LETTRE DU CURÉ DE SAINT-HIPPOLYTE A SES PAROISSIENS
Mes très chers Frères,
Que la grâce de Jésus-Christ Notre Seigneur soit avec vous tous. Tel est le vœu sincère que je ne cesse de faire pour vous. Forcé par des circonstances impérieuses de m'éloigner d’un troupeau qui me sera toujours cher, je puis vous dire avec vérité que vous êtes toujours présents à mon esprit et à mon cœur. Helas ! pourquoi ne m’est-il plus permis de vous faire entendre ma voix? Encore si dans mon absence j’avais la consolation de savoir que mes dignes coopérateurs continuent d’exercer avec sécurité au milieu de vous les fonctions du saint ministère, ce serait un soulagement à ma peine ; mais obligés par les mêmes raisons que moi
(1) « Ce sont les propres expressions de la lettre écrite au supérieur de Saint-Marcel ». (Note de YHist. du Serment.)
(2) Bossard le qualifie durement : « ci-devant instituteur, puis curé, ensuite électeur : mais ne sachant pas un mot de théologie».
(3) Il y a peut-être là quelque exagération. N’en fut-il pas de même pour le clergé de Saint-Nicolas du Chardonnet par exemple ?
SAINT-HIPPOLYTE
de fuir la persécution, suivant l’avis de Jésus-Christ même, il ne leur est plus libre de donner de nouveaux témoignages de leur zèle. Quel sujet d’affliction, mes très chers frères, pour un pasteur qui depuis vingt-deux ans s’est toujours intéressé à votre sanctification et à votre bonheur ? Que va donc devenir cette portion chérie du troupeau que Jésus-Christ s’est acquis par son sang?
Mon Dieu, ne rejetez pas la prière de votre serviteur; ayez pitié des fidèles que vous avez daigné confier à mes soins et qui, depuis que l’Église m’en a fait le pasteur, ne peuvent cesser d’être mon troupeau ; veillez vous-même sur eux ; préservez-les de tout danger ; ouvrez les yeux de ceux qui par un faux zèle pour la patrie se sont permis des menaces contre des ministres qui n’ont d’autre crime que d’avoir suivi les lumières de leur conscience,
N’en doutez pas, mes très chers frères, ces menaces ne viennent que de la part de ceux ou qui ignorent les vérités de notre religion sainte ou qui en méprisent les maximes. Fussions-nous coupables devant Dieu comme on se permet de le penser, est-ce une raison de se croire autorisé à nous insulter, à nous outrager, à nous menacer? Ces fureurs que l’on prétend pouvoir exercer contre les ministres du Dieu vivant ne justifient-elles pas leur conduite?
C’est cette persécution, mes très chers frères, que nous n’avions pas méritée, qui nous a déterminé malgré nous à nous séparer de vous ; nous avions cependant à compter sur le zèle de MM. de la garde nationale ; les preuves qu’ils nous ont donné de leur bonne volonté et de leur attachement avaient bien de quoi nous rassurer. Nous ne pouvons trop leur en témoigner notre reconnaissance; et nous étions bien déterminé à reparaître hier au milieu de vous, mais avertis des nouvelles menaces que l’on faisait pour nous empêcher de remplir les. fonctions du saint ministère, nous avons cru qu’il était de nqtre prudence de ne point exposer les malintentionnés à de nouvelles profanations, à de nouveaux crimes.
A Dieu ne plaise cependant, mes très chers frères, que nous soupçonnions le grand nombre de nos paroissiens de s’être écarté dans ces jours de trouble, du respect qu’ils doivent aux ministres de Jésus-Christ. Je sais, mes très chers frères, et j’en rends grâce au Seigneur, je sais que presque tous dans ma paroisse condamnent les fureurs que 1 on exerce contre nous, qu’ils plaignent notre triste situation et qu ils sont bien persuades que par la conduite ferme et
généreuse que nous tenons, nous n’avons d’autre but que de sauver la religion. Que le Dieu de toute grâce les fortifie dans ces sentiments ; qu’ils soient tous convaincus qu’absents comme présents nous ne cesserons de nous intéresser pour eux auprès de Dieu.
Puissent surtout les pauvres, qui ont toujours été les objets de ma tendre sollicitude, se réunir à ces chrétiens fidèles et former
UNE FIN GLORIEUSE
tous ensemble les vœux les plus ardents pour obtenir de Dieu qu’il daigne rétablir la paix, l’union, la concorde dans tous les cœurs.
Je suis, dans la charité de Jésus-Christ et avec respect,
Mes très chers frères,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
Brute,
Curé de Saint-Hippolyte.
Ce 31 janvier 1791 (1).
L’occupation de Saint-Hippolyte par le clergé constitutionnel devait être de courte durée. Un décret de l’Assemblée Nationale du 4 février 1791 divisa Paris en 33 paroisses, au lieu de 52 que la capitale comptait précédemment. La paroisse Saint-Hippolyte était au nombre des paroisses supprimées : son territoire et celui de Saint-Martin du Cloître furent réunis pour former la circonscription d’une même paroisse ayant pour titre celui de Saint-Marcel et pour église celle de l’ancienne collégiale du même nom (2).
Brute n’ayant pas prêté le serment, ce fut le curé de Saint- Martin, l’abbé Jacquot, qui devint de droit curé de la nouvelle paroisse Saint-Marcel. Il fut installé le dimanche 3 avril, à huit heures du matin, parGandolphe et Prévost, officiers municipaux, assistés des citoyens Thorillon, Bidault et Le Meignan, notables délégués par le conseil municipal.
Le conseil municipal avait arrêté que le même jour, à l’issue de l’office de l’après-midi, le commissaire délégué Gandolphe procéderait à l’apposition des scellés sur l’église Saint-Hippolyte (3)-
(1) Bibl. de la ville de Paris, 5703, n* 34.
(2) Voici quelles étaient les limites Axées par le décret du 4 février pour la nouvelle paroisse Saint-Marcel.
(. Barrière du Petit Gentilly) chemin du Petit Gentilly, rue delà Santé à droite, jusqu’à la croix de la grande hostie; place de ladite croix, rue des Bourguignons à droite; celle de l’Oursine à droite; rue Mouffetard à droite jusqu’à celle Fer à Moulin; ladite à droite; celle de la Muette» celle du Marché-aux-Chevaux, jusqu’aux murs de l’enceinte ; lesdits jusqu’à la barrière de Gentilly.
(3) Bib. Nat. Mns. F. Fr. 11701, pp. 197, 202 et 204.
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Ce soir-là, dans le quartier des Gobelins, il y eut sans doute en bien des maisons des yeux qui se mouillèrent de larmes et des cœurs qu’étreignit une poignante tristesse. On ne voit pas avec indifférence désaffecter un temple où vingt générations d’aïeux sont venus méditer et prier et qui garde depuis des siècles nombre de chères dépouilles.
Mais l’arrêt était irrévocable et au surplus il y aurait eu alors quelque imprudence à témoigner trop librement de ses regrets.
L’apposition des scellés eut lieu sans incident.
C’en était fait à tout jamais d’une des plus vieilles paroisses des faubourgs de Paris.
Disons en quelques pages maintenant ce qu’il advint alors de l’église, de ses biens et de ses archives et quel fut pendant la tourmente révolutionnaire le sort des prêtres courageux qui avaient desservi la paroisse jusqu’aux dernières semaines qui précédèrent sa suppression.
Quinze mois durant, l’église Saint-Hippolyte désaffectée resta inutilisée et déserte.
Au mois d’août 1792, la Régie des biens nationaux songea à la mettre en location. Une première mise aux enchères le 17 de ce mois n’amena qu’une offre de loyer de 500 livres par Marie- Thérèse-Sophie Gallot, veuve de René Germain, bourgeois de Paris. Cette offre ayant été jugée insuffisante, il fut sursis à l’adjudication définitive jusqu’au 11 septembre. A cette date, un sieur Louis-Antoine Salmon, officier de paix, demeurant à Paris, rue des Carmes, place Maubert, n° 26, offrit de payer 510 livres de loyer et la location lui fut adjugée pour 3, 6 ou 9 ans, à compter du Ier octobre. Salmon était seulement tenu de laisser procéder par la municipalité, la fabrique ou tout autre ayant droit, à l’enlèvement du mobilier, boiseries et décoration, dans le cas où cet enlèvement n’aurait pas été effectué avant son entrée en jouissance (1).
Moins d’un an plus tard, le 3 août 1793, l’église était mise en
(1) Arch. de la Seine, carton- 95, dossier 1304.
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vente et adjugée moyennant 37.200 livres au citoyen Ratadou, marchand carrier, rue du Faubourg Saint-Jacques agissant pour le compte de Jean-Etienne Bellenoux, entrepreneur de bâtiments, demeurant place de Fourcy, n° 979, section de l’Observatoire.
La propriété vendue était ainsi décrite dans l’acte d’adjudication :
« Cette église contient une nef et bas côtés, avec des chapelles à droite, sacristie et cour, bâtie avec pilliers de pierre et voûtée en moellon; à droite et près le maître-autel, au-dessus de l’église, est un corps de bâtiment formant deux étages distribués de chambres ainsi que le dessus des chapelles ».
Dans les charges et conditions, il était stipulé qu’avant de pouvoir disposer en aucune manière de la propriété par lui achetée, l’adjudicataire serait tenu de remplir à ses frais toutes les formalités nécessaires et d’usage pour l’exhumation des corps enterrés dans lad. église, chapelle et autres lieux en dépendant, et de faire transporter ces corps aussi à ses frais dans tel cimetière qui lui [serait] indiqué par la municipalité » (1).
Nous savons de même, grâce au Sommier général des Propriétés nationales conservé aux Archives de la Seine, ce que devinrent les immeubles appartenant à la fabrique de Saint-Hippolyte.
La maison presbytérale, sise rue des Marmousets, n° 7, fut d’abord le 12 juillet 1792 donnée en location moyennant 460 livres au sieur Oger Pierre, directeur de la manufacture de draps et teintures de Jullienne, rue des Gobelins. Le 3 août I793> eUe fut vendue moyennant 21.200 livres à Etienne Bellenoux, 1 adjudicataire de l’église. (2)
Une autre maison, jadis propriété de la fabrique Saint-Hippolyte, sise même rue des Marmousets, n° 7, fut vendue également le 3 août, pour 15.500 livres, au citoyen Bouru, médecin, demeurant rue des Maçons, 444 (3).
(1) Archives de la Seine. Procès-verbal de vente n° 1149. Salmon résigna son bail à compter du 5 septembre qui suivit ladite vente.
(2) Archives de la Seine. Procès-verbal de vente n° 1148.
(8) Archives de la Seine, Sommier du Domaine, Section du Finistère et section de la Cité, aux rues indiquées pour cette maison et les trois suivantes.
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Pour être complet, signalons encore quatre immeubles ayant la même origine :
Rue de Lourcine. Une maison, portant le n° 46, qui fut vendue 16.100 livres à un boulanger nommé Mouton, le 27 juin 1794.
Rue des Trois Couronnes et Saint-Hippolyte. Deux maisons, numérotées 4 et 9, qui appartenaient jadis à la Charité de la paroisse et qui furent restituées a l’Agence des Pauvres, en vertu de la loi du 2 brumaire an 4 (1).
Rue de la Licorne (section de la Cité). Une maison, portant le n° 2, qui fut vendue, le 8 pluviôse an V, moyennant 28.100 livres au citoyen Bechet, demeurant, 16, rue de Vannes.
Nous sommes pareillement fixés sur le sort des œuvres d’art et des archives de Saint-Hippolyte.
Les tableaux qui ornaient l’église désaffectée furent transportés à Saint-Marcel et delà, après la fermeture des temples constitutionnels, au Dépôt provisoire établi dans l’ancien couvent des Petits-Augustins. Le Journal de Lenoir mentionne en effet, à la date du 3 mvose an II (23 décembre 1793), l’entrée dans ce dépôt de « vingt tableaux provenant de l’église Saint-Marcel dont le meilleur est de Durameau » (2) .
Pour ce qui est des archives de l’ancienne, paroisse Saint-Hippolyte, elles avaient été versées d’abord en majeure partie à Saint-Marcel, d’où elles furent ensuite transportées au dépôt établi dans l’ancien hôpital du Saint-Esprit.
Le 1® juin 1793, le citoyen Doullard, marguillier de Saint-Marcel, remit un registre des délibérations de la fabrique Saint-Hippolyte du 13 novembre 1785 au 2 janvier 1791.
Le 2 août suivant, le citoyen Janson, archiviste commissaire
(1) Le 28 février 1792, le sieur Acloque, à l’ouverture de la séance de la commission municipale de bienfaisance, avait déposé sur le bureati « une liasse de contrats et titres de propriété de 3.9441ivres 13 sols 9 d
SaimnHinUol tEtat’nn 28 Part,es- constituées au profit des pauvres de bamt-Hippolyte ». Deux contrats avaient toutefois été distraits et remis
archives deTa ^ ? aVa??nt dr0it' GeS titres furent déPosés aux
archives de la commission. (Arch. Nat. S 3371.)
tomelfp.3^^ Len°ir’ par Gustave Courajod. Paris, Champion (1878),
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en cette partie de la commune de Paris, fit retirer des archives de Saint-Hippolyte déposées à Saint-Marcel et transporter au Saint-Esprit deux liasses contenant : la première 21 pièces, entr’ autres le bail des chaises au sieur Poligny, la seconde seulement 2 pièces, dont le bail d’une maison rue Mouffetard.
Nouveaux versements les 17 et 27 décembre par le citoyen Contant, qui remit le sommier des comptes de Saint-Hippolyte (du Ier juillet 1759 à 1791) et deux registres des délibérations de la fabrique : le premier commençant en 1722 et finissant le 27 décembre 1773, le second commençant en février 1774 et finissant en 1785.
Enfin l’enlèvement de ce qui restait à Saint-Marcel fut effectué le 22 juin 1794, après quatre vacations consacrées au triage et au classement des pièces et registres des deux paroisses Saint- Martin et Saint-Hippolyte. Le tout fut transporté ledit jour par une voiture à l’hôpital du Saint-Esprit et placé « au Ier étage dans l’ancienne liquidation, sous le cabinet des Archives » (1).
Que devenaient cependant les membres dispersés de l’ancien clergé de Saint-Hippolyte?
(1) Arch. Nat. M 705, doss. 20. — Nous ignorons ce qu’il est advenu du sommier des comptes et des trois registres de deliberations de la fabrique, qui nous auraient été d’un grand secours.
Le détail des pièces d’archives de l'ancienne paroisse nous est fourni par l’Inventaire des titres et papiers de la fabrique Saint-Hippolyte, dressé en 1789 par M° Giard, notaire, en exécution de l’arrêt du 16 février même année (Arch. Nat. S 3371). On y trouve notamment l’indication des fondations faites au cours des siècles en faveur de la paroisse et dont plusieurs avaient été plus ou moins réduites par sentence de l’officialité du 28 mars 1708 (Arch. Nat. Zl0 153.)
Elles intéressent les familles Bassa, Bennet, de Berlize, Blondel, de Bonnefoy, Bonnet, Bouillerot, Bourbier, Bourdot, Boutrou, Branchy, Brodeaux, Charles, Clément, Colette, Collart, Cordier, Couette, Chevalier, Coulon, Cousin, Couturier, Cucci, Davenne, Debeaune, Delanqueux, Delahaye, Delatour, Delavigne, Desforges, Desnoyel, Dufay, Dupyré, Durand, Forget, Froger, Gabille, Gaubert, Gobelin, Gourlau, Gosselin, Hanen, Jubline, de Jullienne, Lebreton, Léchaudé, Leprestre, Leprestre de Neubourg, Loizillon, Maillard, Maugras, Maurissant, Mongin, Moret, Olivier, Paul, Perreau, Petit, Piment, Pol-et, Potterie, Prieur, Racine, Ravissar, Rémond, Savary, Tambour, Tollus, Tresnaud, Tranquin, Tuby, de Vallois, Vaudrix, Vincent, de Vitry.
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Disons de suite que leur courage ne se démentit pas un seul jour et qu’ils demeurèrent jusqu’au bout fidèles à eux-mêmes.
De la section de l’Observatoire où il s’était retiré, l’ancien curé Bruté n’avait cessé de veiller sur les vrais catholiques du faubourg Saint-Marcel. Dépouillé de ses ressources (i), obligé de se cacher par crainte des dénonciations, il n’en continua pas moins ce périlleux ministère pendant plusieurs années. Le 16 septembre 1793, le Comité de surveillance de la section lança contre l»i un mandat d’arrêt immédiat. Fut-il alors emprisonné ou réussit-il à dérober sa retraite? Du moins un dossier d’accusation fut constitué à son nom et les scellés mis sur ses papiers (2). Nous perdons à cette date toute trace de Bruté. Il dut revenir cependant dans le voisinage de Saint-Hippolyte, dès que les circonstances furent moins critiques, car le Père Le Lasseur, si instruit de tout ce qui concerne la biographie des curés de Paris, observe dans ses notes inédites qu’il mourut le 13 mai 1796, à 71 ans, dans l’ancien XIIe arrondissement (3).
Nous sommes mieux informés sur le sort de l’ancien premier vicaire, Magnelin.
Arrêté le 17 août 1792, rue Neuve-Saint-E tienne, il fut enfermé au séminaire Saint-Firmin (5). On sait que ce séminaire, dont une partie, appelée le bâtiment neuf, subsiste encore à l’angle de la rue des Ecoles et de la rue du Cardinal-Lemoine, avait été choisi par la section des Sans-Culottes (Jardin des Plantes) comme maison de détention pour les prêtres non assermentés : 92 ecclésiastiques y furent enfermés du 13 août au 2 septembre.
(1) Bruté avait perdu à la Révolution une pension nette del. 400 livres dont il était titulaire sur les Economats — ainsi que les revenus du prieuré de Saint-Gilles de Bléron, dans le district de Bourges, dont il était commandataire. (Arch. Nat. S 3371).
(2) Arch. Nat. F1 2 3 * 5 * 7 2514 et le répertoire F7 2515, lettre b.
(3) Avant la dispersion des Jésuites, les fiches laissées par le P. Le Lasseur étaient conservées dans la bibliothèque de leur communauté de la rue de Lhomond, où plusieurs de nos confrères ont pu les con¬
sulter.
(5) Le nom de Magnelin figure dans l’état des prêtres réfractaires détenus à Saint-Firmin. publié par Guillon. ( Les Martyrs de la foi, tome I, p. 203.) — L’abbé Ignace Laurent, prêtre échappé aux massacres
de Saint-Firmin, signale aussi Magnelin parmi les prêtres qui furent
détenus avec lui.
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La chambre occupée par Magnelin avait le numéro 1 et se trouvait dans le petit corridor au premier étage du bâtiment neuf (1).
Heureusement mis en liberté avant les massacres, Magnelin se réfugia sur la section de l’Observatoire, où il seconda sans doute Bruté dans son ministère auprès des ouailles de Saint-Hippolyte restées fidèles au légitime pasteur.
Le 23 janvier 1796 (4 pluviôse an IV), il venait faire connaître au comité civil de la section des Champs-Elysées son changement de résidence. Il habitait alors 31, rue de Chaillot et exerçait le culte catholique dans l’ancien oratoire de Sainte-Périne (2) .
Nommé en 1802 curé de Neuilly, Magnelin démissionna pour raisons de santé le 18 avril 1806 (3). Il mourut le 11 février 1811, à l’âge de 81 ans.
Le second vicaire, Allan, est de tout le clergé de Saint-Hippolyte le seul dont nous ne retrouvions aucune trace après la désaffectation de l’église. On voit bien en 1802 à Saint-Etienne du Mont un prêtre du nom de Allen : mais c’est un ancien oratorien, qui n’a rien de commun avec l’ancien second vicaire de Saint-Hippolyte.
Comme Magnelin, Pierre-J acques Martin fut emprisonné en 1792 à Saint-Firmin. La liste des prêtres détenus dans ce séminaire, que nous avons déjà citée, nous apprend qu’il avait été arrêté rue Neuve-Saint-Etienne. Il ne fut pas toutefois du nombre des égorgés du 3 septembre. On sait qu’après avoir précipité par les fenêtres une dizaine de prêtres, la bande conduite par l’ex-portefaix Henriot fit grouper les autres détenus, au nombre de quatre-vingt environ, dans le préau du séminaire. Là on fit semblant de faire un choix et on en relâcha une quinzaine. Martin, et aussi Magnelin sans doute, furent libérés à ce moment-là.
(1) Arch. Nat. T 1458. (Procès-verbal d’apposition et de levée des scellés à Saint-Firmin).
(2) Archives de la Seine, D 3568 et D 794. — La carte de sûreté délivrée à Magnelin donnait de lui le signalement suivant: « cheveux et sourcils gris, portant perruque, front moyen, menton pointu, visage quarré, taille de cinq pieds un pouce. »
(3) Voir sa lettre de démission, Arch. Nat. F19 938.
En nivôse an V (Déc. 1796-janvier 1797) Martin fut dénoncé comme exerçant le ministère à Champigny.
Nous le trouvons de fait en 1802 curé de cette localité, puis curé de Créteil où il succéda à Gerdret ( -J- le 15 avril 1804).
Le Ier mai 1807 il quittait Créteil volontairement, pour venir prendre du ministère dans une des succursales de Paris dont le nom nous est inconnu (1).
Enfin le Ier septembre 1809 il fut nommé curé de Saulx-les- Chartreux (diocèse de Versailles) où il mourut le 16 février 1810 à 47 ans (2). Il fut inhumé le lendemain dans le cimetière de la paroisse.
Il nous plaît d’évoquer, en terminant, lesouvenird’Henri-Jean Milet, l’ancien diacre d’office de Saint-Hippolyte — un des détenus de Saint-Firmin comme Magnelin et Martin, et de plus, un martyr.
Il avait été arrêté le 18 août au collège de Navarre et occupait à Saint-Firmin la chambre n° 5 au 3e étage du bâtiment vieux. C’est là que se trouvaient encore le Ier mars 1793 divers objets lui ayant appartenu et dont on fit alors l’inventaire, à la requête de son frère et héritier, Pierre- André Milet, imprimeur, demeurant, 140, rue Saint-Jacques (3).
L’abbé Guillon croit pouvoir affirmer que le nom de Milet fut inscrit par erreur sur le registre civil des prêtres massacrés à Saint-Firmin le 3 septembre 1792 et il prétend savoir qu’on le fit évader (4).
Une assertion de ce genre, sans aucune preuve à l’appui et dénuée de toute précision, ne saurait infirmer l’autorité d’une pièce officielle comme l’attestation d’inventaire que nous avons signalée plus haut.
Voici, au surplus, d’après les actes de l’état civil reconstitué aux Archives de la Seine, un extrait de la liste des détenus de Saint-Firmin qui atteste la mort de Milet. Cet extrait se trou-
(1) Arch. Nat. Fis 963 et F1 2 3 4» 966.
(2) Voir l’acte de décès au registre des sépultures de la paroisse de Saulx-les-Chartreux (Seine-et-Oise).
(3) Arch. Nat. T 1458 (40 et 41’ vacation).
(4) Guillon, ouvrage cité, tome IV : voir la note de la page 81.
UNE fin" glorieuse 145
vait annexé à la minute d’un acte dressé le 24 avril 1793 par Me Dosne, notaire.
Extrait de la liste des prêtres réfractaires détenus à Saint-Firmain à Paris.
Le deux septembre (1) mil sept cent quatre-vingt-douze est mort le sieur Henry-Jean Millet, âgé de trente-deux ans, résidant ci-devant au collège de Navarre.
Collationné par moi commis en chef, garde des registres de l’état civil.
Signé: A. Perraud.
En présence de documents officiels semblables, on ne sera pas surpris que nous considérions Milet comme une des victimes des massacres de Saint-Firmin.
Ce n’est pas un simple disparu, c'est un martyr 1
(1) Celte date est inexacte. C’est le 3 septembre qu’eurent lieu les massacres de Saint-Firmin.