ÉTUDE SUR BALZAC
Ce n'est point par orgueil, c'est par un senliment de fierté reconnaissante, que le Comité des gens de lettres a imposé avec douceur à l'un de ses vice-présidents le difficile devoir de prendre aujourd'hui la parole dans cette grande réunion
^ Voici le titre exact de cet opuscule : « Société des gens de lettres de France. Séance solennelle dans la salle du Conservatoire impérial de musique. 17 Avril 1856. Discours prononcé par M. Louis Lurine, vice -président de la Société ». In-8<' de deux feuilles. Imprimerie de Brière, à Paris.
littéraire, dans cette fêle spirituelle, qui doit à l'empressement des uns, à la sympathie de tous, l'éclat d'une véritable solennité académique.
Je parle de solennité académique : la Société des gens de lettres n'est pourtant pas une académie ; elle ne l'est pas encore, et je pense qu'elle ne le sera jamais. Puissante par bien des noms qui lui appartiennent, utile par bien des choses qu'elle fait, modeste en songeante bien des choses qu'elle ne peut pas faire, la Société des gens de lettres n'est point limitée, comme la plupart des académies, par un principe d'élection restrictive; elle n'est point dominée par des statuts qui l'attachent à la date de sa fondation ; elle n'est point soumise à la discipline de la tradition ; elle n'est pas une école d'autorité littéraire; elle n'a point mission de régir la langue et de réglementer l'esprit des lettres; elle n'a aucun intérêt à perpétuer une forme convenue de notre littérature ; elle n'a pas besoin de peser les travaux du temps présent dans la balance qu'un autre temps lui a léguée, elle n'est point forcée de compter avec les noms, les opinions et les influences.
La Société des gens de lettres est une institution
libre, militante, ouverte à tous les lettrés, renouvelée dans le travail, retrempée dans la nouveauté du talent, protégeant la littérature et les littérateurs sous toutes les formes de la protection confraternelle, pauvre et pouvant donner, faible et pouvant lutter pour servir quelqu'un ou servir à quelque chose, toujours accessible et toujours dévouée, s'efforçant de rester, si on peut le dire, en permanence de confraternité, pour l'intérêt des personnes et pour l'honneur de la profession. Avec cette indépendance que le désintéressement lui donne, avec cette force que le dévouement mutuel lui prête, avec cetle élévation qu'elle trouve dans le seul intérêt de l'esprit, notre Société n'a rien à craindre des vicissitudes de la politique ; elle peut dire très simplement et très sincèrement à tous les pouvoirs qui commandent, à tous les principes qui gouvernent : « Nous sommes la république des lettres! )>
Permettez-moi d'abuser. Messieurs, de la parole qui m'a été si imprudemment donnée, pour vous parler encore de nous-mêmes. Depuis quinze ans notre Société n'a point cessé un seul jour de grandir, de se développer, dans le travail, dans la peine
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cl dans le* (lévouciiK'nl. Depuis quinzo ans elle sait trouver de soudaines ressources pour des besoins nouveaux. Elle s'clTorce de conquérir, pour la dignité de tous ses membres, les bonnes forlunes de l'opinion publique. Elle n'a songé qu'à gagner en influence morale, en crédit libéral, en considération, et peut-être a-t-elle réussi à devenir une puissance presque officielle dans l'ordre des idées et des sentiments qui doivent gouverner les lettres.
Ce n'est pas tout, Messieurs : il arrive depuis quel iue temps à la Société des gens de lettres un bonheur, un succès de bonbeur, qu'elle désirait sans doute, (ju'elle n'attendait pas, qu'elle n'osait point espérer. Vous allez en juger. Un jour, à notre grande joie, mêlée de quelque surprise, un homme da monde, un homme heureux, lettré et cultivant les lettres pour ajouter quelque chose de spirituel à son bonheur, un homme riche qui a toujours eu le bon goût de vivre dans l'intimité du talent..., même du talent pauvre, un homme arrivé plutôt que jjarvenu, et (jui se souvient encore du point de départ littéraire d'où il s'est élancé vers la fortune, un anonyme (jile je ne veux pas trahir....
parce que d'ailleurs vous le connaissez tous', a bien voulu adresser à noire comité une somme de dix mille francs, destinée à provoquer et à récompenser publiquement certains travaux littéraires. C'était là une de nos ambitions, un de nos rêves diniliative confraternelle dans Tintérét des littérateurs et de la littérature.
Un peu plus tard, Messieurs, des noms célèbres, des talents populaires, des autorités intellectuelles, ont daigné se grouper autour du comité des gens de lettres pour juger des poètes, des romanciers, des écrivains; chacun de ces juges officieux a oublié ses titres, ses opinions, ses relations, ses sympathies personnelles, le monde de son esprit et de son cœur, pour nous aider à rendre justice à une œuvre de littérature, à une œuvre de poésie, — et ce doit être, Messieurs, le grand honneur de notre comité d'avoir su réunir si vite et si bien, dans un pareil jury littéraire, des hommes, des caractères, des talents, des influences, des situations, un peu étonnés peut-être, et pourtant charmés de se trouver ensemble.
Plus tard encore, les pouvoirs publics ont de-