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LA POLITIQUE DE L'ANGLETERRE AVANT LA GUERRE

Le livre blanc de la Grande-Bretagne a été publié à Londres dès le début de la guerre et communiqué au parlement Canadien le 19 août. Il contient les dépêches échangées, du 20 juillet au 4 août, entre sir Edward Grey et les ambassadeurs britanniques à Paris, Berlin, Pétersbourg, Vienne et Rome, ainsi que les ministres anglais à Bruxelles et à Belgrade. La plupart de ces lettres relatent les conversations de

vance le tragique dénouement, on se sent pris à la gorge d'une angoisse étreignante devant l’inanité des multiples tentatives de conciliation et d’apaisement, sincères ou simulées.

Par contre, l'admiration grandit à chaque page, en suivant de jour en jour l'effort inlassable de l’homme d'Etat anglais pour renouer les fils qui se Cassent, reprendre les conversations. interrompues, lancer de nouveaux ponts sur les abîimes qui se creusent. Partout le terrain fait défaut, les obstacles renaissent à mesure qu’ils sont aplanis; et cependant, pas une parole violente, pas un mouvement de vivacité, à peine un geste d’impatience dédaigneuse à l’endroit du “gouvernement français en voyage” (25), — allusion à l’absence de MM. Poincaré et Viviani en Russie, — et quelques rebuffades, oh! très correctes — sauf une (116) — à la Russie et à la France qui le pressent de trop près.

Par ci, par là, un court aperçu sur les lointains de l’histoire ou de la haute politique, telle cette réflexion sur la rivalité des Slaves et des Teutons (87).

Parfois même, un éclair de tragédie, tel ce mot de M. Sazonoff à sir George Buchanan, ambassadeur britannique à Pétersbourg: “Si l’Angleterre fait défaut [à la France et à la Russie], des fleuves de sang vont couler, et elle sera entraînée quand même dans le conflit!” Et cet avertissement de M. Cambon à sir Edward Grey lui-même, d’une éloquente et solennelle simplicité: “Il ne peut être dans l'intérêt de l’Angleterre de laisser l’Allemagne écraser la France.... Ne répétez pas l'erreur de 1870!” . +. +

Cette correspondance peint sir Edward Grey sous son vrai jour. Elle révèle l’homme d'Etat froid, hautement calculateur, conscient, sans

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l'ombre . fatuité, du prestige de sa personne et de la grandeur de son Pays, mais soucieux avant tout de ses responsabilités immédiates et des intérêts de la nation qu’il représente,

Tout son effort, durant cette courte période, porte vers un but immédiat, urgent: le maintien de la paix européenne. Ceci on l'a dit et l'on ne saurait trop le répéter. Mais ce qu'on n’a pas assez dit, ce qu'on n’a même pas dit du tout, c'est que l'objectif suprême, unique, de l’éminent diplomate, c’est l'intérêt de l'Angleterre. A cet objectif, il subor. donne tout: alliances, salut des autres nations, protection des faibles, respect des traités, Tant qu’il lui reste une lueur d'espoir de conserver la paix générale, puis, cette lueur éteinte, de garder l'Angleterre en dehors du conflit, rien ne l’émeut, rien ne l'entraine en dehors de la voie qu'il s’est tracée: ni les appels pressants de.la Russie et de la France, ni le cri déchirant du Pauvre petit Luxembourg, écrasé sous la botte du Prussien, ni même, quoi qu'on en ait dit, la menace de la violation du territoire belge. Ce n’est que lorsqu'il a perdu la première partie, celle de ia paix, qu’il se retourne prestement et ramasse la carte de la neutralité de la Belgique pour en faire l’atout principal de la partie de la guerre,

Sir Wilfrid Laurier a eu l'heureuse idée de suggérer au premier ministre de faire faire un tirage populaire de ce dossier si instructif et de le répandre abondamment dans le public. Sir Robert Borden a acquiescé à cet avis. Tant mieux. Si nous devons entrer dans l'orbite de la politique impériale, sinon pour aider à la faire et pour en profiter, du moins pour en subir les conséquences, il n’est que juste que nous sachions un peu de quels mobiles cette politique s'inspire, C’est une bonne école que celle des grands politiques anglais.

Je ne saurais trop recommander aux lecteurs du Devoir, à ceux surtout qui veulent apporter quelque lumière à la formation de leurs idées politiques et de leur patriotisme, de réclamer ce document de leur député et de l’étudier attentivement (°).

En attendant, et pour la masse des lecteurs, il me semble utile de le résumer et d’en extraire les faits les plus propres à dissiper certaines légendes dangereuses, créées autour du rôle de l’Angleterre dans le conflit actuel et, en général, dans le jeu des alliances européennes.

Les prodromes du conflit

La correspondance débute, le 20 juillet, par une lettre du secrétaire d'Etat à l'ambassadeur anglais à Berlin. Dans cette lettre, sir Edward Grey relate une conversation récente avec le Prince Lichnowsky, ambassadeur d'Allemagne à Londres. Ils sont tombés d'accord sur la nécessité d’empècher l’imbroglio serbo-autrichien de créer des complications. Ils concluent également à l'opportunité d’une pression amicale du gouvernement russe sur Ja Serbie (1). (*‘)

Le 22 juillet, sir E. Goschen télégraphie au ministre que le secrétaire

(*) Le livre bleu canadien qui contient cette correspondance (version française) porte le titre : “Documents touchant la guerre européenne.” [No 40, a, b, c, d, 1915.] Je ni pas cru nécessaire de substituer cette traduction à celle que j'ai faite des Passages cités

(°°) Les numéros entre parenthèses sont ceux des dépêches résumées ou citées.

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d'Etat allemand, von Jagow, est d'opinion que le débat doit être circonscrit entre la Serbie et l'Autriche (2).

Le 23 juillet, à l'issue d'une Conversation avec le comte Mensdorff, ambassadeur d'Autriche, qui lui a fait Pressentir les termes de ja note

l'Autriche (4). Dépêche à sir M. de Bunsen. Avec raison, sir Edward voit le danger dans l'ultimatum, si bref et si cassant, signifié à la Serbie (5).

Le même jour, longue et remarquable dépêche de sir Geo. Buchanan, ambassadeur anglais à Pétersbourg (6). Le ministre des affaires étrangères, M. Sazonoff, l'a fait appeler Pour délibérer, avec l'ambassadeur de France (M. Paléologue), sur l’ultimatum de l'Autriche à la Serbie, Le ministre russe va droit au but: “La conduite de l’A striche, dit-il, est Provocatrice et immorale; elle n'aurait jamais fait 4e telle démarche (Uaken such action) avant d’avoir consulté l’Aller gne.... Il espère que le gouvernement britannique ne manquera pas de proclamer sa s0lidarité avec la Russie et la France,”

TIONAL ENGAGEMENT on their part TO SUPPORT RUSSIA AND FRANCE by force of arms. DIRECT BRITISH INTERESTS IN SERVIA WERE NIL, and a war on behalf of that Country would never be sanctioned by British public opinion.”

“J'ai dit que je vous télégraphierais un rapport complet des déclarations que Leurs xcellences venaient de me faire: — naturellement, je ne pouvais Parler au nom du Souvernement de Sa ajesté, mais que, Personnellement, je ne voyais aucune raison d'anticiper, de la part du gouvernement, une déclaration de solidarité comportant un ed ement sans conditions d'appuyer la Russie et la France: que les intérêts bri-

nniques en Serbie sont nuls, et que jamais l'opinion publique, en Angleterre, ne sanctionnerait une guerre en faveur de ce Pays.” quoi M. Sazonoff répond que toute la question européenne est

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