‹ Une page perdue de H. de Balzac: Notes et documentsChapitre 6 sur 18 · partie avait paru, et donnez donc la seconde immédiatement · texte numérisé non relu

partie avait paru, et donnez donc la seconde immédiatement

« Si vous êtes digne de vous cette fois-ci, vous nous tirerez de la crise. Nous avons cinq dimanches en mars. Je vous en donne un tout entier. Je Teusse fait en février; k plus forte raison en mars. Mais vous sentez qu'il nous faut savoir ce que fait votre copie, quand il s'agit d'un numéro tout entier.

« Votre serviteur très obéissant.

« Amédée Pichoî. »

'( Paris, ce 19 mars [1833) K

« Monsieur, « Je vous sais gré d'avoir encore pensé à la Bévue [de Paris], quoi que vous m'eussiez annoncé six mois de travaux pendant lesquels nous ne pouvions compter sur vous. Quoique cet avis m'ait fait faire quelques arrangements qui me mettent à l'aise ce mois d'avril, je tiens trop à votre collaboration

* Cette lettre, datée par erreur du 21 mars, doit être du 19, ou peut-ôtre du 20 au matiu, car le timbre de la poste porte : « 20 mars \H'X\ ».

pour refuser une seule ligne que vous m'offririez, ce mois-là comme les autres. C'est donc indépendamment de ce motif que je suis forcé de vous avouer que votre demande dépasse trop mes pouvoirs pour que je puisse vous répondre avant d'avoir consulté. Tout ce que je puis faire, pour le moment, c'est de vous prier de vouloir bien rester en collaborateur indépendant à la Revue de Paris, c'est-à-dire de nous donner vingt pages comme quarante, quand vous croirez qu'elles peuvent être mieux placées chez nous qu'ailleurs, et au prix le plus élevé que nous donnions, qui est celui que vous avez. La Revue de Paris renonce à concourir avec les autres recueils, sous le rapport du chiffre en francs et centimes. Même lorsque vous n'aviez que cent cinquante francs [la feuille], vous avez été le plus rétribué de tous ses collaborateurs, à cause des frais de remaniements de vos articles. La première partie du dernier nous coûte, d'après M. Foucault, cinq jours de correction.

« J'espère donc que vous nous resterez en collaborateur indépendant. Je soumettrai à la prochaine assemblée votre proposition pour une collaboration exclusive. Veuillez, avant de planter votre drapeau

ailleurs. nioD*rer nj- !etîre à li'/în? ami Charîe> Rabon. que je ; rei i^ ^ ■ ' i.îiers pour ;v.g^.

« Je vous fais «ilsen er. Monsieur, que ce n>>t qu'à litre de ooHa'rvnlion exclusive que j'aJmels la possibilité dune augmentation, car je ne voudrais pas, parégarJ p'-ur nos collaborateurs, ou du moins pour ne pas exposer la Revue [de Paris à des réclamations impossibles à justifier, je ne voudrais pas avoir offert plus de deux cents francs la feuille], même à M. de Balzac.

« J'en appelle à votre loyauté. Monsieur, sur celte double question : pouvez-vous, pour trois mois encore, temps qu'il me faut pour obtenir de nouveaux pouvoirs d une assemblée générale, nous rester comme collaborateur indépendant, à deux cents francs la feuille, ou accepter définitivemonl la moitié de ce que je vous ai accordé ftxi\ puisque vous ne donnerez que la moitié flre aussi?

« Agréez, monsieur, Tassurance de ma considération particulière.

« Le directeur de la Revue \de P(trls\, (( AMKDf^K PicnoT. »

« [Paris, 20 mars 1833] «.

« Il ne m'a pas été donné de comprendre Votre lettre autrement que comme un acte de temporisation diplomatique. Une collaboration indépendante vous sera [pensez-vous] plus profitable. Eille vous sera ruineuse ; vous le verrez, par l'effet. Ce n'est pas cinq cents francs pat* mois que Ton m'assure, c'est trois fois plus; c'est cinq cents francs paf chaque feuille de seize pages de la Revue [de Parts], et plus, et cela en dehors du journal de l'Europe littéraire^ je vous prie de le croire. Je suis sur le point de contracter, et vous reconnaîtrez, je Tespère, que si j'ai des obligations de quatre feuilles [d'impression] à donner par mois à diverses entreprises, il me sera difficile de donner quelque chose à la Revue.

(c Je sais que vous pouvez vous passer pendant sept ou huit mois de ma collaboration. Mais, dans sept à huit mois, si par hasard vous la jugiez utile, elle sera impossible par mon fait.

« Quant à la pensée de retarder le chapitre trois, vous atteindriez le but opposé, car alors, je quitterais le chapitre quatre, que j'ai en train, pour

m'occuper, jusqu'à dimanche soir, de ce que j'ai promis pour Taulre semaine à d'autres personnes, et que je retardais, voulant terminer \\' Histoire àjes Treize pendant que j'y étais. Je l'ai dit et expliqué hier à Foucault, qui a reçu les deux derniers placards à quatre heures et demie*

« Agréez, monsieur, mes compliments et l'assurance de ma considération distinguée.

« [Paris, 20 mars 18:i3] ».

« Temporisation pour signer un traité, oui sans doute, puisque je vous ai dit que je ne le pouvais pas aux conditions que vous demandiez.

« Je ne puis me passer de votre collaboration pendant sept à huit mois. Pour plus d'un mois cela me contrarierait beaucoup; mais, enfin, si on vous offre des monceaux d'or, que puis-je faire? Je ne sais pas mettre aux enchères. Au reste, voulezvous m'attendre cet après-midi chez vous? Je m'échapperai pour vous voir.

« Je vous |)rie de ne pas interrompre nos Treize, Ces retards après la copie, croyez-moi, ne sont

oubliés qu'après qu'on soupire de ne plus vous voir. Ce qui me séduisit dans noire premier traité, c'est que vous m'écriviez que vous aviez fait des provisions pour six mois d'articles. Les deux premiers ont été remis tout faits ; mais il faut vous arracher les autres ligne à ligne. Je voudrais vous voir à ma place. Vous n'êtes qu'une unité, de quelque poids qu'elle soit. La Revue [de Paris] se compose de chiffres. De toute manière, il faut que nos Treize soient finis en mars. Nous commençons une cinquième année en avril. Vous m'aviez annoncé un très court dernier paragraphe. Je vais du reste talonner Foucault, car je n'ai pas une ligne de conte pour dimanche, tant j'ai compté sur vous.

« Mille compliments.

« A[médée] P[ichot]. »

« Paris, ce jeudi [21 mars 1833].

« Monsieur,

« Ne recevant votre lettre qu'à quatre heures, et forcé d'aller dîner dans une maison d'où je ne pourrai sortir que sur les neuf heures du soir,

il m'est impossible de vous aller voir aujourd'hui et de vous déranger.

« Je ne doute pas que nous ne finissions par nous entendre. Je ne crois pas qu'aucune Kevue puisse vous garantir, toute Tannée, cinq cents francs par mois, comme nous avons fait. Quant aux journaux de moindre cadre, ils vous étrangleraient dans leurs colonnes, ou vos articles n'y auraient pas pour nous l'inconvénient de la rivalité. D'ailleurs, il me semble que la collaboration indépendante nous met mutuellement à notre aise ces deux mois-ci. Je n'aurai rien à dire si vous donnez ailleurs en même temps.

« Je supprime tout mon chagrin en voyant où en est votre copie, ou du moins où en sont vos placards, aujourd'hui jeudi, à quatre heures. Je crois que je serai forcé de renvoyer le tout à la (in de ce mois. Nos lecteurs sont cependant palpitants sous le poids de la curiosité qui les oppresse. Je ne vous dissimule pas que vous avez un grandissime succès. Ainsi, je ne m'étonne pas que les offres augmentent. Quant à moi, si j'étais à même de le faire, et si on pouvait faire la Revue [de Paris\ avec un seul homme, je vous triplerais le prix des

Q4 UNE PAQP ?mW^ Dg HONÛHP DE BALZAC

feuilles. Mais, (J'après ce calcul, le succès deviendrait ruineux, (c Je suis bien votre dévoué directeur.

« ÀMÉDÉE PlCHOT. »

[Paris, samedi 23 mars 1833],

« Je n'ai pris que le temps de passer chez moi, pour ne pas être attendu sans motif, et je suis venu à rimprimerie. Mais il est déjà sept heures et quart/ Il est impossible, tous nos ouvriers ny étant pas, qu'à minuit vous receviez plus de la moitié de l'article, et encore le petit bonhomme de protuion a peur d'être assassiné dans votre quartier. Il aura lu les Tre^e/ On vous enverra le resta ou le tout demain.

« Au nom des Marana^ au nom de Ferragu$^ au nom de Mc^dame Jules^ donnez-nous la copie de votre CQnolu$iQ7i d'ici à mardi. Vous aurez tout le dernier numéro [du mois] à vous. Si nous n'arrivons pas demain, — à cause de vous, — la Revue [de PaiHs] aura fait deux fois cinq feuilles, dans un mois de cinq dimanches! Croyejs que le public ne

nous tient pas compte des faits matériels. Aidez donc à notre succès par honneur. Si nous n'avons pas la fin [de Ferragns] ce mois de mars, nous la donnerons en supplément du dernier volume de l'année, dans le courant d'avril. J'aimerais mieux vous accorder une indemnité^ à vous, sur votre prochain article, ce qui entrerait dans vos vues par la tangente, car je désire vous rendre content. Tyrannisé par les ouvriers, par Fauteur, par la matière, par le génie, je finirais par être le plus malheureux des directeurs, et par tyranniser à mon tour les hommes du second numéro, qui déjà me trouvent très dédaigneux.

« Je vais souper, puisque l'heure du dîner n'existe plus pour aujourd'hui.

(( Mille compliments.

a AmÉPÉE PlCHOT. »

« [Paris, dimanche 24 mars i833].

(( Monsieur,

a D'après la mise en pages que je reçois ce matin avec la Redue [de Paris], le chapitre trois

de Ferragus fait vingt-cinq pages; le chapitre quatre en doit faire autant ; je vous en préviens, parce que, alors, il ne peut plus guère y avoir dans le numéro prochain que quatorze pages avec ces cinquante-là, s'il est possible d'arriver.

(( Dans l'intérêt de la Rex)ue [de Paris]^ je vais me mettre à faire le dernier chapitre. Mais c'est de ma part un immense sacrifice ; si je quitté la Revue [de Paris], je ne veux donner à \di Revue [de Paris] aucune espèce de plainte.

« Ma copie, sauf les hasards, sera donnée mardi. Que Timprimerie soit digne deTimprimerie, et il n'y aura rien d'impossible ; surtout lorsque, — si vous donnez un article de tète, — il peut y avoir, le mardi soir ou le mercredi matin, deux feuilles bonnes à tirer sur quatre.

« Maintenant, pour parler affaires, je désire que nous nous trouvions tous les deux lundi , à trois heures, à la Revue [de Parls]^ pour régler le compte des six mois. Je devais à peine soixante pages ; d'après mes calculs, j'en ai donné cent. Le mois de mars (sauf les comptes d'abonnement et de ports d'épreuves, qui sont peu de chose), me serait dû. Je désire que vous soyez là pour résoudre les diffi-

cultes, assez honteuses, qu'il y a quelquefois sur des lignes, sur des blancs, etc., et qui me trouvent toujours facile ; mais, la dernière fois que je réglai, en décembre 1831, j'ai été odieusement traité. Cela posé, il ne serait pas extraordinaire à la Revue [de Paris] de joindre mars et avril, et de me donner mille francs, car, si Je reste cette semaine occupé de la Revue [de Paris], il faut que mes affaires se fassent avec quelque facilité.

« Je ne demande pas grande grâce puisque l'article composé sur la Théorie de la démarche a trente-deux pages, et je les ai presque corrigées en entier, sauf quelques ajoutés scientifiques. En outre, j'aurai, pour le 14 avril, les vingt pages sur le Salon, et la Théorie de la démarche aura un second article.

« Nous réglerons le compte de cette queue d'articles lorsque la Théorie aura entièrement paru, ce qui nous mène en mai. Alors la Rev)ue \de Paris] sera ma débitrice ; après, la Revue\de Paris] et moi serons libres, moi de demander beaucoup, car je reviendrai sur le passé, elle de me refuser, et nous nous quitterons, moi avec la certitude d'avoir mis tous les procédés les plus accorts et les plus cour-

lois, et il ne lui sera pas permis d'ôlre mal en paroles ou en articles à mon endroit.

« Ayez la complaisance de me répondre un mol sur notre rendes- vous de demain à trois heures, car j'aurai à quitter votre copie, qui sera donnée, je l'espère, toute entière lundi,

a Agréez mes compliments.

« DE BaWAC. »

« Paris, ce dimanchp 8oii'[â4 mars 1833!.

« Monsieur,

« N'ayant guère que le dimanche à moi, je suis sorti depuis midi, et, comme tou3 les dimanches nous dînons dans ma famille, je ne rentre qm ce soir trop tard pour vous envoyer ma réponse, comme je le désirerais, car ayant besoin de voir M. Mévil demain, je lui écris de se trouver che? lui dans la matinée. Mais, pour être plus sûr de notre affaire, je vous prie de ne venir à la Revue [de Paris] que le mardi au lieu du lundi.

« Je ne puis que vous remercier personnellement de vous mettre à Touvrage pour finir Ferragw^ car vous m'évitez par là des tracas fort désa-

UÎIK PAGK PEnnUE DE HOIKIHfe DE DALZAC ÎH)

gréables. Mais, si je dis ma pensée comme directeur de la Revice [de Paris] et représentant ses intérêts matériels, je dois vous faire observer que vous aviez promis à la Revue [de Paris] que toute votre copie serait prête le 13, et qu'en fait de complaisances de temps et de frais hors de compte, vous ne pourriez pas faire que la Revue [de Paris] fût encore en arrière avec vous. Quant atix services de votre talent, c'est autre chose, et la Revue [de Paris] aime à les reconnaître.

« Je ne comprends pas comment vous vous plaignez du règlement de décembre 1831. Mais j'évite toute récrimination, autant que possible.

« Voyez, du reste, comme je suis malheureux à l'imprimerie. Votre article devait vous être envoyé hier, et vous ne le recevez que ce matin, malgré ce que m'avait promis non pas M. Foucault, mais M. Everat.

« Il n'y aura qu'un très court article en tête de la prochaine livraison; puis, noire quatrième article sur le Salon. Mais nous ferons cinq feuilles, s'il le faut, car je ne puis laisser pour un volume, encore moins pour une année à venir, une conclusion de conte. J'aimerais mieux que, par un faux-

c'est un peu vous, c'est vous moins que d'autres, car je me plains surtout de mes amis en celte circonstance, et vous avez fait plus pour la Revue [de Paris] que certains d'entre eux, puisque vous avez fait des réserves pour elle. Je ne Vous ai jamais rendu à la Revue [de Paris] de service d'ami; je n'ai été pour vous que l0 directeur; e'èstle directeur seul qui doit être blessé de ne pas être assez riche pour payer aussi cher que l'Europe [liltéraire] . Puisque la littérature est un commerce, pourquoi n'y aurait-il pas des enchères en littérature? Un jour, la Revue de Paris pourra renchérir à son tour. D'ici là, elle est forcée de répondre commercialement à des annonces commerciales ; il est permis de ne pas se laisser égorger comme les moutons d'Agnelet; il n'est pas proUvé que nous ayon§ la ôlaveïée eneoi'e.

« Je ne vous dissimulerai pas, Monsieur, qu'il se prépare contre vous dei^ attaques d'amourpropre, par suite même de la préférence que vous donne f Europe [littéraire], sans doute par suite des regrets que j'exprime, cdr je ne suis pas des derniers à louer ce qu'il y a de remarquable dans votre talent; il y a longtemps que je l'ai dit et im-

article, de sorte que Taddition sera facile à faire, quand vous voudrez et le jour que vous voudrez. J'espère que vous serez content aussi sous le rapport des blancs^ etc. En tout cas, je vous prie de me prendre pour juge entre M. Mévil et vous.

« Si ma lettre était encore hier l'expression d'un doute pour votre fin d'article, c'est à cause de la vôtre, où vous exprimiez vous-même ce doute.

Quant à moi, mon intention formelle est que l'article passe dimanche prochain. Je suis assez contrarié que notre livraison d'hier n'ait pas été comme je le désirais en ce moment de crise, et que j'aie été forcé de mettre avec mon article, que j'avais abrégé à cause du vôtre, un article qui n'était pas du tout dans votre genre, soit dit sans offenser le talent de personne. Heureusement noire article : Salon est assez supérieur à ceux des autres Revues pour soutenir un peu la livraison.

A ce sujet, je vous avouerai que je ne mettrai vos vingt pages sur le Salon qu'après que nos articles d'Exposition seront terminés, ce qui nous renverra au dernier dimanche d'avril. Comme vous m'annoncez vos impressions pour le 15 avril, j'ai (lu vous en prévenir loyalement, puisque vous

102 UNE PAGE PEftDUÈ DE HOlKORÉ .DE BALZAC

pout*riez vous défanger dans vos nombreux travaux à cause de nous. Ce que je dis, cependant, est une objection de prudence, car si votre article était tout à fait poétique, je ne vois pas qu'il fît double etnploi. Mais il serait piquant de le faire paraître aux environs delà visite du Roi au Salon.

« Mille compliments, Monsieur.

« Amédée Pichot. »

Si Tenlrevue dont il est question dans ces dernières lettres se produisit, elle n'eut pas, en tout cas, pour résultat de rétablir Tentente entre les deux intéressés. Balzac n'écrivit doncpoint les vingt pages annoncées sur \e Salon de 1833, et reprit les épreuves de sa Théo7He de la démarche^ que l' Europe lUtérai7'e s'empressa d'insérer. Enfin, le départ du grand écrivain portaun coup sensible à \aRevue de Paris (|ui, dès lors, vit peu à peu décroître son succès. M. Pichot l'avait d'ailleurs à son tour quittée le 21 mai 1834-, date à laquelle MM. Anthoine de Saint-Joseph, Bonnaire et Achille Brindeau s'en rendirent acquéreurs. Vainement ceux-ci tentèrentils, en rappelant l'auteur de Y Histoire des Treize, de satisfaire leurs abonnés. Il n'en résulta qu'une

polémique rétrospective entre les deux anciens amis (mai-juin 4834), et de nouvelles difficultés entre le recueil et Balzac. Ces difficultés ne prirent fin qu'avec le célèbre procès intenté par la Retue de Paris au romancier, qui le gagna avec éclat, en juin 4836. Il faut en lire le compte rendu dans ses précieuses Œuvres diverses^ car ce récit est le document le plus important que le maître ait laissé sur lui-même et sur ses travaux. {Néanmoins, combien peu de lecteiœs le connaissent, grâce à Toubli dans lequel dorment ces intéressants volumes ! Il contient entre autres les deux derniers témoignages des longs dissentiments ayant existé entre Balzac et M. Pichot; ces pièces, écrites en mars-avril 1833, terminèrent à la fois leur correspondance et leurs relations. Nous les transcrivons ici tout à fait conformes aux autographes :

«[Mars 1833].

« Je soussigné, directeur de la Revue de Paris reconnais que les deux cent quarante pages que M. de Balzac devait fournir à la Revue de Paris, aux fermes du traité signé entre M. de Balzac et moi, finissent à la page trois cent et treize du quarante-

UNE PAGE PERDUE DE HONORÉ DE BALZAC lOo

huitième volume de la Revue de Paris^ et qu'à dater de celte livraison, M. de Balzac ayant, suivant les clauses du traité, résilié ses engagements, les articles que fournira M. de Balzac après le dernier paragraphe de la première Histoire des Treize^ qu'il a reconnu devoir être réglée à raison de deux cents francs la feuille, seront l'objet de conventions nouvelles.

« Approuvé l'écriture ci-dessus.

« AmÉDÉE PlCHOT. »

« Paris, mercredi 10 avril [1833].

« Monsieur,

« On m'a dit que vous vous étiez cru directement attaqué dans une réponse ironique de \si Revue de Paris à l'annonce que nous a lancée l'Europe [littéraire \ au moment de notre renouvellement. Cette réponse est de moi, de moi seul, et ne s'adresse qu'à l'Europe \littérairé\. Mais je déclare que j'ai parfaitement compris qu'elle serait en même temps une réponse à ceux qui ont usé de leur droit pour nous abandonner. Ce n'est pas vous seul; si

UxNE PAGE PERDUE DE HONORÉ DE BALZAC 109

Revue des Deux-Mondes. Depuis lorSj et malgré quel([iies courtes reprises de vogue, sa déchéance ne fil (|ue s'accroître juscju'à la disparition définitive de celte série, survenue en 1845, après divers changements de format et de périodicité, qui prolongèrent inutilement son agonie.

Mais, ajoulons-le, cette mauvaise fortune ne fut que passagère. Après une assez longue éclipse, la Ilcouc de Paris, brillamment reconstituée, a repris aujourd'hui sa place et son rang parmi les principaux organes de la presse périodique parisienne.

L'insuccès final de 18io survenu par suite de désaccords et d'abus d'autocratie, telle est la morale de ce i)etit chapitre d'histoire littéraire dont, fort probablement, la lecture ne modifiera personne, pas |)lus qu'elle n'empochera sans doute aucune tyrannie directoriale de s'exercer à l'occasion dans toute sa splendeur, à moins que, comme le fit Balzac, les victimes de ce despotisme spécial ne se révoltent à leur tour, et ne portent ailleurs leurs écrits.

C'est là, du reste. Tunique moyen de défense dont puissent jusqu'ici se servir les écrivains consciencieux, bien légitimement décidés à ftiire

respecter leur indépendance, et à mettre au jour sans entraves ce qu'ils signent. Ceux qui les accueillent dans ces conditions méritent, à coup sûr, la reconnaissiance générale, car, en agissant ainsi, ils protègent efficacement deux de no» plus précieuses conquêtes morales, devenue» de no» jour» d'imprescriptibles droits : la dignité de la production littéraire et la liberté de la pensée.

Juillet 1896. — Avril 1898.

Page 1