‹ Une Paroisse de Paris sous l'ancien régimeChapitre 2 sur 12 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Lks Origines. — Le faubourg Saint-Jacques au xvrsiècle. — Le Prieuré de Noti-e-Danie des Cliamps (Ij. — Les Hospitaliers de St-Jacques du Haut-Pas : leui* étal)lisseineiit , leui'S règles, leui-s privilèges; acquisitions diverses. — Liste des Commandeurs. — Tentativesdesuppression.— La chapelle érigée en égUse succursale pour les habitants du Faubourg. — Les Paroisses Matrices : Saint-Benoît, Saint-Médard et Saint-Hippolytc. — L'abbaye de Saint- Magloire: son union à révèché de Paris ; sa translation à Saint-Jacques du Haut-Pas.

A l'époque où commence l'histoire paroissiale de Saint-Jacques du Haut-Pas (1566), les remparts de Paris élevés sous Philippe-Auguste existaient encore. Pour sortir de la ville au

(1) Le plan ci-joint, que nous devons à la bienveillance de la Maison Ei'hai'd. permet de se rendre compte de lo situation des divers établissements dont nous aurons à parler. Il reproduit un plan de 1780 ; on a indiqué en rouge le tracé des voies ouvertes depuis cette époque.

midi, il fallaitfranchirrunedesdeuxportesSaint- Jacques ou Saint-Michel. La première, située présde l'intersection actuelle de la rue Saint-Jacques et de la rue des Fossés-Saint-Jacques, donnait accès sur la grande rue du Faubourg- Saint-Jacques : c'était la route que devaient suivre les pèlerins de Saint-Jacques de Coinpostelle ;\di seconde, près de la place deMédicis, vers l'intersection des anciennes rues de la Harpe (englobée aujourd'hui en partie dans le boulevard Saint-Micheljet des Fossés-Monsieurle-Prince, s'ouvrait sur la rue d'Enfer continuée plus loin par le chemin d'Orléans.

A droite de la rue d'Enfer (on sait que le boulevard Saint-Michel en a fait disparaître une partie) se trouvaient l'enclos des Chartreux et le faubourg Saint-Michel, à gauche le faubourg Saint-Jacques et Notre-Dame des Champs.

Deux établissements religieux donnaient leur nom à ce faubourg : l'antique prieuré de Notre-Dame des Champs, le plus éloigné, dont le territoire, compris entre le boulevard actuel de Port-Royal, les rues d'Enfer et Saint-Jacques, était borné au Nord par l'hôpital des Frères de Saint-Jacques du Haut-Pas; et cet hôpital qui s'étendait lui-môme sur la môme largeur jusqu'à la place de notre rue de l'Abbé-de-l'Epée.

La tradition de l'Eglise de Paris rapporte à saint Denis, son premier évèque, l'érection de V Oratoire de Notre-Dame des Chanîps.Leslmhitants de Lutèce, suivant les habitudes importées parles Romains, avaient placé leurs tombeaux

en dehors de la ville, à [)i-uxiinité des grandes routes. Les carrières, assez nombreuses en cet endroit, pouvaient d'ailleurs offrir aux premiers chrétiens le même abri que les catacombes de Rome.

C'estlà, dans unechapelle souterraine, que se réunissaient les premiers disciples ; une image apportée do Rome présentait à leur vénération la Mère du Christ qui leur était prêché; c'est là aussi que le vénérable évoque fut pris avec ses compagnons pour être traîné au tribunal du gouverneur.

Le souvenir de saint Denis se perpétua dans ce sanctuaire : l'église, antérieure à l'époque gothique, élevée au-dessus de la crypte primitive, fut constamment un lieu de pèlerinage en l'honneur du saint jusqu'à la Révolution. Avec les deux clochetons de sa façade et la statue de saint Michel à son sommet, elle attirait de loin les regards des pieux voyageurs. Le Cartulaire de l'ancien prieuré conservé dans les archives du Séminaire d'Orléans (1) fait foi d'une rente assignée par Louis le Gros sur le douaire de la reine Adélaïde, son épouse, pour couvrir les frais nombreux occasionnés par l'illumination de la Chapelle pendant l'Octave de Saint- Denis.

Les Bénédictins de Marmoutier (2) {Majus

(1) Nous verrons au Chapitre VI cet établissement lic'-ritei* du titre du prieure en 1671 .

(2) Monastère établi par saint Martin à 2 kilomètres à l'Est de Tours. On s'est occupé il y a quelques aimées de

Monasterium) avaient été appelés dès le 18 mars 1084 (vieux style) à, fonder un prieuré pour la garde du précieux oratoire. Nous avons l'acte de donation par Payen {Paçjanus)^ fils de Gui, et Gui Lombard, à Saint-Martin et aux moines de Marmoutier (dont l'abbé s'appelait alors Bernard) de l'église Notre-Dame près Paris avec le droit de sépulture dans les deux églises d'Issy et de Fontenay. (Arcli. Nat. K 20 n° G'^ : cité par J. Tardif. Cartons des Hois n° 299.)

Les Dominicains, lors de leur installation à Paris, reçurent l'hospitalité dans cette maison, et les restes de leurs premiers frères, entre autres du Bienheureux Réginald, reposèrent auprès du célèbre sanctuaire. La Sainte Vierge, saint Denys et ce Bienheureux devinrent ainsi l'objet d'un culte perpétuel dans le môme lieu.

Nous rapporterons plus loin (cliap. VI) la cession de cette église aux Carmélites, fidèles héritières de la vénération des Bénédictins.

Les Frères hospitaliers de Saint-Jacques duHaut-Pas{l),YQnus du diocèse deLucques en Italie, fondèrent la maison qui porta leur nom dans le voisinage du prieuré de Notre-Dame des Champs, à une date qu'on ne peut exactement fixer. La plus ancienne pièce qu'ils invoquaient en leur faveur a disparu ; mais elle est indiquée

restitiiei' les (.'cllules pi'iiiiitivos des moines, simples excavations pratiquées dans la colline de -la rive droite de la Loire.

(1) V. Archives Nationales, L-452, 453

comme ayant été produite dans Y Inventaire des titres, Chartres et enseifjneinents originaux présenté au Parlement en 15G1 pour soutenir les droits de la Commanderie de Paris : c'est un titre du mois d'avril 1201 attestant la donation par c< un nommé Caladus aux maîtres et frères de Saint-Jacques de deux maisons et autres biens y contenus ; on y voit que les Commandeur et religieux de Saint-Jacques du Haut-Pas lès Paris observaient l'Ordre en rendant Tliospitalité depuis 75 ans. »

Les historiens français du xvn'' siècle ont assimilé les Hospitaliers de Saint-Jacques du Haut-Pas aux Frères Pontifes que nous voyons répandus surtout dans le Sud-Est de la France au moyen-Age, construisant sur le Rhône et ses affluents de nombreux ponts destinés à faciliter les transactions commerciales autant que les pieux voyages des pèlerins. Ce nom du Haut- PaslQWY viendrait d'un endroit dangereux dont ils auraient par leurs travaux assuré le passage.

Le chanoine Gnerra de Lucques, auteur d'une Histoire de la Sainte-Face honorée dans cette ville, a bien voulu nous donner les indications suivantes sur le berceau de l'Ordre. « Le bourg ou village du Haut-Pas (Altopascio) faisait partie jusqu'à la fin du XV® siècle du diocèse de Lucques, éloigné de douze kilomètres à l'E. de cette ville; aujourd'hui il dépend du diocèse de Pise. Situé au pied d'une colline couronnée par le château de Montecarlo, il

n'est baigné par aucun cours d'eau ; il y avait là un marais, nommé de Sesto ou Dientina^ que des travaux (1) considérables ont presque en entier transformé en plaine fertile, mais dont la traversée était autrefois très difficile, surtout à l'époque de la crue des eaux : c'était cependant par là que devaient passer les nombreux voyageurs qui se dirigeaient vers Florence ou vers Rome. — 11 reste encore au bourg de Altopascio une belle tour de l'ancienne église des Frères de Saint-Jacques, ainsi que sa façade en marbre poli de différentes espèces, qui sert de portail latéral à l'église paroissiale. »

L'Ordre inLlitaire et religieux des Frères Hospitaliers de Saint-Jacques du Haut-Pas pai-aît être le plus ancien de tous les Ordres semblables ; il remonte au milieu du xr siècle ; dès 1088 le Pape Urbain II lui avait accordé des privilèges. Il reçut en 1240 des règles approuvées par Grégoire IX à la demande du Grand-Maître Galligue; elles nous ont été conservées dans un manuscrit provenant de la Commanderie de Paris. Le Supérieur Général s'y désigne lui-même sous l'humble titre de serviteur des pauvres et de Gardien de l'Hôpital de Saint-Jacques du Haut-Pas. La vie religieuse ou privée des Frères y est basée sur la règle attribuée ù saint Augustin : c'est un en-

(1) On peut Yoii* lo détail do ces tiMvaux d'assùclieinent dans la Nouv. Géograjihio univci-s. d'Elisée Heelus. (T. I. p. 413.) — La colline de Monteearlo est au N.-E. du lac Bientina, faisant face Mont au Pisnn, entre le Sercliio.au N. et l'Arno au S.

semble de preseriptions concernant la prière, le silence, la mortification — avec l'abstineiice de viande les mercredis, vendredis et samedis de chaque semaine, et tous les jours depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques — la pauvreté qui leur défend d'e-r/^^/' pour leur subsistance autre chose que du pain et de l'eau, et pour vêtements ordinaires que des étoffes sombres et des peaux sauvages. Pour les offices seulement et pour l'administration des sacrements, les clercs doivent prendre des habits de couleur blanche. Comme insigne particulier ils portent le signe delà rédemption à trois branches (celle du haut fait défaut) désigné sous le nom du signe dit Tkait T (lettre de l'alphabet hébreu correspondant à notre T) en souvenir de ce passage d'Ezécliiel : « Marquez d'un thau les fronts des hommes qui gémissent et souffrent sur toutes les abominations qui se font au milieu de Jérusalem... Ne tuez aucun de ceux que vous verrez marqués du thau ». (IX — 4 et 6.) En le leur imposant au jour de leur profession, le Maître leur disait ces paroles: «Nous vous donnons le signe du Thau : qu'il vous sauve, qu'il vous garde de l'enfer et vous conduise à la vie éternelle ! Amen. » — Ce n'est donc pas l'emblème du marteau et de la vrille rappelant les fonctions primitives des Frères Pontifes.

Religieux de Saint-Augustin, les Frères sont en même temps Hospitaliers ; leur premier devoir est de se considérer comme voués au se/-

vice des pauvres : avec cette conviction dans l'âme, les offices les plus pénibles de la charité peuvent devenir faciles. On ne saurait trop admirer la délicatesse qui a dicté les soins les plus minutieux à prendre des hôtes, la recommandation de se procurer, outre les lits réservés aux adultes, des berceaux pour éviter tout accident aux petits enfants, les secours et spirituels et corporels à donner aux infirmes et aux malades, ainsi qu'une sépulture honorable aux défunts. L'œuvre de l'Hospitcnlité de nuit, si justement comblée d'éloges de nos jours, avait été dès longtemps devancée par les religieux de tous ordres dans leurs monastères, et surtout par la magnifique efflorescence d'Hospitaliers que le goût des pèlerinages suscita aux siècles des croisades.

Religieux exempts de toute autre juridiction que de celle du Pontife romain, les Frères Hospitaliers de Saint-Jacques du Haut-Pas virent leurs privilèges défendus et confirmés par plusieurs Papes: les bulles de Nicolas IV en 1290 et 1291, Boniface VIII en 1296, Jean XXII en 1319, données à cet effet, sont parvenues jusqu'à nous avec les papiers de la Commanderie de Paris.

Dans plusieurs de ces bulles et dans nombre d'autres actes, l'Ordre de Saint-Jacques est (\\xdi- WWédi Ordre militaire. Dans la provision d'Anselme de Caillot, le 30 novembre 1560, le Grand- Maître Ugolin Griffonus prend les titres suivants : « Sacrœ domiis totius militia.^ Sti Jacobi de Alto Passa Ordinis Sti Augustini lucan.

dioc. (jencraUs av nuKjistcr, ot \\\\\Q,'-i eccliàriim ^ convontduiii , hospilnliiini^ doniot^nni- et alinrimi /liofimt locoi'iini \\\\\\[\\v et ordinis /)i'(i''lirloi uni eiira et (dira montes ac pcr unircrsnm oi'bcni consistcnduni. » Le soin (1(3 [jrouvcr, clans l'inventa ii'c dont nous avons déjà parlé, la possession de cette qualité au inômc titre que les Ordres remontant aux croisades, l'obligation qu'on y invoque pour les cJieoaliers d'être <( issus de noble lignée », nous portent h interpréter tout autrement que l'abbé Lebeuf, l'article suivant des statuts de 1240 :« Que nul ne cherche à devenir chevalier sans permission, avant de recevoir l'habit de l'Hôpital ; s'ils sont fils de nobles et [)ar venus à l'âge voulu, alors qu'ils s'en rapportent à la volonté du Maître ou du Commandeur. «Une devait pas être plus nécessaire de sortir de TOrdre pour devenir chevalier chez les Frères de Saint-Jacques que clicz les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, avec lesquels d'ailleurs ils avaient plus d'un point de ressemblance.

LaCommanderiedeParis re(;ut en 1322 des lettres de protection du roi Charles le Bel. Une charte de 1311 indique le don qui lui fut fait dj deux maisons par un religieux de l'Ordre, BonavcnturePonchin, du diocèse de Pise ; luimême il les devait à la libéralité d'Adrien de Florence, évêque deTournay, ainsi que le montrait le titre de donation de 1335 ; l'emplacement de ces deux maisons est marqué dans cette dernière pièce près de Notre-Dame des Champs,

c( qui est partie du lieu où de présent est le logis dudit Commandeur ». — A la même époque (1344) les héritiers du môme évêque de Tournay abandonnaient leurs droits sur une autre maison au profit de la Commanderie. Le surplus dudit lieu £ivddi été acheté dès 1331 grâce à Thibault de Sancerre, archidiacre de Bourges, «lors demeurant à Notre-Dame des Champs; et Philippe de Valois avait donné des lettres d'amortissement pour les possessions acquises avant 1335. Si les religieux étaient établis dans le faubourg, leur installation n'était pas complète : il leur fallait un hospice construit spécialement pour cette destination et une chapelle pour y assurer le service religieux. Le Souverain PontifeClément VI (d'Avignon) donna le 29 août 1343 {2" de son pontificat) deux bulles qui durent aider les Frères dans leur entreprise: la première assurait au nouvel hôpital, lorsqu'il aurait été érigé canoniquement, les privilèges, indulgences, libertés, immunités et exemptions concédés à l'hôpital Saint-Jacques du Haut-Pas du diocèse de Lucques; la seconde accordait un an et 40 jours d'indulgence à tous les bienfaiteurs de la maison. Bientôt, le jour de Saint- Barthélémy de l'année 1330, la chapelle pouvait être consacrée et le cimetière béni par Jean, évèque de Dragonare, avec la permission des vicaires généraux de l'évoque de Paris. Audoin {Capellam H os pi ta lis Sancti Jacobi de Alto Passa fundati in locorjui dicitur Clausus Régis prope Nostrain Dominam de Campis).

Un (les religieux de cette époque, Jean de Vignay, se rendit célôbi'e A la (Jour du L'oi en traduisant en français la Lérjeiide dorée de Jacques de Voragine sur l'ordre de la Reine Jeanne de Bourgogne, ainsi que le Miroir historial de Vincent de B mauvais qu'il dédia au duc de Bourbon. On lui devait aussi un ouvrage intitulé la Moralité du jeu des échecs.

Avec la protection des deux puissances ecclésiastique et civile, les Frères de Saint-Jacques peuvent développer leur œuvre: nous voyons en 1370 Pierre de Pistorio signer des baux comme Commandeur de l'Ordre en France. Le même assiste en 1377 au chapitre général de l'Ordre, dans les actes duquel il est question de plusieurs maisons situées « in campis, etvineis et hortis in territorio Paris,, extra pp. pari si as a nostra Domina de campis ex porta sancti Jacobi paris...)-)

Il paraît cependant que la provision de ce Con^mandeur n'était pas régulière : c'était un légat pontifical qui lui avait conféré son titre ; or, d'après les règles de l'Ordre, c'était au Grand- Maître de Lucques qu'appartenait cette nomination. Clément VII en 1381 casse donc la provision de Pierre de Pistorio faite malgré la provision légitime accordée en 1367 par le Grand-Maître au frère Dominique Bonagratin.

La Commanderie de Paris fournit à l'Ordre un Gf^and-Maître dans la personne d'Augustin Massa élu par tous les Chevaliers et Commandeurs de France et d'Italie, ainsi que l'atteste

une bulle de Benoît XIII d'Avignon à la reine Isabeau de Bavière (du 21 juin 1105). — L'un des Grands-Maîtres précédents, JeanDinianclie de Lucques, autrement Depesse, avait été inhumé en 1403 dans la Cliapolle de l'Hôpital de Paris.

Pour les Commandeurs ou Précepteurs de Paris, la liste la plus exacte nous sera donnée par l'Inventaire de 1561 .

En 1421 Yves de Bertains étant mort est remplacé par Jean Gayant que nous voyons nommé en 1441 vicaire général et surintendant des Commanderies de France. — Lorsqu'il résigne sa charge, Richard Menessier, religieux licencié in decrctls, est régulièrement pourvu : plusieurs pièces le prouvent : une bulle de Callixte III, la quittance des droits acquittés pour lapro vision en 1455, plusieurs procurations de Commandeur, en 14G2, 1465 et 1475, la mainlevée des droits de francs-tiefs et nouveaux acquêts de la Commanderie, et enfin sa résignation en faveur d'Antoine Canu, maître èsarts, curé de Monteron au diocèse de Meaux, pourvu par bulle d'Innocent VIII de 1485. On voit par là que la bulle de 1459, par laquelle Pie II supprimait les religieux de Saint-Jacques du Haut-Pas ainsi que plusieurs Ordres hospitaliers ou militaires et unissait leurs biens à l'Ordre nouvellement institué de Notre-Dame de Bethléem, n'eut pas d'exécution. Le Parlement de Paris fut appelé à se prononcer en 1491 pour Antoine Canu contre un compétiteur,

Riclinr(l Bonodicti. C'est î\ ce Coinmnndour ((n'(»ii doit In l'oconstriiclion do l'Iiôpitnl et d'une [);n'tio de réalise: Kr.Miicois Poiichoi", évoque do Paris, vint la dédier (151D) sous l'invocation do la Sainte-Vierge, de Saint-Jacrjues-le-M<^y<?^</' et de plusieurs autres saints.

A la résignation d'Antoine Canu, en 1520 (il mourut le 15 octobre de la même année) Julien du Four lui succède, pourvu par une bulle de Clément VII. Toutes ses lettres d'ordination nous ont été conservées, ainsi qu'un certain nombre de pièces se rapportant ù son administration. L'inventaire du mobilier de l'Hôpital fait après sa mort, nous apprend qu'il y avait alors (5 août 1553) douze lits pour les hommes et dix lits pour les femmes à l'usage des « pellerins revenant de Saint-Jacques ». Les couches étaient en bois de chêne ; ils étaient garnis chacun d'un traversin en coutil de Bruxelles avec une couverture de laine blanche.

La succession de Julien du Four donna lieu à bien des difricultés. Plusieurs édits de François P'" et de ses successeurs (1545, 154G, 1553, 1560, 1561) attribuaient aux juges et commissaires royaux la réforme de l'administration de tous les hôpitaux et autres maisons charitables du royaume. Le Clergé et les patrons laïcs de ces établissements n'avaient pu obtenir par leurs réclamations que le droit de déléguer des représentants pour assister à l'examen des commissaires du roi. C'est à cette tentation d'immixtion du pouvoir civil qu'on doit attribuer

l'arrêt du Conseil d'Etat du 21 novembre 1554 destinant l'Hôpital Saint-Jacques aux soldats blessés au service du roi. L'exécution n'eut sans doute pas lieu.

Mais le Commandeur ne devait plus être un religieux de l'Ordre. Nous voyons maître Gilles Le Teinturier, ^vq[vq, prieur de la prèceptoreric de Saint-Jacques du Haut-Pas près Paris, résignant sa charge en faveur de François Le Court prêtre parisien : l'acte en fut insinué en 1554. Le titre de Commandeur ^o, trouve uni à celui de grand Aumônier de France dans la personne de Bernard de Rulhye, abbé de Pontlevoy (1552- 1556). Le Parlement intervient alors pour assurer la liberté des quêtes et pardons aux Frères de Saint-Jacques dans les églises de la Ville et «autres lieux. La même liberté fut encore garantie en 1557 sous la Commanderie de Louis de Brezé, évêque de Meaux, grand Aumônier de France.

La résignation de ce dernier permit de rétablir la coutume de la provision du Commandeur par le Grand-Maître de Lucques, alors Ugolin Griffon (1560) : Anselme de Caillot, clerc du Mans, fut désigné. Il lui fallut prouver par devant le Parlement, la légitimité contestée de sa nomination. En même temps, il adressait au roi une demande en restitution de tout le mobilier de l'Hôpital saisi en vertu des édits récents sur les Hôpitaux, alors que ces biens devaient être exemptés au même titre que les bénéfices appartenant aux Ordres hospitaliers et militaires remontant aux croisades. Enl561 le roi Charles IX

chargea le Parlement de cette affaire. Le duc de Florence et son lils le Cardinal de Médicis, Grand-Maître de Saint-Jacques du Hnut-Pas, s'unirent à Anselme de Caillot pour appuyer ses revendications. L'examen de Vlnocntairc dont nous avons parlé leur fit donner gain de cause (7 septembre 1502).

A la mort de Caillot (15G8) de nouvelles difricultcs devaient surgir. Depuis 1506 la chapelle de la Commanderie avait été érigée en église succursale pour les habitants du faubourg. L'évoque de Paris, Guillaume Viole, était intervenu pour assurer le double service religieux de l'hôpital et de la paroisse. Le Procureur général s'était chargé de la gestion du revenu de la Commanderie. Déjà, à la date du 16 septembre 1500, il avait été procédé à l'inventaire des biens de l'f^ôpital « à la requête des Commissaires commis par le Prévôt de Paris ou son lieutenant civil, à la requête du Procureur général du Roi, au régime, gouvernement et administration du revenu temporel et maison de l'Hôpital Saint-Jacques du Haut-Pas ». Cependant, le 3 août 1568, un arrêt de la Cour portait « mainlevée de ce revenu par provision à Maître Mathurin Plumé, avocat en la dite Cour, titulaire de la préceptorerie de Saint-Jacques du Haut-Pas par la résignation de l'évêque insinuée la même année, à la charge de faire vider le procès pendant avec le Procureur général dans les trois mois.»

Plumé meurt en 1571 ; le2avril, Jean Prebet

prend possession de la Préceptorerie et Commanderic : il avait les titres d'aumônier ordinaire (lu roi, de Prieur du Prieure et Commandeur de la Commanderie do Saint-Jacques du Haut-Pas, et commissaire établi à l'Hospitalité annexée à ladite Commanderie. La lutte continue avec les habitants du faubourg : elle ne devait pas durer longtemps : Prebet mourait en 1573, après avoir donné procuration à l'évèque de Paris pour recevoir les fruits et revenus de la Commanderie à dater du jour de Saint-Jean-Baptiste de cette année. — Les Frères Hospitaliers (en 1560 le service de l'hôpital n'était plus assuré que par cinq prêtres, obéissant aux statuts et aux ordres du Grand- Maître de Lucques) cédaient la place aux Bénédictins de Saint-Magloire, dont la translation avait été autorisô3 par lettres patentes du 17 septembre 157^.

Le titre de Commandeur de Saint-Jacques du Haut-Pas subsista quelque temps encore. Pierre de la Bessôe le porta en 1577 dans une procuration donnée pour affaires concernant un licf de la Commanderie; à sa mort l'évoque de Parisetabbéde Saint-Magloire, PierredeGondy, le transmot à Georges le Maistre (15S5).

En 1072 l'Ordre disparaît de Finance :

Louis XIV unit ses biens ù TOrdre de Saint- Lazare.

Autourdu Prieuré deNotre-Dame des Champs et de l'Hôpital Saint-Jacques du Haut-Pas, il s'était formé peu à peu une agglomération assez

considérable. Le territoire du faubourg dépendait des trois [)aroisses de Saint-13enoît, Saint- Médard et Saint-Iiippolyte, sans compter les droits du trésorier de la Sainte-Cliapelle sur les Francs-Muraux et le Clos du Roi, où se trouvait éditié l'Hôpital. Les habitants souffraient de l'éloignement de ces églises, étant donnés surtout le mauvais état et le peu de sécurité des chemins qu'il fallait suivre pour y parvenir. L'accès môme de Saint- Benoît (église démolie à l'époque de l'ouverture de la rue des Écoles, dont elle occupait l'angle S.-O. formé par la rencontre avec la rue Saint-Jacques), qui paraissait le plus ù. portée du faubourg, n'était pas toujours possible, lorsque la crainte des ennemis ou d'autres motifs obligeaient de tenir fermées les portes de la ville. Aussi des pétitions furent-elles adressées successivement aux évoques de Paris Eustache du Bellay et Guillaume Viole, pour obtenir l'établissement d'une paroisse indépendante, ou tout au moins l'érection de la Chapelle de THôpital Saint-Jacques du Haut- Pas en Église succursale des trois paroisses. C'est ce dernier parti qui fut adopté : une ordonnance de l'Official de Paris(l),endatedu21 février 1566, réglait les conditions de cette érection : la Chapelle y était désignée sous le vocable des SS. Philippe et Jacques apôtres ; les trois curés des paroisses matrices devaients'entendre pour y nommer un chapelain résidant, avec charge d'y

(1) Voir Uî texte dans Félibien. Hist. de Paris. T. III,

célébrer une messe basse et dire les vêpres, les dimanches et jours fériés ; aux habitants revenait le soin d'entretenirà leurs frais d'autres prêtres pour les offices chantés, de fournir tout le nécessaire du culte, de se charger des réparations de la Chapelle, de donner au chapelain son logement meublé avec une pension annuelle de 60 livres tournois ; les oblations devaient revenir aux Curés des paroisses. Restait cependant aux fidèles l'obligation d'aller à leurs dites paroisses à Pâques, aux principales fêtes de l'année et aux fêtes des Patrons et de la Dédicace de leurs églises; et pour contribuer à l'entretien de ces mêmes églises, une redevance devait être payée chaque année de 4 livres parisis (1) à Saint-Benoît-le-bien-tourné, 4 livres à Saint-Hippolyte et 8 sols par-isis à Saint-Médard.

Le 15 janvier 1567, le roi Charles IX confirmait cette Ordonnance de l'évêque en employant pour la succursale les expressions de Cwe et de Paroisse, Le cimetière, comme l'église delà Commanderie, devait servir à la sépulture des habitants du faubourg. Une clause expresse exigeait toutefois que le service de la Commanderie et de l'Hôpital ne souffrirait en rien de la nouvelle érection.

Les difficultés prévues ne furent pas longtemps à se produire entre les paroissiens et les Frères Hospitaliers : nous avons indiqué déjà le procès pendant, au moment où lesBénédictinsde

(1) Z/i livre parisis, valant vingt sol.^, était l'équivalent d2 notre iVano actuel.

Snint-IMagloirc vinrent remplacer les Religieux de Saint-Jacques du Haut-Pas.

Avant de raconter la suite de cette lutte pour l'indépendance, lutte qui ne se ternninera qu'en 1G33, il est utile de donner quelques indications, et sur les paroisses matrices, et sur l'Abbaye de Saint-Magloire, avec lesquelles la succursale de . Saint-Jacques se trouvera si souvent en rapport.

S'il faut en croire de vieux historiens, S.\iNT-Bi^\orr aurait été primitivement un Oratoire dédié à la Sainte-Trinité par saint Denys premier évoque de Paris : c'est là une légend 3 qui ne paraît guère reposer sur des fondements solides. Lebeuf, dans son Histoire de la Ville et du Diocèse de Pam, indique l'existence de cette église dès le VI® siècle sous le titre de Saint Bacche (nom d'un martyr de Syrie). Le vocable de la Sainte-Trinité était aussi conservé à cette église : on disait la Benoiste Trinité, puis la Sainte-Benoiste, puis Saint-Benoist, tout en appliquant cette expression à Dieu même, comme Sainte -Sophie de Constantinople désignait la Sagesse divine et non une sainte de ce nom. C'est au XIIP siècle seulement que, par erreur, on introduisit dans cette église l'oftlce de Saint-Benoît fondateur de Tordre monastique en Occident. — Le surnom de Bestourné (mal tourné), donné d'abord à cette église, s'expliquait par la position de l'autel placé vers l'Ouest contrairement à l'usage constant jusqu'au XVP siècle de tourner le chevet des églises vers

rOrient; lorsqu'au XIV® siècle on se conforma à la tradition en déplaçant l'autel, on changea le nom de Bestourné en celui de Bien-Toarnc. Saint-Benoît fut d'ailleurs reconstruit du XV^ au XVil'' siècle. A la Révolution il fut supprimé et vendu : le propriétaire le rouvrit comme oratoire privé dès les premiers mois de 1795; des difficultés avec la Police et la Municipalité le firent fermer à plusieurs reprises; le culte s'y maintint pendant quelques années après le Concordat; différentes industries et même un théâtre y furent successivement installés jusqu'en 1854, époque de sa démolition. L'église Saint-Etienne-du-Mont avait hérité de son fameux sépulcre : Saint-Jacques du Haut-Pas reçut en 1792 l'orgue réparé par le facteur Clicquot, et plus tard (1812) l'ancienne statue de la saint3 Vierge de la chapelle absidale; le portail occidental est conservé dans les jardins du Musée de Cluny.

Depuis le XP siècle Saint-Benoît, était desservi par un chapitre de chanoines sous la juridiction du Chapitre de Notre-Dame de Paris ; une paroisse y avait été établie au XIP siècle ; le Chapitre était, suivant l'usage, le curé titulaire; mais un de ses membres en remplissait les fonctions comme vicaire perpétuel. Dans les dernières années du XVP siècle, ce titre était porté par Jean Boucher, célèbre par la part active qu'il prit à la résistance des plus ardents Ligueurs.

Saint-Mi^dard est désigné dans une bulle

d^Alexandrc III (11G3) comme dépendant de l'abbaye do Samto-Gcneviève : un bourg s'était formé sur la rive gauche de la Biévre en face du bourg Saint-Marcel, et c'était pour ses liabitants qu'on avait bnti l'église primitive. Los reliques qui lui ont fait donner son nom avaient du être apportées du Soissonnais par les Génovéfains lorsqu'ils revinrent a{)rès l'invasion des Normands. L'un d'entre eux, nommé par l'Abbé, était chargé de desservir cette église. En 1411, lesGénovéfains furent remplacés par uncha[)elain séculier : la présentation appartenait à la veuve de Clémant de Reilhac, avocat au Parlement, qui avait bâti une chapelle dans l'ancienne église (1). En 1561, des Calvinistes réunis, pour leur prêche, se trouvant incommodés par le bruit des cloches de Saint-Médard, se livrèrent à des voies de fait pour les arrêter ; les principaux payèrent cette échauffourée dé leur vie ; les autres furent condamnés à des amendes qui servirent à payer l'agrandissement de l'église. — La modicité relative des redevances imposées à la fabrique de Saint-Jacques pour le curé et l'œuvre de Saint-Médard montre que cette paroisse avait eu le moins à se plaindre du démembrement occasionné par la nouvelle érection.

Saint-Hippolyte au faubourg Saint-Marcel existait certainement au XII'^ siècle, comme le prouve une bulle de 1158. Peut-itre remontait-

(l)Uiic inscription placée depuis quelques amuîes donne riiistorique de cette fondation .

elle au temps du roi Robert : ce prince avait, en effet, une vénération spéciale poui* le Saint titulaire dont les reliques étaient déjà conservées à Saint-Denys en 713. La Cure de cette église était dès le XIIP siècle à la nomination du Chapitre de Saint-Marcel. L'église, reconstruite en partie au XVP siècle, reçut, en 16(32, de nouvelles reliques apportées de Saint-Denys. Fermée et vendue A la Révolution, elle a été démolie en 1807. Elle occupait l'extrémité orientale de la rue Saint-Hippolyte actuelle.

La fondation de I'Abbaye de Saint- Magloire remonte aux derniers règnes des Carolingiens. L'évêque d'Aleth (saint Malo) et l'abbé du monastère de Saint-Magloire de Lehon en Bretagne étaient venus se réfugier à Paris pendant les guerres de leurs ducs contre les Normands, emportant avec eux les restes sacrés des Apôtres de leur pays : onze évèques, les SS. Samson de Dol, Magloire de Dol, Malo d'Aleth, Senator (Sénier) d'Avranches, Léonor ou Lunaire, évêque régionaire, Brieucde Sainl- Brieuc, Corentin de Quimper, Louthiern, évèque régionnaire, Levien évoque régionnaire, Ciférien d'Aleth, et Paterne (Pair) d'Avranches ; — deux martyrs, les SS. Méloïr mis à mort à l'âge de 16 ans et Trémoré tout enfant ; — quatre Abbés, les SS. Guéncau, Guinganthon et Escuiphle de Bretagne, et Scubilion de Maudanc en Basse-Normandie. Le comte Hugues le Grand, père du premier roi Capétien, otfritprès du Palais Royal la basilique de Saint-Barthé-

lemy pour conserver une partie de ces précieuses reliques, lorsqu'on voulut après la paix les reporter dans leur pays ; les rois Hlotaire et Illudovicus (Louis V) donnèrent en 975 ou 080 leur approbation à cette fondation. (1) Les moines de Saint-Magloire de Lelion étaient chargés de la desservir; une chapelle dédiée à saint Georges sur le chemin de Saint-Denis était destinée à leur sépulture ; elle prit, dès ce moment, le titre de Saint-Magloire : l'Abbé Junanus et l'évêque d'Aleth, décédés tous deux sous Robert le Pieux, y furent inhumés. Les moines ne tardèrent pas à quitter le voisinage du Palais pour aller s'établir auprès de cette chapelle, où ils transportèrent leurs reliques.

Saint-Barthélémy devint paroisse; mais la dignité de chapelains royaux et les privilèges et prébendes annexées à la Basilique restèrent aux Religieux de Saint-Magloire: c'est à ce titre que leur Abbé était commensal de la Maison Royale.

Le dernier Abbé, Nicolas de Saint-Ouen, paraît avec les titres d'Abbé de Montebourg au diocèse de Coutances en 1535, de curé de Beine (près Reims) en 1552, curé de Saint-Barthélémy à Paris en 1556, abbé de Saint-Magloire, et, comme tel, premier et ancien chapelain du roi en 15G0; il était mort avant 15G4; la bulle d'union de l'abbaye à la mense épiscopale de Paris le désigne dans les termes suivants : c( Vir bo/iœ inemorlœ cum viveret, »

(1) Voir la Charte citée, Gall. Chr.'st. T. VII Instrum. 23.

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