‹ Une page d'histoire [microforme]Chapitre 5 sur 19 · DR ES · texte numérisé non relu

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engagée et que l'Angleterre ne peut se dérober en présence des problé. mes qui se posent,

M. Sazonoff ajoute que si l'Autriche rejette toute intervention, la Russie mobilisera, M. Paléologue dit qu'il n'y a qu'un moyen pour l'An. gleterre d'éviter la guerre, c'est d'adopter une attitude ferme. L'un et l’autre “continuent à presser” l'ambassadeur anglais pour lui arracher “a declaration of complete solidarity of His Majesty's Government with French and Russian Governments.” Sir Geo. Buchanan ne cède pas. 11 s'engage simplement à suggérer à son gouvernement de représenter à Vienne et à Berlin qu'une attaque de l'Autriche contre la Serbie provoquerait probablement l'intervention de la Russie, “ce qui entrainerait l'Allemagne et la France, et qu’il deviendrait difficile à l'Angleterre de rester étrangère au conflit.” Sazonoff ne démord pas de son idée que “si l'Angleterre ne fait Pas Cause commune dés le début avec la Russie et la France, elle augmente les chances de guerre” (6).

Le lendemain, 25, sir Edward Grey télégraphie à sir George Buchanan :

“You spoke quite righlly in very difficult circumstances as te the attitude of His Majesty's Government. 1 entirely approve what you said, as reported in your telegram of Veslerday, and I CANNOT PRO- MISE MORE ON BEHALF OF THE GOVERNMENT." (24)

“Vous avez défini très exactement, dans des circonstances fort difficiles, l'attitude du gouvernement de $a Majesté. J'approuve san réserves vos déclarations, telles que relatées dans votre dépêche d'hier. Je ne puis promettre davantage au nom du gouvernement.”

Voici donc la partie engagée. Sir Edward Grey marche d'accord avec le Prince Lichnowsky, il rejette l’avis de MM. Sazonoff et Paléoloæue. En d’autres termes, le Souvernement britannique cherche un rapprochement uvec l'Allemagne, au risque de mécontenter la Russie et la France. Il s'efforce de diviser la Triplice plutôt que de resserrer les liens de la Triple Entente.

L’Angleterre et la Triple Entente

Le jour même où arrive l’importante dépêche de Pétersbourg, citée plus haut (6), c’est-à-dire le 24 juillet, sir Edward Grey a vu, à tour de rôle, les ambassadeurs d'Autriche, de France et d'Italie,

Le Comte Mensdorff lui a expliqué que la note à la Serbie n’est pas à proprement Parler un ultimatum, mais ne “démarche”, avec sursis d'exécution, qui n'oblige pas nécessairement à la guerre. Sir Edward communique cette interprétation à Paris et à Pétersbourg (14).

A M. Cambon il fait savoir que l’ambassadeur allemand lui a demandé, il y a déjà quelques jours, d'exercer une influence modératrice à Pétersbourg. 1] considère que si l’imbroglio reste confiné à l’Autriche et à la Serbie, “we need not concern ourselves about it” Si la Russie entre en scène, alors une intervention conjointe de l’Allemagne, de la France, de l'Italie et de l’Angleterre pourrait s'exercer simultanément à Pétersbourg et à Vienne. M, Cambon répond que la France serait prête à coopérer; mais si l'on attend que l'Autriche ait marché, il sera

PS

trop tard. C'est à Vienne qu'il faut agir tout d'abord, afin d'empècher le déclanchement; et c'est l'Allemagne qui doit prendre l'initiative (10).

Cet avis du diplomate français vaut d’être noté et gardé en mémoire. Il semble bien, à la lumière des développements ultérieurs, que M. Cambon avait vu clair et suggéré la seule intervention susceptible d'amener une détente et de détourner le conflit. Naturellement, il est fort possible que l'Allemagne eût refusé d'accéder à la demande de 1 r Edward Grey et d'exercer à Vienne la pression suggérée par M. Cambon. Mais en ce cas, l'Angleterre eût été en meilleure posture devant ses alliées et la respons<bilité de la guerre péscrait plus complètement sur les seules épaules du Kaiser et de ses conseillers. Cette démarche n'ayant pas été faite, il est permis de croire sinon, comme l'écrivain anglais Bernard Shaw, que l'Angleierre est virtuellement responsable du conflit, du moins qu'elle n'a Pas tenté tout ce qu'elle aurait pu faire pour

Dans l'après-midi du 24, le Prince Lichnowsky remet à sir Edward une note justifiant l'attitude de l'Autriche à l'égard de la Serbie et définaissant ainsi l'attitude de l'Allemagne: la question ne concerne que l’Autriche et la Serbie; les autres puissances n'ont rien à y voir (9). Sir Edward, en dépit de l'objection de M. Cambon, répète à l'ambassadeur allemand que l'Angleterre n’a rien à faire avec l’imbroglio austro-serbe, Si la Rissie intervient, il réitèrera son projet d’une pression conjointe et simultanée des quatre autres puissances à Vienne et à Pétersbourg (11).

CCR

Le lendemain, 25, échange de dépêche, :re sir Edward Grey et les représentants de l'Angleterre à Berlin, à V :nne, à Paris, à Rome et à Dress C’est véritablement ce jour-là que le sort d: l'Europe s’est joué.

Le soir, sir Edward Grey et toutes les chancelleries des grandes puissances savent que la Serbie, tout en se rendant à la plupart des exigences de l'Autriche, en rejette les plus intolérables, et que l'Autriche, à moins d’une acceptation sans réserve de son ultimatum, marchera le lendemain sur Belgrade. Sir M. de Bunsen avertit son min'stre qu'à Vienne l’acquiescement de la Serbie n’est ni attendu ni désiré (20).

Dans l'intervalle, arrive une nouvelle dépêche de Pétersbourg. Sazonoff insiste toujours pour l’action directe, énergique et simultunée des. trois puissances. “J! ne croit pas que l'Allemagne veut réellement la guerre; mais son attitude sera déterminée par celle de l’Angleterre. Si l'Angleterre lie partie ferme (stand lirmly with) avec la France et la Russie, il n'y aura pas de guerre. Si au contraire l'Angleterre leur fait défaut au début, des [leuves de sang Couleront, et elle finira tout de méme par être entraînée dans le conflit” (17).

C’est vraisemblablement après avoir connu cette deuxième démarche de la Russie et reçu les nouvelles de Belgrade, que sir Edward Grey a confirmé la réponse de sir George Buchanan à M. Sazonoff: l’Angleterre n’a aucun intérêt en Serbie; elle ne s'engage à rien vis-à-vis de la Russie et de la France (6 et 24).

Le 27, — pour en finir avec les instances de la Russie, — sir George Buchenan communique à son ministre une troisième entrevue qu’il

Ur de

vient d’avoir avec M. Sazonoff. Le ministre russe a renouvelé sa demande d’action conjointe. L’ambassadeur anglais a réitéré sa déclaration du 24. L’'Angleterre ne peut rien promettre. Elle continue son action amicale à Berlin. Sir George a exprimé le désir que le gouvernement russe ne lance pas immédiatement l’ukase de mobilisation. A quoi Sazonoff semble avoir répondu assez brusquement que retarder davantage la mobilisation de la Russie, tandis que l'Autriche arme, équivaut à donner l'avantage à l'Autriche (44).

Le même jour, 27, le comte Benckendorff, ambassadeur de Russie à Londres, déclare à sir Edward Grey que, dans les cercles allemands et autrichiens, l'impression prévaut que l'Angleterre va rester neutre, quoi qu’il arrive (in any event we would stand aside). L’ambassadeur déplore l'effet de cette impression. Le ministre anglais réplique que la

pression, mais il prend soin d'ajouter que ceci n’implique rien de plus que ia promesse d’une action diplomatique. Il transmet le résumé de

Entre temps, sir Edward Grey, touj"urs d'accord avec le Prince Lichnowsky, poursuit son projet d’action conjointe, à Pétersbourg et à Vienne, des quatre puissances : Angleterre, France, Allemagne et Italie. Un moment, il semble tenir tous les fils dans sa main. L'Allemagne avait, la première, approuvé l’idée en principe (18 et 46) ; l’adhésion de la France et de l’Italie ne faisait pas de doute: leur réponse officielle, en date du 27, le prouve (49 et 52). Le même jour, la Russie notifie son consentement (53), tout en écartant avec impatience les conseils de modération de la France. Mais la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie et la mobilisation de l’armée russe déchirent en un instant toute 1" trame si paticmment ourdie.

Deux dépêches de sir Maurice de Bunsen, en date du 26, jettent un jour significatif sur la rupture. z

L'une établit que l'ambassadeur de Russie refuse de demander, conjointement avec son collègue anglais, un sursis de l’action autrichienne (40), Or, s’il faut en croire une note du gouvernement russe, communiquée la veille à sir Edward Grey et transmi: * immédiatement à sir M. de Bunsen, des ins.-uctions précises avaient «.é données à ce sujet à l’ambassadeur de Russie (26). Y a-t-il eu cortre-ordre secret de Pétersbourg?

L'autre dépêche (32) relate une conversation de l'ambassadeur d'Allemagne à Vienne. Ce fonctionnaire considère que la guerre austroserbe est chose décidée et inévitable. Il croit que “la Russie va rester tranquille pendant le châtiment de la Serbie”. Il est convaincu que m1 a Russie ni la France ne sont en état de faire la guerre.

Cette arrogante confiance semble démontrer que M, Camb:n avait vu clair quand il conseillait, dès le 25, l’action directe à Vienne, et par l'Allemagne. Elle paraît également justifier les raisons apportées dès le début par MM. Sazonoff et Paléologue à l'appui d’une action conjointe et énergique des trois puissances de Ja Triple Entente — qui, hélas! ne s’entendaient guère! n < à

Ce n'est pas seulement de Paris et de Pétersbourg que les conseils d'intervention viennent à Londres. C'est de Rome également. La correspondance de sir Rennell Rodd en fait foi. Dés le 23, ce diplomate

que l’Autriche est décidée d’avance à faire la guerre (38). Le 25, le Souvernement italien réitère son avertissement; j] annonce même que PAutriche va saisir le chemin de fer de Salonique (19). Le 29, le inarquis de San Giuliano fait tenir à sir Edward Grey un avis absolument identique à ceux de MM. Sazonoff et Paléologue: si l'Allemagne était persuadée que l'Angleterre est prête à appuyer la Russie et la France, “leffet serait considérable (80).”

Cette opinion du ministre des affaires étrangères de l’une des puissances de la Triplice, ajoutée à celle des représentants des deux alliées ou prétendues alliées de l'Angleterre, aurait dû, semble-t-il, peser lourdement dans la balance.

Sir Edward Grey préfère continuer à s’appuyer sur Berlin. Le jour même où il reçoit cet avis de l'Italie, il fait remercier le chancelier Bethman-Hollweg de son langage conciliant et l’assure de sa coopération pour le maintien de la paix (77).

Ceci clôt le premier acte de la tragédie, On peut le résumer en quelques mots:

Dès le premier signal de tempête, le ministre britannique, avant même d’avoir consulté ses alliés éventuels, lie partie avec l'ambassadeur d'Allemagne. Il repousse nettement les avances pressantes de la Russie; il rejette les conseils de M. Cambon et de M. Paléologue: il dédai- &ne les avertissements de l’talie; il marche d’accord avec le Prince Lichnowsky.

Deux jours après la déclaration de guerre de l’Autriche à Ja Serbie, I! poursuit encore ses négociations à Berlin (88 et 90).

Le moins qu’on puisse dire, c’est que trois jours avant le déclanchement général, la Triple Entente était fort précaire, Nous allons voir que l’Entente cordiale même ne tenait qu'à un cheveu.

L’Angleterre et | Entente Cordiale

a expliqué à l'ambassadeur de France que la situation actuelle diffère essentiellement de celle créée par l'incident d'Agadir. Au Maroc, l’Angleterre était liée Par une entente particulière avec la France. (II aurait Pu ajouter: et par la détermination de ne pas laisser l'Allemagne établir une base navale en face de Gibraltar). Ici elle est libre. L’Angleterre n’a aucun intérêt à intervenir entre l'Autriche et la Serbie, ni méme entre l’Autriche et la Russie. “ est la lutte du Teuton et du Slave pour la suprématie dans les Balkans.” er l'Allemagne est chtrainée,

si la France même est entraînée, NOUS N'AVONS PAS DECIDE CE QUE NOUS FERONS: c'est un cas que nous devrons étudier... Nous sommes libres de tout engagement et nous devrons décider CE QUE LES INTERETS BRITANNIQUES NOUS COMMANDENT DE FAIRE — (WHAT BRITISH INTERESTS REQUIRED US TO DO)” (87).

M. Cambon, ajoute sir Edward, “paraissait tout à fait préparé à recevoir cette déclaration: il ne l’a pas critiquée” — “He seemed quite prepared for this announcement, and made no criticism upon it (82.”

Cette courte phrase jette un jour lumineux sur un aspect de la situation qui semblerait inexplicable à tout observateur superficiel ou mal renseigné. Comment se fait-il que M. Paul Cambon, dont la finesse, le tact, le courage, le patriotisme, font un diplomate de premier ordre, a évité, jusqu’à la dernière minute, de pressér le gouvernement anglais? Dès le début, il a vu nettement le point stratégique où aurait dû porter l’action diplomatique; il l’a signalé à sir Edward Grey; il a insinué discrètement que le ministre anglais devrait diriger du côté de Vienne le poids de ses sympathies allemandes. Mais il s’est abstenu de pousser plus avant. Pourquoi? Pourquoi surtout n’a-t-il pas posé au représentant du gouvernement britannique la sorte d’ultimatum que M. Sazonoff, au nom de la Russie, et M. Paléologue, au nom de la France, ont fait tenir au Foreign Office par l’entremise de l’ambassadeur anglais à Pétersbourg?

C’est qu’il anticipait la réponse de sir Edward Grey — he was quite prepared for it. — L'on va voir, par les citations qui suivent, qu’il n’avait pas tort d'éviter de brusquer les événements.

La dépêche se termine Par un résumé des vues de M. Cambon sur la situation en France et l’action probable de son gouvernement. Selon lui, “l'opinion, en France, est calme mais ferme. Il anticipe une sommation de l'Allemagne, demandant à la France de rester neutre pendant que l’Allemagne attaquera la Russie. Evidemment, la France ne pourra prendre cet engagement: elle est obligée d'aider la Russie, si la Russie cst attaquée (87).

Le contraste entre les deux attitudes — celle de l’Angleterre à l’égard de la France et celle de la France en face de la Russie — est significatif. Il marque toute la distance qui sépare une entente, “cordiale” mais vague et incertaine, d’une alliance, cordiale ou non mais claire et précise. Au moment du danger, ces nuances ont leur valeur.

Le lendemain, 30 juillet, nouvelle entrevue (105). L’ambassadeur de France sent que l'heure décisive approche. Il manoeuvre avec une habileté et une prudence consommées. Il commence par faire verser au dossier des chancelleries anglaise et française le texte des lettres échangées entre sir Edward Grey et lui, le 22 et le 23 novembre 1912. Ces lettres, qui voient le jour pour la première fois, constituent la formule, la minute, du contrat d'entente cordiale. On les trouvera en appendice, à la suite de cette étude.

Ce contrat, on le constatera, ne stipule aucune obligation précise, pour l’une des deux puissances, d'agir dès que l’autre sera attaquée

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ou menacée. I] comporte simplement l'engagemert de “se consulter mutuellement”, en certains cas de danger.

M. Cambon croit que les éventualités prévues se sont produites: “la paix générale de l'Europe n’a jamais été si sérieusement menacée”, — tout le monde le reconnait, sir Edward Grey le premier; et la France est menacée par l’Allemagne d’une “attaque non provoquée”. A l’appui de cette deuxième affirmation, M. Cambon remet à sir Edward Grey une note de M. Viviani attestant que les troupes allemandes sont massées sur la frontière, que deux de leurs patrouilles ont pénétré sur le territoire français, que les Alsaciens-Lorrains ne peuvent franchir la frontière, sous menace d’être fusillés, que les réservistes allemands en France sont rappelés sous les drapeaux. M. Viviani ajoute :

“C'est le dernier stade avant la mobilisation : or, nous n'avons rappelé aucun réserviste. Comme vous le voyez, l’Allemagne l’a fait... Ces éléments, ajoutés à ceux contenus dans mon télégramme d'hier, vous permettent de faire la preuve au gouvernement britannique de la Volonté pacifique de l’un et des intentions agressives de l’autre (Annexe 3 de 105).

Ayant ainsi complété son dossier, M. Cambon ajoute qu’il “ne veut pas demander [à sir Edward] de déclarer immédiatement que l'Angleterre va intervenir” — ;] connaît son homme — mais simplement de “dire ce qu’elle ferait, si certaines éventualités se produisaient”, et, en particulier, si l’Allemagne attaquait la France.

Enfin, voilà la vraie question posée.

Sir Edward Grey répond que le cabinet se réunira le lendeuain matin (31 juillet) et qu’il reverra l'ambassadeur, dans l'après-midi (105).

Le 31 juillet, à l'heure convenue, l’ambassadeur de France vient chercher la réponse de la nation amie. Le ministre anglais lui anonce que le gouvernement britannique a décidé... . de ne prendre au- Cun engagement! — “We had come to the conclusion, in the Cabinet today, that we could not give any pledge at the present time.” (119)

Aucun traité ni obligation de l'Angleterre, ajoute le ministre, ne sont en jeu. Néanmoins, de “nouveaux développements” peuvent changer la situation et induire le Souvernement britannique à intervenir, “La préservation de la neutralité de la Belgique pourrait être un facteur, non pas décisif, mais important”, de la détermination de l’Angleterre, Il va ‘peut-être demander à l'Allemagne et à la France de s'engager à respec- ‘ter la neutralité de la Belgique.

Cette déclaration dubitative mérite d'être notée. J'y reviendrai Jorsque j’analyserai l'attitude de l'Angleterre à l'endroit de la Belgique et du Luxembourg.

M. Cambon ramène son interlocuteur au point vital et répète sa question: Si l'Allemagne attaque la France, l’Angleterre soutiendrat-elle la France?

Sir Edward répète qu’au point où en sont les choses, f! ne peut Prendre aucun engagement — “as far as things had gone at present, we could not take any engagement.”

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Or, “au point où les choses en étaient rendues”, l’état de siège était déclaré en Alsace-Lorraine, cinq cent mille soldats allemands étaient massés aux frontières de France, du Luxembourg et de la Belgique, des patrouilles allemandes avaient déjà pénétré sur le territoire français. J'en sais quelque chose: c’est le jour même où j'ai traversé l’Aisace, de Bâle à Colmar et à Strasbourg, au milieu des régiments, des trains d'artillerie, du branle-bas général de la guerre, virtuellement commencée.

Il semble qu’à ce moment, la patience ait failli échapper au représentant de la France. Les souvenirs du patriote percent sous la réserve du diplomate. Il se rémémore l'abandon de 1870, suivant de si près l'alliance de 1854 et les services rendus par la France en Crimée, et jamais payés de retour. Il a recours à l'argument suprême: “Il ne peut ètre dans l'intérêt de l'Angleterre de laisser l'Allemagne écraser la Francu. En 1870, elle a commis une grave erreur en permettant à l’Allemagne d’accroître énormément sa puissance; elle ne devrait pas répéter celte erreur.” Cette fois, c’est bien la critique, et la critique amère, M. Cambon demande au ministre de soumettre de nouveau la question au cabinet.

Sir Edward réplique froidement que le cabinet se réunira dès qu’il se produira de “nouveaux développements”. “Pour l'instant, dit-il, la seule réponse que je puisse donner, c’est que nous ne pouvons prendre aucun engagement précis (any definite engagement)” (119).

4 + ss

Ce n’est pas seulement à l'ambassadeur de France que le ministre anglais donne cette réponse dilatoire; il l’adresse au Président de la République lui-même.

Le 30 juillet, M. Poincaré, rentré en toute hâte à Paris, fait appeler sir Francis Bertie, “Il est convaincu que la paix est entre les mains de la Grcnde-Bretagne. Si le 8ouvernement britannique faisait savoir que l’Angleierre sera aux côtés de la France en cas de conflit avec l’Allemagne... il n’y aurait pas de guerre, car l'Allemagne modifierait immédiatement son attitude.... Si une guerre générale éclate sur le continent, les intérêts vitaux de l’Angleterre l'y entraineront forcément. Une déclaration immédiate de son intention d’appuyer la France, qui veut le maintien de la paix, empécherait presque certainement l'Allemagne de déclarer la guerre.”

C’est, on le voit, la redite quasi textuelle des affirmations trois fois répétées de M. Sazonoff, C’est la confirmation de l’avis du marquis de San Giuliano.

Sir Francis Bertie transmet immédiatement à Londres cette importante communication (99).

Sir Edward Grey diffère sa réponse au lendemain. En voici le texte complet et la traduction:

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