‹ Une page d'histoire [microforme]Chapitre 6 sur 19 · SIR EDWARD GREY TO SIR F. BERTIE · texte numérisé non relu

SIR EDWARD GREY TO SIR F. BERTIE

Foreign Office, July 31, 1914. (Telegraphic)

1 have received Your telegram of yesterday’s date. Nobody here feels that in this dispute, 80 far as it has yet gone, igati ved. Feeling is quite different from what it Was during the Morocco question. That crisis involved a dispute directly involving France, whereas in this case rance is being drawn into a dispute which is not hers. elieve it to be quite untrue that our attitude has been a de- . factor in situation. German Government do not expect our neutrality.

We cannot undertake a definite pledge to intervene in a war. I have so told the French Ambassador, Who has urged His Majesty's Government to reconsider this decision.

have told him that we should not be justified in giving any pledge at the Present moment, but that we Will certainly consider the situation again directly there is a new development.

“”rsonne ici ne considère que dans cette dispute, au point où elle en est rendue, aucun traité ou obligation de la Grande-Bretagne est en jeu. L'opinion est très différente de ce qu’elle était lors de la question du aroc. La crise du Maroc se rattachait à une dispute où la France était directement concernée; tandis que, dans le cas

Je Crois qu’il n’est nullement vrai ie notre attitude ait constitué un facteur décisif de la situation. Souernement allemand ne prévoit pas notre neutralité. | k . “Nous ne Pouvons prendre l'engagement déterminé d'intervenir dans une guerre, Je l’ai dit à l'ambassadeur de France, qui a pressé le Souvernement de Sa Majesté de revenir sur sa décision. “Je lui ai déclaré que nous n'avions aucun motif justifiable de prendre Un engagement à l'heure actuelle; mais qu’assurément nous tudierons la situation de nouveau, dès qu’il se produira quelque

Notez que cette dépêche n’a été rédigée et envoyée qu'après la réuaicn du cabinet et la réception de la note Viviani, dénonçant l’état virtuel de guerre en Allemagne. ’est donc, à l’heure critique, la réponse officielle du gouvernement britannique à la demande d'intervention formulée par le président et le premier ministre de la République française.

dossier. Ce n’est Pas la simple relation semi-confidentielle d’une con-

gard de la nation ariie, Et cette attitude, c’est le refus de s'engager à soutenir la France, alors même que l’armée allemande a pénétré sur le territoire français.

Ce n’est pas seulement par le fond que cette pièce est remarquable et significative: c’est aussi, et davantage peut-être, par les termes. Ceux qui connaissent la valeur des mots anglais et la courtoisie impeccable de la haute diplomatie britannique, ne peuvent manquer de sursauter en entendant le Foreign Secretary qualifier d'UNTRUE une affirmation du Président de la République française. Pour que sir Edward Grey, ce parfait gentleman, si froid, si maître de sa parole, se soit laissé aller à donner un tel démenti, en un tel langage, au Président Poincaré, il faut que son irritation, devant l’insistance de la France, ait été bien vive. La raideur du ton est encore accentuée par le contraste avec la cordialité des entretiens de sir Edward Grey et du Prince Lichnowsky, avec J’urbanité parfaite du langage de sir Edward Goschen à Berlin, même une fois la guerre déclarée.

Le surlendemain du jour où cette dépêche fut envoyée, j'étais à Paris; j’entendais les commentaires de toute nature sur l’attitude expectante ou hésitan’+ de l'Angleterre. Je ne crains pas d'affirmer que si les termes de cette dépêche avaient été rendus publics à ce moment, il se serait produit, à Paris et dans toute la France, une explosion de colère telle que l’entente cordiale aurait été rompue à demeure. Les haines séculaires contre la “perfide Albion” se seraient réveillées si intenses qu’au risque de subir seul l’agression allemande, le peuple français indigné eut rendu impossible toute entente et toute coopération avec la Grande-Bretagne.

“Heureusement”, comme l’écrivait plus tard un collaborateur, très renseigné, du Correspondant, “le coup de folie de l’empereur Guillaume violant la neutralité du Luxembourg et de la Belgique, a simplifié toutes choses en frappant l'Angleterre au vif non seulement de ses intérêts, mais de son honneur.” (*)

Le soir du 31 juillet, sir Francis Bertie prévient sir Edward Grey que l’ambassadeur allemand à Paris a notifié au gouvernement français le décret ordonnant la mobilisation générale de l’armée allemande, contre la Russie et contre la France (117).

Le lendemain, 1er août, l'Allemagne mobilise et le dimanche, 2 août, c’est au tour de la France. Le même jour, sir Edward Grey notifie à M. Cambcn la décision du cabinet britannique de protéger les côtes de France et ses navires marchands au cas où la flotte allemande sortirait dans la Mer du Nord ou la Manche. “This assurance, ajoute la note, ...must not be taken as binding His Majesty's Government to take any action until the above contingency of action by the German fleet takes place (148).”

Ainsi, deux jours après le début en fait des hostilités, l’Angleterre n’avait pas encore décidé si elle prendrait une part active à la guerre, comme alliée de la France et de la Russie.

Voyons maintenant où elle en était avec l'Allemagne.

{*} La première partie de cet articie du Correspondant est reproduite comme appendice Ill. ee hé, een très sûrs m'’autorisent à affirmer que l’auteur est un encien ministre des A

faires Etrangères, en France.

Ur.

L’Angleterre et l’Allemagne

Ce n’est pas seulement sur le conflit austro-serbe que le cabinet britannique était en désaccord avec les représentants de la France et de la Russie; c’est encore et surtout sur 4 ligne de conduite à tenir vis-à-

Dès le 27 juillet, sir George Buchanan dit à M. Sazonoff qu'il “est dans l'erreur s’il croit que l’Angieterre, en disant à l'Allemagne qu’elle va avoir affaire à elle autant qu’à la Russie et à la France, servirait la cause de la paix.” “His Excellency was mistaken if he believed that the cause of peace could be promoted by our telling the German Government that they would have to deal with us as well as with Russia and France (44).

M. Sazonoff, on l’a vu, persiste dans cette “erreur”. MM. Poincaré, Viviani, Paléologue, Benckendorff et le marquis de San Giuliano n’en démordent pas non plus. L’ambassadeur de France à Berlin, M. Jules Cambon, tombe dans la même “erreur”, Le 31 juillet, M. Paul Cambon communique au Foreign Office une dépêche de son frère, dont sir Edward Grey résume ainsi le contenu : est l’incertitude de l’‘atervention de l’Angleterre qui encourage Berlin; si l'Angleterre se déclarait définitivement du côté de la Russie et de la France, ceci déciderait l'atiitude de l'Allemagne en faveur de la paix — “it would decide the German altitude in favour of peace (119).

Qui avait raison? Les hommes d'Etat anglais? ou les Français, les Russes et les Italiens? La suite des événements semble prouver que ceux-ci ont vu clair. La prédiction de M. Sazonoff, du 25 juillet, s’est réalisée à la lettre: des fleuves de sang coulent et l’Angleterre a été malgré elle entraînée dans le conflit.

Quoï qu’il en soit, il reste à l'honneur de sir Edward Grey, même s’il a erré dans ses prévisions et ses méthodes, qu’il a eu pour objectif constant la sauvegarde des intérêts de son pays. Nous l’avons vu opposer les “intérêts britanniques” aux instances pressantes des représentants de la France et de la Russie. Nous allons le voir se placer sur le même terrain dans ses relations avec l'Allemagne et s’y maintenir jusqu’à la fin.

de son influence à Pétersbourg afin de restreindre le champ du conflit Sir Edward réplique en conseillant à l'Allemagne d'exercer une action modératrice à Vienne. C’est la démarche que M. Cambon a recommandée dès le 24, “avant qu’il ne soit trop tard”, Sir Edward assure au Prince Lichnowsky qu’'aussi longtemps que l'Allemagne travaillera Pour la paix, il restera en contact intime avec lui — “ would keep

Le même jour, sir Edward Goschen avise son ministre que le gou- Vérnement allemand s’objecte à la forme proposée de la médiation (43).

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Le lendemain, 28, sir Edward Grey fait offrir au secrétaire d'Etat allemand de suggérer la forme de cette médiation (68).

Sir Edward Goschen a vu le chancelier von Bethman Hollweg. 11 est toujours “très désireux que l'Allemagne et l'Angleterre marchent d’accord pour le maintien de la paix.” 1] rejette le mode de médiation proposé par l'Angleterre mais il reste d'accord pour faire “causer” Vienne et Pétersbourg. La mobilisation russe rend la situation fort difficile (71).

Le lendemain, 29, sir E. Goschen envoie deux dépèches (75, 76). La tension s’accentue. Le secrétaire d'Etat von Jagow est fort déprimé (very depressed). Vienne a mal accueilli ses conseils de modération, à cause de la mobilisation russe (76).

Ce passage est significatif quand on le rapproche de la note russe, du 27 juillet, qui inflige la même rebuffade aux conseils du gouvernement français (53).

Les deux semblent donner raison à M. Cambon: les conseils de modération sont arrivés trop tard.

Tout de même, le chancelier Bethman Hollweg assure le secrétaire d'Etat britannique de sa coopération dans les efforts qu'il fait pour le maintien de la paix (75).

Sir Edward remercie le chancelier avec effusion (77).

Le même jour, le Prince Lichnowsky annonce à sir Edward Grey que son gouvernement négocie entre Vienne et Pétersbourg. Sir Edward déclare suspendre son projet de conférence, tout en restant prêt à le reprendre dès que l'Allemagne y consentira; l’Italie et la France acquiescent à la proposition; la situation est entre les mains de l’Allemagne, “if only Germany would ‘press the button’ in the interests of peace (84).”

Le même jour encore, le chancelier Bethman Hollweg, retour de Potsdam, formule sa fameuse proposition de neutralité à l’Angleterre, en cas de conflit continental: respect de la neutralité du territoire hollandais, pendant la guerre, de l'intégrité du territoire belge et français après la guerre, nulle promesse quant aux colonies françaises. Sir Edward Goschen répond qu’il ne croit pas que son ministre prenne aucun cngagement à l'heure actuelle (85).

On prend généralement pour acquis que c’est cette proposition, justement qualifiée “d’infamante”, qui a décicé le &ouvernement britannique à la guerre. Rien n'est moins exact. Les pourparlers d’entente se sont prolongés trois jours après que sir Edward Grey l’eut reçue.

Avant la réception de cette dépêche, sir Edward Grey à rencontré de nouveau l’ambassadeur d'Allemagne. 11 a renouvelé sa proposition de médiation des quatre puissances — Allemagne, Angleterre, France et Italie — même en acceptant l’idée d’une occupation temporaire, par l'Autriche, de Belgrade et d’une portion du territoire serbe (88). Puis, après l'échange d'opinions et d’avis officiels, il a eu un entretien intime — in a quite private and friendly way — avec le Prince Lichnawsky. Pour la première fois, il parle de l'intervention possibl: de l’Angleterre.

Tant que les choses en resteront où elles sont (imbroglio austro-serbe, même avec l'intervention possible de la Russie), elle ne songe nullement à s'en méler—we had no thought of interfering in it. Mais si l'Allemagne est entraînée, puis la France, il ne répond plus de rien. Tous les intérêts de l’Europe peuvent être en jeu. Si les intérêts de l'Angleterre entrent en jeu, l'Angleterre interviendra immédiatement — “if the issue did become such that we thought BRITISH INTERESTS required us lo intervene, we must intervene at once.” (89)

Comme M. Cambon, le Prince Lichnowsky dit que cette déclaration coïncide exactement avec ce qu'il a fait tenir à Berlin de la situation à Londres (89).

Ainsi, aux uns ct aux autres, à ceux qui demandent l’appui actif de l'Angleterre, comme à ceux qui veulent s'assurer de sa neutralité, sir Edward Grey répond invariablement: Je ne m'engage à rien, je ferai ce que me dictera l'intérêt de l'Angleterre.

Je me suis abstenu jusqu'ici de toute expression d'opinion sur le rôle et les agissements des hommes dont j'ai reproduit les paroles. Mais ici, au risque de scandaliser une fois de plus les faux patriotes, je ne puis me retenir de dire toute mon admiration pour l’homme d'Etat courageux, inlassable, dont toute l’action est inspirée par ce seul mobile : l'intérêt de son pays.

Le 30 juillet, sir Edward Goschen informe son ministre que le secrétaire von Jagow a immédiatement transmis à Vienne la proposition anglaise : médiation des quatre puissances, tout en laissant l'Autriche occuper Belgrade. Mais la mobilisation russe rend problématique le succès de sa démarche (98).

Le même jour, sir Edward Grey envoie sa réponse aux propositions de l’Allemagne. 1] refuse nettement de négocier — {fo bargain — ]a neu-

De ce document, désormais historique, on ne saurait trop admirer le fond, le ton et la forme. C’est, dans sa noble simplicité, le langage d’un homme d'Etat, parlant au nom d’une grande nation. Mais il est un fait qu’on n’a pas assez remarqué,—il démontre pourtant la faculté maîtresse du grand ministre anglais: son self-control — c’est que pas un mot de cette dépêche n'engage son 8ouvernement et son pays. Il refuse de négocier les droits de la France et de la Belgique ; mais il ne laisse pas même entendre qu'’it est prêt à soutenir ces droits par les armes.

Le lendemain, 31, il poursuit ses négociations à Berlin pour amener la médiation entre la Russie et l’Autriche. I fait plus. 11 rencontre le Prince Lichnowsky et lui fait une suprême proposition. La voici, résumée par le ministre lui-même, dans sa dépêche à sir Edward Goschen :

1 said to German Ambassador this morning that if Germany could get any reasonable proposa put forward which made it clear that a à and Austr pe ce, and !

re’cted it, 1 would sert it at St. Petersburgh and Paris, and go the length of saying t

is Majesty's Government would have nothing more to do with the consequences: but, otherivise, 1 told German Ambassador that if France became involsed ive should be drawn in.

ss 15 —…

You can add this when sounding Chancellor or Secretary of Stale as to proposal above. (111)

Ce matin, j'ai dit à l'ambassadeur d'Allemagne que si l’Allemagne pouvait formuler uelque Proposition raisonnable démontrant que l'Allemagne et l'Autriche s'efforcent de maintenir la paix euro-

enne, et que la Russie et la France n'auraient pas raison de releer cette Proposition, je l’appuicrais à Saint-Pétersbourg et à Paris; et que j'irais usqu’au point de dire que si la Russie et 1n France ne l'acceptaient pas, le gouvernement de Sa Majesté n'aurait pis rien à faire avec les cons suuences; mais autrement, ai-je dit à ‘ambassadeur d'Allemagne, si la France est entraînée, nous le serons également.

Vous pourrez ajouter ceci Jorsque vous pressentirez le chancelier ou le secrétaire d'Etat sur Ja proposition ci-dessus.

Notez que cette Proposition extraordinaire est faite le lendemain du jour où le gouvernement britannique a rejeté avec éclat les avancés de l'Allemagne, le jour même où sir Edward Grey, d'accord avec ses collègues, a répondu si sommairement au président Poincaré qu'il ne peut donner à la France “aucune garantie” — “any pledge” — où il a déclaré par deux fois à M. Cambon qu'il ne prendra “aucun engagement’ — “any engagement”!

Il est donc indéniable que, le 31 juillet, le gouvernement britannique a refusé de prendre “aucun engagement” envers la France ct la Russie et qu’il a pris envers l’Allemagne un engagement conditionnel de neutralité. Et cet engagement conditionnel, il l'a pris hors la connaissance des représentants de la France et de la Russie. Dans sa conversation subséquente avec M. Cambon, sir Edward lui a révé'é la dernière partie de sa conversation avec l'ambassadeur de l'Allemagne : si la France est entraînée, l'Angleterre suivra. Mais il ne semble pas qu’il lui aît fait part de sa proposition antérieure dont l’acceptation eût entraîné l’abstention de l'Angleterre, même si la France était attaquée, méme si la Belgique était envahie.

Le même jour, deux dépèches consécutives de Berlin informent le Foreign Office que les chances de paix diminuent d'heure en heurc. Vienne n’a pas répondu à. la dernière démarche du chancelier. La Russie continue à mobiliser (121-122).

Le 1er août, le Prince Lichnowsky demande si l'Angleterre resterait neutre au cas où l’Allemagne respecterait la neutralité de la Belgique et l'intégrité de la France et de ses possessions. Sir Edward Grey répond qu’il ne peut prendre aucun engagement. “/ could only say that we must keep our hands free (123).

Cette dépêche clôt la série des “conversations” amicales entre l’AIlemagne et l’Angleterre.

La question de la neutralité de la Belgique ayant été le motif officiel de la rupture, il nous reste à examiner quelle a été là-dessus l’attitude diplomatique du Foreign Office.

CS

La neutralité de la Belgique et du Luxembourg

Le s'atus international de la Belgique a été fixé par le traité conclu à Londres, le 30 novembre 1831, entre la Grande-Bretagne, l'Autriche, la France, la Prusse, la Russie et la Belgique. 11 marquait le couronne. ment et la reconnaissance officielle, par les grandes puissances, de la révolution de 1830, qui arracha la Belgique à la domination de la Hollande,

L'article VII de cette convention stipule que “la Belgique, dans les limites indiquées aux articles I, II et IV, formera un Etat indépendant el perpétuellement neutre. Elle sera tenue d'observer cette même neutralité envers tous les autres Etats.”

L'article XXV porte que: “Les cours de la Grande-Bretagne, d'Autriche, de France, de Prusse ' de Russie garantissent à Sa Majesté le Rot des Belges l'exécution de tous les articles qui précédent.”

Le 19 avril 1839, les mêmes Pu.ssances imposèrent à la Hollande la reconnaissance définitive de l'indépendance de la Belgique, Par un nouveau traité, également signé à Londres, il fut décrété :

le Roi de Prusse, et Sa M esté l'Empereur de toutes les Russies, dé-

conclu en ce jour entre Sa Majesté le Roi des Belges et Sa Majesté le Roi des Pays-Bas, Grand Duc de Luxembourg, sont considérés comme ayant la même force et valeur que s'ils étaient textuellement insérés dans le présent Acte, et qu'ils se trouvent ainsi placés sous la garantie de Leurs dites Majestés.”

Par l'Art, II, — “Le Traité du 15 Novembre, 1831,..... est déclaré n'être point obligatoire pour les Hautes Parties Contractantes.”

En d’autres termes, la garantie du 15 novembre 1831 est remplacée par celle du 19 avril 1839: la Hollande reconnaît à son tour la neutralité de la Belgique. La &arantie des grandes Puissances demeure. Dans les “Articles annexés”, l'Article VII et l’Article XXV ne font que répéter mot pour mot les articles Correspondants du traité du 15 novembre 1831.

La situation du Luxembourg dans la hiérarchie des nations esi Hlentique. Apanage de la maison de Nassau, rétablie sur le trône de Hollande à Ja chute de Napoléon, il faisait partie de la Confédération germanique. La victoire de la Prusse sur l’Autriche entraîna la rupture de la Confédération. La Belgique réclama le Grand Duché, afin de l’anrexer à sa propre province de Luxembourg. Les grandes Puissances en décidèrent autrement.

Le 11 mai:1867, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, la Prusse et la Russie, avec le consentement de la Hollande et de la Belgique, signè-

raineté du roi de Hollande (il y a échappé à la mort du roi Guillaume), rhais stipulant et Sarantissant la neutralité de ce petit Etat, qui avait

été, à maintes reprises, l'objet des disputes des nations et le théâtre de combats sanglants. Voici les termes de la stipulation et de la garantie :

“Art I. Le Grand Duché de Ersmbours dans les limites déterminées par l'Acte annexé aux traités du 19 avril 1839, sous la grentie des Cours de ja Grande-Bretagne, d'Autriche, de France,

e un et de Russie, formera désormais un Etat perpétuellement neutre,

“Il sera tenu d'observer cette même neutralité envers tous les autres Et:ts,

“Les Hautes Parties Contractantes s'engagent à respecter le principe de neutralité slipulé par le présent Article.

“Ce principe est et demeure placé sous la sanction de la garantie collective des Putssances signatdires du présent traité, à l'exception de la Belgique, qui est elle-même un Etat neutre.

Les fortifications de la ville de Luxembourg furent rasées et les forces du Grand Duché réduites à une simple gendarmerie, Les Luxembourgeois crurent que l'honneur des rois et la puissance des grandes nations leur faisaient un rempart suffisant.

Les obligations respectives des grandes puissances, à l'égard de ces deux petits Etats, sont donc rigoureusement identiques. Elles sont peut-être plus précises encore pour le Luxembourg que pour la Belgique.

Un détail à noter: l'Autriche, partie au traité relatif à la Belgique, n’est pas signataire du second, qui était fait contre elle. L'Italie, qui n'existait pas comme puissance en 1831, et la Hollande, vaincue par ln Belgique, ne sont solidaires que de la garantie donnée au Luxembourg. L’Angleterre, comme la Prusse, la France et la Russie, sont obligées aux mêmes devoirs vis-à-vis des deux Etats.

Voyons maintenant de quelle manière les autorités britanniques ont envisagé leurs obligations à cet égard, au cours des négociations qui ont précédé la guerre actuelle.

Du Luxembourg, il n’a été question qu'une fois, en passant, entre M. Cambon et sir Edward Grey, le 2 août. L'ambassadeur de France demande ce que l'Angleterre pense de la violation—alors accomplie—du Grand Duché par l’armée allemande. Sir Edward évite une réponse directe. Il renvoie M. Cambon aux opinions émises en 1867 par lord Derby et lord Clarendon (148). (°)

Le même jour arrive jusqu’à Londres le cri de détresse du petit peuple. Le ministre d'Etat Eyshen télégraphie que les troupes allemandes ont pénétré sur le territoire du Grand Duché, Il a protesté auprès des autorités allemandes. 11 invoque les garanties de 1867 (147).

Puis, silence complet. Le flot allemand a passé. Une nation a disparu. Une fois de plus, la force prime le droit. Et les grandes puissances, créatrices et cautions du droit, n’ont pas élevé la voix.

Les journaux ont raconté qu’à l’approche de l’envabisseur, la Grande Duchesse s’est portée seule à ia rencontre des hordes germaniques. Elle a demandé au chef de l’armée d’invasion de respecter la vie et les biens de ses sujets, sinon qu’on lui passerait sur le corps avant de pé-

*) On trouvera, à l'appendice II un résumé, avec citations, des inions de Derly) de lord Clarendon, . d’autres hommes d'Etat britanniques. as Les

nétrer dans sa capitale, Tels Attila et ses Huns devant {a bergère de Nanterre, les barbares ont eu un sursaut de honte, Ils ont oecupé la ville et le duché, mais ils ont épargné ses habitants, leurs maisons et leurs biens,

Ce geste héroïque d'une jeune femme de vingt ans, presque une enfant, honore plus l'humanité que tous les calculs des diplomates, que toutes les conquêtes des soldats.

En Belgique, la situation est plus complexe. !] n'y a pas une simple question de droit moral, dont gouvernants, diplomates et capitaines se soucient à leur convenance.

Pour l'Angleterre, le port d'Anvers reste, selon le mot de Napoléon, “le pistolet dirigé sur son coeur.” Aussi avait-elle stipulé, au traité de 1831, que “le port d'Anvers, conformément aux stipulations de l'article XV du Traité de Paris du 30 mai 1814, continuera d'étre uniquement un port de commerce.”

La neutralité de la Belgique a donc, pour elle, un intérêt bien supérieur à celle du Luxembourg.

Pour les puissances continentales, la vallée de la Meuse a été de tout temps, depuis César jusqu'à Napoléon, le Passage ct le point de contact des armées.

C'était un fait connu, dans tous les états-majors de l'Europe, qu'advenant une guerre entre l'Allemagne et la France, l'avantage appartiendrait à celle des deux armées qui occuperait la première le Passage de la Meuse avec les forts de Liège et de Namur. En dehors des fortifications d'Anvers, tous les travaux d'art des Belges ont été exécutés sur ce point stratégique.

Aussi, l’ambassadeur anglais ne semble aucunement étonné lorsque les Allemands, disciples du Chancelier de fer qui, aux applaudissements de toute l’Europe, a proclamé que “la force prime le droit”, lui font entrevoir, le 29 juillet, qu'ils ne peuvent s'engager à respecter ia neutralité de la Belgique (85).

A leur promesse de rétablir le territoire belge dans toute son int. grité, après la guerre, comme prix de la neutralité de l’Angleterre, sir Edward Grey oppose la noble réponse que j'ai déjà citée et que tout le monde connaît (101). Cette réponse est du 30.

Ainsi que je l’ai fait observer, le gouvernement britannique refuse de négocier — “to bargain” — les droits de la Belgique. Mais il ne s'engage pas encore à les défendre.

Le lendemain, 31 juillet, sir Edward Grey dit à M. Cambon que la protection de la Belgique pourrait être un facteur, non décisif, mais important de l'intervention de l’Angleterre: “The preservation of the neutrality of Belgium might be, 1 would not say a decisive, but an important factor in determining our attitude. Whether we proposed to Parliament to intervene OR NOT TO INTERVENE in a war, Parliament would wish to know how we stood with regard to the neutrality of Betgium.”

“Le maintien de la neutralité de la Belgique pourrait je ne di-

rai pas un facteur “à mais un facteur important dans la étermina-

tion de notre attitude. Que nous proposions au parement d'intervenir ou de ne pas intervenir dans une guerre, le parlement désirera savoir quelle est notre attitude au sujet de la neutralité de la Belgique...”

il va peut-être demander à la France et à l’Allemagne si elles sont prêtes à s'engager à respecter cette neutralité (119).

Ainsi, vingt-quatre heures après le refus éclatant qu'il a opposé aux propositions “infamantes” de l'Allemagne — propositions dénoncées depuis, dans le monde entier, comme la seule et véritable cause de la déclaration de guerre de l’Angleterre à l'Allemagne — Je cabinet britannique et le Foreign Secretary ne considèrent pas que la violation de la neutralité de la Belgique constitue un motif “décisif” pour intervenir!

Le même jour, 31 juillet, sir Edward Grey fait, à Berlin et à Paris, dans des termes absolument identiques, la démarche annoncée à M. Cambon (114).

I en fait informe: le gouvernement belge et lui demande si la Belgique, de son côté, va faire tous ses efforts pour maintenir la neutra-

lité (115).

La réponse de Berlin arrive la première. Elle est dilatoire. Le chancelier voudrait savoir à quoi la France s'engage (122).

Le même jour, Paris répond que la France respectera la neutralité belge, à moins que sa violation Par une autre puissance ne l’oblige à se protéger de ce côté-là (125).

La Belgique répond qu’elle respectera ses engagements. Au cas où les grandes puissances seraient moins soucieuses des leurs, elle espère pouvoir se défendre (!28).

Le 1er août, sir Edward Grey exprime à l'ambassadeur d’Allemagne son regret de la réponse de Berlin. La neutralité de la Belgique tient au cocur des Anglais — a’;ected feeling here. Si l’Allemagne donnait la même réponse que la l'rance, it would materially contribute to relieve anxiely and tension here. Si l’une des nations belligérantes viole le territoire belge, tandis que l’autre le respecte, il deviendra “extrèmement difficile de contenir le sentiment public” en Angleterre.

Le Prince Lichnowsky demande si l'Angleterre resterait neutre au cas où l’Allemagne s’engagerait à respecter la neutralité de la Belgique pendant la guerre et même l'intégrité de Ja France et de ses colonies après la guerre.

Sir Edward Grey ne veut s'engager ni dans l’un ni dans l’autre cas. “AU T could say was that our attitude would be determined largely by public opinion here, and that the neutralily of Belgium would appeal very strongly io public opinion here (123).”

A noter, cette mention de l'influence de l'opinion publique sur l'attitude du gouvernement. C’est l’une des caractéristiques de la politique anglaise.

Ainsi, le 1er août, le gouvernement britannique n’était décidé ni à la guerre pour appuyer la France et protéger la Belgique, ni à la paix,

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