CHAPITRE II
AU COURS DES XIIIe ET XIVe SIÈCLES
Le plus ancien legs connu en faveur des curés de Saint-Hippolyte. — « Monseigneur Robert » premier prêtre de la paroisse dont le nom nous soit parvenu. — Résidences royales et seigneuriales sur les bords de la Bièvre au XIIIe siècle. — Les drapiers Quercitani, précurseurs des Gobelin. — Le curé Geoffroy Bernard. — Insécurité du bourg Saint-Marcel aux environs de 1360. — La terre de Reculette. — Le curé Guillaume Jausserand. — Importance documentaire des registres capitulaires de Saint-Marcel.
Il est pour la première fois question de la nouvelle paroisse, à l’occasion d’un legs de 26 deniers de rente annuelle fait par Bernard de Saint-Victor et sa femme Ameline aux curés de Saint-Martin et de Saint-Hippolyte. Encore ce legs ne leur est-il attribué, ce semble, qu’à raison de leur assistance à un service anniversaire fondé en l’église Saint-Marcel par les testateurs.
« Ego Michael, decanus et capitulum Sancti Marcelli Parisiensis notum facimus universis présentes litteras inspecturis quod defuncti Bernardus [de Sancto Victore] et Amelina uxor ejus pro anniversario in nostra ecclesia faciendo annuatim legaverunt nobis decem solidos de cremento census et presbiteris parochialibus Sancti Martini et Sancti Ypoliti XXVI denarios annuatim percipiendos in domibus suis in terrâ Sancti Mederici in vico novo. Parisius...
Cette fondation est antérieure au mois de décembre 1224, date à laquelle Bernard de Saint-Victor était déjà mort (1) et le
(1) Cartulaire et censier de Saint-Merry de Paris, conservé à la bibliothèque^ du Vatican, publié par C. Couderc dans les Mémoires de la Société de I Histoire de Paris, t. XVIII, p. 140.
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texte où elle est mentionnée est un acte du mois de mars 1225 (n. s.) par lequel le doyen et le chapitre de Saint-Marcel consentent aux chanoines de Saint-Merry une cession de 12 deniers de cens annuel, à raison du legs de Bernard et de sa femme Ameline (1).
Nous ignorerons toujours sans doute quels furent les desservants de la paroisse à cette époque lointaine.
Le premier membre du clergé de Saint-Hippolyte dont le nom nous soit parvenu est un prêtre du nom de Robert qui contresigne en décembre 1245 devant l’official de Paris un legs fait à l’Hôtel -Dieu par Thioud de Retelles de tous les biens meubles et immeubles qu’il possédera à son décès (2). Ce « Robert de Saint-Ypolite de Saint-Marcel » est sans doute le même dont l’abbé Drouyn a transcrit l’épitaphe (3) dans sa copie des inscriptions de l’église Saint-Marcel :
Cy gist Monseigneur Robert, jadis prestre de Saint-Hypolite. Priés que Dieu bonne mercy face à l’ame.
Le xme siècle ne nous fournit aucun autre document relatif à Saint-Hippolyte.
Le voisinage du couvent des Cordelières valut alors sans doute à la modeste église paroissiale de royales visites : celle de Saint Louis, celle de sa veuve la reine Marguerite ou de Blanche sa fille. Les bords de la Bièvre à Saint-Marcel, après avoir servi de nécropole à la rive gauche de Paris, commençaient d’ailleurs à être un faubourg de plaisance pour les princes de la cour et les hauts dignitaires ecclésiastiques. Devant l’orme voisin de Saint-Hippolyte (4) et qui fait penser à l’orme fameux de Saint-Gervais, on pouvait voir défiler les équipages d’illustres paroissiens, le comte de Saint-Paul (5) par
(1) Cartulaire de Saint-Merry, pp. 111-112.
(2) Archives de V Hôtel-Dieu de Paris , publiées par Léon Brièle, avec notice, appendice et tables par E. Coyecque, n° 506.
(3) Bibl. Nat. Mns. F. Fr. 22864, p. 107.
(4) « ulmum qui prope ecclesiam sancti ypoliti existit». Cette indication se trouve dans un acte passé en 1300 le samedy après la fête de sainte Marie-Madeleine par Richard Laisné, curé de Saint-Martin du cloitre Saint-Marcel qui donne à cens et à rente une maison sise à Saint-Marcel devant cet orme. (Arch. Nat. S 1925b, dossier 3).
(5) Acte devant l’official de Paris du lundy avant la Madeleine 1301 au sujet d’une maison de la rue de Bièvre tenant à celle du comte
Saint Paul (Arch. Nat. S 1925b, n° 26.)
exemple qui avait une maison rue de Bièvre (aujourd’hui rue des Gobelins), ou l’évêque d’Amiens (i) qui possédait une propriété même rue. Et peut-être lisait-on aussi d’illustres noms sur les « tombes taillées à la manière du XIIe et du xme siècle, » que l’abbé Lebeuf a vues encore de son temps « entre le chœur et le sanctuaire » de l’église Saint-Hippolyte (2). Mais sans doute n’était-il plus possible alors de déchiffrer les épitaphes, car aucune ne nous a été conservée par le docte historien du diocèse de Paris.
Avec le XIVe siècle, les documents relatifs à Saint-Hippolyte se présentent en plus grand nombre.
Ce sont d’abord des indications de, rentes ou fondations.
Par acte passé en 1304, le lundy après la fête de Saint-Vincent martyr, devant l’official de Paris, MM. de Saint-Marcel donnent à rente à Guillaume Sainthomme et à Marie sa femme, une maison sise rue de Bièvre en leur censive, tenant d’une part à celle d’Etienne de Cahors, d’autre part à celle de Nicolas de Bachou, chargée de 1 sol parisis de rente au curé de Saint- Hippolyte, ladite redevance payable à la Saint-Martin d’hiver (3).
Un autre acte passé le 29 may 1346 devant le prévôt de Paris concerne une maison avec jardin sise aussi rue de Bièvre, tenant d’une part à la maison des hoirs Guillaume le Barbier et d’autre part à la maison de Lubin de Caoure, chargée de 4 sols parisis de rente au curé de Saint-Hippolyte (4). Cette rente s’élevait à 8 sols parisis au 28 juin 1344, comme il paraît par un acte passé à cette . date, devant le prévôt de Paris (5).
La population du bourg Saint-Marcel ne cessait d’ailleurs de
(1) Acte devant le prévôt de Paris du jeudy après la Chandeleur 1324 (n. s.) au sujet d’une maison de la rue de Bièvre tenant à l’évêque d’Amiens... (Ârch. Nat. S 1925b, n» 27.)
(2) Lebeuf, édition Cocheris, t. II, p. 11.
(3) Arch. Nat. S 1925b, n” 1.
(4) Ibidem, n“ 13
(5) Ibidem , n» 14.
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croître et dès cette époque nous voyons apparaître un élément de prospérité qu’il est curieux de noter : l’industrie du drap. Au mois de janvier 1317 (n. s.), Philippe V accorde des lettres de naturalité à Berthelin Quercitani, à Jaquin Quercitani son frère, à Jacques Fava et à Colin Usimbardi, établis à Saint- Marcel-lez-Paris « et ibidem draperiam fieri facientes et operari ». Charles V confirme ces lettres en mai 1322 et Philippe VI fait de même en avril 1331 pour Jacques Fava (1). Les drapiers font pressentir les teinturiers; les frères Quercitani appellent les Gobelin.
Un compte de 1352 des collectes faites pour la cour de Rome nous apprend que Geoffroy Bernard était curé de Saint-Hippolyte au terme échu le Ier novembre 1351(2). C’est le plus ancien curé dont nous ayons pu retrouver le nom, car le titre de curé n’est pas donné au prêtre Robert dont nous avons cité plus haut l’épitaphe.
Si Geoffroy Bernard était encore en charge dans les années qui suivirent, il dut avoir bien à souffrir de l’insécurité du bourg Saint-Marcel en cette période si troublée. Cette insécurité était telle en 1356 et 1357 que les Mineures de Saint-Marcel furent contraintes de chercher un abri à Paris, fuyant devant les compagnies dont les tristes exploits, au dire du continuateur de Nangis, rappelaient ceux qui avaient rendu si redoutables les Brabançons du siècle précédent.
Ce fut bien pis en 1360, quand pour affamer les Anglais, le duc de Normandie brûla les faubourgs Saint-Marcel, Saint- Germain et Notre-Dame des Champs (3). L’église Saint-Hippolyte échappa sans doute à l’incendie, restreint apparemment aux cultures et aux approvisionnements : mais quelle ruine pour les paroissiens !
Cette année même, un prêtre du nom de Richard Prudhomme, par acte passé devant l’official de Paris, le vendredi après la fête de Saint-Pierre-ès-liens, léguait quatre sols parisis de
(1) Documents parisiens du règne de Philippe Vide Valois publiés par Jules Viard, t. I, p. 105, (Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile de France, années 1898-1899).
(2) Fouillés de la province de Sens, publiés par A. Longnon, p. 376.
(3) Etienne Marcel, par Perrens, p. 336.
SAINT-HIPPOLYTE
rente à l’église Saint-Hippolyte sur une maison lui appartenant grande rue Saint-Marcel, tenant d’une part à la maison du Plat d’ Etain, d’autre part à la maison de la Croix, à la charge d’un anniversaire à célébrer après sa mort tous les ans pour son âme et celle de ses père et mère (i).
Les archéologues, curieux de l’antiquité de certains vocables qui ont subsisté jusqu’à nos jours, aimeront à noter dans un bail du io mai 1378 que l’église Saint-Hippolyte touchait une redevance de 18 deniers parisis sur trois arpents de terre sis « à Reculette » (2). Il n’est pas indifférent de fixer de telles dates à l’heure où la pioche des démolisseurs va bientôt peutêtre jeter à bas les clôtures si resserrées du pittoresque passage des Recule ttes (3).
Il nous faut aller enfin jusqu’au 14 février 1393 (n. s.) pour trouver une nouvelle indication d’un curé de Saint-Hippolyte : Guillaume Jausserand. Le registre capitulaire de Notre-Dame pour cette époque nous le montre présent, audit jour, à la reconnaissance faite par un certain Jean Fabre d’une dette de 7 livres 8 sous et quelques deniers (4).
Avec le nom de Guillaume J ausserand se clôt la trop courte liste des mentions relatives à Saint-Hippolyte que nous ont fournies, pour les XIIIe et XIVe siècles, de longues recherches dans les cartons de la série S des Archives nationales. La rareté même des trouvailles les rend plus précieuses : aussi avons-nous consigné les moindres souvenirs de cette lointaine époque.
Les registres capitulaires de Saint-Marcel, dont la longue suite va du 17 août 1416 jusqu’à la période révolutionnaire sans presque aucune solution de continuité, faciliteront désormais singulièrement notre tâche. A tout le moins y trouverons-nous presque toujours l’indication des mutations de curés, le chapitre s’étant réservé, comme on l’a vu, le droit de présentation à la
(1) Arch. Nat. S 1927 a.
(2) Arch. Nat. S 1923a.
(3) Ce passage est une ruelle étroite et tortueuse — éclairée encore aujourd’hui par des quinquets — , qui fait communiquer la rue Croulebarbe et la rue Abel-Hovelacque. On lit sur le linteau de la porte d’entrée ces mots qui portent bien avec eux leur date : Respect à la loi et aux propriétés.
(4) Arch. Nat. LL 108a, fol. 69.
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cure de Saint-Hippolyte. Que d’intéressants détails recèlent d’ailleurs pour l’histoire du quartier Saint-Marcel et des diverses églises soumises à la collégiale, ces comptes rendus des séances du chapitre jusqu’ici trop inexplorés (i). Nous les signalons aux futurs historiens des paroisses de Villejuif, Vitry, Ivry, Asnières, Saint-Maurice-Charenton, etc... Ces registres sont vraiment une source de premier ordre pour l’histoire religieuse, civile, économique même, de l’ancien faubourg Saint-Marcel et de toute une partie de la banlieue sud de Paris pendant près de quatre siècles.
(1) M. Guiffrey (Jules) du moins les a utilisés avec un large profit pour l’étude sur les Gobelin, teinturiers en écarlate au faubourg Saint-Marcel, qu’il a publiée dans le volume XXXI des Mémoires de la Société d l’Histoire de Paris.