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CHAPITRE XIII

UNE FIN GLORIEUSE

Le clergé de Saint-Hippolyte en 1791. — Effervescence des esprits dans le quartier. — Refus unanime du serment par les prêtres de la paroisse. — Intrusion des assermentés à Saint-Hippolyte. — Touchante lettre de Bruté à ses paroissiens. — Le décret du 4 février 1791 supprime la paroisse — Location, puis vente de l’église, des deux presbytères et des autres immeubles dépendant de l’ancienne fabrique. — Transport des tableaux et des archives. — Persévérance admirable de tous les prêtres de l’ancienne paroisse. — Zèle intrépide de Bruté. — Incarcération et libération de Magnelin et de Martin. — Milet, martyr à Saint-Firmin.

Au commencement de l’année 1791, le clergé de la paroisse Saint-Hippolyte se composait du curé Guillaume Bruté et de quatre prêtres :

Charles-François Magnelin, premier vicaire.

. Allan, second vicaire (i).

Henri-Jean Milet.

Pierre-J acquês Martin.

(1) Jusqu’au milieu du xviii® siècle, il n’y avait qu’un des prêtres de la paroisse Saint-Hippolyte qui eût le titre de vicaire.

Voici les noms des vicaires que nous avons relevés au cours de nos recherches. Nous indiquons les années où nous les voyons en fonctions avec ce titre.

Bigot René, 1561.

Drouin Jean, 1584.

Les veillé François, 1669.

Soudart Pierre, 1676.

Colanson Barthélemy, 1678.

Souffarès Raymond, 1679-1683.

Delzons Pierre-Raymond, 1688-1689.

Boscus Jean-François, 1690.

Hardrot Claude, 1692.

Deguelphe, 1693.

Choussy, 1711.

Moreau, 1719-1724.

Heuqueville Pierre, 1728-1733.

De Chavannes Jean - Baptiste - Domenchin, 1733-1738.

Dumont Louis-Antoine, 1742.

Gaillard Jean-Gaspard, 1743-1747 (second vicaire).

Dumoulin Denis - Etienne 1745-

Thineau de Saint-Amâ:nd Pierre- Louis, 1749-1751 (vicaire des convois).

Savary Jean - Baptiste - Alexandre, 1757-1767.

Dubois Claude-Denis, 1759.

Magnelin Charles-François, 1770-

Allan, 1791 (second vicaire).

SAINT-HIPPOLYTE

Magnelin, né le 26 janvier 1730, sur la paroisse Saint-Sulpice, avait fait ses études de théologie au Séminaire Saint-Louis où il entrait le 27 janvier 1749, avec la recommandation de l’archevêque de Paris (1). Il'était bachelier en théologie et attaché à la paroisse Saint-Hippolyte dès 1754. Prêtre des agonisants au carême de 1757, sacristain en 1765, il avait le titre de vicaire dès 1770, année où il prêcha le carême à la paroisse (2).

Mme (je Jullienne l’avait en singulière estime, puisqu’elle lui constitua par son testament une rente viagère de 300 livres.

Il se compromit toutefois en remplissant des fonctions de ministère en faveur des religieuses hospitalières de la rue Mouffetard révoltées contre leur archevêque et fut interdit par Mgr de Beaumont, quelques semaines avant la mort de ce prélat (3).

Le second vicaire Allan était de Boulogne-sur-Mer. Il remplissait à Saint-Hippolyte les fonctions de prêtre sacristain (4).

Des deux prêtres habitués (5) — l’un et l’autre approuvés —

(1) Arch. Nat. MM 495, p. 46.

(2) Bib. Nat. Lk7 6743. Magnelin était aussi, en 1770, titulaire d’un canonicat de la collégiale de Saint-Pierre de Châtillon-sur-Loing, diocèse de Sens (Archives de la Seine, D G2.)

(3) Bib. Nat. Mns. f. fr. 6614, pp. 37 et 78. L’interdit fut levé par les vicaires capitulaires pendant la vacance du siège.

(4) Arch. Nat. H* 33781,

(5) Pour faire suite au tableau des vicaires, nous donnons ci-dessous la liste des prêtres habitués de Saint-Hippolyte dontnous avons retrouvé les noms. Nous les rangeons par ordre alphabétique, faute de pouvoir donner une liste chronologique vraiment exacte et complète et nous indiquons les années où nous les voyons en fonctions.

Bardonnaud (Gervais ?), 1777.

Bellanger Jean -Claude, 1734-

Bichué Pierre, 1729-1740.

Bidault, 1687-1693.

Boislambert Jacques, 1664.

Boyer Jean-Baptiste, 1689.

Bringaud Athanase, 1770.

Buliné, 1734.

Cauchin Eustache, 1664.

Chagrin Guillaume, 1687.

Condillé, 1662-1687.

Coquet, 1712-1714.

Dupont Etienne, 1678-1681.

Dupuy, 1783.

Durand Guillaume-Ignace, 1733.

Fassot Jean-Baptiste, 1733-1735.

Ferret Charles, 1675-1689.

Fisamen, 1717.

Gobron, 1690-1692.

Godivel Henry-Joseph, 1693.

Henriot (Nicolas ?) 1785.

Leblanc, 1781.

Leleu Jacques, 1732-1735.

Lenortier François, 1664.

LeVillars, avant 1676.

Le Vasseur Jean-Pierre, 1775-76.

Martin (Louis-Pierre?) 1741-42.

Martin Pierre-Jacques, 1791.

Milet Henry-Jean, 1791.

Parmentier Norbert, 1683-1687.

Parturien, 1762.

Poupart, 1750-1751.

Supervielle, 1776.

Thaury Pierre, 1670.

Turmine, 1752.

UNE FIN GLORIEUSE

le premier s appelait Henri-Jean Milet. Ecrivons ce nom avec un saint respect. Il n’en est pas un autre qui l’égale dans toute 1 histoire de la paroisse Saint-Hippolyte, car c’est le nom d’un martyr.

Il était ne a Paris, de Pierre Milet et de Marie- Angélique Bertaut, et avait étudié au collège de Montaigu, avant d’entrer, étant acolyte déjà, au Séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, le 6 octobre 1681.

Il signait Milet avec une seule L (1).

En 1791, il remplissait les fonctions de diacre d’office à Saint- Hippolyte (2).

Son confrère, Pierre-J acques Martin, parisien lui aussi, était né le 6 novembre 1762 et avait été élève au séminaire Saint- Louis, où il entrait le 2 juin 1785, pour en sortir définitivement le 30 may 1788 (3). Nous le trouvons à Saint-Hippolyte en 1791 remplissant les fonctions d’administrateur des sacrements (4).

Nous connaissons le clergé qui desservait Saint-Hippolyte au début de la période révolutionnaire : voyons quelle fut son attitude dans l’affaire de la prestation du serment.

Le lundi 3 janvier 1791, le conseil municipal avait décidé qu’une députation de trois membres, dont un officier municipal, se transporterait, le dimanche 9 janvier, dans chacune des paroisses de Paris pour recevoir le serment prescrit à tous les ecclésiastiques par le décret du 27 novembre précédent, accepté par le roi le 26 décembre et publié le 2 janvier.

Le mercredi 5, la liste de ces commissaires avait été dressée. La délégation, pour Saint-Hippolyte comme pour Saint-Etienne du Mont, devait être composée de l’officier municipal Boncerf et des notables Cezerac et Legros (5).

Ce sont sans doute ces deux notables qui, au dire de l’abbé

(1) Arch. Nat. MM 480, p. 282.

(2) Liste des non-jureurs dans l 'Histoire du Serment de l’abbé Bossard p. 155.

(3) Arch. Nat. MM 495 et 496.

(4) Hist. du Serment , p. 155.

(5) Bib. Nat. Mns. f. fr. 11700, p. 231.

SAINT-HIPPOLYTE

Bossart dont nous reproduisons le récit (i), vinrent le 7 janvier saluer M. le curé de Saint-Hippolyte, en se disant envoyés par la municipalité.

Après les compliments d’usage, ils s’informèrent de l’heure à laquelle la messe paroissiale se célébrait le dimanche suivant et ils désirèrent connaître la place destinée à MM. les officiers municipaux chargés de recevoir le serment. Le vénérable pasteur leur ayant fait observer qu’il ne pensait pas qu’aucun prêtre de sa paroisse eut fait sa déclaration, ils répondirent qu’ils s'y rendraient néanmoins. Quelle soif ardente pour la conversion des âmes à la constitution !

MM. les ecclésiastiques, instruits de cette ambassade par M. le curé, adressèrent aussitôt au procureur-syndic une lettre qu’ils signèrent tous. Ils lui témoignèrent que n’ayant fait aucune déclaration, ils étaient étonnés que l’on se disposât à recevoir leur serment ; qu’au reste cette démarche, en exposant MM. les commissaires à un voyage inutile, ne donnerait au peuple qu’un vain spectacle et occasionnerait peut-être quelque trouble dans la paroisse. Ils le prièrent enfin de regarder cette lettre comme un refus formel et positif de serment.

Tout cela n’empêcha pas que l’église et les rues ne fussent tapissées, ce samedi au soir, d’une grande pancarte (2) qui annonçait pour le lendemain la prestation du serment des prêtres de Saint- Hippolyte. Trompé par ce placard et par les faux bruits répandus à dessein, le peuple s’y rendit en foule. M. le curé, ferme dans ses principes, refusa le serment et prononça un discours auquel on ne répandit qu’en criant : A la lanterne ! Tous ses coopérateurs suivirent son exemple et il n’y eut parmi eux aucun apostat. Cependant pour les intimider, on avait annoncé un pillage qui devait se faire pendant l’office du soir ; mais il n’y eut point de salut et la garde nationale dissipa l’attroupement qui s’était déjà formé. Le fanatisme des patriotes avait néanmoins désigné une victime et le premier vicaire accusé d’avoir endoctriné ses confrères devait subir la peine de son crime (3).

(1) Histoire du Serment, p. 34.

(2) 11 s’agit là d’un avis de la municipalité annonçant la cérémonie du lendemain, qui fut affiché dans tout Paris le samedi 8 janvier. Le texte en était partout le même : mais il portait en tête le nom de la paroisse où il était placardé.

(3) Magnelin, ainsi particulièrement désigné aux représailles, réussit à s’y soustraire pendant plus d’un an et demi. Son arrestation est en effet du 18 avril 1792.

UNE FIN GLORIEUSE I33

Dès lors la situation de Brute et de son clergé devenait impossible.

[En effet] les têtes s’étaient tellement échauffées [dans la paroisse] que MM. les officiers de la garde nationale et les administrateurs de la police prévinrent les ecclésiastiques qu’on ne pouvait répondre de leurs personnes, s’ils persistaient dans leur refus, à cause de la disposition des esprits. Pour éviter des scandales et donner l’exemple de la soumission, les prêtres [de Saint-Hippolyte] résolurent de se retirer pour quelque temps. M. le curé avait demandé des pouvoirs pour deux prêtres qui desservirent [la paroisse] pendant son absence ; mais par malheur ces Messieurs n’avaient pas prêté le serment. Les marguillers peu contens du choix s’adressèrent à la municipalité ; la section des Gobelins se mêle aussi de l’affaire et pour concilier tous les partis, l’office fut célébré par M. Duchesne, prêtre-jureur de Saint-Martin du Cloître (1). On permit pourtant, par grâce, à un prêtre du séminaire Saint-Marcel (2) de chanter la première grand’messe et d’exercer provisoirement les fonctions du ministère.

(1) Duchesne était vicaire à Saint-Martin du Cloître. Il figure, comme son curé l’abbé Jacquot, au nombre des jureurs.

(2) Le séminaire Saint-Marcel avait été établi en 1685 par M. de Chanciergue, fondateur de beaucoup de maisons analogues connues alors sous le vocable de séminaires de la Providence. Dans les premiers temps, il occupait deux maisons avec un grand jardin, appartenant à la communauté des chapelains du chœur de Saint-Marcel. Cette communauté n’exista plus après la fondation du séminaire que par les titres de chapelles et les revenus qui y étaient attachés : le séminaire remplissait les fonctions des anciens chapelains. Jusqu’en 1715 le séminaire n’était pas sous la dépendance du chapitre. Lorsque le séminaire de Saint-Louis, rue d’Enfer, fut formé en 1790, il fut établi chef-lieu de celui de Saint- Marcel comme des autres communautés semblables et l’administra seul tant au temporel qu’au spirituel. Plus tard le chapitre s’attribua sur le séminaire de Saint-Marcel une autorité majeure que les archevêques de Paris ne voulurent d’ailleurs jamais reconnaître, au moins au spirituel.

Les ressources du séminaire étaient constituées par une somme de 1.500 livres payée annuellement par le chapitre et par le produit des pensions qui s’élevèrent pour l’exercice 1788-89 à 10.909 livres 5 sols : la pension était de plus de 350 livres par élève. — Le séminaire Saint- Marcel ferma ses portes au mois d’avril 1791, tant par suite du défaut de sujets qu’à cause de la suppression du chapitre auquel il était attaché.

Il avait pour supérieur, depuis le 1"' août 1785, Charles-Auguste Buée, prêtre, licencié en théologie, chanoine de Saint-Benoit de Paris, et pour directeur M. Prévost, bachelier en théologie, — tous deux inserm’entés. (Arch. Nat. S 6980).

SAINT-HIPPOLYTE

L’auteur de l’Histoire du serment à qui est empruntée la citation qui précède, nous apprend qu’un ecclésiastique « sans » pouvoirs et interdit depuis longtemps » fut envoyé le lendemain lundi 17 janvier vers les paroissiens de Saint-Hippolyte. L’abbé Bossard ne donne pas le nom de cet ecclésiastique, mais nous savons que c’était Charles-Pierre Desesquelle, diacre d’office de la paroisse Sainte-Madeleine en la Cité en 1790.

La bonne réputation de ce nouveau fonctionnaire l’avait devancé, et au bruit de son arrivée l’allarme se [répandit] parmi les paroissiens et l’indignation se [manifesta] de toute part. Cependant le î3 janvier, il chanta la première grand’messe et fit un prône auquel il ne manquait que de se louer lui-même ; s’imaginant déjà être curé, il protesta qu'il mourrait avec ses paroissiens.

Un de ses dignes confrères, plutôt dragon que prêtre, se disposait à célébrer la deuxième grand’messe : mais, obligé de céder la place à un envoyé de Monseigneur Denoux, premier vicaire de Notre-Dame, il remplit cette fonction d’une manière si gauche que les marguillers doutèrent, en le voyant mettre l’eau avant le vin dans le calice et faire d’autres fautes de cette espèce, s’il savait répondre la messe. On ne lui permit donc pas de la dire et il fut contraint de plier bagage (1) .

La marche des exercices de la paroisse n’était cependant pas interrompue et les catéchismes en particulier suivaient leur cours, si l’on en juge par la suite du récit de l’abbé Bossard :

A Paris, ce sont ordinairement les séminaires qui fournissent des catéchistes dans les différentes paroisses ; des séminaristes de Saint-Marcel remplissent cette fonction à Saint-Hippolyte. S’étant avisés d’enseigner que le pape était chef de l’Église et qu’aucun

(1) Le 28 janvier 1791, l’abbé Desesquelle qui signe « ptre desservant» donne acte à divers marguilliers de ce qu’ils lui ont remis les clefs d’une chambre précédemment occupée par l’abbé Magnelin, « ci-devant vicaire », et où se trouvaient cent onze registres tant de baptême que de mariage et sépulture, avec deux vieux livres de publications de mariage. Magnelin, plus spécialement en danger, avait fait remettre les clefs par l’abbé Allan, « ci-devant sacristain ». (Arch. Nat. H5 37781.)

Dans une délibération du 18 mars 1791, le Bureau de l’Agence générale de la municipalité de Paris ajournait au Ie1' avril l’examen d’une demande que le sieur Desesquelle, « seul desservant la paroisse Saint- Hippolyte, faubourg Saint-Marcel » avait formée à l’effet d’obtenir un traitement pareil a celui décrété en faveur du premier vicaire d’une paroisse de Paris. (Arch. Nat. H 2179).

UNE FIN GLORIEUSE

prêtre ne pouvait confesser sans pouvoirs, ils furent dénoncés au Comité des Gobelins comme enseignant une doctrine anticonstitutionnelle. Aussitôt un commissaire mande à la barre de son très petit bureau ces Messieurs qui font le catéchisme à Saint-Hippolyte des filles (1). Le docteur Jacquot (2), grand jureur, est établi juge de la doctrine, il blâme le zèle de ces jeunes gens et il est scandalisé de leur peu de respect pour la constitution. Cependant on les rend à leurs catéchismes et ils continuent malgré les observations de leur sage maître, à enseigner la v raie doctrine.

Cette paroisse, observe l’abbé Bossard, en terminant, est « la seule de la capitale où les prêtres aient été empêchés de reprendre leurs fonctions (3) ».

On ne lira pas sans émotion la lettre que, de sa retraite voisine, Bruté adressait le 31 janvier à ses paroissiens. Nous connaissions sa fermeté et son courage, mais nous ne le savions pas si calme au milieu de l’insulte, si équitable dans ses appréciations et si paternellement affectueux pour ses ouailles. Ces pages font également honneur à son caractère et à son cœur.

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