CHAPITRE VII
JEAN BLONDEL
Il fait reconnaître ses droits à la cure de Saint-Hippolyte. — Une statue d’argent, dont Lebrun avait fourni le modèle. — Rapports du célèbre peintre et de la paroisse. — On fixe enfin les limites respectives de Saint- Hippolyte et de Saint-Jacques. — Érection de la croix de la sainte Hostiè. — Deux communautés de femmes s’établissent sur la paroisse, rue des Gobelins et au champ de l’Alouette.
Le 21 juillet 1644, trois jours avant la mort de Charles Coulon, avait comparu devant le chapitre « Messire François Balestier, prestre du diocèse de Narbonne, bachelier en théologie et chappelain de la chappelle de Saint-Biaise, fondée et desservie dans l’église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste de Lauranne dudit diocèse » qui avait déclaré que la veille, Charles Coulon, alité et malade, avait permuté sa cure de Saint-Hippolyte contre la chapellerie de Saint-Blaize (1).
François Balestier, qui pour lors habitait au presbytère de Saint-Hippolyte, était connu des paroissiens comme prédicateur des controverses. (On appelait ainsi un catéchisme consacré particulièrement à la réfutation des erreurs protestantes.) La liste des prédicateurs du carême de 1643 (2) porte en effet que « Monsieur Ballestié, bachelier en théologie et en droit canon... continue les controverses après vêpres » à Saint-Hippolyte. Il les poursuivit encore pendant deux ans, sil’on en croit les indications des mêmes listes pour les carêmes de 1644 et 1645 (3) .
Au carême de 1645 toutefois, il n’était certainement plus curé
(1) Arch. Nat. LL 570, f. 17 et suiv.
(2) Ancienne collection Bouvrain.
(3) Ibidem.
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de Saint-Hippolyte, si tant est qu’il ait jamais joui de ce titre d’une manière incontestée.
Le 13 mars 1645, en effet, comparaissait devant le chapitre de Saint-Marcel un docteur de Sorbonne, Jean Blondel, qui requit les chanoines de le recevoir du pain de la communauté de leur église, comme « ayant été maintenu en la possession et jouissance, par arrêt de la cour, de la vicairie perpétuelle de Saint- Hyppoiyte » (1).
François Balestier cesse dès ce moment de figurer à quelque titre que ce soit dans l’histoire de la paroisse.
Jean Blondel, prêtre du diocèse d’Evreux, docteur en théologie de la faculté de Paris, avait été pourvu le 23 juillet 1641 du canonicat et de la prébende de messire Fabien Hervé en l’église de Saint-Marcel (2).
Est-ce cette prébende ou une autre du même chapitre qu’un certain Jacques Dobbe, prêtre, maître es arts, lui disputait en 1648? Toujours est-il qu’une sentence du 31 juillet de cette même année maintint Dobbe en possession du canonicat en litige. Jean Blondel se vit par contre attribuer la chapellenie de Saint-Pierre et Saint-Paul de l’ancienne communauté de l’église de Paris dont Jacques Dobbe, qui en avait pris possession indûment, fut condamné à lui restituer les fruits (3).
Devenu curé de Saint-Hippolyte, Jean Blondel s’occupa activement de la décoration de l’église.
Ainsi, il fit exécuter des ouvrages de lambris de menuiserie
« derrière le maître-autel, devant la chapelle de la communion ».
Une somme de 215 livres, payée par lui pour ces travaux, ne lui avait pas été remboursée quand il mourut et la fabrique pour se libérer fonda pour le repos de son âme un obit où « les trois cloches » de l’église devaient être sonnées (4).
(1) Arch. Nat. LL 570, f. 38.
(2) Arch. Nat. LL 569, f. 162.
(3) Arch. Nat. 282.
(4) Arch. Nat. L 655.
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Blondel avait passé de même, le 19 novembre 1663, un marché avec un orfèvre du nom de Milton, pour une image d’argent de Saint-Hippolyte « conforme au modèle que le sieur Milton reconnaît lui avoir été fourni par le sieur Lebrun, intendant des manufactures royales ». Cette statue, qui pesait 14 marcs trois onces et avait été payée 567 livres, fut portée à la Monnaie en mars 1760 (1).
Disons de suite que cette image n’était pas la seule œuvre d’art qui rappelât à Saint-Hippolyte le souvenir de Charles Lebrun. Le grand peintre qui se plaisait, comme Mignard, à venir admirer les vitraux du bas-côté droit, si remarquables « par la correction du dessin et la beauté du coloris », voulut contribuer pour sa part à la décoration de l’église. C’est lui qui avait donné « le dessin du maître autel et des anges dans les côtés en attitude d’adoration» . Il avait peint aussi le tableau du maître-autel représentant l’apothéose de Saint-Hippolyte et on pouvait voir encore à la chapelle de la Communion un autre tableau de sa main dont le sujet est malheureusement inconnu (2). Marguillier d’honneur de l’église, il n’hésitait pas à en défendre les intérêts ouvertement, au risque d’indisposer contre lui le chapitre de Saint- Marcel pour avoir soutenu les curés de Saint-Hippolyte dans leurs démêlés avec les chanoines touchant l’heure des prédications (3).
Il ne savait refuser aucune tenture pour que l’église fût mieux décorée aux grandes fêtes, mais surtout, en bon courtisan, à la fête de Saint-Louis. La fête de Saint-Louis de 1679 fut particulièrement brillante, à en juger par ces lignes du Mercure galant, de septembre 1697.
(1) Arch. Nat. L 655.
(2) Piganiol de la Force, Description historique de la ville de Paris et de ses environs, 1765, t. V, pp. 228-229. Le même auteur signale aussi à Saint-Hippolyte l’existence de deux petits tableaux de Lesueur « de sa première manière. ».
(3) Le célèbre Lebrun s’était attiré la haine du chapitre pour avoir « par ses peines et ses soins fait maintenir la paroisse de Saint-Hippolyte dans le droit de faire prêcher dans son église aux heures qui sont en usage dans toutes les autres paroisses. Le doyen se serait exhalé en injures contre la maison des Gobelins à la procession du Saint-Sacrement du 8 juin 1679, au reposoir des Gobelins. » (Bibl. Mazar. A 16558, pièce 20, p. 35.)
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a M. le Brun, Ier peintre de sa majesté, qui la solemnise tous les ans avec un zèle particulier, fit chanter une messe en musique ce jour-là dans la paroisse Saint-Hippolyte. La composition de la symphonie était de M. Charpentier. L’église se trouvait toute tendue des plus riches tapisseries qui se fassent aux Gobelins. Elles représentaient l’histoire du Roy et furent admirées aussi bien que la musique de tous ceux qui se rencontrèrent en ce lieu-là » (1).
On ne sera pas surpris après cela que Lebrun ait voulu que les pauvres de Saint-Hippolyte eussent le jour de son enterrement une part d’aumônes égale à celle distribuée aux pauvres de la paroisse Saint-Nicolas du Chardonnet où il avait son hôtel. Il ordonne en effet dans son testament en date du 7 février 1690 « que soit distribué le jour de son enterrement trois cent livres à trois cents pauvres, qui est vingt sols à chacun, lesquels trois cents pauvres seront savoir : cent cinquante de la paroisse Saint-Nicolas du Chardonnet et cent cinquante de ladite paroisse Saint-Hyppolytte » (2).
(1, Ouvrage cité, p. 55. — Vers le milieu du xvme siècle on ne prêtait plus ainsi les tapisseries des Gobelins, du moins d’une manière habituelle. Le 21 octobre 1751, les artistes de la manufacture demandent l’autorisation défaire chanter à la paroisse un Te Deum d’actions de grâce de la naissance de Mgr le duc de Bourgogne. Dans le cas où elle leur serait accordée, ils supplient qu’on permette deux ou trois tentures pour faire tendre dans cette église « qui est fort haute. » (Arch. Nat. O1 2042.) — Nous ignorons si le prêt fut autorisé.
Du moins tendait-on avec luxe la façade de la manufacture pour la procession que la confrérie du Saint-Sacrement de Saint-Hippolyte faisait dans la paroisse chaque année, le 2” dimanche de juillet. Nous avons eu en main un livret-guide imprimé à l’occasion de cette procession et des processions de la Fête-Dieu, sous ce titre: « Explication des tapisseries, ouvrages de la couronne, qui seront exposées le jeudi 10 juin 1762 jour de la Fête-Dieu et le jeudi suivant jour de l’octave; et comme les années précédentes, il y aura le dimanche 11 juillet un reposoir sous la grande porte de ladite manufacture dont la façade sera tendue. » A Paris, de l’imprimerie Velleyre fils, 1762. (Bib. Nat. Lk7 11815.)
Ces solennités attiraient un grand nombre d'étrangers. En 1745, à la Fête-Dieu il n’y avait pas moins « dans l’après-midy, de trois brigades de maréchaussée, pour faire renger les carrosses devant la porte, crainte des accidents et du bruit. » (Arch. Nat. O1 2041). L’affluence fut surtout considérable en 1790, à cause de la fédération du 14 juillet. (Arch. Nat. 0> 2052e.)
(2) Arch. Nat. Y 35, f. 66 verso. — Il nous plaît de relever aussi dans ce testament la demande de mille messes et un legs de 600 livres de rente « pour deux pauvres prêtres qui seront reçus pour s’instruire au séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet. »
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C’est sous Blondel que fut effectué le bornement ordonné par l’arrêt de 1633 pour fixer les limites respectives des paroisses Saint-Hippolyte et Saint-J acques. Plusieurs fois, les marguilliers de Saint-J acques avaient argué du retard apporté à effectuer ce bornement pour refuser de payer les 54 livres de redevance annuelle dues au curé de Saint-Hippolyte. Mais sans doute l’opération n’était-elle ainsi différée que parce que ces limites mêmes étaient insuffisamment déterminées. Un arrêt du Parlement du 17 avril 1655 les précisa en ces termes :
« La rue du Puis des deux côtés sera de la paroisse Saint- Hipolite jusqu’au coing de la rue de Bourgogne et à main droite selon le chemin qui conduit derrière les murs des capucins et depuis lad. barrière en montant le long des murs desd. Capucins jusqu’à la fausse porte du bout du fauxbourg Saint-Jacques et de la fausse porte le long du pavé du grand chemin d’Orléans à main droite sera de la paroisse Saint-Jacques et ce qui est à gauche desdits chemins et murs des capucins sera de Saint-Hipolite » (1).
L’opération du bornement aurait dû dès lors, ce semble, être faite sans délai. Près de dix ans s’écoulèrent toutefois avant qu’elle fût terminée. La fabrique de Saint-Jacques, qui le 6 juillet 1654 avait décidé de suivre le bornement des paroisses Saint- Hippolyte et Saint-Médard, annula sa précédente décision le 13 janvier 1658, en raison de ce que le bornement intéressait plus le curé que la fabrique. Et c’est seulement le 9 mars 1664 que les marguilliers de Saint-Jacques arrêtèrent enfin que « le bornement serait terminé par expert et à frais communs entre M. le curé et la fabrique » (2).
Comme il ne nous est parvenu aucun plan de la paroisse datant de cette époque nous réserverons pour un des derniers chapitres de cette monographie la description détaillée du territoire de Saint-Hippolyte, afin de pouvoir utiliser alors le plan
(1) Arch. Nat. S 3396a, lr° liasse, p. 157.
(2) Arch. Nat. LL 793. Journal de Saint-Jacques (années 1655-58-64). Les limites ne furent pas tellement fixées qu’il ne se soit encore élevé dans la suite quelques contestations.
Ainsi, en 1724, la fabrique de Saint-Jacques est en procès avec la fabrique de Saint-Hippolyte, soutenue par l’ordre de Saint-Jean-de- Latran, au sujet du moulin de Saint-Jacques (dit moulin d’Amour). L’affaire se termina à l’amiable, par la communication des titres de
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général si précieux des paroisses de Paris, dressé en 1786 par Junié, ingénieur géographe de l’archevêque Le Clerc de Juigné.
Les registres capitulaires de Saint-Marcel nous montrent Jean Blondel recevant le 12 décembre 1649 des lettres de présentation pour la cure de Saint-Maurice-Charenton dont il prit possession le surlendemain, tout en conservant sa cure de Saint-Hippolyte (1). Pareil cumul n’était pas rare à cette époque. Toutefois cette situation fut de courte durée, car le 26 juin 1650 la cure de Saint-Maurice avait un sieur Hélie pour titulaire (2).
D’une activité débordante et comme si son zèle ne trouvait
possession, la fabrique de Saint-Jacques, qui voulait faire rendre le pain à bénir aux locataires de ce moulin, ayant été établie dès 1722 légataire universelle par Michelle Bavillet, propriétaire dudit moulin. (Ibidem, année 1724.)
De même, en 1771, la fabrique de Saint-Jacques eut gain de cause contre les marguilliers de Saint-Hippolyte au sujet d’une maison du clos des Capucins ouverte par la rue de la Santé et dont lesdits marguilliers voulaient empêcher le locataire, un certain sr Leguay, de rendre le pain à bénir à Saint-Jacques. (Abbé Grente, ouvrage cité, page 181.)
Nous signalerons enfin, pour ne plus revenir sur ce sujet, un « arrest du grand conseil rendu contre le sieur curé de Montrouge et habitans du Petit Montrouge, dans la seigneurie du fief du Commandeur de Saint-Jean-de-Latran, ordre de Malte, et qui fixe le territoire delà paroisse de Saint-Hippolyte. »
« Iceluy nostre dit grand conseil, faisant droit sur le tout, ayant égard aux demandes et requestes desdits curé et marguilliers de Saint-Hippolyte et dudit commandeur Perrot, audit nom, a déclaré et déclare lesdites maisons occupées par lesdites Jeanne Courtois, veuve de Jacques Boudinot, veuve et héritiers Fabien Plaves, dit Joannès, Bazile, la Croix, Beaufils, Rouleau l’aisné et Guenet et les terres dépendantes desdites maisons, estre de la dite paroisse de Saint-Hippolyte fauxbourg Saint- Marcel, comme estant dans l’estendüe de la dite seigneurie de Loursine, terroir franc de ladite commanderie de Saint-Jean-de-Latran, la quelle seigneurie de Loursine s’étend vers l’occident jusqu’au fief de Sainte-Geneviève qui est de la paroisse Saint-Etienne-du-Mont et de là en retournant vers le midy en faisant des haches où il y a des bornes, jusques y compris ladite maison occupée par ladite Courtois, veuve Boudinot, sur le chemin qui va de Montrouge à Gentilly...» (Arch.Nat. AD XVII15, n° 131, imprimé de 12 p. in-4°).
(1) Arch. Nat. LL 570, f. 164.
(2) Arch. Nat. LL 571, f. 24.
SAINT-HIPPOLYTE
pas assez à s’employer à Saint-Hippolyte, Jean Blondel prêche à Saint-Marcel l’avent de 1650 et le carême de 1652 (1).
Il s’intéresse à la controverse soulevée par le jansénisme, signe la requête des curés du 10 octobre 1659 (2) et le 25 juin 1664 adhère avec le chapitre à la constitution du pape Innocent X (3).
Entre temps, dans sa paroisse, il inaugure la tenue des actes mortuaires. On a du moins tout lieu de lui attribuer ce mérite, car les registres de décès de Saint-Hippolyte conservés jusqu’aux criminels incendies de 1871 ne commençaient qu’en 1653 (4).
Autre preuve de sa sollicitude : la paroisse ayant perdu les reliques de son patron, Blondel en obtient d’autres du même saint de l’abbé de Saint-Denis, Jean Havel, le 6 décembre 1662. Par permission de l’archevêque de Paris du 21 juin 1664, il en fut fait une ostension solennelle qui attira un nombreux concours de peuple (5) .
C’est sous Blondel aussi et sur un terrain ressortissant de la juridiction du curé de Saint-Hippolyte que fut plantée la croix communément appelée la croix de la Sainte-Hostie, sur un terre plein entre le couvent du Val de Grâce et le couvent des capucins. Trois voleurs, ayant dévalisé nuitamment en 1688 l’église de Saint-Martin du Cloître, avaient caché une hostie sous deux doigts de terre en cet endroit. L’hostie ayant été retrouvée, une retraite de réparation fut organisée aussitôt et eut un immense succès. La croix commémorative, dont l’emplacement est indiqué sur tous les anciens plans à partir de cette époque, était en fer doré et s’élevait sur une pyramide de pierre de taille (6).
(1) Bib. Nat. Lk7 6743. — Pendant plus de 14 ans (Avent 1652- Aven t 1666) c’est Blondel aussi qui prêche toutes les stations à Saint-Hippolyte, à une ou deux exceptions près.
(2) Bib. Nat. Mns. F. Fr. 22864, p. 235.
(3) Arch. Nat. LL 273, f. 48.
(4) Annuaire historique pour 1847.
(5) Abbé Lebeuf, ouvrage cité, t. Il, p. 12. — Un inventaire dressé en 1762 signale « un reliquaire de carton argenté renfermant un ossement de Saint-Hippolyte dans une espèce de canon d'argent » (Arch. Nat. S* 3371.)
(6) Bibl. de la ville de Paris. Mns. n* 26772, pp. 100 et suiv.
JEAN BLONDEL
Pour la première fois au cours de cette histoire, nous avons a signaler l’établissement de communautés religieuses sur la paroisse Saint-Hippolyte. L’antique couvent des Cordelières, malgré sa proximité de notre église, se trouvait en effet sur le territoire de Saint-Médard.
Ce furent d’abord des religieuses bénédictines françaises qui vinrent se fixer en 1651 rue des Gobelins; mais elles ne firent que passer et leur communauté n’existait plus à la mort de Blondel. Des bénédictines anglaises fondèrent ensuite, en 1664, un couvent au lieu dit le Champ de l’Alouette et celles-là subsistèrent jusqu’à la Révolution.
La première de ces communautés est peu connue.
Elle venait de Chaillot, car la déclaration du temporel dressée en 1763 par le chapitre de Saint-Marcel mentionne « les religieuses bénédictines transférées de Chaillot à la rue de Bièvre à Saint-Marcel ». (1) Et cela explique les relations de ces religieuses avec un sieur François Lhôte, dont une sœur, Françoise, avait épousé « Thimoléon Victon, écuyer, seigneur de Bauze, Raizeux et Chaillot en la partie de Longchamp » (2). Mais sans doute, entre Chaillot et Saint-Marcel, ces religieuses s’arrêtèrentelles quelques années à une étape intermédiaire, rue des Postes. La liste des prédicateurs pour l’Avent 1651 signale en effet « les religieuses bénédictines rue des Postes, lesquelles transfère (sic) leur maison rue de Bièvre, près Saint-Hippolite » (3).
Ces religieuses n’avaient quitté la rue des Postes que parce que « François Lhôte, bourgeois de Paris, leur avait baillé et délaissé à titre de rente, par contrat passé le 27 octobre 1651 devant de Saint-Jean et Maheuf, notaires au châtelet de Paris, une maison « ayant grande porte cochère... consistante en quatre berceaux de caves dont il y en a deux l’un sur 1 autre, salle, cuisine, court et jardin ou cimetière, chambres, cabinets, galeries, donjons, greniers, reffectoires cy-devant en magasin,
(1) Arch. Nat. S 1914.
(2) Ces titres sont empruntés à l’acte de donation du 21 juillet 167* que nous citons plus loin.
(3) Bibl. Nat. Lkl 6743. — On sait que la rue des Gobelins s’appelait primitivement rue de Bièvre. L'ancienne rue des Postes est aujourd’hui la rue Lhomond.
SAINT-HIPPOLYTE
puits et autres appartenances et dépendances... tenant la totalité d’une part à Pierre Masson, d’autre et par derrière au sieur de Vitry et par devant sur la rue. » Les religieuses établirent leur monastère dans cette maison. Mais leur couvent fut supprimé et elles l’évacuèrent le 24 juillet 1670.
Les directeurs de l’Hôpital Général furent alors subrogés aux droits desdites religieuses. Mais celles-ci avaient disposé de leur monastère en faveur de François Loyseau, curé d’Auteuil, sans avoir toutefois obtenu à ce sujet le consentement du donateur.
Celui-ci revendiqua alors les immeubles qu’il avait donnés en 1651 et fut remis en possession de ses biens pour en disposer à sa guise par arrêt du Parlement rendu le 7 mars 1674 (1). Cinq mois plus tard, par acte du 21 juillet même année, il faisait donation des biens qu’il avait ainsi recouvrés à sa sœur Françoise Lhôte, femme de ce Thimoléon Victon dont nous avons plus haut énoncé les titres et qualités.
Cette première fondation religieuse n’avait pas eu de solidité.
L’établissement des Bénédictines anglaises était destiné au contraire à durer aussi longtemps que la paroisse Sainte-Hippolyte elle-même.
Ces religieuses, qui avaient obtenu en janvier 1664 des lettres patentes du roi pour s’établir à Saint-Marcel, achetèrent, par contrat passé devant Me Gallois, notaire à Paris, moyennant le prix de seize mille six cent livres, au sieur Noël Payen, bourgeois de Paris, et à sa femme Agnès Poliac, de lui autorisée, « une grande jnaison seize... rue Saint-Jean de Latran, appellée le champ de l’Allouette. »
Cette maison consistait « en un grand corps de logis, porte cochère sur la rue, trois étages au-dessus l’un de l’autre, une gallerie attenant ledit corps de logis, petit corps de logis en aile, cour, deux jardins ensuite l’un de l’autre, le premier en terrasse, deux corps de logis aux deux bouts dudit second jardin, dans 1 un desquels le plus grand il y a une sortie par une porte cochère, aboutissant par derrière au chemin de Gentilly et par devant sur ladite rue du champ de l’Alouette, tenant d’une part aux héritiers de défunt M. Bourgeois et au sieur Béraille et d’autre
(1) Arch. Nat. X'a 2691, f. 318-323.
(2) Arch. Nat. S 1927b.
JEAN BLONDEL
part aux héritiers de défunt le sieur Lelièvre et à 1 héritage du sieur de Lombardure. »
La vente était faite « aux Révérendes Mères religieuses bénédictines anglaises du couvent et monastère de Nostre-Dame de Bonne Espérance, cy-devant fondé en la ville de Cambray, de présen à Paris fauxbourg Sainct-Michel, au cul-de-sac de la rue Sainct-Dominique, en la maison de monsieur de Hermant» (i).
Un mémoire de l’abbé des Places, à l’appui d une demande de secours, formulée en 1779 par les Bénédictines anglaises du champ de l’Alouette pour la reconstruction des murs de leur chapelle qui menaçaient ruine, nous met à même de reconnaître quelle précieuse acquisition avait faite la paroisse Saint-Hip polyte en les recevant sur son territoire. L’auteur du Mémoire s’exprime ainsi :
« L’objet de l’Institut de ces Religieuses est de prier sans cesse pour la conversion de l’Angleterre... Rien n est plus édifiant que ce monastère et on peut dire avec la plus exacte vérité qu’il renferme autant de saintes qu’il y a de religieuses. Elles n’ont aucun commerce avec qui que ce soit : reléguées à une extrémité de Paris, elles sont ignorées du monde.
...Différentes de presque toutes les autres maisons religieuses, elles n’ont aucun moyen pour augmenter leurs revenus. Elles n’ont ni grandes ni petites pensionnaires; elles ne reçoivent point de dots ; elles ne peuvent prendre de postulantes en France ; on les leur envoie d’Angleterre » (2).
Blondel mourut à 73 ans le 12 février 1675 et fut enterré dans le chœur de l’église Saint-Hippolyte (3).
rn Arch. Nat. s 4619. — Pour compléter leur installation, les religieuses
achetèrent en 1686 de Jean Brément, jardinier du Roy au jardin royal des plantes, et de Marguerite Boutron, son épouse, par contrat passe le 15 mars devant M« Torinon, notaire à Paris, moyennant le prix de huit mille livres, une autre maison, avec jardin en potager, une etable ou chaumière, le tout contenant environ un arpent et demy, clos de mur, pareillement situé rue Saint-Jean de Latran (ibidem).
(2) Arch. Nat. 158, n° 16.
SAINT-HIPPOLYTE
Nous avons déjà dit qu'un obit annuel fut fondé pour le repos de son âme, contre l’abandon d’une avance de 215 livres que Blondel avait payées pour divers travaux de menuiserie. Ses héritiers, pour parfaire la somme nécessaire à cette fondation, avaient délaissé à la fabrique une chasuble à fond d’or en brocart évaluée 200 livres, qui appartenait au défunt (1).
(1) Arch. Nat. L 655.
(Extrait du plan Brete f, dit de Turgot, t 7 3 9 J .