MICHEL LEBRETON
Succès de la retraite prêchée en 1697 à Saint-Hippolyte. — Rapports de Michel Lebreton et de saint Jean-Baptiste de la Salle. — Accords conclus avec le chapitre de Saint-Marcel. — Création d’écoles de charité. — L’admirable institution d’un séminaire d’instituteurs pour les campagnes. — Un curé littérateur.
Quelques années suffirent au nouveau curé de Saint-Hippolyte, Michel Lebreton, de Saint-Malo, pour rétablir l’ordre et la paix et porter même la paroisse à un degré de prospérité qu’elle n’avait jamais encore atteint.
Promu le 22 mai 1696, Lebreton s’appliqua aussitôt à faire cesser toutes les anciennes divisions et il y réussit d’une manière si parfaite qu’il pouvait au 3 février suivant, en recevant l’archevêque de Paris, rendre témoignage en ces termes du changement qui s’était opéré :
« ...La paroisse Saint-Hyppolite sera désormais vostre joie et vostre consolation. Le pasteur que vous lui avez donné et que vous soutenez par des bontez continuelles va travailler avec un nouveau zèle pour conserver l’esprit de piété, d’union et de charité qui y règne maintenant. »
Cette visite de l’archevêque clôturait les exercices d’une mission prêchée à Saint-Hippolyte par les Pères Capucins depuis près de six semaines, mission dont l’importance et l’éclat exceptionnels déterminèrent le Mercure galant de l’époque à en fournir un compte rendu très détaillé (1).
(1) Mercure galant, février 1697, p. 155-172.
LE RÉNOVATEUR DE LA PAROISSE : MICHEL LEBRETON 8l
L’ouverture s’en était faite le 27 décembre 1696 « par une procession composée du clergé de la paroisse et des Pères Missionnaires ». Il y avait « tous les jours, trois sermons et une » conférence sur les commandements de Dieu, et un salut le » soir après la dernière prédication... Les missionnaires étaient » au nombre de douze, tous consommés dans ce saint et chari- » table ministère (1). »
[Le 3 février] Mgr l’archevêque se rendit dès le matin dans cette églisepour terminer cette mission. M. le curé accompagné d’un clergé composé de cinquante ecclésiastiques et des Pères missionnaires l’alla recevoir en procession aux dernières maisons de la paroisse où Mgr l’archevesque estant descendu de carrosse fut conduit sous un dais à l’église en chantant le cantique Benedictus. A l’entrée de l’église, M. le curé le harangua...
« M. l’archevesque répondit à cette harangue avec beaucoup de justesse et de bonté et en donnant sa bénédiction au peuple, il alla se mettre à genoux sur les marches de l’autel où il repoussa un carreau qu’on y avait mis pour luy. Il célébra ensuite la messe avec une dévotion qui charma tout le peuple qui estait accouru des Paroisses voisines pour voir cette auguste cérémonie. Ayant achevé la messe, il monta en chaire avec la chappe et la mitre et fit une prédication fort scavante et fort édifiante... Après la prédication, il fit l’absoute des vivans dans l’église et ensuite il alla au cimetière faire l’absoute et les prières pour les morts. Estant de retour à l’église, il y donna le sacrement de confirmation à un grand nombre d’enfants et à d’autres personnes de plusieurs paroisses qui s’y étaient rendues pour cela. Il fit ensuite la visite des comptes de l’église, rendus par les marguillers ; il écouta les maistres et maistresses d’écoles, comme aussi tous ceuz qui voulurent lui parler d’affaires de conscience avec beaucoup de patience et de douceur. Sur les cinq heures du soir il assista sous un dais à la prédication d’un des missionnaires, après laquelle il porta le saint sacrement en procession dans l’enceinte de cette église, parce qu’il était trop tard pour sortir dehors et donna au peuple la bénédiction. Le lendemain, la mission finit par un service et une prédication pour les morts.
... M. le curé de Saint-Hippolyte pria [M. l’archevesque] en pré-
(1) Le P. Séraphin, qui prêcha le dernier Carême si apostoliquement à Versailles, estait un des missionnaires de Saint-Hippolyte et, sur le bien qu’en a dit le Roy, Mgr l’archevêque de Paris l’a choisi pour prêcher le Carême à Notre-Dame. [Mercure galant , février 1697.)
SAINT-HIPPOLYTE
sence de tous les missionnaires, de trouver bon que ceux qui avaient iait les conférences pendant tout ce temps les continuassent encore jusqu’à Pâques, ce que ce prélat accorda avec beaucoup de bonté.
Après avoir ainsi restauré la piété et l’union parmi les paroissiens, Lebreton devait, pour écarter tout obstacle à la prospérité de la paroisse Saint-Hippolyte, hâter la conclusion d’un accord avec le chapitre de Saint-Marcel. Il s’y appliqua avec persévérance et apporta à cette tâche un grand esprit de conciliation, sans rien sacrifier d’ailleurs des droits et des légitimes revendications de la paroisse.
Un premier accord eut lieu le 4 juin 1697 entre le chapitre, le curé de Saint-Martin du Cloître et Michel Lebreton, au sujet de la prdcession du jour de la Fête-Dieu et de l’octave. Originairement, le curé de Saint-Hippolyte y prenait part confondu dans les rangs du chapitre et il n’y avait que le curé de Saint-Martin qui jouît des honneurs de porter le Saint-Sacrement, le jour de l’octave. Plus tard les honneurs furent partagés entre les deux curés ; mais celui qui avait commencé voulait finir et il en résultait de mesquines querelles, qui faisaient scandale en pareille circonstance. Une ordonnance du 13 avril 1688 de l’archevêque de Paris avait prescrit alors que le Saint-Sacrement serait posé sur un piédestal fixé à un bâton d’argent fourni par les deux paroisses et que les deux curés le porteraient ensemble et conjointement sous le dais de Saint-Martin. Mais c’étaient encore des contestations sans fin pour savoir qui aurait l’honneur de tenir la droite. Par l’acte du 4 juin 1697, le chapitre renonça à son droit de faire une procession générale le jour de l’octave et consentit à ce que chaque paroisse en fit une séparément sur son territoire. Le jour de la fête il fut réglé qu’elles n’y viendraient qu’ alternativement d’année en année. C’était, on le voit, couper la racine de toutes les difficultés.
Une nouvelle transaction, mais propre celle-là à Saint-Hippolyte, fut conclue le 19 août 1700 avec le chapitre. Cette transaction embrassait l’ensemble des questions litigieuses : processions, prédications, droit de visite, etc. (1). Il ne semble pas
(1) Voir Arch. Nat. S 1939, fol. 14, le texte de cette transaction.