LE RÉNOVATEUR DE LA PAROISSE : MICHEL LEBRETON
utile toutefois d’en rapporter ici les conclusions. Cette convention fut en effet confirmée en 1703 dans une sentence arbitrale de l’archevêque de Paris, dont nous donnerons le texte et que l’on peut bien considérer comme la charte définitive réglant dans les moindres détails les rapports de Saint-Hippolyte et du chapitre.
Il nous reste, pour achever de faire connaître comment Lebreton opéra le relèvement de sa paroisse, à parler des efforts de son zèle pour l’instruction et l’éducation chrétienne des enfants pauvres.
Peut-être la création d’une école de charité pour les filles estelle antérieure à sa nomination à la cure de Saint-Hippolyte. Par acte du 4 novembre 1694, un chanoine de Saint-Marcel, Louis Deshalleux, avait en effet donné au chapitre une somme de 2.000 livres, argent comptant, pour fonder une école de charité où seraient reçues les filles des paroisses Saint-Martin et Saint- Hippolyte (1).
Lebreton s’occupa du moins d’assurer à l’école un local qui lui appartînt en propre et nous le voyons dans ce but acheter, le 24 mai 1701, par acte passé devant Mouffle, notaire à Paris, une maison appartenant à M. Jean-Baptiste Fermeluis, docteur en médecine, rue Matignon, et à sa femme Jeanne Lenain. Cette maison, où pendait pour enseigne : Au Roi Henri IV, étaitla3edu côté droit de la rue des Trois Couronnes en entrant par la rue Mouffetard. La vente fut consentie moyennant le prix de 2.900 livres dont 1.500 furent couvertes par des dons, et à la charge de l’entretien du bail qui avait été fait de cette maison, moyennant 114 livres de loyer annuel, à Antoinette Marcel, sœur de la dite charité (2).
Pour l’école de charité des garçons, il n’y a pas de doute que sa fondation ne soit l’œuvre de Lebreton.
(1) Arch. Nat. S 1932. Une transaction du 15 mai 1702 avec le sieur Gaultier, héritier bénéficiaire du chanoine Deshalleux, réduisit de moitié cette somme. Le chapitre alors s’engagea à payer 50 livres par an pour le loyer de l’école. Cette rente fut d’abord partagée entre les deux paroisses, puis la paroisse Saint-Martin fut seule à la recevoir. La réduction des rentes sur la ville la fit tomber à 25 livres que touchait le curé de Saint-Martin.
(2 ) Arch. Nat. S* 1942, fol. 193.
SAINT-HIPPOLYTE
Le 18 avril 1697 en effet, le zélé pasteur constitue une rente de 150 livres au profit de la personne qui aura la direction de l’école de charité des garçons de la paroisse et il déclare à ce sujet « que depuis le mois de may dernier qu’il a pris possession de la dite cure [de Saint-Hippolyte], il a mis et établi des maîtres d’école pour enseigner le catéchisme et à lire et écrire aux pauvres jeunes garçons de ladite paroisse et leur donner l’éducation nécessaire pour être instruits de la foi catholique et vivre dans la crainte de Dieu, ce qui s’est jusqu’à présent exécuté fort ponctuellement, par le soin qu’a toujours eu ledit sieur Lebreton de fournir et donner ce qui était nécessaire pour la subsistance de la personne qui a eu la direction et conduite desdits enfants » (1).
Hâtons-nous de dire que Lebreton s’adressa à Saint Jean- Baptiste de la Salle, sinon dès la fondation de cette école, au moins dès 1700, pour obtenir des maîtres de son choix. La paroisse Saint-Hippolyte fut ainsi la première à Paris, après celle de Saint-Sulpice, à recevoir les frères de la Doctrine chrétienne.
Il y a mieux. Le zélé pasteur, désireux d’étendre aux faubourgs voisins le bienfait de semblables écoles, s’ouvrit de son dessein à M. de la Salle et tous deux s’accordèrent promptement pour fonder un séminaire, — nous dirions aujourd’hui « une école normale » — destinée à préparer des maîtres d’école pour les paroisses suburbaines et les campagnes.
Il faut lire dans la belle et savante Histoire de saint Jean- Baptiste de la Salle par M. J. Guibert, les détails de cette curieuse fondation. Le séminaire et l’école de charité étaient établis dans une maison de la rue de Lourcine louée à un sieur Lemoine et une des deux classes de l’école était tenue à tour de rôle par un élève-maître : ainsi les futurs instituteurs avaient dès le séminaire l’occasion d’appliquer les règles pédagogiques qui leur étaient enseignées (2).
Ces règles pédagogiques, Lebreton aurait été d’ailleurs, ce semble, très à même de les leur tracer lui-même. C’était un esprit
fl) Arch. Nat. L 655. Deux mille livres, provenant du remboursement fait à Michel Lebreton par devant Me Aumont, notaire, le 27 janvier 1700 de cette rente de 150 livres au denier 12, furent employées le 19 mars 1700 à un achat de rente sur les Postes. Remboursées, elles formèrent appoint pour l’achat fait le 23 février 1703 par le curé et les marguilliers, de 938 livres de rente sur les aides et gabelles, moyennant 15.008 livres.
(2) Ouvrage cité, p. 300-301.