II
même — de l’irrégularité de l’édifice. On sent si bien que les parties A. B. C. D. E. F. G. ont dû être ajoutées après coup.
L’église se compose « d’une nef, deux bas-côtés, quatre chapelles, une sacristie, une autre grande chapelle et une rotonde ».
La grande chapelle — dite de la Communion — se trouve derrière le chœur.
Les autres chapelles, dont nous ne pouvons préciser la distribution, sont dédiées à la Sainte Vierge, à Saint-Roch, a Sainte Geneviève et à Saint-Michel.
Si l’édifice présente un médiocre intérêt architectural, il abrite du moins de nombreuses œuvres d’art.
Pour en faire l’inventaire, entrons dans le chœur.
Les anges adorateurs, dont le dessin avait été donné par Lebrun, sont sans doute encore là. On a gardé aussi peut-être, en le restaurant, le maître-autel, dont le même artiste avait fourni le modèle. Du moins le grand tableau de Lebrun, représentant l’apothéose de saint Hippolyte, a été précieusement conservé. Et treize autres tableaux — retraçant les divers épisodes de la conversion et du martyre du saint — lui forment comme une avenue grandiose.
En voici l’énumération complète. Nous suivons l’ordre dans lequel ils sont disposés, en descendant du grand autel par le côté de l’Evangile jusqu’à la grande porte de l’église et en remontant jusqu’au même autel par le côté de l’Epître.
i° Par Jean Bethon, professeur à l’Académie de Saint-Luc, saint Hippolyte converti par saint Laurent dans sa prison.
20 Par Martin, conseiller à l’Académie de Saint-Luc, saint Hippolyte baptisé par saint Laurent (1).
* 30 Par Clermont, saint Hippolyte convertissant à son tour sa famille (2).
(1) Ce tableau figura à l’exposition de Saint-Luc de 1764. Il avait 10 pieds 2 pouces de haut sur 9 pieds 2 pouces de large. L’auteur des Observations sur cette exposition (Bib. Nat. Est. coll. Deloyne, t. 51, p. 241) dit que « ce morceau est peint de la plus grande manière et donne des espérances de son jeune auteur. »
(2) Des Observations sur l’exposition de Saint-Luc de 1756 (Bibl. Nat.
SAINT-HIPPOLYTE
' 4° Par Briard, de l’Académie Royale, saint Hippolyte arrêté sur la Voie Appienne, pendant qu’il ensevelit le corps de saint Laurent.
5° Par Charles Michel-Ange Challe, de l’Académie Royale, saint Hippolyte visité dans sa prison par le clergé de Rome qui vient V encourager au martyréHyi).
6° Par Loir (Alexis), de l’Académie Royale, saint Hippolyte communiant dans la prison.
7° Par le même, saint Hippolyte repoussant les avances d’un envoyé de V empereur.
8° Par Durameau, saint Hippolyte refusant de sacrifier aux idoles (2).
Est. Coll. Deloyne, t. 51, p. 164), nous extrayons les lignes qui suivent : ■< On voit d’abord dans cette exposition deux grands tableaux de saint Hypolttepour la paroisse de ce nom; ils offrent au public une espèce de rivalité qui 1 intéresserait si le sujet était plus connu. M. Bethon, professeur, a saisi l’instant de la conversion d’Hypolite et de ses soldats par samt Laurent. M. Clermont l’a représenté converti à la foi prêchant à sa famille les vérités qu’il venait d’entendre. Ce dernier est froid et charge de figures peu intéressantes. Il n’en est pas de même dupremier. La tierte militaire qui cède à la douceur évangélique, le soldat qui rend les armes a la parole d’un pauvre prisonnier, les malheureux qui oubhent le poids de leurs fers pour lever les mains au ciel, un cachot ténébreux, des murs humides et enfumés qui deviennent le temple de la religion, tous ces objets seraient frappans, si la vérité du coloris et la régularité du dessin soutenaient la magie de la composition.»
(1) L’Année littéraire (1759) dit de ce tableau, qui figura au salon de cette même annee,. que c ce sujet est traité simplement. Le prêtre du cierge de Rome qui exhorte (Hippolyte) lui parle avec la chaleur et la dignité necessaires à un ministre de la religion. Son geste est simple et pathétique, ses draperies de bon goût. » (Coll. Deloyne, t. 47, p. 79) - ^Tec Diderot (Œuvres complètes, Ed. Garnier, t. X, p. 97), la note change- « Je n ai pas mémoire d’avoir vu un Saint Hippolyte dans la prison... ni les autres tableaux de Challe. Vous savez avec quelle dédaigneuse inadvertance, on passe sur les compositions médiocres. »
• (2) * Pe,ndant son séjour a la pension de Paris, [Durameaul fit sous les yeux du directeur C. Vanloo un tableau dont le sujet est tiré de l’histoire de saint Hippolyte. Nous ne nous dissimulons pas que cet ouvrage ne se ressentit de l’empire du goût régnant. J-entends parler, ces mure de figures affectes dans lesquels on faisait consister l’art de donner du mouvement et de la grâce, une exécution qui montrait un air de liberté e excluait la sevente des formes, enfin un coloris qu’on appelait frais ou gai et qui n était que cru et souvent blafard. Les amis de Durameau témoins du désir de bien faire dont il avait l’âme possédée, se rappelleront sans doute le temps considérable et les efforts employés^ cet ouvrage, ainsi que les inquiétudes dont il fut dévoré en l’exécutant Les avis souvent contradictoires de ses camarades, des amamurs tcuiours
plan de l’église saint-hippolyte Nota. — Les parties pleines en noir sont celles qui ont subsisté jusqu’en 1867.
SAINT-HIPPOLYTE
9° Par Dequoy, de l’Académie Royale de Saint-Luc, martyre de plusieurs membres de la famille de saint Hippolyte.
io° Par Antoine Boizot, de l’Académie Royale, le martyre de sainte Concorde, nourrice de saint Hippolyte (i).
ii° Par M***, dit Poussin, saint Hippolyte traduit devant le juge (2).
12° Par Martin (le même qu’au n° 2), saint Hippolyte, conduit au temple, reste inébranlable.
130 Par Jullien, élève deVanLoo,fe martyre de saint Hippolyte.
Toutes ces toiles étaient encadrees dans une boiserie qui ornait uniformément l’église et avec laquelle le banc d’œuvre et la chaire elle-même formaient corps. Les tableaux de Bethon, Dequoy et Boizot avaient été donnés par leurs auteurs. Les dix autres étaient dus à la munificence de M. et de Mme de Jullienne (3).
Cette belle suite ne constituait pas d’ailleurs toute la série des toiles de l’église Saint-Hippolyte.
Dans la nef encore, au-dessus de la chaire, on voyait un second tableau de Charles Michel-Ange Challe, don de M. de Jullienne. Ce tableau figurait la Religion invitant à ses saints mystères (4).
critiques et du directeur de l’école, lui livraient les plus rudes combats. Entin, a force de faire et de refaire, il parvint à donner à son tableau 1 accord d effet et d’exécution qui, d’après les préjugés du temps, était un degre suffisant de mérité pour le rendre digne d’être placé au lieu de sa destination... (Notice sur Durameau, collection Deloyne, t. 61 p. 490). — Durameau mourut le 4 septembre 1796, conservateur du Muséum de Versailles.
(1) Tableau de 10 pieds de haut sur 9 pieds de large (Salon de 1755) — Lu Lettre a un virtuose (Bib. Nat. Est. Y b 160) est plutôt sévère pour ce tableau. « Cette peinture de M. Boizot n’inspirera jamais le désir ardent de mourir pour la foi : il s’en faut de beaucoup qu’elle soit séduisante . »
(2) Le catalogue de la vente après décès de M. de Jullienne, dressé par Pierre Remy (1767), indique au n» 308, sous le nom de M. Poussin, une « esquisse destinée pour un tableau de l’église paroissiale consacrée sous 1 invocation de [saint Hippolyte], peinte sur toile, de 33 pouces de haut sur 30 de large. » Une note marginale manuscrite de l’exemplaire de la galerie des estampes nous apprend que cette esquisse fut gardée par M- de Jullienne. L’auteur était un élève de l’Ecole du Louvre que ses collègues appelaient Poussin, à cause de sa manière d’imiter ce
m O 1 frû
(3) Curiosités de Paris, de Versailles, Marty , Vincennes, Saint-Cloud et des environs, par M. L. R. (Le Rouge). Nouvelle édition augmentée par Pigamo1 de la Force et Saugrain, Paris, 1771 (quartier de la place Mau-
(4) Ce tableau est indiqué comme se trouvant à Saint-Hippolyte par
A LA VEILLE DE DISPARAITRE 123
Un autre tableau, placé contre le mur derrière la chaire, représentait la Sainte-Famille : auteur inconnu.
Rappelons que la chapelle de la Communion était ornée de trois tableaux dont nous ignorons le sujet, un de Lebrun et deux petits de Lesueur.
Signalons enfin une Vierge à l’enfant Jésus de Belle, inspecteur de la manufacture des Gobelins (i).
Peu d’églises de faubourg, on l’avouera, possédaient une galerie de tableaux aussi nombreuse et aussi intéressante. Pourquoi faut-il que nous ignorions quel a été le sort' du plus grand nombre? Détruits ou dispersés dans les musées et les églises, comment retrouver aujourd’hui leur trace, surtout en l’absence d’un Inventaire général complet des richesses artistiques de la France.
La liste des œuvres d’art de l’église Saint-Hippolyte comprend aussi la chaire exécutée — et peut-être dessinée — par Simon Challe, sculpteur, frère du peintre.. Un écrivain du temps, qui la trouve « d’une architecture sage », la décrit ainsi :
Les panneaux qui la décorent sont des trophées. L’Evangile triomphant est représenté sur celui du milieu et entre les consoles on voit le serpent de l’hérésie terrassé. Sur les côtés paraissent la Foi et l’Espérance. Le plafond de l’abat-voix est orné d’une gloire (2).
i Notons encore, au hasard d’une promenade dans l’église :
Aux fenêtres des chapelles de droite en entrant, les fameux vitraux de 1561, si admirés de Lebrun et de Mignard (3) ;
le Nécrologe de 1779, p. 127. Il orne aujourd’hui la chapelle Sainte-Anne à Saint-Médard. (Hauteur : 2m 10 ; largeur : 1 m 05). — La Religion, la tête couverte d’un voile, assise sur les nuages, tient une croix de la main gauche et montre de la droite un livre soutenu à sa gauche par un petit ange; des anges du côté opposé.
(1) Ce tableau avait 7 pieds de haut sur 5 de large. Il passa ensuite à Saint-Marcel, d’où l’auteur le reprit pour lui apporter quelques modifications (Arch. du Musée des monuments français, t. II, p. 447). Est-ce « la Vierge et l’enfant Jésus » de Clément-Anne-Marie Belle qui se trouve aujourd’hui à Saint-Séverin, dans la chapelle de la Sainte-Vierge ?
(2) Voyage pittoresque à Paris, par M. D*** (d’Argenville), 6° édition,
(3) Voir plus haut, p. 40.
Dans la rotonde (G), à laquelle on accédait par plusieurs degrés, le monument funéraire, par Gauthier, d’un fils de M. Le Prêtre de Neubourg, avec une épitaphe française intéressante (i) ;
A la chapelle de Saint-Michel, la sépulture de Jean de Jullienneetde sa femme (l’épitaphe de cette dernière, gravée par Nullier, sculpteur marbrier, qui toucha de ce chef 50 livres (2) ;
A gauche, enfin, contre le mur de la nef, la longue épitaphe d’un Gobelin, très considéré en son temps, que nous avons essayé d’identifier (page 28) et encore une autre épitaphe en lettres gothiques, dont nous avons cité (page 29) le texte d’après Dulaure.
Il ne nous reste plus avant de quitter l’église qu’à examiner à la sacristie les ornements et les vases sacrés. Les plus précieux sont des dons de la famille dejullienne et ont figuré sur l’inventaire que nous avons déjà publié de leurs libéralités (3).
Il y a là pourtant diverses pièces de provenance différente, qui méritent d’être signalées :
Un voile de tapisserie des Gobelins pour le Saint-Sacrement, représentant un agneau immole, garni en broderies et franges d’or fin.
Un ornement complet de damas, avec orfroy de tapisserie des Gobelins.
(1) Thiéry : Guide des amateurs et des étrangers à Paris, 1787, t. II, p. 107 et Dulaure : Nouvelle description des curiosités de Paris, 1785' pp. 328-329.
Michel Edmond le Prêtre de Neubourg, conseiller du Roy, ancien receveur général des finances de la généralité de Caen et sa femme, née Marie-Renée-Hortense de Grimaudet, avaient fait construire par Peyre, en 1(62, dans le clos Payen, l’hôtel orné de statues qui subsiste encore tout délabré en bordure du boulevard d’Italie. Leur fils défunt, dont le tombeau se trouvait à Saint-Hippolyte, est sans doute ce Marie-Athanase- François de Sales Le Prêtre de Neubourg, mousquetaire de la 2" compagnie, décédé au nouveau Boulevart, qui fut enterré le 19 octobre 1774 et dont les Affiches parisiennes font mention dans leur nécrologie le 27 du même mois. a ’
(2) Compte de la fabrique pour le dernier semestre de 1778.
(3) 11 faut y ajouter une petite croix d’argent, donnée par M»> de Jul¬
ienne et renfermant une relique de la vraie croix, donnée par M Belle inspecteur des Gobelins. (Arch. Nat. S* 3371, p. 5.) ' ’
A LA VEILLE DE DISPARAITRE
Un morceau de tapisserie, pour servir de devant d’autel au chœur, représentant le serpent d’airain (1).
L’argenterie de Saint-Hippolyte est alors bien diminuée de ce qu’elle était autrefois, car la fabrique, après la guerre de 7 ans qui avait fait disparaître une grande partie du numéraire français, a porté à la Monnaie toute l’argenterie qui n’était pas absolument nécessaire au culte (2).
L’image d’argent de Saint Hippolyte, dont Lebrun lui-même avait fourni le modèle à l’orfèvre Milton, n’est donc plus là.
Mais la confrérie de Notre-Dame possède encore une figure en pied de la Vierge, pesant 7 marcs 4 onces 4 gros, et deux chandeliers d’argent pesant 7 marcs 6 onces.
Et nous relevons de même, parmi les objets appartenant à la confrérie du Saint-Sacrement, une croix d’argent, pesant 7 marcs 4 onces 4 gros et aussi deux chandeliers d’argent, pesant ensemble 6 mars 6 onces (3).
Un regard encore, avant de repasser le seuil de l’église, sur la tribune des grandes orgues. Nicolas Collard, facteur d’orgues à Paris, les avait réparées, sinon fournies. Nous le voyons en effet le 8 août 1733 toucher une somme de 300 livres pour reste de ses ouvrages à Saint-Hippolyte (4). — Un billet de faire-part, conservé à la Bibliothèque de la ville, nous apprend que le 16 novembre 1758 on célébrait un service pour le repos de l’âme de M. Emmanuel François Mulot, ancien organiste de la paroisse, à qui avait succédé une de ses filles, du nom de Marguerite. Ces Mulot étaient sans doute parents du fameux Mulot, chanoine
(L Arch. Nat. S* 3371. — Dans l’acte d’apposition des scellés à la mort du curé Denis Duval, il est fait mention aussi d’un « grand fauteuil de tapisserie basse lisse des Gobelins, représentant dans le dossier un cœur en forme de cartouche et monté sur son bois de noyé sculpté, la tapisserie duquel fauteuil a esté faite par led. Sr Monmerqué et par luy donné à l’église de Saint-Hipolithe pour servir les jours de festes pour asseoir le célébrant. » (Arch. Nat. Y 13087 — 7 octobre 1737.)
(2) La fabrique avait de ce chef une rente annuelle de 49 livres 9 sols, qui fut remboursée le 7 septembre 1765.
(3) Arch. Nat. S* 3371 (registre).
(4) Arch. Nat. S 3371 (carton).
SAINT-HIPPOLYTE
de Saint-Victor, que nous voyons prêcher à Saint-Hippolyte le 29 mars 1782 (1) et qui devait jouer un si singulier rôle pendant la Révolution.