CHAPITRE II
La lutte pour l'indkpendanck. — La nomination du Cliapolain Mai'fjiiot : ai)pol au Parlement. Intervention fréquente des jui^'es séculiei-s dans les aCIaires paroissiales. DiCfieuItés avec l'aljhaye d(». Saint-Magloire. ("onsti-uction d'une éii'lise, sa dédicace. OI)sè(|ues du duc de JoycHise. Journée des Bari-icades. Sièges de Paris par Hemù III et Henri IV ; dévastation des fauliourgs. Procès contre le Cardinal de Gondy. Le Cliap'lain Baslin : nouveaux débats avec les curés primitifs. Le Sém'iiaii'e Saint-Magloire. L'hôpital Sainte-Geneviève. Réception du Légat Barberin. Pose de la première pierre de la nouvelle église. Enquête pour l'érection en paroisse. Sentence définitive.
Le premier chapelain de Saint-Jacques du Haut-Pas dont nous ayons le nom s'appelait Marquet(1573) ; il avait été désigné par le trésorier de la Sainte-Chapelle, d'après les droits que cette église prétendait posséder sur le territoire des Francs-Muraux où avait été construit l'hôpital Saint-Jacques. C'est en vertu des mêmes droits que les habitants du faubourg furent plusieurs fois sommés dans la suite de rendre le pain béni à la Sainte-Ch'^ pelle. Il y avait dans cette nomination de Marquet une dérogation à l'Ordonnance d'érection de la succursale : le Parlement, appelé à intervenir, maintint cependant le Chapelain en possession de son titre par arrêt du 19 novembre 1575.
Nous verrons plus d'une fois dans la suite de cette histoire des appels au Parlement pour régler les questions intéressant la paroisse. La Cour souveraine s'était depuis longtemps donné la mission de veillei* sur les intérêts matériels de l'Église et de faire exécuter les ordonnances de rOfticial ou Juge ecclésiastique. Peu à peu elle prétendit étendre cette mission, et comprendre parmi les objets temporels dont elle se croyait en droit de connaître, des matières appartenant en réalité à l'ordre purement spirituel, comme les questions de juridiction et même le refus des sacrements. Il fallut les défenses formelles des rois pour arrêter cet envahissement progressif, toujours menaçant, dès que la faiblesse du pouvoir suprême cessait un instant de le contenir. Si le Clergé en général s'élevait contre ces prétentions — et nous en avons la preuve dans les énergiques réclamations des Assemblées ecclésiastiques — il se trouvait de ses membres, qui, trop facilement, s'adressaient à la juridiction civile pour soutenir leurs droits ; parfois môme, ils en appelaient comme d'abus i\ la Cour des sentences del'Ofticial qui leur était défavorables. Quant aux laïcs appelés à prendre part à l'administration temporelle des paroisses (nous examinerons cette organisation d^ns un chapitre spécial), les principaux d'entre eux appartenaient souvent à la magistrature ; par suite, ils se sentaient portés à recourir plus facilement au jugement de leurs pairs qu'à celui de l'autorité ecclésiastique.
Les dirilcuUés des paroissiens de lanouvello sLiccursnle avec les Fi'ères llospitnlicrs devnicnt se reproduire avec les Hénédietiiis de Saint- Magloire. I.i^ ciinctièro iiiiriieur du (;(juv(Mit, jusque-là conunuu aux religieux et aux fidèles, allait être converti en cloître, et l'accès en devenait par conséquent impossible aux habitants du faubourg. De plus les Magloriens obtenaient de Henri III (1578) des lettres patentes leur permettant la possession, saisie et jouissance du monastère et de l'église, pour y exercer leurs fonctions, avec la même liberté que dans leur ancienne abbaye. Défense était faite à tout prêtre ou laïc de les troubler dans cette possession et jouissance sous peine d'amende ctdeeliTitiment corporel. C'était bien un arrêt d'expulsion pour les paroissiens. Après avoir adressé une requête à l'Évêque-Abbé, ils en appellent de nouveau au Parlement. Une enquête est ordonnée : un premier projet de séparer la chapelle en deux parties, le chœur au levant pour les religieux, et la nef agrandie à l'ouest pour les paroissiens, ne paraît pas suffisant : il faut en arriver à la construction d'une église distincte, et l'évêque offre de contribuer à la dépense pour 1200 livres (1579).
Déjà d'ailleurs, deux arpents de terre ont été achetés par les habitants pour servir de cimetière : on presse le prélat de déléguer un évêque pour le bénir. Les difficultés vont en augmentant. Le Parlement, par arrêt du 1'^^' septembre 1582, donne l'ordre aux paroissiens d'évacuer la
chapelle du monastère et leur permet la construction de la nouvelle église ; l'évoque de Paris sera tenu de verser la somme par lui promise en 1579 : il aura en récompense le droit exclusif de nomination du Chapelain.
Cette dernière clause devait irriter les Curés primitifs, dont elle annulait un des droits assurés par la sentence d'éi'cction de 1566. D'autre part, le Chapelain Marquet avait essayé de se soustraire à l'acquittement des redevances imposées par la même sentence : le Parlement l'y avait condamné en 1580. Pour le remplacer, l'évèque désigne en 1582 le maglorien Jean Baslin ; les Curés nomment de leur côté successivement divers prêtres. Le 11 janvier 1584, l'Ofticial confirmée les dispositions de la sentence de 1566, en élevant la pension du chapelain de 00 à 120 livres, tout en maintenant sans doute le droit exclusif de nomination à l'évèque. Les Curés en appellent au Parlement comme d'abus : l'arrêt du 15 mars rejette cet appel, sans rien changer aux anciennes obligations des paroissiens.
Enhn, le 10 mai, l'église est assez avancée pour que l'évèque de Césarée, Christophe de Cheffontaines, délégué par l'évèque de Paris, puisse venir la consacrer avec le Maitre-Autel. Les constructions continuent les années suivantes, grâce à la générosité des habitants ; le 17 septembre 1586, deux cloches, données avec leur charpente, sont bénites et installées dans le clocher terminé.
Les habitants du faubourg Saint-Jacques
furent tûinoiiis, vers cette é[)()rjiio, d'événements qui détournèrent quehjuc tein[)S leui* attention de leurs querelles particulières. Rentré dans Paris depuis le mois de décembre 1587, le roi Henri III veut faire célébrer solennellement les obsèques de son beau-frère le duc Anne de Joyeuse, Pair et Amiral de France, lieutenant général de l'armée de Guyenne, tué à la bataille de Coutras (20 octobre) gagnée par Henri de Béarn. Le récit de la cérémonie nous a été conservé par Aubery dans son Histoire du Cardinal de. Joyeuse (Paris 1654) ; nous en extrayons les passages relatifs à l'exposition du corps qui se lit à l'Abbaye de Saint-Magloire : ils nous donneront une idée de la magniticence royale en môme temps qu'un aperçu sur les mœurs du temps.
Ordre avait été donné de transporter les restes du duc à Paris, avec ceux de son jeune frère, Monsieur de Saint-Sauveur, « Comme les corps des dits défunts furent au bourg de la Reyne, partirent de cette ville plusieurs seigneurs pour aller au-devant des dits corps, qui, les ayant rencontrez, les conduirent à Saint-Jacques du Haut- Pas, où ils arrivèrent le vendredi 5 mars 1588, et furent portez par leurs serviteurs domestiques à la salle de parade. » Cette salle, de 7 à 8 toises de long sur 4 de large, était toute tendue des plus belles et riches tapisseries des meubles du Roy. — Sur une estrade élevée au milieu de la salle et recouverte de toile d'or re:; traîtiant en terre ^ avait été préparé le lit funèbre de 8 pieds
en carré et deux pieds de haut « garny d'une paillasse de 8 pieds en carré avec le traversin de môme, sur laquelle l'ut mis un ijjrand drap de fine toile de Hollande, el, par-dessus un grand poisle de drap d'or frisé à fond d'argent croisé d'une grande croix de satin blanc ; Te dit poisle garny aux quatre coins de quatre grands écussons aux armes du dit défunt, couronnés d'une couronne ducale et des deuxOrdres au tour, avec l'ancre au bas de l'escu, le tout de fin or et broderie ; le dit poisle aussi garni tout au tour d'un bord d'hermines mouchetées de noir de pied et demi de haut. Le reste de la salle était garni de tapis de Turquie. Un riche dais surmontait ce lit ; dans le fond, deux autels richement p:vrés et couverts de dais ; et sur des sièges auprès d'eux les aumôniers et religieux de Saint-Magloire et Mendiants chantaient et psalmodiaient incessamment des deux côtés. En arrière, quelques gentilshommes et autres domestiques du dit défunt Sieur, vêtus de grandes robes de deuil se relevaient suivant les heures. En avant, deux rois d'Armes présentaient le guepillon. Au pied du lit, une grande croix d'or et deux chandeliers d'argent doré avec cierges portant écussons. Tout le tour de la salle était garni do riche tapisserie toute rehaussée d'or et de soie. Le cloître qui donnait accès à cette salle était aussi tendu de chaque côté d'un lez de drap noir avec écussons de trois pieds en trois pieds.
c< Sur ce grand lit d'honneur était posée
l\>fji(jie (lu feu Seigneur tirée au vif et a[)rès le naturel, étant la tète couronnée d'une couronne ducale soutenue d'un oreiller de drap d'or, les yeux levés vers le ciel, les mains jointes, vestu d'une chemise à fraize ouvragée, une camizolle de satin cramoisi rouge rayé d'or, et pardessus un pourpoint de satin cramoisi plein, les chausses de satin cramoisi rayées d'or, les bottines de toile d'or plein avec les semelles de satin cramoisi rouge, et le rebras par haut de mesme satin, la tunique de toile d'or damascé avec une frange à l'entour, et par-dessus le grand manteau ducal de serge écarlatte violette, garny à l'entour d'une bande de demy tiers couverte de hydres de toile d'or en broderie, fourré à l'entour par dedans d'hermine, environ un quartier, ayant la queue d'une aulne et demie de long, avec le petit rebras aussi fourré d'hermine mouchetée par endroits, et au col avoit le collier de l'Ordre du Saint-Esprit d'or massif. » Trois jours durant r effigie resta ainsi exposée ; « et est à sçavoir que le dimanche à l'heure de disnée les façons du service furent observées ainsi que l'on avait accoutumé de faire du vivant du dit sieur, estant la table dressée par l'oflicier de panneterie, le service porté par les gentilshommes servans et pages dudit sieur ; puis la viande et service par un huissier, maistre d'hostel, pannetier, escuyer de cuisine, garde-vaisselle, la serviette présentée par au plus digne personnage qui se trouvait lors, pour essuyer les mains du dit sieur comme s'il eust esté vif et
assis dedans, les services de table continuez avec les mesmes forme et cérémonie comme ils souloient faire du vivant dudit feu sieur, avec la présentation de la couppe aux endroits et heure qu'il avait accoustumé de boire, et la fin dudit repas continuée par le donner à laver, et les grâces dites par ledit Aumosnier. »
Le lundi le Roi et la Reine vinrent jeter de l'eau bénite. Le mardi à deux heures après-midi eut lieu la levée des corps à l'église Saint-Jacques du Haut-Pas, et le convoi se dirigea vers le Monastère des Augustins où devait être célébré le service solennel. Lacérémonieavaitétéannoncéele lundi par vingt-trois crieurs de corps de la ville de Paris.
Nous renonçons à décrire cette longue file de confréries, religieux, étudiants, paroisses, collégiales avec leurs croix, précédant les serviteurs et domestiques du duc avec 200 pauvres vcstits, portant chacun une torche ; puis tous les aumôniers et chapelains, les archevêques, évèques et abbés en mosette marchant deux à deux ; puis l'évêque de Meaux, prélat officiant, et ses assistants, suivi du cortège de l'efligie après lequel s'avançaient tous les corps constitués, — la Cour de Parlement, celles des comptes et des aides, le Chdtelet, le corps de Ville. Le désir du roi était vraiment exaucé : tout l'éclat possible avait été donné à ces obsèques, hormis les honneurs réservés aux seuls monarques.
Deux mois après, le p euple de Paris se révoltait contre Henri III à la journée des Barricades,
et le monarque quittait cette ville à la dérobée, jurant (i(^ n'y rentrer que par la brèche. L'Edit de Réunion et la convocation des Etats-Généi'aux à Blois n'arrêtèrent pas lon£2;tcmps ce désir de vengeance : le meurtre des Guises surexcite de nouveau la capitale qui refuse toute obéissance au roi ; Henri de Valois, ci-devant roi de France et de Pologne, comme l'appelaient alors les Ligueurs, n'a plus d'autre ressource que de s'unir à Henri de Béarn pour venir assiéger la ville révoltée. Le Cordelier Jacques Clément la délivre en poignardant Henri III dans son camp de Saint-Cloud (2 août 1589).
Proclamé roi de France le jour même par ses compagnons d'armes, Henri IV s'aperçoit qu'il n'aura pas à compter sur ses sujets tant qu'il ne sera pas catholique : une partie de son armée l'abandonne ; il se voit obligé de lever le siège et de se replier sur la Normandie. Vainqueur de Mayenne à Arques, il reprend courage et revient en toute hâte sur Paris (fin d'octobre) : Meudon, Vaugirard et Montrouge sont surpris, et les faubourgs de la rive gauche emportés à la faveur d'un épais brouillard.. Le Journal de Saint-Jacques du Haut-Pas parle de la ruine capitale advenue à l'église le jour de la Toussaint, lors de la surprise du faubourg par les ennemis.
Cependant le manque d'artillerie et l'arrivée de l'armée de la Ligue ne permet pas encore de continuer le siège. L'année suivante (1590) devait voir la résistance énergique d'une population
décimée par la famine, mais jalouse de défendre en même temps la foi catholique contre un roi hérétique, et l'indépendance nationale contre les intrigues de Philippe II d'Espagne.
L'abjuration de Henri IV (1593) lui rendit du même coup l'obéissance et l'amour de son peuple.
Quelques jours avant la dévastation du faubourg Saint-Jacques par les troupes du Béarnais,il s'était passé un fait qui s'explique quelque peu par l'état de surexcitation des esprits.
La construction de l'église n'était pas encore complètement payée, et les ressources faisaient défaut aux marguilliers pour répondre aux demandes des entrepreneurs. Ils s'adressent au Cardinal de Gondy, le priant de vouloir bien exécuter sa promesse de concourir aux dépenses pour 400 écus ; l'évêque déclare son impuissance; les Paroissiens n'hésitent pas, et en appellent au Parlement : celui-ci fait communiquer, avec toutes les formules de respect, leur requjte au Prélat; et pour éviter une condamnation,force est au Cardinal de passer un compromis : 200 écus seront versés de suite, et pour le reste, un délai est accordé jusqu'à Pâques, à condition de donner caution dans la huitaine (10 octobre 1589). Les événements ne permirent pas le paiement de la seconde somme ; un procès nouveau est intenté, et le 23 février 1591 un arrêt du Parlement oblige l'évêque à fournir caution pour cette somme.
L'insuffisance des ressources du Cardinal
paraît encore indiquée par une requête des religieux de Saint-Magloire « tendant à être l)ayés par ledit Seigneur leur Abl)é, des revenus (|ui leur sont dus i)our leurs portions alimentaires. » N'osant pas s'attaquer directement à sa personne, la justice fait saisir les marguilliers de Saint-Lcu et Saint-Gilles pour les dettes qu'ils avaient envers ledit Cardinal. Nous trouvons enfin en 1598 l'emploi du solde de compte de l'évoque dans l'achat par la Fabrique de Saint- Jacques de la maison nommée Notre-Dame de Liesse, destinée à })ermcttre l'accroissement de l'église. — Le 7 octobre 1601, trois chapelles nouvelles bâties sur l'emplacement de cette maison sont bénites solennellement et dédiées ù. Notre-Dame de Liesse, à Saint-Roch, et aux Cinq Plaies de Notre-Seigneur.
La lutte avec les paroisses primitives avait été un instant calmée par l'acceptation définitive comme chapelain par tous les intéressés (1592) du Maglorien Jean Baslin désigné par l'évêque dés 1582. Des contestations recommencent en 1603 à l'occasion d'une requête pour obtenir l'érection de l'église succursale en paroisse indépendante. Une sentence interlocutoire de rOffîcial donnée dans ce sens ne peut avoir son exécution; les Curés primitifs en appellent comme d'abus, et le Curé de Saint- Hippolyte, Coulon, se fait remarquer par une ardeur démesurée à soutenir ses droits. A son tour, le Chapelain Baslin, injustement molesté, présente une requête au Parlement et obtient
gain de cause (29 mars 1G05) comme légitimement nommé par l'ôvêque de Paris et le trésorier de la Sainte Chapelle, et reconnu d'ailleurs en 1592 par les Curés primitifs.
Ce religieux, qui était en même temps prieur claustral de Saint-Magloire, résigna ses fonctions (1619) en faveur de son neveu Jean Royer, lui aussi religieux de l'abbaye. Il avait donné à l'ancienne église Saint-Jacques un vitrail ; il laissait deux cents livres pour la fondation de services ; en 1625 il devait encore léguer une rente de 25 livres, un bassin d'argent, son calice et des ornements. Son épitaphe fut conservée et replacée dans l'église neuve.
L'Abbaye de Saint-Magloire ne faisait plus que végéter depuis longtemps. Le Cardinal de Gondy avait essayé de la relever en y introduisant la réforme ; ses efforts furent infructueux, et son successeur, Henri de Gondv, résolut d'v appeler les Oratoriens pour fonder un Séminaire. Nous retrouverons plus loin (chapitre VI) les détails de cette fondation.
La disparition de l'ancien Hôpital Saint-Jacques paraît avoir laissé des regrets dans le faubourg. Un prêtre habitué de Saint-Etiennedu-Mont, Léonard Thuiliier, ancien proviseur du Collège des Lombards, avait établi (lettres d'amortissement de 1610) dans une propriété voisine de l'église Saint-Jacques, achetée par lui en 1604, un Hôpital avec une chapelle sous le vocable de Sainte-Geneviève. Par son testament (1617) il en lit don à la paroisse, à condition qu'on
continuerait d'y l(jgci' les pauvres [)assants, et qu'un prêtre y célôl)rcrait la messe. Le souvenir de ce donateur fut conservé dans la nouvelle église par une inscription r(^produisant celle qui avait été [)lacée sur sa tombe. Après sa mort, des diflicultés avec ses héritiers obligèrent d'en appeler au Bailli du Palais; la possession de la Maison de Sainte-Geneviève fut garantie à la Fabrique, avec dispense d'y iiéberger les pauvres.
L'ancienne église fut vers cette époque témoin d'une cérémonie extraordinaire. (1) Des bruits de guerre avec l'Italie s'étaient répandus ; le pape Urbain VIII, pour détourner l'orage, envoya en France comme légat a latere le Cardinal Barberin. Ce prélat fit son entrée à Paris le 21 mai 1625. Le roi ordonna qu'il fut reçu suivant l'usage, et avec les honneurs dus à son caractère. Tout le clergé séculier et régulier de la ville alla en procession, avec croix, bannières et reliques, recevoir sa bénédiction à Saint- Jacques du Haut-Pas. Il accueillait les différents groupes assis dans un fauteuil de velours cramoisi sous un riche dais, accompagné de plusieurs archevêques et évêques, du duc de Nemours et de plusieurs seigneurs français.
Le projet de reconstruction de l'église occupait alors les paroissiens de Saint-Jacques. Avec l'autorisation du Procureur général, on résolut de vendre une partie de l'Hôpital Sainte-
(1) Hist. (te rAhliayc do Saint-G(M'maiii dt>s Prés, pai* doiu Jacques Bouilhirî (1724).
Geneviève, pour achetsr de la V'" Couture un terrain de 400 toises, situé à l'Ouest de l'ancienne église, et sur lequel on pourrait commencer les constructions sans interrompre la célébration des offices. La demoiselle Louise Pithou, veuve de Pierre L'Huillier, seigneur de Montigny, offrit (1^'" avril lG29j dix mille livres de la propriété mise en vente ; elle agissait au nom des PP. Feuillants ; trois mille deux cents livres furent payées au mois de juin 1G30 ; et le 2 juillet l'Abbé Charles de Saint-Paul, supérieur général de la Congrégation, résidant dans la Maison du faubourg Saint-Honoré-les-Paris, donna les six mille huit cents livres restant à solder. (1) Le même jour, l'assem^blée paroissiale décida d'employer cette somme au bâtiment et accroissement de l'église. La promesse du premier versement avait permis d'acheter dès le 12 avril 1629 le terrain désiré ; et, le 16 août, le roi avait accordé dispense pour cet achat de tous droits d'amortissement, indemnité et autres.
M. Rivière n'avait pas assisté à la fin de ces négociations: il avait résigné sa cure (1630). Sonsuccesseur, JeanVitalis, devait enfinobtenir l'indépendance de la paroisse. Dès le début de son administration, il eut la consolation de voir le commencement des travaux de la nouvelle église. La cérémonie de la pose de la première pierre eut lieu solennellement ainsi que le rap-
(1) V. au Clia]). VI réi-ection du Couvent des Feuillants do r Ange-Gardien.
porte l'iiisci'iplioii sui\;inlv inMiiisc on pl.-icc depuis l.-i Ixévftlutioii { 1 ) a .S, S. c/ iiKnjiiis A/zostolis-Jacobo AlpJiaci et Pliilippo Pcirocliiac patro/u's, — /)/). — Sc/'c/u'ssiiaus — Joanncs Baptist(( Gasto — Ludooici Jasti. XFII fraie t' unicus — Au/'elia/i. et Cariiotcii. Dux — protofjoinim In pi de m — posait — A^dis sacrae — quain — (cdittd et j)lebs — ejasdeni ecclesiae cxtriiunt — Aniio XPI MDCXXX, IV Non, Scptcinbris. »
C'était le premier archevêque de Paris, Jean François de Gondy, qui officiait (2).
Avec de tels patrons, les paroissiens de Saint- Jacques ne pouvaient plus douter du succès de leursefforts.Pendantquele dévouement de tous, môme des plus humbles ouvriers, permettait de poursuivre les travaux, et d'acquérir (novembre
(1) C'ette inscription sur marljre l)lanc est fixée au pilier de l'abside qui fait face à la porte d'entrée ouvrant sur la rue de rAI)l)é-de-rE|)ée. En voici la traduction : « Aux Saints et grands Apôtres Jacques fils d'Alphée et Philippe, patrons de la paroisse, le Sérén'ssime Sei;^'neur Jean-Bai)tiste Gaston, frère unicjue de Louis XIII le Juste, duc d'Orléans et de Chartres, a posé la première pierre de l'édifice sacré que veulent élever les notal)les et le peuple de cette église. L'an du Christ 1G30, le 2 septembre. »
(2) L'Inventaire (mai IGSO) des titres et papiers f Ai-ch . Nat. S-3400j d(; l'église parocluale de Messcres Sacnet- Jacqaes et PliUlippcs au faulxbourg Saint-Jacques lez Paris, très })récieux pour l'histoire des orii^ines, nous pei-met de c'ter les Mai-guilliers de cette éi)oque : il est signé de : « Noble honnne Maistre André de la Bruière sieur dudict lieu (est-ce un parent de l'auteur des Caractères?) et de la Guinnnonièi-e, avocat en la Cour (h» Parlement mari^uillier honoraire ; d'honorables hommes Jehan Baudin, Denis le Liepvre et Jehan de Launay Marchand l)Ourgeois de Pai'is et pi'ésents Marguilliei-s de l'Œuvre et Fabrique ».
1030 — juillet 1G31) deux nouvelles maisons, celles du Bon-Jésus et du Petit-Cerf (elles occupaient le terrain sur lequel ont été construits au siècle suivant la chapelle des Fonts et le presbytère actuel), M. Vitalis rédigeait un mémoire sur les origines de la paroisse : il s'y déclarait le successeur des Curés nommés par le trésorier de la Sainte-Chapelle, et demandait à être maintenu en possession. — Déjà, en 1626, l'Ofticialité avait fait une enquête sur l'opportunité d'enlever la Succursale aux réclamations perpétuelles des Paroisses matrices en lui donnant l'indépendance. La visite personnelle des lieux et les dépositions des témoins appelés avaient convaincu les commissaires archiépiscopaux; l'éloignement des églises primitives, la petitesse de celles-ci, le peu de sûreté des chemins qui y conduisaient, le mépris avec lequel on y était reçu les jours où les arrêts précédents obligeaient de s'y rendre, étaient autant de raisons suffisantes. On s'occupa de désigner les limites de la future paroisse : comme longueur elle devait s'étendre de la porte Saint-Jacques hors les ponts-ievis (point de jonction actuel des rues Malebranche et des Fossés-Saint-Jacques) jusqu'au Moulin à vent et à la ferme de IMocquesourit, et de la porte Saint-Michel (place Médicis actuelle) jusque derrière les moulins situés sur le Chemin de Montrouge. Comme largeur, on lui donnait l'espace compris entre le jeu de Paume de l'Huis-de-Fer par-dessus les fossés de la Ville jusqu'à la porte Saint-Michel,
suivcUit retondue de la Justice du Hailhigc du Palais.
Le 13 janvier 1()33, le Grand liureau des Pauvres déchargeait les habitants du Faubourg de robligation, à laquelle d'ailleurs ils n'avaient jamais obtempéré, de rendre \o paift à bc/n'/' 'X l'église Saint-Hippolyte.
Enfin le 9 avril, le Parlement de Paris, sanctionnant la décision de l'Officialité, et mettant hors de cour, sur les appellations comme d'abus, les chanoines. Chapitre de Saint-Benoît et Nicolas Roguenaut, Curé et Vicaire perpétuel, et Gabriel Coulon Curé de Saint-Hippolyte, rendit r Arrêt définitif iX) de V érection en Eglise paroissiale de la Chapelle succursale de Saint- Jacques du Haut-Pas. M. Vitalis était maintenu en possession de la Vicairie perpétuelle, avec permission d'exercer toutes fonctions curiales sans être troublé par les Curés primitifs. En cas de vacance, l'Archevêque de Paris devait nommer les Curés sur la présentation des Chanoines de Saint-Benoît d'abord, puis du Curé de Saint- Hippolyte alternativement avec eux. Quelques redevances étaient dues aux Curés et Fabriques des paroisses matrices; savoir 60 livres à partager par moitié entre le Chapitre et le Curé de Saint-Benoît, et 100 sols à leur fabrique ; 100 sols aussi à la fabrique de Saint-Hippolyte, et 54 livres au Curé ; 6 livres au Curé de Saint- Médard et 8 sols à sa fabrique. Etait égale-
(I) Voir le texte dans Félihieii. Hist, de Paris. T. III, p. 093.
ment conservé le droit de venir en procession à Suint- Jacques et d'y célébrer la messe paroissiale, pour le Chapitre de Saint- Benoît le l'^'" mai, fête patronale, pour Saint- Hippolyte le 2b juillet, fête de Saint-Jacques le Majeur. — Ces clauses furent exécutées jusqu'à la Révolution. De temps à autre les réclamations des intéressés empêchèrentd'ailleurs de les oublier.