‹ Une page perdue de H. de Balzac: Notes et documentsChapitre 8 sur 18 · DEUX TRAITÉS DE LIBRAIRIE · texte numérisé non relu

DEUX TRAITÉS DE LIBRAIRIE

DE

HONORÉ DE BALZAC

De tous temps les rapports entre les écrivains et leurs divers intermédiaires auprès du public ont été marqués par de très vives contestations. Sans vouloir à ce sujet rappeler ici nombre de faits connus, nous nous bornerons à faire observer que, parmi les romanciers français, Honoré de Balzac fut le premier et presque le seul à se révolter efficacement contre le pillage exercé sur les œuvres d'imagination, abus qui, depuis de longues années, se produisait sous les formes les plus variées. Aussi, ses luttes contre la contrefaçon belge, ses campagnes contre le prétendu droit de reproduction appliqué partout sans aucune rémunération pour Fauteur, ses protestations contre la piraterie, encore en usage de son temps, relative au trans-

port sur la scène d'un sujet emprunté à l'ouvrage (l'un confrère, sont-elles toutes demeurées légendaires.

Donc Balzac, qui depuis ses premiers pas dans la carrière littéraire s'élait constamment préoccupé de ces importantes questions, se trouvait solidement préparé pour l'attaque, lorsque, dès 1834, dans sa Lettre aux Écrivains français, il soutint les principes et défendit les droits dont, quelques années plus tard, la Société des Gens de lettres devint le représentant attitré. En réalité, cette institution, qui n'a cessé de rendre de si grands services à tous les hommes de lettres, est presque exclusivement due à l'initiative et aux persévérants efforts du grand romancier.

Dans le même ordre d'idées, les conventions à établir entre auteurs et éditeurs proprement dits, avaient aussi provoqué chez lui les plus sérieuses réflexions. En conséquence, rien de plus curieux à étudier que ses traités de librairie. Il en fixa le modèle presque invariable aussitôt qu'il eut obtenu ses premiers succès de vente. Une de leurs clauses, qu'il n'abandonna jamais, consistait dans la cession de chacune de ses œuvres seulement pour un

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temps limité, et généralement fort court. De la sorte, rentrant rapidement en possession de ses écrils, il pouvait en disposer, môme concurremment, de i)Iusieurs façons. C'est ainsi qu'il fit ])araîlre certains romans presque simultanément dans la première édition de la Comédie Humaine et sous diverses autres formes.

Bien que le nom de Balzac n'y soit pas même prononcé, le plus extraordinaire de tous ses traités connus, est peut-être celui que signèrent seuls, le 9 décembre 1835, le comte Auguste de Belloy, M. Emile Regnault, Timprimeur Barbier, et Téditeur Hippolyte Souverain. Cette convention a pour objet une nouvelle mise au jour des Œuvres de jeunesse du maître. On sait que, de son vivant, ces œuvres ne furent jamais réimprimées sous son nom, ni reconnues par lui. Il est donc uniquement question dans ce document des Œuvres d'Horace de Saint-Aubin, de Viellerglé et de Lord R'hoone. Aussi, rintérêt de la pièce consiste*t-il, surtout, dans la combinaison imaginée par Balzac pour arriver à vendre, sans être nommé, ce qui n'appartenait pourtant qu'à lui. C'est d'après l'original même, en ce moment sous nos yeux, que nous transcrivons

ici celle curieuse page de littérature légale.

Entre les soussignés, Denis-Hippolyte Souverain, éditeur, rue des Beaux-Arts, 3 bis, d'une part, et M. Emile Regnault, étudiant en médecine, demeurant à Paris, rue Marbeuf, 15, d'autre pari; et en présence de MM. Augusle-Benjamin-Guillaume, comte de Belloy, propriétaire, demeurant à Paris, rue de TÉcole de Médecine, 4, et André Barbier, imprimeur à Sèvres, y demeurant rue de Vaugirard, 14, a été dit ce qui suit :

M. Souverain désirant réunir les œuvres littéraires publiées sous les noms de MM. Horace de Saint-Aubin, Viellerglé, LordR'hoone, et un roman intitulé Wann Chlore publié sans nom d'auteur, afin d'en donner une édition complète, romans dont M. Emile Regnault se trouve propriétaire et dont, au surplus, il reste garant envers M. Souverain, auquel il promet le faire jouir sans trouble ni éviction des dites propriétés littéraires, ils ont arrêté les conditions suivantes :

Article premier M. Regnault cède à M. Souverain, ce acceplanl, le droit de fabriquer, éditer, et vendre en une

édition complète, qui portera le titre de : Œuvres complètes de Jeu Horace de Saint-Aubin, dans le format in-octavo, les ouvrages suivants :

?v\m6i V Héritière de Birague, publiée en quatre volumes in-douze; ^toxm^o^ Jean-Louis, ou la fille trouvée^ quatre volumes in-douze; iti\\6:^Clotilde de Lusignan, quatre volumes in-douze; tous trois édités par Hubert, libraire au Palais-Royal; quarto, le Vicaire des Ardennes^ quatre volumes in-douze ; quinto, le Centenaire^ ou les deux Beringfieldy quatre volumes in-douze; tous deux publiés par Pollet, libraire; sexto, Annette et le Criminel, ou suite du Vicaire des Ardennes^ quatre volumes in-douze, publiés chez le sieur Emile Buissot; septimo, la Dernière Fée, ou la nouvelle lamjpe merveilleuse, trois volumes in-douze, publiés aux frais de l'auteur; octavo, Wann Chlore j quatre volumes in-douze, publiés par Urbain Canel et Delonchamps, libraires. Les dits ouvrages formant ensemble trente-deux volumes in-douze \

^ Il y a ici une erreur, releve'e d'ailleurs en marge du traité. La dernière Fée ne comprenant que trois volumes, Tensemble des huit ouvrages ne forme que trente-et-un volumes, au lieu des trente-deux indiqués.

Chaque volume in-oclavo, dont la justification sera déterminée par M. Souverain, sera tiré à raison de deux rames quatorze mains par feuille d'impression, sans qu'il y puisse être ajouté aucune des feuilles désignées sous le nom de mains de passe, ou autres. Sur ce tirage, treize exemplaires seront remis gratis à M. Regnault, et trois autres à M. de Belloy, ci-dessus désignés.

Art. 2.

Pour prix de la présente cession, M. Souverain a remis à M. Regnault la somme de dix mitte francSy en effets A son ordre.

Art. 3.

M. le comte de Belloy ci-dessus désigné, sera chargé, ce que M. de Belloy accepte, de la correction du texte des dits ouvrages, dont aucune feuille ne pourra être tirée sans son approbation, et il est convenu que les frais de corrections qui dépasseraient la somme de deux francs par feuille, et qui seraient du fait de M. de Belloy, seront à la charge de M. Regnault. Il est convenu que M. de Belloy recevra à la remise de chaque bon à tirer de la

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dernière feuille de chaque volume la somme de deux cents francs^ et faute par M. Souverain de payer la dite somme, M. Regnault aurait le droit d'arrêter la fabrication par une simple mise en demeure qui resterait sans effet. De son côté, M. Souverain aura le droit, au cas où M. de Belloy arrêterait la publication pendant un délai de un mois, soit en ne donnant pas de copie en temps utile, soit en négligeant de rendre les bons à tirer, lequel délai serait imputable en sus de celui que M. Souverain mettrait entre chacune des livraisons, de substituer de gré à gré avec M. Regnault une autre personne pour faire le travail dont M. de Belloy est chargé, et cela par une simple mise en demeure qui resterait sans effet. Le délai mis par M. Souverain entre la publication d'une livraison de deux volumes à une autre ne pourra être moindre de trente jours.

Art. 4.

Quatre ans après la publication de la dernière livraison qui sera constatée par les annonces dans les journaux, M. Uegnault ou ses ayants cause rentrera dans ses droits pleins et entiers de pro-

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priétaire des dites œuvres, des notices et préfaces qui seraient ajoutées, à moins qu'avant ce terme l'édition présentement concédée ne soit épuisée, auquel cas il y rentrerait immédiatement, ce qui arriverait si M. Souverain ne pouvait en représenter douze exemplaires complets.

Art. 5.

H est observé par M. Emile llegnault que le Vicaire des Ardennes ayant été saisi et Fauteur ayant pris l'engagement de ne pas le réimprimer, la publication s'en fera aux risques et périls de M. Souverain, qui aura la faculté de changer le titre de cet ouvrage ou de le faire modifier. 11 est également convenu que les titres, couvertures, prospectus et annonces de l'ouvrage seront soumis à l'appréciation de M. Regnault.

Art. 6.

Il est convenu que l'impression de la dite édition sera confiée aux presses et aux soins de M. Barbier, ce acceptant, lequel s'entendra pour les conventions à prendie avec M. Souverain.

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Art. 7.

Les soussignés conviennent expressément que les difficultés auxquelles pourraient donner lieu les présentes conventions, seraient portées devant un tribunal aibitral composé de deux arbitres choisis par chacun des soussignés avec pouvoir de s'adjoindre un tiers arbitre en cas de partage. Les quatre jugeront en souverains, les soussignés renonçant au bénéfice du rappel et de la cassation.

Fait en autant de copies que de personnes soussignées, à Paris, le neuf décembre mil huit cent trente-cinq.

Approuvé récriture ci-dossus et un mot rayé nul :

[Signé :) Augi^stk-Benjamin-Guillaume, COMTE DE Belloy.

Approuvé récriture ci-dessus et un mot rayé nul :

{signé :) E. Regnault.

[Signé :) A. Barbier.

Approuvé un mot rayé nul :

[Signé :) D.-H. Souverain.

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Des quatre noms inscrits au bas de ce traité, celui d'Hippolyte Souverain est trop connu parmi ceux des éditeurs romantiques pour que nous nous y arrêtions. L'imprimeur Barbier, l'ancien associé de Balzac en 1826-1827, ne l'est pas moins. On ignore davantage que le comte Auguste de Belloy, devenu quelques années après marquis de Belloy, outre le soi-disant travail de révision des Œuvres en question, — travail probablement exécuté sous le nom de ^on ami par Balzac lui-même, — leur aurait fourni, dit-on, un ouvrage inédit : l'Excommunié^ qui fut substitué à l'Héritière de Birague. De même, le comte Ferdinand de Gramont passe pour être l'auteur de Dom Gigadas, qui, de son côté, remplaça Jean-Louis dans cette collection. Ces deux écrivains ne bornèrent pas d'ailleurs à VExcomrmmié et à Dom Gigadas leur part de collaboration aux œuvres de Balzac, car la Comédie Humaine leur doit en outre plus d'une page dont ils n'ont jamais réclamé la paternité.

Quant à Emile Regnault, c'était un jeune Berrichon, venu réellement de Sancerre à Paris pour y étudier la médecine. De 1831 à 1833, il fut l'un des plus intimes amis de George Sand et de Jules

Sandeau. C'est même par leur intermédiaire qu'il connut Balzac. Ainsi que ce dernier, il prit d'abord parti pour Sandeau, lors de la rupture des deux amants. Mais quelques années plus tard, mieux instruits des faits réels, tous deux aussi changèrent d'avis et défendirent George Sand. Entre temps, Balzac lui-même avait eu d'ailleurs sérieusement à se plaindre de son ancien ami, celui-ci ayant manqué envers le toujours trop bon Honoré aux obligations de la plus élémentaire délicatesse. Malgré l'éternelle naïveté de cœur qui survécut chez ce grand homme à toutes les déceptions dont sa vie fut abreuvée, il lui fallut bien cette fois se rendre à l'évidence. Aussi, depuis lors, son amitié dévouée pour George Sand ne fit-elle que grandir. Dans VHistoire de ma vie^ l'auteur d'Indiana dit quelques mots de sa réconciliation avec le jeune Sancerrois. Mais elle n'y fait qu'une allusion plus que discrète à l'origine de leur désaccord. Ajoutons qu'elle avait été soignée par lui, lors du choléra de 1832, avec un dévouement à toute épreuve. C'est à Emile Regnault qu'elle dut fort probablement de ne pas succomber aux atteintes du terrible fléau.

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Le traité qu'on vient de lire fut mis à exécution à partir du mois de mai de 1836, et le premier ouvrage réimprimé fut Jane la Pâle ( Wann Chloré). Parut ensuite la Dernière Fée^ précédée de : Vie et malheurs de Horace de Saint-Aubin^ par Jules Sandeau. Chose tout à fait piquante, la notice de ce dernier est en grande partie formée d'un fragment très modifié de Rose et Blanche^ l'ouvrage que George Sand et Jules Sandeau avaient écrit ensemble, et qu'ils publièrent en 1831 sous la seule signature de : Jules Sand.

Jean-Louis et t Héritière de Birague furent sans doute exclus de l'édition à la suite de réclamations que dut formuler M. Auguste Le Poitevin (le l'Égreville, collaborateur de Balzac pour ces deux ouvrages, et le premier de tous les jeunes littérateurs que le maître naissant associa, sous la Restauration, à ses balbutiements littéraires. Plus connu sous le nom de Le Poitevin Saint-Alme, cet écrivain avait adopté, pour signer ces romans, le pseudonyme d'A. de Viellerglé, anagramme de l'Égreville, tandis que Balzac, transformant de la même façon son prénom d'Honoré, et, l'affublant d'un titre anglais, se baptisait lui-même : Lord

R'hoone. Lors de leur première mise en vente, en 1822, Jean-Louis et l'Héritière de Birague parurent donc signes de ce double pseudonyme.

D'ailleurs, à cette date, les noms véritables des deux débutants n'étaient pas moins obscurs que leurs signatures de fantaisie Ç)

L'impression des Œuvres complètes d'Horace de Saint-Aubin, — qui devaient, on s'en souvient, renfermer seize volumes, — ne fut achevée qu'en 1840. C'est par la mise en vente de jD07n Gigadas que se termina leur publication.

Mais, toujours prudent dès qu'il s'agissait de la propriété de ses écrits, Balzac avait eu soin de se faire remettre par M. Regnault une contre-lettre, établissant que ce dernier lui avait seulement servi de prête-nom, et que les Œuvres de jeunesse

^ Rectifions en passant une erreur commise dans la Correspondance imprimée de Balzac. On y trouve cité, dans la lettre du 14 août 1822, le nom tout entier d'Auguste Ricard, alors que l'autographe porte seulement le prénom d'Auguste, et qu'il s'agit là, non de Ricard, mais de Le Poitevin. En effet, Auguste Ricard ne collabora jamais avec le maître. Le nom tout à fait exact de M. Le Poitevin, était bien : Le Poitevin de l'Égreville. Du moins les lettres de lui que nous possédons, sont-elles signées ainsi.

d'Horace de Saint-Aubin étaient uniquement la propriété de Tauteur de la Comédie Humaine.

Voici ce document.

« Je, soussigné, reconnais que le traité passé en mon nom et M. Hippolyte Souverain, relativement aux Œuvres complètes de feu Horace de Saint- Aubin, en date du 9 décembre d835, ne me confère aucun droit sur les dites œuvres, que la propriété de ces œuvres, que les bénéfices et charges de ce traité appartiennent à M. de Balzac, auquel j'ai prêté mon nom et ma signature en ces circonstances parce qu'il lui importait de n'y paraître en rien, voulant, dans l'intérêt de sa réputation littéraire, se réserver le droit de ne pas accepter les dites œuvres sous son nom, ni en charger son œuvre actuelle. En foi de quoi j'ai signé la présente déclaration par laquelle tous ses droits d'auteur lui retournent sans que, sous aucun prétexte, ni moi, ni mes ayants cause ne puissent l'inquiéter à ce sujet, promettant, au contraire, l'aide et l'assistance de mon nom en toute occasion en me considérant comme un mandataire dans l'affaire de la cession des Œuvres

complètes de Horace de Saint-Aubin désignées au traité.

« Fait à Paris, le 10 décembre 1835.

« Regnault. »

Trois ans après la mort du maître, sa veuve se servit de cette pièce pour établir son droit de possession, lors de l'édition illustrée de ces mêmes Œuvres, qu'elle autorisa en 1833, et qui parut à la librairie Marescq. Mais, cette fois, Jean-Louis et l'Héritièj^e de Birague y prirent place, ce qui fit monter à dix le nombre des romans dont se composent jusqu'ici les Œuvres de jeunesse A' Yionoxé de Balzac.

L'introduction définitive de ces deux récits dans la série en question, fut sans doute motivée par ce fait que, peu de temps après la disparition du grand romancier, M. Le Poitevin émit la prétention de les réimprimer lui-même.

Dans ce but, à la fin de 1851 ou au commencément de 1852, il adressa mêmeàM°^« de Balzac la lettre suivante :

« Ce dimanche.

« Madame,

« Je n'ai point Thonneur d'être connu de vous mais j'ai eu celui d'être le premier collaborateur de M. de Balzac, ce qui m'autorise, dans les circonstances présentes, à prendre la liberté de vous écrire.

« Voici, Madame, ce dont il s'agit : M. de Balzac et moi avons fait en collaboration, il y a près de trente ans, deux romans : t Héritière de Birague et Jean-Louis^ ou la fille trouvée^ que des éditeurs et des journaux demandent en ce moment à réimprimer. A moins de demander une licitation judiciaire, je ne puis ni ne veux rien faire, Madame, sans votre autorisation. Il y a plusieurs partis à prendre à ce sujet : ou me céder pour la moitié des droits que je pourrai obtenir la part de feu M. votre mari, ou acquérir la mienne.

t Je possède deux actes sous seing-privé entre M. de Balzac et moi qui attestent et prouvent ma part de propriété. On en trouvera sans doute les doubles dans les papiers de M. de Balzac. Le temps presse. J'ose donc. Madame, solliciter de

UNE P\GK PKROIK DK HONORIS DK UVU.VO 15^

VOUS une entrevue en présence de voliv honuno d'affaires et du mien, si vous le jujre/ eonvenable.

« J^espère, Madame, que vous voudiv/. bien m'honorer d'une prompte rt^ponso. a^rtVr nu\H très humbles excuses et recevoir rhomma^o do mes respects.

« A. Lk POIFKVIN hK l/K(;UKVU.I.K,

<« 2a, ruo dos l*rlil.s-H«UolM. «»

Celte (Icmarchc (Haut, pensons-nous, dcnuMuro sans résultat, M. Le Poitevin tenta do pousser plus loin les choses.

Touterois, n'étant pas maître do substituer en tôte des deux ouvraj^^es le nom de llal/ae h cohii de lord H'hoone, il comptait parer autant (|ue possibb; à cet inconvénient, — très réel au point do vuo commercial, — en inondant les journaux d« mirifiques annonces, où le grand nom de son crdlabora* leur aurait été, à grand renfort de ré(îJafneH, proclamé urhl et orhi. Mais M'"" de Baiwic H*oppoHa nettement à toutes ces combinaisons. I.'n proccn s'ensuivit, dont on peut lire le coiripte rendu dans le numéro du 12 mai 18;>2 de la OazptU dea Tri-

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banaux. Il fut interdit à M. Le Poitevin d'employer ses annonces révélatrices, et le tribunal décida que le droit de réimpression des deux ouvrages, absolument conformes à leur première édition, ferait Tobjet d'une vente publique au profil des deux parties. Elles n'allèrent sans doute pas jusque-là, car nous lisons dans une lettre adressée par M"** de Balzac à M. Dutacq, qu'elle vient d'autoriser ce conseiller dévoué, — qui l'aida puissamment dans la difficile liquidation des dettes de son mari, — à traiter avec M. Le Poitevin. Il faut donc croire qu'une transaction se produisit à ce moment, car, depuis 1853, M™° de Balzac disposa seule de la propriété de Jean-Louis et de l'Héritière de Birague. C'est sans doute à cet arrangement que fait allusion l'une des lettres de M. Dutacq dont il est question plus loin.

A titre de curiosité, nous citerons ici une autre lettre de M. Le Poitevin, adressée en 1822 à son jeune collaborateur, dont le nom devait devenir illustre, tandis qu'au contraire le sien, moins ignoré peut-être à ce moment, devait tomber plus tard dans un complet oubli.

(( A Monsieur Honoré Balzac,

(( A A'illc-Parisis, près Claye.

u Mon cher Honoré,

(( Celle lellre n'esl à aulre lin que pour vous prier de me faire passer noire dernier Iraité avec liuberl. J'ai besoin de celle pièce importante pour l'exhiber aux yeux de M. PoUel, avec qui je suis en marché d'un roman en quatre volumes. Vous savez que vous ayant cédé mes droits, je n'ai aucune pièce enlre les mains. J'attends ce que je vous demande poui' jeudi ou vendredi au plus lard. Si votre intention est de venir samedi à Paris, apportez-le avec vous, mais songez que me faire attendre plus longtemps, ce serait me causer un tort majeur.

« Adieu. Forlez-vous bien et travaillez pour deux, car je ne fais rien, moi.

(( Voire tout dévoué.

« Auguste Le Poitevin de l'Egrevuxe.

« Mes respects à ces dames et à M. votre papa. « Alil quo ne suis-jo assis à Tombre des forêts 1

« Mais mon journal, mes théàlies, mes romans,

mes pièces, moQ, ma*, mes, etc. Au diable tous ces pronoms possessifs qui m'empêchent dé me

posséder! »

La phrase de cette lettre, relative à l'abandon fait à Balzac par M. Le Poitevin de ses droits sur leurs œuvres communes nous semble énigmatique, étant donné surtout les détails écrits par lui-même sur ce sujet dans la lettre adressée à M"® de Balzac qu'on a lue plus haut.

Auguste Le Poitevin est encore l'auteur de plusieurs autres ouvrages d'imagination auxquels, s'il fallait en croire la légende, Balzac aurait également collaboré. Malgré quelques indices assez caractéristiques, ce point demeure très incertain. Nousmême, après l'examen de nombreux papiers du maître, avions cru pouvoir affirmer le fait. Mais d'autres documents, découverts depuis, ont ébranlé notre conviction. Quoi qu'il en soit, voici les titres de ces romans, tous signés : A. de Viellerglé, ou : de Viellerglé Saint-Alme. C'est sans doute à cette signature qu'est due la première affirmation de la collaboration de Balzac aux récits suivants : Les deux Hector (2 vol., 1821), Charles Pointel (4 vol.,

18-21), Le Tartare (3 vol., 1822), Michel et Chris- Une (4 vol., 1823), V Anonyme (3 vol., 1823), et le Corrupteur (3 vol., 1827).

Toutefois, après avoir pris connaissance de la pièce authentique suivante, pour deux d'entre eux aucune incertitude ne peut, semble-t-il, subsister :

« Je, soussigné, ancien libraire et éditeur des ouvrages suivants : 1° L'Héritière de Birague^ quatre volumes in-douze ; 2° Jean-Louis^ quatre volumes in-douze ; 3° Clotilde de Lusignan, quatre volumes in-douze ; 4^ Charles Pointel^ quatre volumes in-douze ; 5^ les Deux Hector, deux volumes indouze ; déclare renoncer à réimprimer les susdits ouvrages. Je déclare en outre n'avoir aucuns motifs ni aucunes intentions de m'opposer à ce qu'ils soient réimprimés par tout libraire ou éditeur qui aura obtenu de leurs auteurs Tautorisation nécessaire pour en publier de nouvelles éditions; mais, à la condition expresse que ces libraires ou éditeurs me libéreront de toutes les charges et engagements qui m'ont été imposés en raison des divers traités que j'ai contractés précédemment avec les auteurs.

« Je déclare encore que ces auteurs, entre les mains desquels je remets la présente déclaration, ont le droit de modifier, d'annuler même les susdits traités, et d'imposer aux nouveaux éditeurs telles autres stipulations qu'ils jugeront convenable de faire, sans que je puisse intervenir en aucune manière dans les arrangements qui résulteront de leurs nouvelles dispositions.

c( En foi de quoi j'ai signé la présente déclaration, à Paris, le sept décembre mil huit cent trentecinq.

(( Hubert. »

On' trouve aussi, page 141 du tome premier de la Littérature française contemporaine , par Quérard, paru en 1812, (suite de sa France littéraire)^ la note suivante, relative à Charles Pointel et aux

Deux Hector:

(( Ces deux romans ont été publiés sous le nom de Viellerglé, masque de M. Le Poitevin de Saint- Aime. M. Marc, dans son Dictionnaire des Romans^ donne à M. Le Poitevin M. de Balzac pour collaborateur, et cette assertion se trouve confirmée par

un passage de la préface d'un roman intitulé

Cazilda. »

Ce Dictionnaire des Romans, ip^T M. M»rc, n'est en réalité que le catalogue du cabinet de lecture que tenait M. Marc, l'associé puis le successeur du fameux Pigeoreau. Sa première série, qui va de 1819 à 1828, forme un volume in-octavo, dont le supplément, allant de 1819 à 1834, porte, à la page 23, la mention suivante, laquelle motiva la note de Quérard :

« Viellerglé Saint-xVlme. — Les Deux Hector ; Charles Pointel, ou mon cousin de la main gauche', l'Héritière de Birague; Jean-Louis^ ou la fille trouvée', l'Anonyme^ ou ni père ni mère', Mijhel et Christine ; le Tartare, ou le retour de l'exilé.

« Nota. Les quatre premiers ouvrages ont été faits en société avec Lord R'hoone ».

Quant à Cazilda, histoire contemporaine, par Emile Marco de Saint-Hilaire, cinq volumes indouze, publiés à Paris en 1832 S voici le passage de sa préface auquel Quérard fait également allusion :

t. Numéro 281 de la Bibliographie de la France du 21 janvier 1832.

« Je le pardonne, ô plume, ma belle, ton grincement qui vient d'éclabousser le papier. Tu pensais à rheurguse transition de quelque auteur, peutêtre de celui de la Peau de Chagrin^ qui, dix ans obscur, devint un jour le favori de la tourbe lectrice. Avant de se transformer en de Balzac, n'avaitil pas été, tour à tour, l'obscur Vieillerglé, Tinconnu/Lord R'hoone, le fécond Horace de Saint- Aubin? Cent romans de lui ne dorment-ils pas enfouis chez Hubert, chez PoUet, chez Lachapelle ? Le triste destin d'infortunés tels que le Centenaire^ la Dernière Fée, le Vicaire^ Annette et le Criminel, le Beau Juif^ Charles Pointel, Wann- Chlore, etc., etc., n avait-il pas préludé à Tespèce de vogue qui accueille aujourd'hui ses rapides productions ? »

Donc, sans parler de toutes ces œuvres authentiques ou douteuses, que, même verbalement, Balzac n'avoua jamais, il manque en tous cas aux Œuvres de jeunesse d'Horace de Saint-Aubin un dernier roman. Nous voulons parler d*Une blonde^ histoire romanesque, par Horace Raisson, précédée d'une notice nécrologique sur un homme qui

n'est pas mort. C'est en 4833 seulement que cet ouvrage fui mis au jour pour la première fois. Il forme un volume in-octavo, publié chez Téditeur Jules Bréauté. En 1825, Horace Raisson avait fait paraître, en collaboration avec Balzac, Touvragè anonyme, aujourd'hui signé, qui porte actuellement pour titre : Code des gens honnêtes. Par conséquent, rien de plus vraisemblable que Téventualité de leur association vers la même époque à propos de cette histoire romanesque, qui, selon toute probabilité, fut ensuite oubliée pendant longtempsdans le portefeuille d'Horace Raisson. Un jour vint cependant où la réputation rapidement grandissante du maître détermina sans doute son collaborateur à tirer parti de leur œuvre commune. Mais, pour pouvoir associer officiellement à son nom celui de l'auteur de la Peau de Chagrin^ une autorisation de ce dernier était nécessaire, et notre écrivain savait bien que jamais Balzac ne l'aprait accordée. Raisson écrivit alors la Notice qui précède le récit, où, sans nommer personne, il indique toutefois clairement la part prise par son collaborateur à la composition de l'ouvrage. A la page sept de cette introduction, on lit notamment ces mots : « Les

mille noms sous lesquels ses romans ont été publiés : Horace Saint- Aubin, Viellerglé, lord R'hoone, etc., ctaient-ils autre chose qu'une enseigne, un signe de reconnaissance? »

^ Malgré ces quasi-certitudes, il nous restait encore quelques doutes, lorsqu'une preuve incontestable est venue les lever. 11 s'agit de deux lettres en notre possession, adressées, le 24 septembre 1852 et le 8 avril 1853, par M. Dutacq à M"^*-' de Balzac, dans lesquelles il lui annonce d'abord qu'il a vu M. Raisson au sujet des volumes écrits par lui en collaboration avec feu son mari; puis, que les traités convenus avec MM. Le Poitevin et Raisson relatifs à leurs ouvrages publiés dans ces conditions, sont signés, payés et enregistrés. Tout était donc en règle, et le rortian dont nous parlons pouvait être réuni aux autres Œuvres de jeunesse de Balzac. Nous ignorons pourquoi ce projet ne fut pas réalisé. Ainsi donc, moins heureuse que ses aînées, Une hlonde^ qui n'a d'ailleurs jamais été réimprimée, attend toujours sa résurrection littéraire et son entrée dans la série des premiers essais du grand Honoré.

Si jamais on publie une édition définitive de ces

Œuvres de jeunesse, il sera nécessaire d'en établir le texte en comparant celui des premières éditions avec la version des Œuvres co^nplètes d'Horace de Saint-AuMn^ qui seule a servi de base pour toutes les réimpressions actuelles. Or, les éditions originales contiennent beaucoup de pages, toutes d'un très grand intérêt, telles que préfaces, post-faces, notes, épigraphes, et même développements des ouvrages, qui, supprimés à cette heure, devraient être rétablies à leur place primitive, tout en tenant compte des corrections pures de 1836-1840. Il ne faut pas oublier non plus que la Dernière Fée eut, à l'origine, deux éditions véritables, qui diffèrent complètement. La première, formant deux volumes, fut mise en vente en 1823, chez Barba et Hubert, et la seconde, composée cette fois de trois volumes, parut en 1824 chez Delonchamps. Toutes deux furent d'ailleurs imprimées aux frais de Fauteur. Enfin, nous avons trouvé en tête de Texemplaire de l'édition originale du Ceyitenaire ayant appartenu au comte Ferdinand de Gramont, une très précieuse noie, écrite de sa main, et signée par lui. Ainsi qu'on va le voir, elle complète sur quelques points les faits racontés plus haut. On sait que

M. de Gramonl élail tout à fait en situation de faire connaître exactement la plupart de ces détails. « Le Centenaire^ [le Sorcier), est le second roman que Balzac ait publié. Il avait alors vingttrois ans^ Fut-ce par défiance de la valeur de Touvrage, ou bien pour se conformer à une mode du temps, qu'il le donna sous le pseudonyme de : Horo.ce de Saint-AuMn f L'un et l'autre peut-être. Balzac publia ensuite, toujours sous le même pseudonyme et avec des collaborateurs divers, parmt lesquels Etienne Arago : Jean-Louis^ l'Israélite {Clotilde de Lusignan)^ V Héritière de Birague^ la Dernière Fée^ Argow le Pirate {Annette et le Criminel), et Wann-Chlore {Jane la pâle).

Le Vicaire des Ardennes avait précédé le Centenaire^.

* Balzac, qui se disait né en 1800, était, d'après son acte de naissance, né en mai 1799.

F. DE Gramont.

2 Cet ordre chronologique de publication est inexact. Voici leviai. Llléritière de Riragiie (1822). — Jean-Louis (1822). — Clotilde de Lusignan [Vhraélite) (1822). — Le Vicaire des Ardennes (1822). — Le Centenaire [Le Sorcier) 1822. — La Dernière Fde (1823. Deuxième édition, augmentée, deux tirages, 1823 et 1824). — Annette et le Criminel {Argow le Pirate) , 1824. — Wann-Chlore {Jane la Pâle), 1825. S. L.

« En 1835, lorsque Balzac avait déjà publié sous son propre nom nombre de romans el de nouvelles, Tédileur Hippolyle Souverain lui offrit de publier de nouveau les huit romans ci-dessus cités, dont Balzac avait gardé la propriété. Le traité fut fait à raison de mille francs pour chaque ouvrage. Comme Balzac voulait avoir dix mille francs, il s'engagea à ajouter aux huit romans qui avaient été imprimés deux romans inédits qu'il avait, ditil, laissés inachevés.

« Il fut, de plus, alloué par l'éditeur quatre cents francs pour les corrections de style et autres à faire à chaque ouvrage, travail dont furent chargés deux jeunes amis de Balzac : MM. de B[elloy] el de G[ramont], â chacun desquels il a plus tard dédié une de ses œuvres.

« Pour donner une dimension suffisante à la Dernière Fée, .Iules Sandeau y ajouta une Vie du prétendu Horace de Saint-Aubin, laquelle lui fut payée cinq cents francs.

« Le pseudonyme : Harace de Saint-AuMn était conservé, mais rendu aussi transparent que possible dans les annonces, par l'adjonction de ces mots : u du plus fécond de nos romanciers ».

« Quant aux deux romans inédlis : l' Eœcommunie ei Dom Gigadas, le premier, dont il existait à peu près un demi-volume manuscrit, fut achevé par MM. de B[elloy] et de G[ramont], sans qu'il leur fût rien dit de ce que la suite devait être. Le second fut fait en entier par M. de G[ramont], sans que Balzac s'en occupât en aucune façon. A la fin seulement, il fut fait quelque modification au dénouement, qui n'avait pas obtenu l'approbation de réditeur Souverain. Un littérateur, du nom d'Albit, je crois *, accepta de faire ce petit arrangement.

« F. DE Gr AMONT. »

. « 20 mai 1889.

« Emile Regnault, mentionné sur les litres comme ayant recueilli les divers ouvrages composant la nouvelle édition, n'y fit absolument rien que prêter son nom. C'était aussi un ami de Balzac, qui l'appelait : le Pélican. Il est mort médecin des eaux de Bourbon [l'Archambault], dans un âge peu avancé.

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