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SUR LA RIVE GAUCHE DE LA LOIRE

Le 4 d^cembre , les francs-tireurs de la Sarthe etaient a OrleaDs.

La veille, nous avions ete choisis a Patay pour escorter un convoi de prisonniers; et, vu la rapidite des mouvements de rennemi , a la suite des combats livres a Loigny , Poupry et Chevilly, il nous avail ete impossible de rallier le 16® corps.

Ce fut done a Orleans que nous assistames a I'effroyable desastre qui frappa si fatalement Tarmee de la Loire , lorsque tons nous etions pleins de confiance et d'espoir.

II y avait deux jours que durait la lutte, — lutte vraiment gigantesque.

Le2, a Loigoy, le 16® corps, renforce a la fin de la journee par le 17% s'etait vaillammenl defendu contre toute I'armee du grand-due de Mecklembourg et les Bavarois du

comle de Thann. La bataille avail dur6 de neuf heures du matin a six heures du soir; le sol, en maints eodroits, avait presque disparu sous ies cadavres et les blesses; et, malgre i'inlrepidile de tous^ malgre le devouement des Sonis, des Charette, des Bouill6, des la Touanne et de tant d'autres, le nombre I'avait, cette fois encore, emportesur le courage.

A Poupry , les 2*^ et 3« divisions du 15® corps avaient en aussi a combattre des forces de beaucoup sup^rieures; mais, plus heureusesque les troupes du general Chanzy, elles avaient battu Tennemi, non sans toutefois payer leur succes par de douloureux sacrifices.

Bien que nous eussions obtenu un avantage marqu6 sur ce point, la situation de I'armeede la Loire n'en etait pas moins tres-compromise.

En effet , le lendemain 3, les masses allemandes ayant pu s'etendre et se joindre, elles avaient separe completementdu 15® les le*" et 17® corps. Ceux-ci s'etaient retires sur leurs anciennes positions, en arriere de Saint-Peravy, tandis que le premier^ apres avoir ete attaque simultanement a Chilleursaux-Bois, ii Artenay et a Chevilly, avait du se replier sur Orleans.

Et par une aberration inexplicable , une partie de ces memes hommes qui, une heureauparavant, disputaient pied a pied le terrain aux Prussiens, avaient quitte leurs rangs, s'etaient debandes et avaient fui vers la ville.

Quant aux 18® et 20® corps, places pr6c6demment sous les ordres directs du ministre de la guerre, ils etaient trop eloignes du theatre de ces derniers evenements pour pouvoir etre appeles par le general en chef: leur concours, dans un pareil moment, eut change la face des choses.

II va sans dire que nous ignorions la plupart des tristes details qu'on vient de lire et qu'il etail necessaire que je donne ici. Ces faits expliques sommairement, je reprends mon Journal.

4 Decembre. — Des le matin, le canon et la fusillade ont commence a se faire entendre.

L'aspect de la noble cite de Jeanne d'Arc prSsenle un spectacle navrant. Les rues , les places et les promenades sont parcourues par des bandes de soldats, les uns ivres, les autres extenues de fatigue et allant de porte en porte demander Thospitalite. Les hotels et les cafes regorgent d'officiers ; de longues files de voitures, de toutes les formes et de tous les pays, entrent par les faubourgs Bannier et Saint- Vincent , se dirigeant vers la Loire qu'elles traversent a la hate ; les estafettes sillonnent la ville , apportant des nouvelles ou emportant des ordres ; enfin , tout est mouvement et confusion extreme.

Helasl lorsque la demoralisation se met dans une armee , elle Tenvahit, la desorganise, rapide comme la vague qui couvre en bondissant le bord de la falaise. Et Ton a pu s'etonner de ce que le general d'Aurelle de Paladines, oblige de se conformer aux conceptions insensees des slrategistes de Tours, et en presence du decouragement profond qui s'etait empare de ses troupes, ait, ce m6me matin , telegraphie au ministre de la guerre qu'il regardait comme impossible la defense d'Orleans ! . . .

Les detonations d'artillerie sont devenues plus frequentes et plus rapprochees; les feux de mousqueterie ont aussi redouble d'intensite.

Des groupes anxieux se forment sur tous les points : on

se recrie, on discule, on s'effraie a I'idee d'une deiixieme occupation ; la consternation est generate. Les magasins se ferment^ les etablissements publics se vident, et les oQiciers qui s'y reposaient avec une insouciance coupable, honteu.x de s'fetre.oublies m6me un instant, courent a la recherche de lenrs hommes , entrainant dans les tranch^es ceux quMls ont pu reunir.

Le general Martin des Pallieres a pris le commandement snp^rieur sous la direction du general en chef.

Les francs-tireurs de la Sarthe montent le faubourg Saint- Jean, oil ils rejoignent un bataillon de chasseurs: un general — le general Peytavin , je crois — marche a notre tete ; il nous fait bientdt deployer en tirailleurs dans des vignes qui bordent la route a droite et a gauche. II est environ deux heures, et la bataille est en ce moment dans toule sa violence: nos pieces de marine tonnent sans interruption; chaque coup qu'elles tirent eclate avec un bruit terrible. Les orages du Nouveau-Monde ne sont rien aupres du tapage effroyable qui retentit tout autour de nous. On ne s'entend pas parler, le sol tremble, et des nuages de fumee enveloppent la ville d'un vaste et epais brouitlard. Des dragons qui reviennent et nous croisent , nous disent que Tennemi approche rapidement. En effet, pen apres, les balles et les obus des Allemands sifflent a nos oreilles; couches a plat ventre, nous leur repondons jusqu'a ce que nous ayons epuisenosdernieres cartouches. Le jour commence a tomber, la canonnade est plus vive que jamais et des lueurs sinistres s'elevent au-:dessus du faubourg Bannier.

Dans la soiree, nous remplagons, non-loin de la batterie des Acacias, un bataillon de la Legion etrangere , poste la

depuis le matin. Gette batterie est une de celles que desservent nos braves marins^ dans les rangs desquels — que ne Tai-je appris alors! — s'^tait gliss^ sous un nom d'emprunt le beros de Saint*Jean d'Ulloa, de Tanger et de Mogadon.

Bien jeune encore , j'avais eu I'honneur de debuter sous les auspices de M. le prince de Joinville, comme novice a bord de la fregale la Belle-Poule-, j'ai conserve pour son auguste personne un culte tout particulier, et j'eusse ete heureux de pouvoir lui dire :

« Monseigneur , puisqu'on vous refuse ce que votre cmir si frangais sollicite avec une noble ardeur et une constante perseverance , venez avec nous : vous serez notre chef , et torn nous serons fiers de vous obUr et de cnmbattre sous vos ordres. »

Voila ce que j'eusse fail, certain d'avance de n'etre ni desavoue ni trabi par aucun de mes compagnons d^armes.

Nous regagnons vers dix heures la place Saint- Aignan. La lutle s'est considerablement ralentie; le canon ne gronde plus qu'ade rares intervalles. Les francs -tireurs de laSarlhe voient defiler devant eux les quelques troupes qui gardaient les tranchees; eties rentrent harassees, abattues, et se dirigent silencieuses vers I'interieur de la ville. Je ne comprends que trop ce qui se passe... I'armee evacue Orleans !

Le pont de pierre, qui relie les deux rives de la Loire, est envahi par une foule compacle, que cherchent a fpndre a chaque instant des attelages d'artillerie : on se presse, on se pousse, on se bouscule, on est violemment separe les uns des autres ; c'est une melee indescriptible ! Nous nous frayons difficilement un passage a travers mille obstacles,

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et ce n'est qu'apres des efforts inouis que nous parvenons a atl^indre la route qui conduit a Vierzori.

La nuit est claire; le temps est rigoureusement froid, nous cheminons pas a pas, nous arretant constamment pour laisser circuler nos nombreux convois. Ces arrets successifs augmentent encore le desordre qui regne d'une extremite a Tautre de cette immense colonne. Mes officiers et moi , nous redoublons d'attention pour maintenir autant que possible nos hommes a leurs rangs; mais, malgre notre surveillance incessante, une partie de mes francs-tireurs s'egarent et nous perdent de vue.

Je quitte le 15^ corps a Olivet; j'ai hate de rejoindre le general Chanzy , et j'espere traverser la Loire, soit a Beaugency, soitaMer.

Nous arrivons au Val de Beaugency a la pointe du jour... Quelle nuit que celle que nous venions de passer !

5 et 6 Dicembre. — Le Val est separe de la ville par la Loire. Le pont n'etant pas encore coupe, je me rends aussitot a Beaugency qu'occupe une colonne amenee de Tours par le general Camo. J'informe celui-ci de I'arrivee des francs-tireurs de la Sartlie, et de I'intention que j'ai de rallier au plus tot le 16^ corps; il m'engage ademeurersur la rive gauche, oii notre presence pent etre d'une grande utilite. J'apprends par lui que le general Chanzy, nomme au coramandement en chef de la Deuximne Armie, — 16*^, 17^ et 2i^ corps, — a etabli son quartier general a Jones.

Apres nous etre reposes quelques heures au Val , nous coniinuons notre route sur Saint-Laurent-des-Eaux.

J'ai dit que j'avais perdu beaucoup de monde dans la nuit du 4 au 5. L'effectif du bataillon etait tout-a-coup tombe

du chifTre de 400 hommes a celui de 225. Bien que je ne doutasse pas que mes pauvres egares ne fisseut Timpossible pour nous retrouver, je m'adjoignis proviso! rement les militaires isoies que nous rencontrions a chaque pas. Grilce a *cet expedient, j'eus bientot plus d'hommes qu'auparavant. Ges soldats de toutes armes appartenaient en partie au 15* corps; lis ne demanderent pas mieux que d'etre incorpores parmi nous, sur I'engagement que je pris d'en instruire le general en chef, et de faire reguiariser par lui leur nouvelle position.

Saint-Laurent-des-Eaux , village d'une cerlaine iniportance, est limitrophe des departements de Loir-et-Cher et du Loiret. La Loire coule a sa gauche, a une petite distance; au nord et a Test, a un kilometre environ, sont des bois, que coupent transversalement les roules d'Orleans a Blois et de Beaugency a Romorantin. Un chemin de grande communication, qui part de Saint- Laurent , mene sur la droite a la Ferte-Saint-Aubin , — route de Vierzon — en passant par la Ferte-Saint-Cyr. Dans les bois se trouvent des fermes, des maisons de gardes et le chateau des Bordes appartenant a M. Paul Caillard, neveu du celebre romancier Eugene Sue,

Ce pays, tres-couvert sur une assez vaste etendue, devait nous permettre de surveiller I'ennemi, et de relarder le plus possible sa marche. X la fin d'octobre, le commandant Cathelineau avail deja occupe Saint-Laurent-des-Eaux, et, a cette epoque, ses braves volontaires ayaienl plusieurs fois repousse les Prussiensqui s'etaient avances jusqu'aux villages de.Lailly et des Trois-Cheminees, dans la direction d'Orleans.

Des le meme soir, je suis prevenu que des uhlans ont

traverse Clery. II n'jr a plus a en douter, les Allemands descendent la rive gauche.

J'envoie immediatement a Jones un de mes officiers, pour avertir le general Ghanzy de ce qui se passe de notre cdte. Le capitaine Fieury rentre au milieu de la nuit; il est por-, teur du billet suivant :

« Jones , le 6 decembre 1870.

» Je recois votre lettre de ce soir , 4 heures. Je suis trissatisfait de vous savoir a Saint-Lauren t-des-Eaux ou la presence de uhlans » en avant de ce village, m'avait deja ete signalee. Tenez cette position importante avec votre bataillon et les hommes que vous avez ramasses, et renseignez-moi exactement par Mer, ou setrouve une station telegraphique avec laquelle je suis en communication, sur tout ce qui se passera sur la rive gauche de la Loire. Je suis meme tout dispose k vous envoyer du renfort, si cela vous 6tait nScessaire. Tachez de savoir quelle pent etre la force des partis ennemis, le long de la Loire, de votre c6te« et si une demonstration serieuse semble devoir Stre faite dans la direction de Blois par les corps allemands qui ont pu passer la Loire a Orleans.

» Le general commandant en chef.

. Signe : GHANZY. .

7 Dicm^bre. — L'ennemi pouvant deboucher , soit par la route d'Orleans, soit par celle que nous avions suivie la veille, ou bien encore par les bois qui s'etendent jusqu'a la Ferte-Saint-Gyr , je dispose mes postes et mes grand'gardes

de maniere a couvrir completement le front du village, a une distance de 500 metres ; des patrouilles ne cessent de parcourir le chemin de halage, et rayonnent du point nomme les Quatre-Chemins a la ferme de Moque-Baril.

Dans la matinee, nous entendons sur notre gauche comme un orage lointain : c'est la deuxieme armSe de la Loire qui commence sa serie de glorieux combats. Mandounet, qui a eteau-dela de Lailly, rentre vers midi, nous annouQant Tapproche des Prussiens ; il en ignore le nombre, mais ils ont de Tartillerie. Je le renvoie aux informations , et , un peu plus tard, je sais par Ini qu'une colonne, 6valueea4,OOOhommes, campe en arriere de Lailly ; il m'apprend egalement que le 15® corps est poursuivi dans la direction dela Sologne.

Un bataillon d'infanterie du 31^ de marche et six obusiers arrivent de Mer : ils sont envoyes par le colonel Bailie, sur la demande directe de M. Paul Caillard. Le capitaine qui commande ces troupes , et qui eut du se placer sous mes ordres, se borne a me prevenir qu'il prendra position dans la forfit des les premieres heures du jour, emmenant avec lui ses canons. Je lui observe quMl ccmmet une grande imprudence , car il risque beaucoup , isoles et faibles comme nous le sommes, de voir enlever ses pieces. Get oflicier ne veut pas ecouter mes raisons, et je crois devoir en rendre compte sans tarder au general en chef '.

1 Le general en cbef envoyait le meme soir cette depecbe au colonel Bailie :

« Jones y 7 ddcembre , h huit heures un quart,

» J'apprends que vous avez cru devoir envoyer une batterie d'artillerie » au-dela de la Loire; faitesmoi connailre par quel motif et par quel ordre. » Cette batterie , si elle n'est pas bien soutenue , court risque d'etre

8 Ikcembre, — Bien que le 31^ operat sans noire concours, je n'en prends pas moins toutes les mesures neces-

saires pour I'erapecher d'etre lourne; mes compagnies sont aussi pretes a marcher aux premiers coups de feu.

Des francs-tireurs arrfilent deux etrangers an moment oii ceux-ci quittaient le village pour se diriger sur Orleans. L'accent allemand forlement prononce de ces personnes a paru suspect, et, bien qu'un drapeau d'ambulance flottat au-dessus de leur caleche, on les empeche de continuer leur route. lis me sont amenes ; et sur les explications quils me donnent, ainsi que d'apres les papiers qu'ils me presentent, je vois bientdtque, loin d'avoir affaire a des espions, ces voyageurs sont madame Jean Dolfus, la femme du grand citoyen de Mulhouse , et un jeune medecin qui Taccompagne pour aller a la recherche d'un de ses fils blesse peu de jours auparavant. Inutile d'ajouter que je m'empresse de les laisser repartir, les engageant toutefois a passer par la Ferte- Saint-Cyr oil Tennemi ne m'est pas encore signale.

Une partie de la journee s'ecoule paisiblement. Vers trois heures^ une vive fusillade retentit dans la direction des bois,

» enlevee et devient un embarras pour les francs-tireurs , qui sont en » trop petit nombre pour la proteger. Faltes-la done replier immMiate- » ment sur Mer. Toutefois, comme il est possible que j'envoie du renfort > au commandant de Foudras, faites ^tudier I'emplacementd'une batterie » a ^tablir derri^re un ^paulement, et sachez me dire si on pent la » replier promptement et sans danger sur Mer, en protegeant sa retraite, ^ ainsi que celle des troupes qui seraient engag^es sur la rive gaucbe , » par le feu des batteries que j'ai present au genie et a rartiUerie d'6tu- » dier sur la rive droite. »

(Histoire de la deuxieme armee de la Loire par le general Cbanzy. Appendice du livre deuxieme , note 6 , page 489 )

accompagne de detonations bruyantes et precipitees. Je donne I'ordre a tout mon monde de se porter au pas de course sur le lieu du combat , et , raoi-meme , je prends les devants, suivi des quelques cavaliers qui comptent parmi nous. Je viens precisement de recevoir du general Barry les lignes suivantes :

« Mer, 8 d^cembre, midi.

i Mon cher Commandant,

» Etant charge d'nne mission spiciale a Saint-Laurent- » des-Eaux, vous avez sous votre commandement direct y> toutes les troupes appelees a concourir au but de cette )> mission, a moins quMI n'en soit dispose autrement.

» II m'est impossible de vous envoyer un seul homme de

. renfort.

y> Le general de division.

. Signe : BARRY. .

A Pentree de la foret, nous croisons des soldats qui ont quitte leurs camarades et se sauvent a toutes jambes. Je veuxles arreter, mais ils restent sourds a mes menaces. Un peu plus loin, nous en rencontrons d'autresqui, ainsi que les premiers, refusenl de rebrousser chemin. Ces malheureux ne craignent pas d'accuser leurs chefs, tandis que ceux-ci se battent intrepidement. Nous sommes bientot obliges de nous mettrek codvert, car les obus et la mitraille tombent et ricochent tout autour de nous. J'atteins enfin une espece de clairiere, au milieu de laquelle nos pieces sont en batterie et repondent vigoureusement au feu des Allemands. A une centaine de metres sur la gauche, se trouvent les officiers du 31® de

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marche; eDtoures d'une poigD^e d'hommes , ils essaient de resister encore a rennemi^ doDt je distingue parfaitement les masses profondes se mouvant a travers les taillis. Le sol est jonche de morts et de blesses; Tinfortun^ capitaine qui commandait le bataillon est 6tendu la face contre terre : une balle lui a traverse le corps. Jugeant insense de prolonger davantage cette lutte disproportionn^e, et tenant avant tout a sauver nos canons, j'ordonne la retraite, prescrivant au lieutenant d'artillerie de gagner Saint-Laurent en se faufilant sous bois. Je garde seulement deux de nos obusiers^ que j'etablis un pen en arriere , sur la route ; soutenus par le feu de mes francs-tireurs , ils parviennent a maintenir a distance nos nombreux assaillants. La nuitqui est venue fait cesser le combat , et nous en profitons pour rentrer sans Stre poursuivis.

Ge moment de repit ne pouvait ^tre de bien longue duree. Je connaissais a pen pres les forces que nous avions devant nous; le chiffre de 4,000 hommes, fixe par Mandounet, m'avait ete confirme ; nous devious done nous attendre a etre de nouveau attaques, et, dans cette provision, il etait prudent de ne pas nous exposer a un desastre certain.

En consequence, je decide que nous irons coucher a Mer. J'en avise le general Barry, et je lui adresse en memo temps mon rapport sur les evenements de la journee. J'envoie aussi une dep^che au general Chanzy, car il est urgent qu'il apprenne au plustdt cette marche des AUemands sur la rive gauche. Leur objeclif doit 6tre Blois, et de graves complications peuvent en r^sulter pour la deuxieme armee.

J'ai rappele mes grand'gardes et mes posies exterieurs.

Tout-a-coup, le cri : awa? arw^s / se fait entendre , et des coups de fusil eclatent a Tentree de Saint-Laurent.

Des uhlans, lances a fond de train , ont voulu penetrer dans le village ; mais le lieutenant Folic Dupart, qui garde ce point avec sa section, recoil ces enrages rodeurs comme il convient : trois d'entre eux tombent sous nos balles. L'un de ces miserables a le fer de sa lance encore rouge du sang de nos malheureux blesses quMI a du achever en venant !..

Nous ne commenQons notre mouvemenl de retraite qu'assez tard dans la soiree ; le manchot , reparti en mission le matin, n'a pas reparu, et je quitte Saint- Laurent-des-Eaux tresinquiet sur son sort. La colonne defile, rartillerie et les soldats de la ligne en tete, nous, forraant I'arriere-garde.

Nous arrivons a Muides au milieu de lanuit; des instructions du general Barry qui m'attendent^ portent que je dois m'arrfiter la jusqu'apres la coupure du pont , et me retirer ensuite sur la forSt de Chambord.

9 Dicembre. — Nous sommes a Saint-Di6-sur-Loire oil nous faisons la grande halte : Tartillerie est en arriere du village, et chacun prend son repas. Un bussard que j'ai envoye pour surveiller la direction de Muides arrive ventre-aterre , annon^ant que I'ennemi est a deux kilometres a peine. Je rassemble vivement mes francs-tireurs , et, ayant donne I'ordre au lieutenant d'artillerie de continuer sa marche directement surBlois, etau Sl^d'escorterles pieces, je dispose aussitot mes quatre compagnies, les V^ et T dans un clos entoure de mur, sur le bord de la route; les 3® et 4®, non loin de la, derriere un corps de ferme. Je suis decide a tenir jusqu'a la derniere extr^mite pour sauvegarder notre artille-

no LES FRANCS-TIREURS DK LA SaRTHE.

rie qui s'eloigne , car ces troupes sont surement celles avec lesquelles nous avons ete engages la veille.

A environ trois cents metres, la route fait un coude. Par la, d6bouche bient6t un groupe de cavaliers ; ils s'avancent au petit trot, absolument comme s'il se fflt agi pour eux d'une simple promenade : ils ne peuvent, du reste, nous apercevoir, tons mes hommes etant soigneusement caches. Mais la pointe d'nne baionnette vient de nous trahir : ils tournent bride, ce que voyant, je crie :

• En avant ! la Sarthe en avant ! »

Les francs-tireurs se precipitent, et, tout en courant, ouvrent le feu sur les Prussiens qui , cetle fois , n'enfoncent pas les eperons dans le ventre de leurs chevaux : il se retirent toujours a la meme allure.

De mon cote, je m'apprfete a charger avec ce que je nomrae emphatiqueraent « ma cavalerie t » c'est-a-dire Taide-raajor de Bonneuil , quatre hussards du 6® et un dragon du 7^. Nous piquons droit sur les Allemands... mais ceux-ci ont depasse Tangle de la route, et faisant place a deux pieces de canon, une volee de mitraille siffle bruyamment a nos oreilles.

Mes francs-tireurs tourbillonnent sur eux-memes : ce mouvement de surprise ne dure que le temps que brille un eclair; a la voix de leurs ofBciers, ils se deploient rapideraent en tirailleurs, et c'est bravement, fierement! qu'ils se disposent a affronter le fer destructeur. Nous n'attendons pas longtemps.

L'artillerie recommence a tirer violemment; d'autres pieces se sont jointes aux premieres ; des bataillons et des

escadrons suivent de pres; ils se massent, s'etendent, poussanl avec frenesie leur tradilionnel hurrah,

Le combat n'est engage que depuis quelques minutes, et deja nombre de morts et de blesses a eclairci nos rangs. Ici, le franc- tireur Herve a la tele emportee par un boulet ; la, c'esl Morin , un vieux braconnier de Bonnelable, dont le venire est ouvert, et qui, tout en cberchant a contenir ses intestins de son avant-bras gauche, n'en continue pas raoins a decharger son arme ; plus loin, le caporal Guillerme tombe en criant : Vive la Sarthe!

Honneur a de tels hommes !

Tout en combattant, nous nous rabattons sur le village, que nous traversons au pas de course , au bruit de Tinfernale musique que font les obus, les boites a milraille et les balles. Une malbeureuse femme est couple en deux au moment oil elle ferme les volets de sa maison ; trois ou quatre francstireurs roulent aussi par terre... nous atteignons enfin la route de Blois.

Cette route est encaissee en plusieurs endroits; elle est bordee de vignes a droite et a gauche. L'ennemi est sur nos talons; son artilleriene discontinue pas de tonner. Le capitaine Fleury et unecentaine d'horames soutiennent la retraite, en longeant le bord de la Loire , car c'est de ce cole que je Grains d'etre deborde. J'ai fait prevenir le general Michaud, a Blois , de ce qui se passe.

La lutte se poursuit active et terrible; notre arriere-garde surtout a une bien lourde lache , et ce n'est que pied a pied, en essuyant des pertes enormes , qu'elle cede le terrain a nos innombrables adversaires. Le capitaine Fleury se bat comme un lion; le lieutenant Folie Dupart entraine egalement ses

francs-tireurs par son ardeur et son bouillant courage ; frappe J'ane balle, il s'affaisse en poussant un cri de rage... il etait mort!

Nous nous defendons ainsi jusqu'au-dela de Montlivault. Les Prussiens ralentissent alors leur poursuite, et nous finissons par leur echapper.

De toute la campagne, la journee du 9 decembre fut celle qui couta le plus cher aux francs-tireurs de la Sarthe: trente-sept deces valeureux soldats, y compris noire regrette camarade , payerent de leur vie cette glorieuse resistance*.

Nous venions d'avoir affaire a forte partie , ainsi que le prouve la depeche allemande que je cite ici, non sans orgueil :

c A la Reine Augusta.

» Versailles, ie 11 decembre 1870.

• Des fractions du 9*^ corps d'armee ont, le 9 , rencontre » a Saint-Die-Montlivault , pres de Blois , une division » ennemie, dont I'attaque a et6 repoussee d'une maniere t decisive. L^aile gauche du corps chassa I'ennemi de > Ghambord , operation dans laquelle un bataillon hessois » s'est empare de 5 canons. Le 3® corps d'armee a pour- • suivi, le 8, jusqu'au-dela de Briare, Tennemi battu a » Nevoy.

. Sign6 : DE PODBIELSKI. .

« Une division?.. » nous n'6tions pas cinq cents !

1 Sur ma proposition , le capitaine Fleury fut noinm^ cheyalier de la leglon-d'honneur, en recompense de la bravoure qu'il d^ploya en cette circonstance.

LES FHANCS-TIREUHS DE LA SARTHE. H3

A I'entree da faubourg de Vienne, nous rencontrons un regiment de lanciers envoye a notre secours. J'arrete ces troupes, et me transportant immediatement a la prefecture, j'y vois le general Michaud, qui ne pent d^abord croire au danger prochain dont il est menace : il ignorait encore le desastre de Chambord. Apres m'avoir entendu, il est bien force de se rendre a I'evidence , et il benit le hasard heureux qui a fait que nous nous soyons precisement trouves en travers des Allemands.

Quelque repos etant absolument necessaire a mon bataillon, je demande et obtiens du general I'autorisation de me porter un pen plus en arriere. Je laissedonc Tartillerie et le 31® de marche, qui nous avaient devances, rejoindre leurs corps respectifs, et nous nous dirigeons sur Onzain, a 1 7 kilometres au sud-ouest de Blois, sur la rive droite de la Loire.

Au moment ou nous quittions la ville, la generale batlait de toutes parts.

iOy H et 12 dicembre. — Notre sejour a Onzain me permet de remettre un pen d'ordre dans le bataillon des francs-tireurs de la Sarthe.

Pauvre et brave bataillon ! avec quelle Constance , quelle energie ii avait endure le froid et la fatigue de nos dernieres et si penibles marches! Jamais une plainte n'etait sortie de la bouche de ces hommes, qui savaienl soufTrir avec une resignation que je ne me lassais pas d'admirer; et cependant — ainsi que je I'ai dit au debut de ces souvenirs — plusieurs d'entre eux etaient presque des enfants ! Je n'avais eu egalement qu^a me louer des soldats de la ligne incprpores parmi

i\\ LES FRANCS-TIREURS DE LA SARTHE.

nous, lis s'etaient montres les dignes emules de leurs nouveaux camarades.

Je siiis heureux de trouver dans la personne du maire , M. ledocteur Girault, un fonctionnaire compatissaDt et bon^ qui, durant le temps que nous restons a Onzain, ne cesse de nous entourer de prevenances de loutes sortes.

t C'est ici un petit paradis ! » s'ecrient mes francstireurs, joyeux d'etre si bien nourris et si bien couches.

M. Bastien, percepteur, me tire aussi d'embarras; void comment :

Mon ofTicier-payeur , le lieutenant Gamier, s'etait egare dans la nuit du 4 au 5. II etait porteur des fonds du bataillon, et, par suite de sa disparition, je n'avais pu continuer afaire chaque jour la solde, suivant I'usage que j'avais adopte. Ne pouvant prolonger plus longtemps une pareille situation , je m'adressai au percepteur, qui voulut bien, apres que j'en eus refere a Blois et sur la presentation d'etats de solde reguliers, me verser tout Targent qu'il avait en caisse.

C'est a Chaumont, ou je vais voir le vicomte E. Walsh, que je lis la depSche par laquelle le ministre de la guerre annongait aux prefets V abandon d'Orleans. Nous sommes indignes des calomnies deversees sur notre ancien general en chef, lui, I'honneur et le courage personnifies. C'est a douter, a desesperer de tout !

Si nos coeurs se soulevent de degout a la nouvelle de ces turpitudes, ils bondissent d'orgueil en entendant proclamer les hauts faits de la deuxieme armee.

Quelle defense heroique que celle du general Chanzy !

A Foinard, a Valliere, a Langlochere et a jMassas, a Villechaumont et a Cravant, a Villorceau ! partout il a

resiste, luUe avec avantage! Trois corps, les 16®, 17^ et 21®, tiennent en echec une puissante armee... C'est beau, c^est grand , c'est sublime ! Et ce n'est pas tout ; a ces combats sanglants il faut ajouter ceux de Cernay et de la Villette, de Travers, de Villejouan et du Coudray : autantde journees, autant de gloires pour nos vaillanlcs divisions! Chanzy se retire, il est vrai..., mais en six jours quelle distance a-t-il parcourue? quelques lieues a peine. II a perdu du monde, beaucoup de monde.., mais les Allemands enont perdu bien plus encore !

Malheureusement, nos derrieres sont serieusement menaces. Les colonnes qui nous poursuivaient campent maintenant sur les hauteurs, en face de Blois, et le general Barry, arrive depuis la veille, pourra-t~il , avec les troupes dont il dispose, empfecher I'ennemi de s'emparer de la ville?

Un pont relie Chaumont a Onzain. Prevoyant que les Prussiens conlinueront a descendre la rive gauche, j'ordonne que ce pont, qui avait ete imparfaitement coupe par le genie, peu d'instants apres mon retour de chez le vicomte Walsh, soil brule. Comme on acheve cette operation, des cavaliers allemands debouchent au-dessus de Chaumont ; la 2® compagnie, de grand'garde sur la rive droite, echange avec eux de nombreux coups de fusil.

Dans la soiree, le chemin de fer cesse de marcher ; il en est de meme du tel6graphe d'Onzain : j'en augure que les choses se compliquent a Blois. Cette opinion m'est bienlot confirmee par un de mes officiers que j'avais envoye pour accompagner des gens arretes comme suspects : le general Barry se dispose a pariir, el il me fait dire de me replier de mon cote sur Vendfime. Je r6unis aussilot le bataillon,

ii6 LES FRANGS-TIREURS DE LA SARTHE.

Bien que noire convoyeur eut bu outre mesure , il finit cependanl par pouvoir alteler , sur ma menace de le congedier et de garder ses charrettes et ses chevaux.

Get homme se nommait Malourat. Requisitionne pour transporter nos munitions et nos bagages de Terminiers a Rouvray, le 30 novembre au matin, le pauvre diable ne nous avait plus quitt^s : il etait demeure forcement parmi nous, ainsi que son tils, jeune gars de dix-sept ans.

En apprenant qu'il ne lui etait pas permis de rentrerdans son village, Malourat avait eu un violent acces de d^sespoir :

• Que vont devenir saos moi ma femme et mes enfants ! . ..

— s'etait-il eerie en versant un torrent de larmes. — Mon Dieu ! mon Dieu ! >

Le lendemain^ il nous avait suivis sur la route de Guillonville^ en pleurant de plus belle :

« Ah ! — avait-il dit, s'adressant a la fois a son fils et a la bfete qu'il conduisait, — Andre... la Grise... nous sommes... fichus ! »

Le surlendemain , il etait venu a moi :

— Monsieur le Commandant, je n'ai absolnment que les vetements que je porte; comment ferai-je ?

— Si ce n'est que cela , mon brave, — avais-je repondu ,

— vous ferez comme les camarades : vous vous en contenterez.

II avait encore essaye de m'attendrir ; malgre ses prieres, j'etais reste inexorable.

Petit a petit, et la bouteille aidant, Malourat s'etait calme et avait meme paru prendre gout a son nouveau metier.

II fit avec nous toute la campagne, assistant de loin aux

LES FRANCS-TIREUliS DE LA SARTHE. 117

combats , continuant a boire sec , mais ne nous en rendant pas moins de grands services.

Qui sail? peut-etre aujourd'hui Malourat dit-il fierement:

• Moi aussi j'ai fait la guerre... J'etais aux francs-tireurs de la Sarthe ! »

i5 et 14 Dicembre, — Nous avons rejoint le 16® corps a Vend6me; c'est I'amiral Jaureguiberry qui le commande depuis que le general Chanzy a et6 mis a la tete de la deuxieme armee. Celle-ci occupe deja les positions qui lui ont ^te assignees , pour le cas ou Tennemi — et c'etait inevitable — chercherait a s'emparer de Venddme, point des plus importants, car il est le nceud des routes d'Angers a Ghateaudun le long du Loir , du Mans a Blois par Saint-Calais et Epuisay, et de Tours k Chartres par Chateau-Renault, Cloyes et Bonneval.

La ville est construite dans un fond, sur les bords du Loir; elle est dominee de tres pres, sur la rive droite, par les hauteurs d'Azay, de Touche-Belle , de Bel- Air, de la louche el de Bel-Essort ; sur la rive gauche, par le plateau de Sainte-Anne : la aboutissenl les routes de Chartres et de Blois.

C'est ce plateau que le 16^ corps est charge de defendre.

Je vais voir le general en chef et I'amiral : ce dernier me donne I'ordre d'aller m'etablir a la ferme de Malignas , en avant de Saint-Anne, avec mission d'appuyer le 2^' chasseurs de marche,>qui, cantonne a Perigny, Villeromain et Crucheray, eclaire au loin la direction de Blois.

Le general Vuillemot , chef d'etal-major general, m'avait remis une copie de I'ordre du jour suivant :

« Venddme, le u d^cembre 1870.

»• Soldals de la deuxieme armee !

> Depnis quiDze jours vous n'avez cesse de combattre. Vous avez Iutt6 heroiquement centre la principale armee allemaDde, commandee par le prince Frederic-Charles, et si chaque jour vous n'avez pas completement battu Tennemi , comme a Valliere , a Coulmiers , a Villepion , vous n'avez jamais subi de d^faites , puisque chaque soir » vous avez couche sur vos positions , disputees avec acharnement de Taube a la nuit. Pendant cinq jours, la deuxieme armee , appuyant sa droite a la Loire , sa gauche a la foret de Marchenoir, s'est maintenue dans ses lignes en avant de Jones; et les batailles des 7, 8 et 9 decembre ont ete aussi glorieuses pour vous que funesles a I'ennemi, qui, de I'aveu de ses prisonniers, a subi des pertes considerables , surtout en officiers de tons grades. » Des considerations strategiques vous ont ramenes sur les positions que vous occupez actuellement. Vous les conserverez , quels que soient les nouveaux efforts de I'ennemi , qui ne s'acharne a vous que parce qu'il comprend que vous etes pour lui I'obstacle et la resistance. » Ce que vous venez de faire , malgre des privations forcees, des fatigues incessantes, le froid, la neige, la boue de vos bivouacs, vous le continuerez, puisqu'il s'agit de sauver la France , de venger notre pays envahi par des hordes de devastateurs.

» Pour nos nouveaux efforts, il faut I'ordre, I'obeissance , la discipline ; mon devoir est de I'exiger de tous : je n'y faillirai pas. La France compte sur votre patrio-

» tisme , el moi , qui ai I'insigne honneur de vous comman- • der , je compte sur votre courage , votre devouement et i votre persistance.

> Le giniral en chef,

. Signe: CHANZY. »

Et il s'est irouve des gens d'assez mauvaise foi pour pretendre que Tarmee de la Loire n'avait rien fait ?.. Oseraient-ils le dire encore !

La ferme de Malignas est a sept kilometres environ de Vendome ; nous gardons ce poste conjointement avec un bataillon de marche; la 2« compagnie des francs- tireurs de la Sarthe est detach6e non loin de la , au chd.teau du Coudray.

II pleul a verse depuis la veille.

15 Dicemhre. — La pluie a enfin cesse; la temperature s'est aussi considerablement radoucie^ mais les chemins sont impraticables : la boue est onctueuse , profonde , et on ne peut se risquer au dehors sans enfoneer jusqu'a mi-jambe ou courir le risque de perdre I'equilibre.

Nous sommes rappeles a Vendome ; I'ennemi , parait-il , est deja signal^.

Nous rallions sur la route de Blois notre cavalerie, qui se replie en liraillant ; nous nous joignons a elle,etc'est ainsi, retardant par notre feu la marche des Allemands, que nous arrivons a hauteur du faubourg du Temple : il est un peu plus de midi.

Le jour precedent , les Prussiens, debouchant tout-a-coup pres de Moree et de Freteval, avaient attaque le 21® corps. Gelui-ci s'etait maintenu dansses positions, non sans crain-

dre un retoiir offensif immediat, car, d'apres des renseignements qu'on ne pouvait meltre en doute, Tintention evidente du grand-due de Mecklembourg etait de penetrer dans la foret de Freteval et de tourner noire gauche, tandis que le prince Frederic-Charles tenterait une attaque directs sur Venddme.

La lutte va done recoinmencer sans qu'ii soil donne a ladi^uxieme armee, qui en a si grand besoin, le teraps de se reposer et de se refaire.

Le 59* de marche est deploye a cheval sur la roule de Blois et en avant du Temple^ les gendarmes a pied et le 27^ mobiles (Isere) a sa gauche, le 62® a sa droite, les 39® et 32® et le 16® bataillon de chasseurs couvrant le chateau de de la Chaise , avec une batterie de 4 placee derriere des epaulemenls Aleves a la hate. Le reste de Tartillerie a pris position^ les mitrailleuses et trois batteries battant le plateau, une section de 4 sur la route meme , pour I'enfiler dans toute sa longueur /^et enfin, a I'extrSme gauche, six pieces de 4 fouillant le ravin de la Houzee et le bois de Pezery. Le 17« corps est echelonne sur la rive droite du Loir. . Lorsque nous d6masquames les fortes colonnes ennemies qui nous suivaient, I'amiral achevait a peine de prendre ses dernieres dispositions. Quelques instants plus tard, la bataille de Vendome commencait.

Nous en sommes spectateurs inactifs. Notre r61e — je le repete — n'etant pas de combattre en ligne, c'est du bas de la rampe qui conduit de la ville au faubourg que nous assistons a ce grand duel d'artillerie dont les eclats retentissants se repercutent au loin. II dure jusqu'a la nuit^ acharne, sanglant! Malgreleurs efforts, les Allemands n'ontpu faire

reculer le 16 corps, qui couche sur le plateau qu'il a si vaillamment defendu.

Le soir , les fraucs-tireurs de la Sarthe quittaient YeDdome pour se diriger sur le Mans.

La tODue de mes hommes se trouvait daus un tel etat de delabrement, qu'il etait de toute necessite de pourvoir le plus promptement possible a un nouvel equipement. Les vetements et la cbaussure 6taient en lambeaux ; de plus , jevoulais changer notre armement, qui consistait en fusils Snider, et pour lequel on ne se procurait que tres-difficilement des cartouches. Ces motifs firent que I'amiral acquiesca a ma demande, me recommandant toutefois de presser cette organisation, ce a quoi je m'engageai.

Lel8, nous rentrionsau Mans; mais, helas ! plus

d'un de ceux qui m'avaient suivi en partant manquaient dans nos rangs : ces braves que nous pleurions etaient morts au champ d'honneur !

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