CHAPITRE VIII
Démêlés lamentables des sieurs François Sauvage et François Vigier. — Vigier à Saint-Lazare. — Quatre administrateurs de la cure en quatre ans ! — Le catéchisme aux Gobelins. — Institution des chapelains de la manufacture royale : comment leur règlement sauvegarde les droits de la paroisse.
C est une période troublée qui commence maintenant pour la paroisse Saint-Hippolyte — la plus triste période de son histoire, assurément, car la discorde est dans son sein.
Le successeur de Blondel, François Sauvage, prêtre de Montpellier, docteur de Sorbonne, eut ses lettres de provision dès le 13 février 1675 et prit possession de la cure de Saint-Hippolyte le 16 (1).
Le nouveau curé continua les travaux de réfection du sanctuaire. Un acte du 23 février 1683 nous apprend en effet que le sieur de Cuncy, ébéniste, fondeur ordinaire du roi, ancien marguillier, se trouvait a cette date créancier de 1.077 livres envers la fabrique de Saint-Hippolyte et qu’il avait avancé cette somme sur le compte de la dépense faite « pour abattre l’ancienne voûte de ladite église Saint-Hippolyte et en faire élever une neuve aux quatre grandes croisées de pierre de taille » (2). Or, Cuncy avait été marguillier en charge en 1679. On peut croire aussi que la tour placée du côté méridional, où était le collatéral le plus large, a été construite vers le même temps, car l’abbé Lebeuf qui écrivait en 1754 dit que cette tour ou clocher « ne paraît pas avoir cent ans ».
(1) Bibl. Nat. Mns. f. fr. 24075, f. 246,
(2) Arch. Nat. L 655,
Quelle cause précise contraignit Sauvage à se démettre de sa cure? L’abbé Drouin dit, sans autre explication, qu’il fut obligé de la résigner « pour une mauvaise affaire » (i). Il ne semble pas toutefois que la paroisse fût remise en de meilleures mains en passant sous la direction de François Vigier, prêtre du diocèse de Saint-Flour, bachelier en théologie, qui fut promu à la cure de Saint-Hippolyte le 13 novembre 1685. En effet une contestation s’étant élevée entre Sauvage et Vigier au sujet de l’administration du concordat de permutation qui avait été passé entre eux. Sauvage porta publiquement de graves accusations contre son successeur, jusqu’à dire qu’il était « demeuré quatorze mois dans un cachot, qu’il y estait devenu tout gris... » (2).
Dès le début de l’année 1687, le trouble était au plus haut degré dans la paroisse.
L’archidiacre de J osas en prit prétexte pour intervenir et donna commission à un prêtre habitué de Saint-Hippolyte, Norbert Parmentier (3), pour faire les fonctions de curé pendant la durée du litige entre Sauvage e t Vigier. Celui-ci interjeta aussitôt appel comme d’abus de la décision de l’archidiacre, mais le sieur Parmentier, ainsi que deux autres prêtres habitués de la paroisse, Charles Ferret (4) et Guillaume Chagrin (5), lui rendirent presque impossible l’exercice du ministère, ainsi qu’à son vicaire, Raymond Delzons. Sauvage lui-même intervint ouvertement dans cette lutte et le 12 février 1687, jour des Cendres, Vigier le trouva à la sacristie, revêtu du surplis et de l’étole, s’apprêtant à présider l’office. Sur une plainte que Vigier adressa aussitôt à
(1) Bib. Nat. Mns. F. Fr. 22864, f. 235.
(2) Arch. Nat. Z 10 140. — Procès-verbal de descente de l’official à Saint-Hippolyte le 13 février 1687.
(3) Norbert Parmentier était déjà à Saint-Hippolyte, en qualité de « porte-chappe », le 16 décembre 1683, où il signe l’acte de décès du mosaiste Ferdinand Megliorini. ( Nouvelles archives de l'art français, 1897, p. 50.)
(4) Charles Ferret, prêtre habitué et sans pouvoirs, fut nommé sacristain le 3 octobre 1686, puis destitué de ses fonctions le 16 mars suivant. On choisit pour le remplacer un prêtre approuvé, du nom de Condillé, qui desservait depuis 25 ans déjà la paroisse. Mais Condillé déclina cette offre et l’official désigna, pour remplir les fonctions de sacristain, un prêtre nommé Bidault. (Arch. Nat. Z 1“ 140.) Bidault était encore sacristain le 25 mars 1693 (Z 10 143).
(5) ou Chagrain.
SAINT-HIPPOLYTE
l’official, celui-ci fit dès le lendemain une descente à Saint-Hippolyte et après audition des parties maintint Vigier en possession de faire les fonctions curiales jusqu’à la fin dulitige en cours (1). ; Le calme ne se rétablit pas pour cela. En effet, le 3 maisuivant, l’abbé de la Motte, archidiacre de Josas, vint à l’heure des vêpres mettre un certain sieur Huon en possession de la cure de Saint- Hippolyte, en vertu d’une résignation que Sauvage aurait faite à cet ecclésiastique de ses prétendus droits. Le lendemain, l’église resta fermée aux heures des offices et Vigier dut aller dire sa messe chez les Bénédictines anglaises. Il fallut que l’official fit le 5 mai une nouvelle descente à Saint-Hippolyte pour calmer les esprits et fixer une fois de plus les droits et les devoirs respectifs de chacun des membres du clergé de la paroisse (2) Le litige pendant entre Sauvage et Vigier devait durer plusieurs années encore. Le 15 septembre 1690, Sauvage fut rétabli provisoirement en possession de la cure de Saint-Hippolyte où on le voit dès le 22 septembre signer les actes de catholicité (3), Mais le 22 décembre, même année, Vigier obtint enfin un arrêt qui lui assura définitivement la jouissance de ladite cure (4).
François Sauvage disparaît alors définitivement de l’histoire de Saint-Hippolyte. Le 15 juin 1693, il habitait rue Saint-André des Arcs, paroisse Saint-Séverin. Il mourut le 16 août de la même année.
Les mauvais jours étaient loin d’être terminés pour la paroisse
Le 21 septembre 1691, par ordre du roi donné à Fontainebleau, est signifié « au sieur Viguier (sic) prestre curé de Saint- Hipolite de se rendre incessamment dans le séminaire qui lui sera indiqué par le sieur archevesque de Paris, pour y demeurer jusque à nouvel ordre, à peine de désobéissance. » t... Une lettre de la même date de M. de Pontchartrain, secré-
(1) Arch. Nat.
(2) Ibidem (5 mai 1687).
du(^h“de SL.ffÆ.ranUSCrite. dU Chan°Ine M°rain- Chambri-
(4) Arch. Nat. Z 10 142 et 143,
aux ctetes indiquées.
taire et ministre d’Etat, explique que le roi avait reçu « plusieurs plaintes de la mauvaise conduite dudit sieur Viguier (sic), curé de Saint-Hipolite et de la dissipation qu’il a fait dés aumosnes que sa majesté luy faisait délivrer tous les mois pour distribuer aux pauvres nouveaux catholiques de sa paroisse. »
Convoqué le 28 septembre à l’officialité, Vigier reçut l’ordre de se retirer dans la maison des Prêtres de la Mission à Saint- Lazare, faubourg Saint-Denis (1).
En outre des malversations indiquées par la lettre de M. de Pontchartrain, il avait encore à répondre d’une accusation de recel de testament. Les marguilliers de Saint-Hippolyte lui avaient en effet intenté un procès avant même la fin de l’année 1690, pour l’obliger à représenter un testament d’une certaine Florence Debure, veuve de Guillaume Arnauld, dans lequel la paroisse était intéressée et au sujet duquel plusieurs particuliers procédaient déjà contre lui (2).
C’est alors à Saint-Hippolyte un véritable défilé d’administrateurs ecclésiastiques, chargés de conduire la paroisse en l’absence du curé titulaire. Il n’y en eut pas moins de quatre en l’espace de quatre ans.
Le premier est un sieur Lefebvre, prêtre, bachelier en théologie, qui signe comme « député par Mgr l’archevêque de Paris au gouvernement de la paroisse Saint-Hippolite » divers actes, dont le dernier en date qui ait été conservé est l’acte de décès de Jean-Baptiste Mosin, tapissier, du 29 juin 1693 (3).
Vient ensuite un prêtre du nom de Morel, dont nous devons l’indication à une note déjà citée d’un chambrier du chapitre de Saint-Marcel, le chanoine Morain (4).
Le troisième est Etienne Milanges, qui était préposé à la conduite de Saint-Hippolyte, lorsque fut passé, le 20 juin 1694, un acte relatif à la fondation de trois salutsparPhilippeBrânchy(5).
(1) Arch. Nat. Z 10 141.
(2) Arch. Nat. Z 10 142-143.
(3) Nouvelles Archives de l'art français, 1897, p. 51,
(4) Arch. Nat. L 616. — Peut-être est-ce le François Philippe Morel qui figure dans la liste des docteurs de Navarre du 30 mai 1691. Les deux administrateurs suivants sont aussi des docteurs de Navarre (B. N. Mns. F. Fr. 22832).
(5) Arch. Nat. L 655.
SAINT-HIPPOLYTE
Enfin Charles-Claude Thévenet gouverna la paroisse au moins depuis le début de 1695 jusqu’au retour de Vigier, dont le nom reparaît dans les actes le 8 janvier 1696 (1).
Au cours de ces années troublées, la paroisse Saint-Hippolyte cessa de fournir un des prêtres de son clergé pour faire le catéchisme aux Gobelins et dire la messe dans la chapelle de la Manufacture.
Ces fonctions de catéchiste avaient été remplies successivement par les ecclésiastiques suivants, dont les noms nous sont fournis par les Comptes de la Couronne publiés par M. Guiffrey.
Thaury Pierre — 1670.
Ferret Charles (2) — 1675-1677 et 1680-1689.
Boyer Jean-Baptiste — 1689 (fin).
Gobron... — fin 1690-1692.
Godivel Henry-Joseph — fin 1692-1693.
C’est le Ier juillet 1693 qu’au lieu du prêtre catéchiste de Saint- Hippolyte et du Picpucien qui prêchait aux Flamands, on établit, aux gages de 500 livres, un chapelain résidant dans la manufacture, y disant tous les jours la messe et instruisant les enfants (3).
Les droits de la paroisse furent toutefois sauvegardés avec
(1) Arch. Nat. L 616.
(2) En 1678 et 1679, la manufacture est desservie par Godefroy Balouze, chanoine de Fosse, diocèse de Liège, qui signe comme témoin au mariage de François Van der Meulen et de Catherine de Lobry le 22 avril 1679 (Herluison, p. 298). — Les Comptes de la Couronne lui donnent le titre de chapelain des Gobelins (t. I, 1091). Mais sans doute ne faisait-il pas partie du clergé de Saint-Hippolyte.
(3) Arch. Nat. O1 2040 a. — Remplirent les fonctions de chapelain aux Gobelins :
Nivard Mathurin, de 1693 jusqu’à 1715 au moins, date où s’arrête la publication des Comptes de la Couronne.
Guesdon. . qui signele 18 avril 1734 l’acte de décès d’Antoine Cozette, concierge de la manufacture. (. Nouvelles archives de l'art français. 1897,
Bellaxger 1 rançois, 1740-1762. Ses éclats pendant la controverse janséniste le firent remercier en octobre 1762.
Larchevesque Louis-Étienne 1762-1781. Il mourut aux Gobelins et fut enterré le 13 mai 1787, L’avis de décès, inséré au Journal de Paris
soin, comme nous pouvons en juger par plusieurs pièces de diverses dates.
En effet l’archevêque de Paris permet bien de faire dire la messe dans la chapelle des Gobelins, mais il observe que c’est « à l’exception du dimanche de la Résurrection et autres fêtes annuelles... et à condition qu’on n’y administrera aucun sacrement, sinon ceux de Pénitence et d’Eucharistie aux infirmes seulement, comme aussy qu’il ne s’y fera aucune bénédiction d’eau ny de pain, ny aucun autre service paroissial : et que les jours de Dimanche et Festes ne pourront y entendre la messe que ceux dudit hôtel, sauf en tout les droits parochiaux » (i).
De même, les règlements de la manufacture stipulent expressément que le chapelain préparera les jeunes élèves à la première communion, mais « sans préjudice néanmoins de ce que le curé » pourra exiger relativement au catéchisme de la paroisse » (2) . Et de fait nous voyons un des chapelains, l’abbé de Lafrené, se proposer seulement de seconder par ses instructions « celles qui se donnent publiquement dans les catéchismes de la paroisse, auxquels il entend que tous les enfants remis à ses soins assistent assidûment » (3).
François Vigier mourut quelques mois seulement après son retour à Saint-Hippolyte, laissant à son successeur une paroisse encore toute meurtrie des luttes intestines qui l’avaient agitée pendant près de 20 ans.
du 14 mai, lui donne les titres d’ancien chapelain des Gobelins et de chapelain de la chapelle du bureau des orfèvres.
de la Fréné (ou La Fresnaye), vicaire général de Saint-Flour, nommé chapelain des Gobelins le 5 décembre 1781. (Arch. Nat. O1 2052 e.)
(1) Arch. Nat. O1 2040 b. — Permission donnée le 20 janvier 1697 par l’archevêque de Paris.
(2) Arch . Nat. O1 2049. — Art. 12 d’un règlement du xvme siècle.
(3) Ibidem. (17 décembre 1781.)