‹ Une page perdue de H. de Balzac: Notes et documentsChapitre 14 sur 18 · POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM

Voici, relatifs à cette éternelle énigme, deux documents nouveaux, récemment découverts par nous. Il s'agit encore de lettres adressées à Balzac, mais, cette fois, par deux lecteurs de \di Physiologie du Mariage, l'une en 1833, l'autre en 1840.

Celle-ci concerne évidemment l'édition in-douze, publiée deux ans auparavant par l'éditeur Charpentier.

Balzac a-t-il pris la peine de répondre, ne fut-c e qu'une fois, à la question si souvent posée? Grâce aux indications précises de noms et d'adresses que contiennent ces deux lettres, quelque chercheur déterminé parviendra peut-être à s'en assurer.

UNE PAGE PERDUE DE HONORÉ DE BALZAC 205 « Paris, le i9 février 1833.

(c Monsieur,

« Le privilège des gens d'esprit est de se faire des anïis de ceux qui lisent leurs ouvrages; c'est à ce titre que je prends la liberté de vous écrire, pour vous exprimer combien ma curiosité se trouva piquée par la lecture de la Physiologie du Mariage ; au milieu du plus agréable badinage, revêtu de toutes les grâces du style, j'aime à rencontrer dans ce livre les pensées profondes que vous y avez, pour ainsi dire, semées. Cependant, je ne crains pas de vous avouer qu'il m'a été impossible, malgré toute mon application, de comprendre le chapitre mystérieux que contient le second volume.

« Nous sommes dans le carnaval ; je ne serais donc nullement honteux d'avoir été, comme la plupart de vos lecteurs, l'objet d'une mystification. Serait-ce une indiscrétion que de vous prier, Monsieur, d'avoir la complaisance de suppléer à mon peu d'intelligence, en me donnant la clé de la langue étrangère dont vous vous êtes servi? Vous obligerez infiniment un de vos admirateurs passionnés,

qui a rhonneur d'être, avec la plus parfaite considération, « Monsieur, votre très humble et très obéissant

serviteur*

« Gustave Perdreau,

« Rue de la Vieille-Estrapade, n'» 15. »

« Mons, 7 janvier 1840.

(( Monsieur,

« J'ai trente-cinq ans, et je suis célibataire; conséquemment je lis et j'aime vos ouvrages. J'aime avant tout la Physiologie du Mariage, ce code précieux de tout garçon de mon âge. C'est à ce livre, c'est à vous, peut-être, que je dois de ne pas ressembler au monstre que produisit la fureur amoureuse de Pasiphaé. Merci, Moasieur, cent fois merci. Comme ce n'est probablemeût pa^ la femme Uamande qui a posé devant vous, j'en cottclus que partout les femmes se ressemblent, car ici, comme à Paris, la position horizontale est celle qu'elles préfèrent. Vous m'avez sauvé de leurs f2:riffes; encore une fois, merci.

« L'bomme est aia^i fait qu'il croit, quand U a

reçu un service, cire autorisé à en demander un autre. Ainsi suis-je moi-même, et je prends la liberté de vous prier de me dire par quel moyen je parviendrai à déchiffrer la partie de votre vingtcinciuicme méditation ayant 'pour titre : Des reli- (jions, etc.. J'ai eu trop de plaisir à lire Touvrage pour me priver volontairement de ce passage, et je vous remercie, par avance, du plaisir nouveau sur lequel je compte.

« Agréez, je vous prie, Monsieur, mon salut respectueux.

« H. POULLAIX. »

Ces deux pièces font partie des épaves de la correspondance adressée à Halzac, réunies maintenant entre nos mains.

Février 1 )00.

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