^u Tennemi.

Le lendemain, repos pour les 1'® el 2® compagnies.

Le lieutenant-colonel Lipowski , a la tele d'un certain nombre de ses francs-tireurs , d'un peloton de chasseurs, el appuye par la 4® compagnie des francs-tireurs de la Sarthe, pousse une poinle sur Viabon, ou il surprend un regiment de lanciers. Deux escadrons sedefendent avecacharnement, pour donner au prince Albrechl, loge dans le bourg, le temps de se sauver. On leur tueune vinglaine d'hommes^ on leurfait un prisonnier el on prend huit chevaux. Apres avoir couche au chateau de Cambrai , noire colonne regagne Patay par Voves et Tillai-le-Beneux. Non loin de ce dernier village, elle rencontre et allaque un fort delachement de uhlans qui venait de Janville. Les Prussiens essaienl de resister , mais tournenl bienlol bride, laissanl plusieurs morls sur le terrain.

Cetle expedition de Voves tit lomber enlre les mains du lieutenant-colonel Lipowski un ordre demouvement adresse

par le grand-due de Mecklembourg au prince Albrecht. 11 ressortait clairement des instructions contenues dans cette piece que le projet des generaux allemands etait d'atlirer notre attention du cote de Chartres, pour permettre au prince Frederic-Charles d'accourir de Metz sur la Loire.

17 Novembre. — J'organise un service d'espionnage.

Le metier d'eclaireur ne consiste pas seulement a veilier jour et nuit aux avant-postes ; il faut aussi savoir interroger , deviner, tlairer, eventer, ^- en un mot espionner.

Depuis longtemps deja les francs-tireurs de Paris emplpyaient ce moyen avec succes; jesuivis leurexemple, et je designai tout d'abord , pour remplir cette mission delicate et perilleuse, le sous-lieutenant Grisot de Chilly, le serg€V^tfourrier Berard, le caporal Gagniere et le manchot Mandounet, ce volontaire que j'avais tant hesile a admettre parmi nous a AlenQon.

Ces braves partirent resolument pour penetrer dans les lignes ennemies. Le premier devait se faire passer pour un gargon patissier retournant chez lui , a Bonneval ; le second etait un jeuneabbe, envoye par une famille d'un de nos departements de I'Esl a la recherche de parents qui s'etaient sauves du cote de Chartres ; le troisieme portait la balle d'un honnete Auvergnat ; enfin Mandounet etait un meunier des bordsdu Loir, qui se proposait d'offrir ses grains aux Prussiens.

Le caporal Gagniere ne reparut jamais au bataillon. Ce

malheureux, victime de son devouement, fut sans doute

fusille, peut-elre meme pendu dans quelque coin desert de la

Beauce. Gagniere etait marie et pere de quatre enfants.

Nous restames bien des semaines sans avoir aucune

nouvelle de notre abbe. II nous rejoignit cependant a Laval , a la fin de Janvier 1871 , apres avoir et6 promene de ville en ville et de village en village, a la suite d'un reginient bavarois, donl les chefs le garderent a vue jusqu'a Belesmes, oil il parvint, non sans peine, a s'echapper.

L'olficier et le franc-tireur Mandounet eurent plus de chance que leurs deux camarades. lis renlrerent sans avoir ete inquietes, rapportant de leur expedition des renseignements precieux sur les positions occupees par les troupers du grand-due de Mecklembourg.

Le sous-lieutenant Grisot de Chilly me donna des details precis et curieux sur les signaux employes par nos redoutables adversaires. Ainsi , outre ces fusees de couleurs diverses qui transmettaient des ordres a tous les corps d'armee places sous le commandement du meme general , ils se servaient encore de points lumineux appliques par un systeme tres-simple : a I'aide d'ecrans, qui cachaient ou laissaient passer la lumiere , ils produisaient des eclipses plus ou moins longues. Le premier obturateur masquait un verre blanc et le second un verre rouge. Les couleurs ^mises et la dureede remission suffisaient pour constituer un alphabet de convention analogue a celui employe dans la telegraphie electrique. 11 avail de meme remarque que les sentinelles correspondaient entre elles par des mouvements executes avec le fusil, et que les vedettes, bien que postees quelquefois a une grande distance les unes des autres, apprenaient toim^en un instant, qu'un danger etait proche. Dans ce cas-la , c'etait le cheval qui parlait en se tournant a droite ou a gauche , en se presentant de face, en pirouettant sur Iui-m6me ou en pliant sur ses jarrets. Chacune de ces evolutions avait une signifi-

cation particiiliere. — Enfin, chose p6nible a avouer, il s'etait convaincu que la population des campagnes, en partie, secondail I'ennemi : le roeunier , par exemple , en faisant tourner les ailes de son moulin d'une certaine fagon ; le bucheron , en pla^anl an bord de la route un nombre determine de fagots ou en faisant uneentaille auii arbre indique, etc., etc.

Mandoupet avait trouve le moyen d'approcher dn general Hahn, a Germignonville, et, sous le pretexte de s'engager a lui livrer une grande quantite de farine , il avait acquis la certitude qu'une concentration considerable de cavalerie allait avoir lieu aVoves, Saseray, I'Hopileau el autres villages environnants sur la route de Ch^rtres a Chaleaudun. Mon franc-tireur eiait revenu tout fier a Terminiers , inuni de laissez -passer signes en blanc, qu'il avait obtenus du chef prussien.

D'apres les faits que je viens de citer, et qui se renouvelerent plus d'une fois pour nous durant la campagne, on doit regretter que le service d'espionnage n'ait pas ete organise sur une vaste echelle. Les resultats que Ton en aurait obtenus eussent pu etre immenses.

18 Novembre. — Sur differents points , nos reconnaissances culbutent de petits detachements de cavalerie qui cherchent a penetrer dans nos lignes. A Villiers, a Chatean- Cambrai, en avant de Sougy et a hauteur de la ferme Chauvreux, partoat les uhlans et les hussards prussiens sont repousses par les francs-tireurs de Paris et les francs- tireurs de la Sartbe avec des pertes plus ou moins sensibles.

Les tatonnements persistants de Tennemi prouvaient que nous avions ete bien inforines, et que le mouvement du corps de Mecklembourg se continuait activement.

Un froid assez intense a succede au temps tiede et humide que nous avious depuis le lendemain de la bataille de Coulraiers ; mais personne ne se preoccupe de ce changement de temperature : chacun, officiers et soldats, ne pense qu'a se multiplier.

19 et W Novembre. — Dans la matinee, les capitaines Tetart et fieauguitte, qui commandent les compagnies detachees a Sougy, trouvent pres de Lumeaii un pigeon-courrier qui, extenue de fatigue, etait tombe dans un champ. Cette pauvre petite bete avait du quitter Paris dans le courant du mois d'oclobre , ainsi que I'indiquait le timbre imprime sous Tune de ses ailes ; un deuxieme timbre , de Tours , etait dale du 18 nevembre. Ce pigeon etait porteur de plusieurs milliers do depeclies, transcriies d'apres le systeme Steenackers. 11 fut immediatement porte a Saint-Peravy , et remis entre les mains du general Vuillemot, chef d'etat-major du 16'- corps.

Les 1*^° et 2*^ compagnies appuient une reconnaissance de chasseurs a cheval qui, partie de Patay, se dirige sur Orgeres.

A peine avions-nous depasse les dernieres maisons de Nonneville, qu'un escadron de hussards noirs et une cinquantaine de cuirassiers debouchenl au grand trot par le chemin qui mene a Villerand. Nous nous replions sur le village, et je fais aussitot occuper les jardins qui avoisinent la route; nos cavaliers, abrites derriere des pans de mors, se tiennent tout prels a charger.

L'ennemi, qui s'est arrete un instant, s'ebranle bientot, les cuirassiers pour marcher en droite ligne sur nous, les

hussards, decrivani nn circuit sur notre droile, pour contourner le bourg.

Mais ia 2^ compagnie a eu le temps de faire volte-face, et cuirassiers et hussards, qui se sont lances a fond de train ^ sont regus par un feu roulant de mousqueterie.

Us font demi-tour^ se reforment un peu plus loin, puis tentent de nouveau de forcer le passage : ils sont accueillis de la meme fagon.

Apres une troisieme tentative^ moins heureuse encore que les deux premieres , ils se retirent en desordre , poursuivis cette fois par les chasseurs qui les poussent la pointe du sabre dans les reins.

A cette affaire , une dizaine d'Allemands sont mis horsde combat; de notre cdte , nous avons un chasseur enlev6 et un autre legerement blesse.

SI Novembre. — La veille au soir , j'avais regu I'ordre de faire rentrer les compagnies qui etaient a Sougy, sans, toutefois, retirer les detachements qui gardaient les Schelles et les Ouvans.

Les capitaines Tetart et Beauguitte me rallient a Terminiers vers les six heures du matin. Nous en repartons peu de temps apres avecle lieutenant-colonel Lipowski. Celui-ci, a la tete d'une colonne compos^e des corps des francs-tireurs de Paris , de la Sarthe , de la Gironde , des Hautes- Pyrenees , de la Dordogne , de deux escadrons du 4^ -de marche de cavalerie legere, et appuye a distance par un balaillon d'infanlerie , un regiment de cuirassiers et deux pieces de montagne, doit pousser jusqu'a Janville. Notre colonne est forte d'environ 3,000 hommes.

Nous atteignons successivement Bazoches-les-Hautes,

72 LEs francstTIREUrs de la SaRTHE.

GhaufTour et BrandeloD sans renconlrer renneini. Mais au Mesnil , nos eclaireurs sont tout-a-coup arreles par les € tver (la! » des senlinelles prussiennes. Qualre compagnies des francs-tireurs de Paris, les 1*^*^ et 2* de la Sarthe et les Girondins s'elancent aussitot au pas de course, penetrent daus le village, et en delogent uno centaine de cavaliers, aux trousses desquels se metteul nos chasseurs.

A Mervilliers, de nouveaux cavaliers c'herchent encore a nous dispuler le passage. lis ne peuyciit non plus y parvenir, et nous ne tardous pas a les voir disparaitre dans la direction d'Allaines.

Ge n'6tait qu'un repit momentane.

Gomme nous nous disposions a pousser en avant, on noussignale de nombreuses colonnes de troupes qui descendent d'Allaines et de Janville.

Les instructions donnees au lieutenant-colonel Lipowski, lui prescrivant d'eviter une attaque en ligne, nous rebroussons chemin, marchant en echelons par bataillon, les obusiers au centre, et ayant sur notre front et sur nos flancs une nuee de tirailleurs. Nos escadrons, places aux ailes, battent aussi en retraite par echelons.

L'artillerie ennemie ouvre le feu : ses obus passent en sifflant au-dessus de nos letos ou viennent toinber a nos pieds, sans cependanl nous faire beaucoup de naal. Son infanterie se deploie a son tour ; mais nos tirailleurs entravent ou retardent la plupart de ses mouvements. 11 en est de meme de ses hussards et de ses cuirassiers : la precision du tir des francs-tireurs les maintient a distance.

Apres une poursuite de plusieurs heures, les Prussiens, voyant a notre contenance qu'ils ne parviendront pas a nous

entamer^ fioissent par nous abandonDer, et nous effectiiODs paisiblement notre retour par Baigneux et Lumeau.

Le capitaioe Ghabrillat', des francs* tireurs de Paris, laisse en arriere avec sa compagnie et la 2® de la Sarthe , penetre dans la nuit au milieu des avant-postes ennemis, et surprend, aSantilly, une grand'garde de cavalerie, a laquelle il tue dix-huit homines et cinq chevaux, et fait quatre prisonniers.

Ces prisonniers appartiennent au 6® hussards de Schleswig; ils disent quMIs sont sous le commandement du prince Frederic-Charles , et ils annoncent sa prochaine arrivee avec des renforts considerables.

S2 Novembre. — Nous ne sortons pas de notre cantonnement.

Depuis que nous occupions Terminiers, ainsi qu'on a pu en juger dans les pages qui precedent, nous n'avions cesse un seul instant de battre le pays , rayonnant de tons cdtes , soit qu'on nous en donnat I'ordie, soit d'apres le moindre indice parvenu a notre connaissance. Malgre cela , et bien que nous n'eussions jamais manque Toccasion d'un coup de feu , le bataillon des francs-tireurs de la Sarthe s'etait tire avec un bonheur surprenant des mille dangers qui sont le partage habituel de la guerre.

II est vrai que notre maniere de combattre contribuait beaucoup a nous sauvegarder. Nous avions le plus sou vent

i Le capitaine Henri ChabriUat est un spirituel et gracieux ecrivain ; il a fait iongtemps partle de la redaction du Figaro. — Le corps d'officiers des francs-tireurs de Paris comptai I. encore deux autres publicistes disUngu^s, le poete Ed. Ledeui) , commandant du I«' bataillon, un des beros de Cbliteavduni et le professeur Bazln, sous-lieutenant d'armement, aimable compagnon et intrepide soldat.

affaire a des detachements isoles de cavalerie, dont les homines^ armes de lances ou de mauvais pistolets, etaient peu a craindre. De plus, nous les attaquions en nous elan- Cant a Timproviste de la iisiere d'un bois, de derriere des maisons , d'un pli de terrain ou du coude d'une route , ne laissant, en aucune circonstance , le temps a Tennemi de se reconnaitre. Nous trouvions-nous en presence d'infanterie flanquee d'artillerie ^ on se gardait bien alors d'user inutilement sa poudre de pied ferme; on se repliait deployes en tirailleurs , et en suivant le plus possible des lignes d'arbies ou de hales, profitant de tout pour s'abriter, defiant en quelque sorte les balles et lamitraille des Allemands.

Le plus grand danger que nous courions , c'etait d'avoir nos postes surpris et enleves pendant la nuit. Mais , grace a notre prudence et a notre vigilance, nous ne fumes jamais victimes de pareils coups de main.

S5 Novenibre. — Diverses escarmouches ont lieu a la Maladerie, a Tanon et pres du Chateau de Goury.

A la Maladerie, nous donnions la chasse a des uhlans ^ lorsqu'une detonation retentit dans la direction que suivaient ces cavaliers , et nous vimes Tun d*entre eux degringoler de son cheval.

Deux hommes armes sortirent presque aussitot d'un petit taillis situe non loin de la, et s'avancerent vers nous. lis etaient jeunes et vetus en paysans aises. L'expression de leurs visages me frappa tout d'abord: Tune respirait une joie farouche, I'autre I'effroi pousse a un extreme degre.

Quand ils furent pres de nous :

— Je vous fais mon compliment , mon brave , — dis-je au plus grand. — Mais qui etes-vous done ?

— Je m'appelle Pierre Bidault , — me repondil-il.

— Voiis files du pays?

*<- Pas precisement, monsieur le Commandant ; nous sommes de Baignolet.

— El que failes-vous par ici ?

— Comme vous , nous chassons les Prussiens.

— Ah! vous etes des francs-lireurs?

— Oui, depuis hier.

— C'est de fraiche dale. El a quelle compagnie apparlenezvous?

— A la voire , monsieur le Commandant, si vous voulez bien nous recevoir parmi vous.

— Voire camarade aussi ?.. — demandai-je en sourianl. Pierre Bidault rougil jusqu'aux oreilles ; mais il se remit

promplement, el me lirant sans fagon par le bras, il m'emmena a Tecarl.

— C'esl que, monsieur le Commandant, — fil-il d'un air un peu honleux, — mon camarade... c'est une femme.

J'avoue que cetaveu ne me surpril pas trop. L'emolion que paraissait eprouver le compagnon de Pierre Bidault, et sa demarche mat assuree en approchant de nous, avaient attire mon attention, et j'avais sonpQonne , dans mon rapide examen , que ces habits d'homme n'etaienl qu'un deguisement.

Je queslionnai alors le paysan , et voici ceque j'appris sur eux.

L'avant-veiile, dans le conrant de la matinee, deux uhlans, le pislolet au poing, avaient traverse au galop la principale rue^du village de Baignolet; ils avaient bientot ete suivis de quatre autres.

Parvenus aa centre da village, ces quatre cavaliers s'etaient arretSs , et Tun d'eux, interpellant un vieillard qui se tenait assis sur un banc , devant sa maison, lui avait demande oil |el^ elaik la demeure du maire et le bureau de poste.

Quelques instants apres , une petite colonne , composee d'une vingtaine de hussardset dequarantefantassins environ, avait pris possession du bourg , et oflicierset soldats s'etaient immediatement installes de ieur pleine aulorite chez les habitants.

Le pere IVI ail lard , cultivateur, avait eu pour hdte le lieutenant des hussards. Le brave homme avait deux tilles : Tainee, Annette, agee de dix-neuf ans, 6tait jolie, et sa Tranche gaiete prouvait que jamais Vombre meme d'un chagrin ne Tavait efileur^e.

L'Allemand, en la voyant si alerte et si gracieuse, avait tout de suite concu de coupables projets a son egard , et il n'attendait pour les satisfaire qu'une occasion favorable.

Vers les trois heures de Tapres-midi, les deux soeurs se trouvaient seules dans une chambre : le pere venait de sortir. L'officier^ qui avait guett6 ce moment, s'etait presente audacieusement devant les jeunes filles.

II avait d'abord adresse difT^rentes questions auxquelles elles avaient r^pondu avec politesse ; puis il avait cherche a eloigner la petite Mariette.

— Tiens , — avait-il dit tout-a-coup en se tournant vers elle, — je n'ai plus de cigares. II faut aller m'en chercher, ma belle enfant.

Mariette avait paru hesiter ; mais un regard dur quMI jeta sur elle Tavait decidee a partir.

Le lieutenant s'^tait alors approcbe d' Annette et avait voulu lui prendre la main.

— Laissez-moi ! — s'ecria-t-elle avec terrcur.

— Vous n'aimez pas les Prussiens, — fit-il , — cela se volt. Yous oabliez qu'ils sont vos maitres.

— Je ne sais rien de ces choses-la. Monsieur.

— Laissez-moi vous embrasser.

— Jamais !

— Ce n'est pas difficile , ponrtant.

11 s'etait ieve, avait saisi la malheureuse Annette par la taille ^ et« Tattirant a Ini , il avait mis un baiser sur sa jone.

La jeune fille poussa un cri per^ant.

L'officier essaya d^etonffer sa voix.

Annette eprouvait un tel saisissement , que ses membres elaient comme paralyses. Incapable de se defendre , elle se crut perdue, eteut a peine la force d'articuler ces mots :

« Mon pere!... Pierre! Pierre! •

Quelques secondes encore , et un crime peut-etre s'accompiissait.

Mais, soudain, la porte s'ouvrit avec fracas, et un bomme se precipita dans la chambre: c'elait Pierre, — Pierre, le fiance d'Annette !

— Miserable ! — s'ecria-t-il.

Et il sauta au collet dn Prussien , qui n'eut que le temps de se reculer en tirant son sabre.

— Si tu avances , — fit-il , — je le le passe dans le ventre.

Puis, protege par la pointe de son arme, il panrieot a gagner I'exterieur.

78 LES FRANCS-TIREUBS DE LA SABTHE.

— Ma pauvre Annette!.. — disait Pierre. — Oh! le lache I je le tuerai ! !

. . . . Le lendemain matin, on retrouvait dans un endroit ecarte du village le corps du lieutenant perce de plusieurs coups de poignard.... Pierre Bidault s'etait vengS !

A la suite de ce tragique evenement , notre homme s'etait empresse de fuir de son village oil il ne pouvait pas rester sans danger, et il avait gagn6 les bois qui s'etendent a Test de Fontenay-sur-Conie et peu distants de laMaladerie.

Pierre n'etait pas parti seul , Annette n'ayant point hesite a abandonner sa famille pour suivre son fiance.

— Maintenant que vous savez qui nous sommes et que vous connaissez notre histoire, — me dit Bidault, apres m'avoir donne les details que je viens de rapporter, — voulez-vous, de nous, Commandant? J'ai jure une haine a mort aux Prussiens , et , lorsque nous vous avons rencontres, nous allions justement rejoindre I'un des corps francs quise tronvent aux environs.

J'admis avec plaisir parmi nous ces deux nouveaux volontaires. Pierre Bidault fut un de mes meilleurs soldats, et Annette, bonne et honnfite fiUe, rendit bien des services a DOS blesses et a nos malades.

34 et 35 Novembre, — Nous continuons a avoir des engagements heureux avec les reconnaissances de Tennemi que nous rencontrons a Gaubertet a Domainville.

Le capitaine Beauguitte, qui s'est avanceavec la 4® compagnie jusqu'a Baigneux, a entendu le canon du cote d'Artenay. Eneffet, le manchot Mandounet, de relour d'une nouvelle mission, annonce que des troupes, en nombre considerable, ont quitte Janville pour se porter dans cette direction.

LeS FRANCS-TIREURS DE LA SARTHE. 79

Les deux petits detachemeDts des Echelles et des Ouvans sont rappel6s a Terminiers , ces posies appartiendront desormais au 15* corps. Un escadron du 2* mixte est envoye pour cooperer avec nous.

Durant toute la soiree du 25, et une partie de la nuit, nos vedettes et nos grabd'gardes distingueut au loin des bruits inusites: lantdt c'est le roulemenl sonore de chariots ou de caissons, ou bien lamarche lente d'une patrouille de cavalerie. Francs-tireurs et cavaliers sont prgts a sortir a la premiere alerte.

S6 Novembre. — Les demonstrations des Prussiens se renouvellent sans interruption. Leuraudace ne connait plus de bornes ; dans la matinee ^ nous echangeons des coups de feu auxabords deRouvray-Sainte-Croix, a quatre kilometres au plus de Patay! C'est a croire que les Allemands savaient dejaqueles francs-tireurs de Paris etceuxde laGirondeetaient partis depuis la veille pour se diriger sur Conie et Varize.... Je place a Rouvray une demi-section de la 1'^ compagnie.

Le bataillon de Foudras a une bien lourde tache a remplir, mais notre courage est a la hauteur de la situation.

« Mais — se demande-t-on peut-6lre — pourquoi laisser ainsi les troupes du grand-due de Mecklembourg , ici , parcourir le Perche en tons sens, menagant tour-a-tour le Mans, Chateaudun ou les villes intermediaires; la, penetrer dans rOrleanais, requisitionnant, pillant, quelquefois meme brulant les villages qui essaient de resister , et cela a la barbe de Tarmee?.. Que font done pendant ce temps d'Aurelle de Paladines et ses lieutenants Chanzy, Fiereck, Sonis, Crouzat et Martin des Pallieres?... »

Nous TavoDS dit pr^cedemment et nous ie repetons : les manoeuvres du Grand-Due n'etaienl qu'un appeau qu'il nous tendait. Nos divisions se Tussent-elles elanc^es sur lui , que serait-il advenu? Nous eussions immanquablement ete pris a revers par I'armee du prince Fred6ric-Charles , dont les premiers detachements avaient d^ja depasse Montargis^ et le d^sastre de Sedan se fut alors renouvele pour nous.

C'eul ele folie que de s'exposer de la sorte. Aussi etait-ce dans ses lignes d'Orleans, — lignesdevenues un immense camp relranche, — que le general d'Aurelle avail r6solu d^attendre Frederic-Charles.

« En avez-vous ete plus heureux pour cela?.. » demandet-on encore.

Non , c'est vrai ! mais les coupables , ceux sur qui doivent peser ces nouveaux malheurs, ils ne se nomment pas d'Aurelle de Paladines et Martin des Pallieres, ils s'appellentGambetta et Freycinet! ces deux hommes presomplueux et ignorants qui, jouant au Carnot, prescrivaient, ordonnaient de leur cabinet de Tours , defaisant le lendemain ce qui avait ele decide la veille , et qui , ne s'embarrassant pas plus du general en chefques'iln'eul point exisle, changeaienta leur guise les positions des corps d'arm^e. Dela, parexemple, les operations sur Piihiviers el les combats de Ladon , Mai;«iere et Beaune-la-Rolande , erreurs falales commises dans nn moment oil loutes nos forces eussent du 6lre concentrees, et qui furent cause de nos defaites des 2, 3 et 4 decembre.

Mais n'anticipons pas.

27 Novembre. — Je regois du colonel Barbul Tordre d'envoyer un delachement a Peronville , occupe peu de jours auparavant par les francs- tireurs de Saint-Denis,

Les instructions donnees au lieutenant de Pradun etaient celles-ci : detacher un poste a Thironneau ou se trouve un pelolon de cavalerie ; se relier sur la gauche par des petits postes et des vedettes aux francs-tireurs de Paris; enfin , placer dixhommes a la Maison-Rouge, qui garderont le passage de la Conie et se relieront egalement a Tescadron 6tabli a Villeneuve.

Le d^tachement n'est fort que de trente-huit hommes; mais tous sont r^solus et intrepides. Le lieutenant de Pradun et le sergent-major Holchout les commandenl : le premier est un officier energique ^ entrainant a I'attaque^ froid et calme a la defense; le second , ancien sous-officfer qui a fait les campagnes d'Afrique , est brave jusqu'k la tem6rite.

Partis de Terminiers a dix heures du matin , ils se dirigent par Gommiers et Guillonville. Un peu avant d'arriver a ce village, des paysans affoles , les uns chassant devant eux leurs bestiaux , les autres portant dans leurs bras, qui un enfant malade, qui des hardes de toutes sortes, annoncent au lieutenant que les Prussiens les suivent de pres.

« lis sont beaucoup, beaucoup... — crie Tun deux. — II y en a a pied, a cheval, et meme du canon !... Sauvez-vous vite, mes pauvres enfants ! »

Le detachement passe, puis il traverse rapidement le bourg d'oii les habitants fuient ou s'enferment dans leurs demeures.

Les francs-tireurs de la Sarthe dnt qui tie le chemin qui mene a P6ronville pour prendre celui de Gaubert , car c'est de ce c6te que s'avance I'ennemi : ils ne voient rien encore ; bientdt ils atteignent et d^passent Gaubert.

Tout-a-coup, la coionne allemande apparait; elle se compose, en efifet, d'infanterie , de cavalerie et d'artillerie : on peut ^valuer leur nombre a 4,500.

Les trente-huit francs-tireurs de la Sarthe, deployes en tirailleurs , se portent resolument a la rencontre des Prussiens. Ceux-ci , dans le premier moment , se sont arretes et regardent avec stupefaction cette poignee de soldats qui ne craint pas de les affronter.

Mais le lieutenant a son idee; et I'ennemi n'a pas eu le temps de revenir de sa surprise, que la petite troupe, qui a gagne, a droite de la route un moulin , a gauche une ferme , s'y est bravement install6e, et ouvre aussitot le feu.

Les Allemands ripostent vivement; puis> furieux de voir qii'on persiste a leur tenir t^te et que plusieurs des leurs viennent d'etre atteints, ils lancent des obus sur les batiments qui abritent les francs-tireurs. Heureusement ils n'y sont dfejaplus : reformes en ligne, ils se retirenl lentement et en bon ordre, traversent de nouveau Gaubert , et — eux toujours tiraillant — ils arrivent ainsi a Guillonville : il etait temps; quelques minutes encore et ils etaient tournes.

Le combat recommence avec acharnement.

« Rendez-vous ! » leur.crie un officier.

A peine a-t-il prononce ces paroles, quil tombe frappe d'une balle.

Peu apres, le lieutenant de Pradun quitte le village; il se dirige cette fois en droite ligne sur Patay. Durant lout le parcours, il ne cesse de donnera ses hommes Texemple du plus ardent courage. Admirable de sang-froid et merveilleusement seconde par le sergent-major Holchout et le hussard

Damont, il continue a maintenir Fennemi a distance, et cela jusqu'aiix portes de Patay. La nuit est venue, et il y a pres de quatre heuresque dure cette poursuite si heroi'quement soutenue !

Je suis fier de pouvoir dire que, ce jour-la , la 2" compagnie des francs-lireurs de la Sarthe s'est glorieusement conduite*.

Le colonel Barbut, a la tSte de ses escadrons et d'un bataillon de mobiles, s'etait porte rapidement au-devant des Prussiens, et il avait repousse leur cavalerie, qui disparut bientot prot^gte par les tenebres.

Le meme soir et le lendemain matin, le general commandant en chef le 16* corps envoyait les deux d^pSches suivantes :

« Au General en chef,

> 27 novembre 1870 , 6 heures du soir.

> Le colonel Barbut m'informe qu'il a repousse la cava-

> lerie ennemie qui s'etait approchee a huit cents metres de

• la ville. li croit qu'il y a des canons caches dans un bois

• a deux kilometres , que Tennemi a voulu savoir s'il y

• avait des pieces a Patay , et qu'il prepare une attaque

> pour demaiD matin.

• Je ferai partir, avant le jour, un bataillon et une batterie de quatre pour Lignerolles.

. Signal CHANZY. .

i A la suite de eelte affaire, je nommai capitaine le lieoteoant de Pradun , qui fat en outre propose poor la croix de cbeyaller de la l^ood'bonneur. Je portai Element poor la medaille militaire le sergen^IIlajor Holchoot et le hossard Oamont. Les deox. premiers ont obtenu la joste recompense de leur belle eondnite dans la jonmee do Tl novembre.

« AU MiNISTRE DE LA GUERRE, A ToURS.

» 28 novembre 1872.

» Dans la journee d'hier, de fortes reconnaissances prussiennes, infanterie, cavalerie et artillerie, ont cherclie a later toute ma ligne d'avant-postes. L'ennemi, repouss^ partoiU^ a snbi quelques pertes en hommes et en chevaux , et laisse cinq prisonniers enlre nos mains. • Trente-huil francs-tireurs de ia Sarthe, commandes par le lieutenant de Pradun, vivement attaques en avant de Gnillonville^ se sont replies en faisant ires-bonne contenance et avec beaucoup de calme el d'ordre sur Patay, en luanl du monde a Tennemi.

» Sign^ : CHANZY. .

Chose inexplicable, et vraiment providenti'elle, nous n'eumes, dans cette memorable journee, aucune perte a deplorer.

S8 Novembre, — L'attaque prevue par le colonel Barbut n'a pas lieu , Tennemi s'etant retire pendant la nuit.

Bien que faisanl partie du 16"^ corps depuis pres d'un mois, je n'avais pas encore eu I'honneur d'approcher M. le general Chanzy. Mes rapports avec noire commandant en cffef s'6taient bornes, jusqu'a ce jour, a une correspondance plus ou moins frequente, necessitee soil par les evenements militaires, soil par les besoinsdu service.

Une affaire exigeant ma presence au quartier general, a Saint-P6ravy , je m'y rendais, lorsque , en traversant Patay, ces mots frapperent mes oreilles : c Le giniral! voila le • giniral! »

Au m6me moment, M. le general Chanzy , moDte sur un cheval blancet suivi d'une escorle de chasseurs d'Afrique, debouchait au grand trot sur la place.

M'etant dirige de son cote, et le general ayant arrete son cheval pour parler a un lieutenant de vaisseau qui se tenait a quelqnes pas derriere lui, je pus Texaminer tout a mon aise.

Sa physionomie est sympathique. La vivacity et I'eclat de ses yeux, ainsi que la courbure accentuee de son nez, denotent une rare intelligence servie par une volonte peu commune. Sa bouche fine, abritee sous une moustache blonde relevee coquettement et soyeuse comme les cheveux , tempere ce qu'il pourrait y avoir de dur dans Tensemble du visage. En un mot^ Texamen des traits de M. le g6n6ral Chanzy indique une nature loyale, calme et 6nergique.

Quand le general fut libre, je me presentai a lui. II m'accueillit en me tendant cordialement la main , m'adressa des paroles flatteuses sur la conduite des Trancs-tireurs de la Sarthe, depuis qu'ils etaient sous son commandement^ et me chargeadecomplimenter desapart le lieutenant dePradun sur sa belle retraite de la veille.

Apres Tavoir entretenu brievement du motif qui m'amenait aupres de lui , il me parla de I'importance de la position que nous occupions , me recommandant do surveiller, plus que jamais, les mouvements de Tennemi, et de le tenir exactement au courant de tout ce qui se passerait sur notre front. II ajouta qu'il ne pouvait m'envoyer aucun renfort, mais qu'il comptait sur mon zele et sur notre courage pour y suppleer.

Je quittai le g6n6ral , que j'eus I'occasion de revoir plu-

sieurs fois, emportant chaque fois de ces entrevues unc impression qui ne fit qu'accroitrc le sentiment de profonde estime et d'enli^re confiance que j'avais congu a son egard.

Je vis aussi ce jour-la Tamiral Jaureguiberry, commandant la premiere division du 16® corps*

II est d'une taille moyenne, un peu gros, quoique bien proportionne. Son visage est encadre de favoris blancs ; son front eleve, son regard profond et fascinateur, ses levres serrees, sa parole vibrante, tout dans sa physionomieexprime la severite et une indomptable energie. Inflexible mais juste dans le service > d'une bravoure sans 6gale au combat, s'enflammant a Todeur de la poudre, il electrise et entralne meme les moins ardents.

Le general Cbanzy et I'amiral Jaureguiberry sont^ avec le general d'Aurelle de Paladines, les grandes figures de Tarm^e de la Loire.

Vivant depuis quinze jours aux avant-postes,

presque completement isol6s, nous ne savions rien de ce qui se faisait en dehors du rayon que nous avions a observer. II fallait venir a Patay pour avoir des nouvelles, et, bien que nous n'en fussions qu'a une distance de quelques kilometres, il nous etait difficile de trouver le temps de nous y rend re.

H6las ! que tout etait sombre dans notre pauvre France! Au Nord, a I'Est, en Bourgogneel enNormandie, partoul on resistait, il est vrai , on se battait avec rage; mais , malgre les efforts surhumains de nos generaux et de leurs soldats, nos implacables adversaires avauQaient, et toujours ils avauQaient !

A Paris egalement , la lutte continuait, fievreuse, pas-

sionnee; mais, la aussi , la surtout! les cris de detresse se faisaient enteodre, et chacuo portait un regard inquiet vers Tarmee de la Loire.

En efifet, de nos succes ou de nos revers devait dependre le salutdu pays.

L'arm^e de la Loire qui, a I'epoque de la bataille de Coulmiers, ne se composait que de deux corps, — les 15* et 16® — comprenailen outre, au moment ou nous sommes, les 17® (general de Sonis), 18® (provisoirement colonel Billot) et 20'' (general Crouzat). be plus, le general Fiereck, commandant sup6rieur des forces regionales de I'Ouest, etait charge de defendre, concurremment avec le 17® corps,

les abords de Ghateaudun et les lignes de la Gonie.

Malheureusement, le premier n'ayant sous ses ordres que des troupes mal organis6es ,. mal equipees et mal armees , avait 6te dans Timpossibilit^ de resister aux Allemands^ et il venait de battre en retraite sur Nogent-le-Rotrou. Le second, a la tfele d'un corps de formation recente, s'etait, le 25 , replie sur la foret de Marchenoir.

Les 18® et 20^ corps couvraient notre droite.

Enfin, le 16® s'6tait accru d'une 3® division (general Maurandy).

Quelques heures encore, et notre canon allait repondre, dans les plaines de Patay , a I'appel desespere de la Patrie.

S9 et 50 Novembre. — Le colonel Barbut est remplace dans le commandement sup^rieur des avant-postes de Patay par le chef d'escadrons de Lagny, du 1®^ hussards demarche. Un escadron de meme regiment releve a Terminiers les chasseurs du 2** mixte.

Dans la matinee, des personnes qui arrivent de Gormain-

ville nous disent que de fortes colonoes ennemies sillonnenl toute la contree comprise entre Varize el Oi^eres. Un oflBcier, que j'envoie aussitot pour explorer les environs du haut du clocher, ne tarde pas a apercevoir distinctement de I'infanterie prussienne qui , protegee par de I'artillerie , se fortifie dans le village de Loigny.

J'en avise immediatement le commandant de Lagny; puis, sans perdre un instant, je donne I'ordre au capiiaine Fleury de pousser une reconnaissance dans cette direction , et au capitaine Beauguitte de se porter sur Lumeau. Les V^ et 4^ compagnies partent au pas de course; elles sont eclairees chacune par un demi-peloton de bussards. Mandounet, de son cote, roule deja vers Gaubert, pour gagner de la Bazoches-en-Dunois et, si c'est possible , Varize, oil je sais que les francs -tireurs de Paris se trouvaient encore la veille.

Je m'empresse aussi de mettre Terminiers a Tabri d'un coup de main. En moinsd'une heure, j'en fais une veritable forteresse : barricades recouvertes de terre , fosses larges et profonds, fascines, maisons crenelees, rien n'y manque.

Les compagnies sorties pour parcourir le pays rentrent successivement ; leurs officiers, se conformant a mes prescriptions, se sont bornes a reconnaitre, sans se laisser entrainer dans un combat qui n'eut, du reste, servi a rien. La 1^® n'a pu d^passer Villepion : elle s'est repliee devant un bataillon d'infanterie, solidement etabli dans le pare du chateau. La 4^ a cbasse devant elle, a hauteur de Terre-rJoire, une dizaine de uhlans; mais le capitaine Beauguitte n'a pas non plus juge prudent de s'aventurer au-

dela de Neuviliers, Lameau etant egalement occupe par un corps de troupes considerable.

Tout cela est grave. Ges colonnes qui s'approchent et preunent ainsi position indiquenl clairement que les Allemands sont pr6ts , et qu'ils ne tarderont pas a nous livrer bataille. Une estafette porte ces renseignements au commandant de Lagny; je i'informe en mSme temps que le poste des £cheiies , qui devrait etre garde pouu le 15® corps , n'est pas occupe. C'est un oubli impardonnable, I'ennemi pouvant descendre par la sur Orleans et sur Patay. En prevision de cette tentative, je recommande au lieutenant Folie Dupart^ que j'ai laisse a Rouvray-Sainte-Croix avec vingt-cinq francs-tireurs , de redoubler de precaution et de vigilance.

A Terminiers , j'ai distribu^ tons mes hommes derriere les barricades et dans les maisons preparees pour la defense; un cordon de hussards entoure le village : nous sommes sur un qui-vive continuel. Si on nous attaque^ comme tout le donne a penser, nous vendrons ch^rement notre vie. La population est consternee et terrifiee. Nous ne voyons aulour de nous que gens en larmes, et nous n'en tendons que cris de desespoir , de colore et de maledictions.

Vers les cinq heures, des cuirassiers blancs, qui ont pu s'avancer, grace a Tobscurite, cherchent a enlever nos vedettes placees sur le bord de la route de Loigny. Des coups de feu font porter la 1'® compagnie au secours de nos cavaliers, et, en presence de ce renfori, les Prussiens fuient precipitamraent , poursuivis par nous jusqu'en dehors de Faverolles.

La soiree s'ecoule sans autre incident. Nous continuous a veiller, et bientdt, comme dans la nuit du ^5 au 26 ^ des

bruits prolonges de voitures frappent distinctement nos oreilles. Nous ne tardons pas a en avoir TexplicatiOD par notre manchot qui reutre de sa mission ; il nous annonce que Tarmte du grand-due de Mecklembourg a commence son mouvement, et que c'est elle qui defile devant nous.

Mandounet avait pu suivre sans encombre son itineraire; arrive pres de Yarize dans la journee , il y avait appris que le lieutenant-colonel Lipowski, sur le point d'etre cerne, venait de se replier en toute hate sur la Chapelle-Onzerain , et qu'une de ses compagnies de francs-tireurs , qui n'avait pas eu le temps de se retirer assez t6t du pare de Brissac , s'y dSfendait encore avec acharnement au moment de son depart'.

A quatre heures du matin , je regois I'ordre d'6vacuer Terminiers et d'aller m'6tablir a Rouvray-Sainte-Croix. Nous exeeutons cet ordre, mais non sans nous demander avec effroi quel sort est reserve a ce village oil nous avions v6cu pendant seize jours et d'oii nous etions partis si souventpour courir sus aux Allemands !

Terminiers! ce nom restera a jamais un honneur pour les francs-tireurs de la Sarthe!

Nous ne sommes pas inquiStes de toute la journee dans notre nouvelle position de Rouvray-Sainte-Croix. L'ennemi occupe cependant les villages de Peronville, Guillonville, Gaubert, Terminiers, FaveroUes, Villepion; en un mot, toute la contree qui s'6tend au nord de Patay : on pent mfeme

4 Cette compagnie est ceUe de la Gironde , atlacbee aux francs-tireurs de Paris. Elle fut presque compl^tement detruite en se defendant beroi'quement contre des forces vingt fois superieures.

distinguer a Toeil nu nos redoutables voisins travaillant a elever cle nombreux epaulements.

Au milieu de la nuit, une dep^che du general Chanzy m'annonce que , le lendemain , le 16® corps s'ebranlera a dix heures et se portera en avant dans la direction de Janville et de Toury.

Le temps est devenu tout-a-coup des plus rigoureux : il gele tres-fort et le vent du nord souffle avec violence.

1^^ Dicemhre. — Le froid de la nuit a dnrci considerablement le sol; les routes et les chemins forment de longues lignes d'une blancheur pour ainsi dire immaculee : elles serpentent et scintillent a travers la plaine , au-dessus de laquelle planent des nu^es innombrables de corbeaux. On devine , a leurs croassements repetes , que ces betes affam^es sentent que , bientdt , elles vont pouvoir se repaitre de chair bumaine !... Du cote de Patay, comme dans la direction de Terminiers, tout est encore solitude et silence : partout regne ce calme apparent, perfide, qui precede toujours les grandes luttes.

Vers les huit heures, un coup de feu retentit, puis un second , puis plusieurs autres : ce sont les francs-tireurs de la Sarthe qui commencent leur journee. Un de nos petils postes vient de tirer sur une reconnaissance de cavalerie qui descend de Terminiers.

La 3® compagnie court au-devant des Prussiens. Ceux-ci s'arretent et se disposent a nous charger ; mais nos hussards ne leur en laissentpasle temps : prompts comme la foudre, ils s'elancent sur eux avec impetuosite, les sabrent, et, soutenus par les francs-tireurs , ils les ramenent vivement jusqu^a I'entree du village.

92 LES FRANGS-TJREURS DE LA SARTHE.

La se trouve post6^ daos des jardins, un bataillon d'infanterie. Le capilaine Tetart, qui a apergu de loin les casques noirs des Allemaods , a toutes les peines du monde a retenir ses hommes qui ^ entraines par leur fougue , veulent penetrer dans Terminiers, au risque de s'y faire massacrer. Apres avoir tiraille quelques instanls , la 3"^ compagnie se replie a son tour avec notre escadron , suivis de pres durant un parcours d'environ mille metres.

Rien n'annonce encore le mouvement que doit faire le 16* corps: aucune colonne francaise ne se montre.

Un peu plus tard, les francs-tireurs de la Sarthe couvrent la plaine dont nous avons parle. lis avancent, se retirent , ou bien , executant de rapides changements de front, ilsse portent successivement sur vingt points difif6rents. Ces manoeuvres ont pour objet, ici, d'obliger I'ennemi a se montrer, la, de le gener dans ses travaux de terrassement, entin de leteniren haleine le plus longtemps possible.

Mais le general Chanzy est arrive a Patay.

La 1"^^ divison s'ebranle aussitoi, et, conduite par notre brave amiral , elle debouche de tous les cotes a la fois ; une partie de ses regiments , pour tourner la droite des Allemands, — Guillonville et Gommiers — I'autre, pour attaquer son centre, — Terminiers, Faverolles, Villepion, Monneville et Chauvreux.

Bientdt la mousqueterie resonne, le canon gronde, le general Michel * lance en avant ses intrepides escadrons, — tout est en feu autour de nous.

i Le general Micbel avait remplac^ le general Ressayre , blesse a Coulmler§,

Le role des francs-tireors de laSarthe etait fini; celui de nos vaillantes. legions ne faisait que commeocer '.

Dans la soiree, doqs lisionsavec enthousiasme Tordre du jour du general Chanzy, qui debutait ainsi :

c Le IG"" corps a su aujourd'hui , comme a Valliere et a » Coulmiers , s'acquiUer de sa tacheavec vigueur et entrain. » Les resultats sont tels qu'on pouvait Tesperer: nous cou- » chons au-dela des positions d'abord assignees ; Tennemi,

* partout repousse, parait operer sa retraite dans la direc-

* tion de Janville et de Toury; il s'agit de le poursuivre » vigoureusement. . . •

Le general terminait par ces lignes :

^ Le general commandant le 46"" corps est heureux de » porter a la connaissance des troupes la bonne nouvelle

* arrivee ce soir : grande victoire remportee a Paris par le » general Ducrot, qui a force les lignes ennemies et marcbe

> vers I'armee de la Loire. Chacun puisera dans ce nouveau

> succes une nouvelle conGanc^ pour Tissue procbaine de

> la grande cause que nous defendons. Chateaudnn est eva- » cue par les Prussiens ; des troupes frangaises y sont deja » arriveesprecedantle 21^ corps. )»

i Cette joornee porle le nom de bataille de ViUepion.

Sur la rive gauche de la Loire.

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