‹ Une page perdue de H. de Balzac: Notes et documentsChapitre 9 sur 18 · F. DE G · texte numérisé non relu

F. DE G

* U s'a^'it sans doute de M. Clustave Albitte.

tJNÊ PAGE Î>ERDUË DE HONORÉ DE BALZAC t6T

Le plus curieux renseignement contenu dans cette note concerne l'Excommunié. On ne soupçonnait pas jusqu'ici que cet ouvrage fût, en partie (lu moins, écrit par Balzac lui-même, et qu'il avait seulement été terminé par MM. de Belloy et de Gramont. M. de Belloy n'en serait donc pas le seul auteur, ainsi que Taffirmait la légende. Puis, ces lignes donnent aussi la preuve définitive que Dom Qigàdas est bien Tœuvre personnelle de M. de Gramont. Sur d'autres points elle renferme quelques erreurs, que nous ne relèverons pas ici, les pages précédentes les ayant en réalité rectifiées d'avance.

Le document qui suit n'a pas un intérêt égal à celui du précédent. Cette fois, il s'agit seulement du traité, signé en 1842 par Balzac et l'éditeur Charpentier, pour autoriser ce dernier à réimprimer Louis Lambert, suivi de Séraphita, dans sa célèbre collection.

Cette édition nouvelle Aq Louis Lambert fut en réalité la sixième, car, en 1842, ce récit, publié pour la première fois dix ans auparavant, comptait déjà cinq versions de librairie absolument distinctes.

Quant à Séraphita, si Ton accepte comme une véritable édition les fragments de louvrage insérés en 1834 dans la Revue de Paris, celle pour laquelle Balzac traitait ici doit être comptée pour

la cinquième offerte au public en moins de six ans\ Voici le texte authentique de cette convention :

Entre les soussignés,

Monsieur Honoré de Balzac, domicilié quant à présent à Paris, rue du Faubourg-Poissonnière, n° 28, d'une part;

Et monsieur Gervais Charpentier, libraire-éditeur, domicilié à Paris, rue de Seine, n° 29, d'autre part ;

A été dit, convenu et arrêté ce qui suit :

Article premier M. de Balzac vend et cède à M. Charpentier, qui

^ Voici le détail exact de ces éditions antérieures : Louis Lambert. — Première édition : Nouveaux Contes Philosophiques; octobre 1832. — Deuxième : un volume in-dix-huit; février i833. — Troisième et quatrième: le Livre Mystique, deux éditions véritables; décembre 1835 et févriei' 1836. — Cinquième : Études Philosophiques , première livraison in-dix-huit; deux des cinq volumes de celte livraison; septembre 1836.

Séraphita, — Première édition (partielle) : Revue de Paris, juin et juillet 1834. — Deuxième et troisième : le Livre Mystique, deux éditions véritables; décembre 1835 et février 1836. — Quatrième : le Livre des Boulews (dernière livraison publiée des Études Philosophiques indix-huit), 1840.

170 UNE t>AGR PERDUE i)E HONORÉ DE BALZAC

Tacceple, le droit d'imprimBr à seize cenls exemplaires, avec passe double et en un seul volume, format de la Bibliothèque de ce dernier, les deux ouvrages dont il est Tauteur, et qui sont Louis Lambert et SérapMta,

La présente vente est faite moyennant la somme de cinq cents francs, que M. (Charpentier s'oblige de remettre en espèces à M. de Balzac, le jour où ce dernier donnera le dernier bon à tirer des épreuves qui lui seront envoyées.

Art. 2

M. de Balzac s'oblige à payer les corrections qu'il pourrait faire et qui ne sont pas indiquées sur la copie qu'il remet à l'instant à M. Charpentier.

M. de Balzac s'oblige encore à ne pas réimprimer les deux ouvrages dont il s'agît dans aucun format avant un an à partir du jour où sera donné le dernier bon à tirer. Après ce délai d'un an il pourra les réimprimer, mais dans un format autre que celui de la collection de M. Charpentier, sauf le cas d'épuisement chez M. Charpentier. Et dans le cas où l'édition de M. Charpentier ne serait pas

épuisée dans trois ans, M. de Balzac pourrait néanmoins la réimprimer dans le format de M. Charpentier après ce délai.

M. Charpentier s'oblige à remettre gratis à M. de Balzac cinquante exemplaires du volume aussitôt sa publication.

Fait double à Paris le quatorze avril mil huit cent quarante-deux.

Approuvé récriture ci-dessus, el huit mois rayés

nuls.

{Signé:) De Balzac.

Approuvé récriture ci-dessus, et huit mots rayés

nuls.

[Signé :) Charpentier.

On remarquera d'abord dans ce traité que, malgré la réserve du : « quant à présent », en 1842 Balzac prend, en fait, son domicile à Paris chez sa sœur, M'"® Surville, qui habitait alors réellement au numéro 28 de la rue du Faubourg-Poissonnière. On se souvient, en outre, que le grand écrivain, après son départ des Jardies, s'était établi, à partir du mois d'octobre 1840, au numéro 19 de la rue Basse, à Passy. Il ne

devait donc vraiment avoir, au 14 avril 1842, aucune autre installation dans la capitale que ce pied-à-terre chez sa sœur. Celui qu'il occupa longtemps rue Richelieu, chez le tailleur Buisson, à cette date n'était sans doute plus k la disposition du maître.

II faut s'arrêter ensuite à la clause spéciale qui règle la question, toujours si épineuse à propos des ouvrages de Balzac, du prix de ses corrections d'imprimerie. Elle laisse cette fois à la charge de Tauteur toutes celles qu'il pourrait exécuter sur les épreuves du volume.

Cette condition dut lui sembler très dure, car il avait l'invariable habitude d'effectuer les innombrables modifications qu*il apportait à tous ses récits inédits ou déjà imprimés, non sur le manuscrit, ou sur les textes antérieurement parus, mais pendant le cours de l'impression ou de la réimpression de l'œuvre. On sait que les énormes remaniements qu'il exécutait ainsi rendaient ce travail complémentaire aussi redoutable pour les typographes qu'onéreux pour l'éditeur. Aussi ce traité fut-il le dernier passé entre les deux parties contractantes.

D'ailleurs, dans ce môme mois d'avril de Tannée

1842, allait naître la Comédie Humaine, dont la première livraison fut mise en vente le samedi 23.. On s'explique donc sans peine qu'à partir de ce moment, et en dehors de ses productions nouvelles, Balzac ait été pendant plusieurs années presque exclusivement absorbé par Teffroyable labeur que lui causa l'édification de son prodigieux chef-d'œuvre.

Mars-avril i898. — Novembre 1901.

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