LA PAROISSE AU XV' SIÈCLE
Denis Saudubreuil (f 1422). — Premier conflit entre les archidiacres de Josas et le chapitre de Saint-Marcel. — Gobert de Rosières (1422-1432) : ses velléités d'indépendance. — Les Armagnacs saccagent le quartier. — Cancien Triboular (1434-1488) voit arriver les Gobelin sur la paroisse : fondations et épitaphes diverses relatives à des membres de cette famille. — Le curé Guillaume Bordier. — La chapelle de secours de Notre-Dame des Champs.
Le premier curé de Saint-Hippolyte dont le nom apparaisse dans les registres du chapitre de Saint-Marcel est Denis Saudubreuil. Il est mentionné avec cette qualité à la date du 8 juillet 1420 (1), et il y a lieu de penser qu’il était titulaire de la cure dès avant le mois d’août 1416, puisqu’il n’est pas question de sa nomination dans cet intervalle. Peut-être même sa nomination est-elle antérieure à un concordat passé le 8 août 1414 entre Me Guillaume Cardonnel, archidiacre de Josas et Me Jehan de Nanterre, doyen de Saint-Marcel (2). Dans ce cas il aurait succédé à un curé après le trépas duquel l’archidiacre se plaint d’avoir été frustré de ses droits par les chanoines de Saint-Marcel. L’archidiacre prétendait, à la mort de tout curé de son archidiaconé, avoir la garde de ses biens meubles, l’administration des biens et vases d’autel à lui confiés par les paroissiens et encore l’entretien du presbytère. Il prétendait aussi être autorise a prendre par ses mains ou par les exécuteurs ou héritiers du cure le meilleur lit fourni de draps possédé par le curé au jour de sa mort, avec un surplis et une aumusse et il revendiquait pareillement les oblations faites en l’église le jour des obsèques
(1) Arch. Nat. LL 551, f. 28.
(2) Arch. Nat. S 19462, f. 26 et 27.
LA PAROISSE AU XVe SIÈCLE
et jusqu’à l'arrivée du successeur du défunt. On convint qu’il serait établi deux parts égales, tine pour l’archidiacre et l’autre pour le doyen, tant qu’ils seraient l’un et l’autre en charge, sans préjudice des droits des archidiacres et doyens leurs successeurs.
Le 7 mars 1421 (n. s,), les chanoines de Saint-Marcel donnent à Denis Saudubreuil, contre une redevance annuelle de cinq sous parisis, une maisonnette avec jardin sise devant l’église Saint- Hippolyte, tenant d’une part à Jean Meulin et d’autre part aux héritiers de messire Denis Couppet (1).
Un acte du 12 juin même année passé devant Desportes et de Troyes, notaires au Châtelet de Paris, fait mention d’une rente de 5 sols parisis aux quatre termes, due pareillement à l’église d’Hippolyte sur une maison avec jardin rue de Bièvre, tenant d’une part à Gilles Veau et par derrière à Guillaume Bohaint (2).
Denis Saudubreuil venait de mourir, lorsque le chapitre présenta pour lui succéder le 2 avril 1422 (n. s.) Nicolas Le Crespe, du diocèse de Sens, ancien chapelain de l’autel de Saint-Marcel dans l’église collégiale (3). Mais Le Crespe résigna presque aussitôt en faveur de Gobert de Rosières, chapelain de Sainte- Madeleine à Saint-Marcel et Gobert de Rosières eut dès le 6 avril ses lettres de présentation pour la cure de Saint- Hippolyte.
Le 25 avril de l’année suivante, le nouveau curé, accompagné de son vicaire et de six paroissiens, venait humblement présenter ses excuses au chapitre pour avoir voulu s’opposer à ce que le doyen fît quelques jours auparavant la visite de son église et pour ne lui avoir donné ensuite aucune des marques de respect ordinaires en pareil cas. L’affaire n’eut pas de conséquence, mais c’est le premier incident connu d’une lutte qui se poursuivra pendant trois siècles avec des alternatives diverses de répit et de recrudescence.
Gobert de Rosières administra la paroisse pendant plus de
(1) Arçh. Nat. LL 551, f. 33. v».
(2) Arch. Nat. S 1925 b.
(3) Arch. Nat. LL 551, f. 41.
SAINT-HIPPOLYTE
dix ans. Il mourut dans les premiers jours d’octobre 1432 et le chanoine en tour de nommer désigna le 10 de ce mois, pour lui succéder, Louis de Grantrue, maître-es-arts, qui déclina cette offre (1). Le chapitre présenta alors le 24 octobre un autre candidat, du nom de Jean Colet (2). Il y a lieu de croire que cette nomination fut maintenue, puisqu’il n’est plus question de Saint-Hippolyte dans les comptes rendus des séances suivantes du chapitre. Toutefois nous n’avons trouvé aucun acte où Jean Colet paraisse en qualité de curé.
Moins d’un an après, les Armagnacs saccagaient Saint-Marcel et on ne peut douter que Saint-Hippolyte ait eu à souffrir de leur passage, quand on lit ces lignes du journal d’un bourgeois de Paris « ...Le vne jour de may 1433 vindrent les Arminalx à mynuit en la ville de Sainct-Marcel-lez-Paris et firent moult de maulx, car ils prindrent hommes, femmes et enfants, dont ils orent moult grand finance et ainsi eulx en allèrent, tuant, occiant, boutans feus en mostiers et à cette fois cuillirent moult grant proye qui moult greva Paris; car pour celle prinse enchery tout plus que devant (3) »
Des 1434, la cure de Saint-Hippolyte était occupée par Cancien Triboular (4), précédemment vicaire de Saint- Victor en l’église Saint-Marcel pendant six ans. Nous pouvons déduire la date approximative de sa nomination d’un texte des registres capitulaires du 17 avril 1479 (n- s.). En effet, dans la séance de ce jour, le chapitre faisant droit à une supplique de Cancien Triboular l’autorise à toucher sa part dans les distributions, même s’il n’a pu assister aux offices de l’église collégiale. Or, cette faveur lui est accordée à raison de son grand âge et de ses services comme curé de Saint-Hippolyte depuis quarante-cinq ans (5).
(1) Arch. Nat. LL 551, f. 99.
(2) Ibidem.
(3) Publié par Alex. Tuetey dans les Mémoires de la Société de l’histoire de Paris, 1881 (p. 294).
(4) Le nom est diversement orthographié suivant les textes : Triboillart, Tribouillard, Triboular.
(5) Arch. Nat. LL 552.
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Ce n’était pas, d’ailleurs, le premier avantage que Cancien Triboular eût retiré de ses bonnes relations avec le chapitre. Par contrat, passé le 14 février 1458 devant Regnard et son confrère, notaires, les chanoines lui avaient baillé à charge de deux deniers parisis de cens, plus un boisseau d’avoine avec la géline, le jardin du grand presbytère, rue des Marmouzets (1). Le presbytère lui-même, avec le jardin qui en dépend et un autre jardin attenant au presbytère, fut acquis suivant contrat passé par Philippes Sanson, devant Pinel, notaire au Châtelet, le 20 novembre 1480 : il était chargé de 8 deniers parisis de cens et de 12 sols parisis de rente envers le chapitre (2).
Au cours de sa longue administration, Cancien Triboular vit arriver sur sa paroisse une famille de teinturiers, dont la fortune devait prendre en peu d’années un prodigieux développement.
Le chef de cette famille, Jean Gobelin, était installé sur les bords de la Bièvre dès 1443. Le 23 août de cette année, il prenait en effet à rente de MM. de Saint-Marcel une maison à l’enseigne du Cygne, sise grande rue Saint-Marcel et aboutissant par derrière en la rue de Bièvre (3).
Puis, cette maison devenant sans doute trop étroite pour ses nombreux enfants, il y adjoignit le 19 janvier 1454 une maison contiguë, avec cour et jardin, sise rue Saint-Hippolyte. Le quartier général de la famille était donc dans le voisinage immédiat de l’église Saint-Hippolyte où furent inhumés plusieurs de ses membres (4) .
Jean Gobelin mourut à la fin de l’année 1475 ou dans les premiers jours de 1476. Son nom figure sur un obituaire de la paroisse dressé sous un des curés suivants, Eustache Savary, ainsi que le nom de trois de ses enfants : Philibert et Jean, qui furent chefs des deux branches principales des Gobelin et un autre Jean, chanoine de Saint-Marcel (5).
(1) Arch. Nat. S* 19481 2 3 4 5, f. 74.
(2) Arch. Nat. S 1931.
(3) Arch. Nat. S 1922a.
(4) Arch. Nat. S 1925 a.
(5) Bib. Nat. Mns. F. Fr. 11754. Cet obituaire est antérieur à l’année
SAINT-HIPPOLYTE
Nous avons été assez heureux dans nos recherches pour retrouver divers textes de fondations faites par des membres de la famille Gobelin. Nous les transcrirons ici, pour grouper sans préoccupation d’ordre chronologique tout ce qui a trait aux rapports de ces illustres teinturiers et de la paroisse Saint- Hippolyte.
La première fondation est celle de Jean, dit l’aîné, fils de l’auteur même de la dynastie.
[Item] ledit testateur laisse à l’œuvre et fabricque dudit sainct Ypolite trois livres tournois qu’il a droit de prendre chacun an sur une maison scituée aud. lieu de Sainct Marcel en la rue de Bièvre qui appartenait pour lors à Jaquette, fille de feu Jehan Aupas. Par ainsi que les marguilliers ,dud. lieu seront tenuz faire dire en ladéglise tous les mois une messe de Requiem par led. curé ou son vicaire pour l’atne dud. testateur...
> 11 se trouva toutefois que cette maison était déjà chargée d’une autre rente : aussi la fabrique reçut-elle en échange un titre de rente de la même somme, gagée sur une maison de Mahiet David, aussi rue de Bièvre. Ce fut l’objet d’une transaction passée le 3 novembre 1513, entre Catherine Langlois, veuve du testateur, Philibert Langlois, bourgeois de Paris, et Jean Gobelin, marchand teinturier, comme exécuteurs testamentaires d’une part et d’autre part les marguilliers de Saint-Hippolyte, François Canaye, marchand teinturier en écarlate, [Guillaume Barbier, Henry Pastoureau et Guillaume Lécuyer (1).
Un autre Jean Gobelin, teinturier, qui mourut sans héritiers le 25 janvier 1584 à l’âge de 43 ans, a laissé le souvenir d’un bienfaiteur insigne de la paroisse. Il avait fait don de son vivant à 1 église de Saint-Hippolyte de trois ornements complets de soie de damas et de taffetas, un blanc, un rouge et un noir, composes chacun de chasuble, tunique, dalmatiques, doubles parements et courtines. A lui seul, l’année qui précéda sa mort, il. avalt donné autant que le reste de la paroisse pour le prédicateur du carême. Aucun pauvre ne s’adressait en vain à sa
1561. Mais les curés successeurs d’Eustache Savarv v mentions de fondations plus récentes.
(1) Arch. Nat. S 3371.
ont ajouté diverses
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charité : aux indigents il donnait du pain, mais aux vieillards et aux malades de l’argent en place de pain. Dans la peste de 1580, il interrompit les travaux de la teinturerie, mais n’en paya pas moins le salaire accoutumé aux ouvriers condamnés à l’inaction.
Il avait épousé Madeleine Le Prestre qui lui survécut, comme aussi lui survécurent son père, Jean Gobelin, et un frère dont nous ne pouvons préciser le nom. Nous savons seulement que ce frère, son aîné de deux ans, avait le titre de secrétaire du roi et qu’il prit à sa mort la direction de la teinturerie.
Une copie du testament de ce Jean Gobelin, a été conservée dans le registre 20.309 du fonds français des manuscrits de la Bibliothèque Nationale (1). Nous en citerons quelques extraits.
In nomine Domini + amen. Jesus-Maria.
Cejourd’huy XXIVe janvier 1584, honorable homme sire Jehan Gobelin, le jeune, estant en son lit malade, toutefois sain d’entendement et pensée, a ordonné et fait testament et ordonnance de dernière volonté ainsy et en la forme comme il s’ensuyt.
...Item quand il plaira à Dieu faire la séparation de son âme d'avec le corps, qu’il soit ensépulturé en l’église de monsieur Saint- Hippolite prez et au lieu où sont ensépulturez sa mère, parents et amis.
Item veut avoir pour accompagner son corps en sa sépulture vingt prestres, le clerc avec M, le curé...
...Item veut trois services complets, chacun de vigiles, recommandations, trois haultes messes et treize basses, estre faicts en l’église S. Hippolite lieu de sa sépulture. Item a ordonné trois services solennels à perpétuité, chacun de vigiles, recommandations, trois haultes messes et libéra sur la fosse. Pourquoy faire il donne 3oo escuts. Desquels trois services, le premier sera le jour de son trespas, le 2e au mercredy de la saincte sepmaine et le 3e le lende main de S. Jehan-Baptiste. A chacun desquels services assisteront 10 prestres avec le curé...
Suivent les legs, parmi lesquels nous noterons :
A M. le curé de S. Hippolite 20 escuts, une robbe et un chapron.. .
(1) f. 250 et suiv. — A la suite du libellé du testament, le transcripteur a ajouté quelques notes biographiques sur ce Jean Gobelin. Nous sommes redevables de la connaissance de cette pièce à l’obligeance de M. J. Guiffrey qui noua l’a signalée.
SAINT-HIPPOLYTE
A Me Jehan Drouin, chappellain du testateur, 18 escuts.
Aux pauvres qui assisteront à son service, à chacun 12 d.
Aux pauvres de S. Marcel soit distribué par les mains de l’exécuteur 100 livres.
...Kt quant au reste de ses funérailles tant pour le luminaire que pour les aultres choses, il s’en rapporte du tout à la volonté et discrétion de honorable femme Magdelaine le Prestre, sa femme, laquelle il eslit exécutrice de ce testament, luy donnant pouvoir d accompter, augmenter et non diminuer ce présent testament, et veult le testateur que le don mutuel quia esté passé devant notaire entre luy et sa dicte femme sortisse son plain effet.
Lequel présent testament a esté reçu par nous Me Denys Perreau, curé de S. Hippolite et lui avons leu et releu de mot à mot et de point à point et a déclaré ledit testateur qu’il avait ce testament pour agréable, en signe de quoy il a signé le dict testament de sa propre main en présence de M« Jehan Drouin, prestre chappellain dudict testateur, etc...
Voici d’autre part un extrait d’un mémoire du 28 février 1708, présenté à l’official de Paris, pour obtenir réduction des fondations de Saint-Hippolyte (1).
[Plus] le vingt-six mars 1 586 la fondation faite par le testament de Philbert Goblin de trois services complets et solennels de chacun vigiles, recommand. 3 messes haultes qui doivent être dits le mercredy de la semaine sainte, le lendemain de la feste Saint Jean Baptiste et le vingt-quatre du mois de Janvier, le tout par chacun an, moyennant la somme de 90 livres une fois payé aux marguilliers, ainsy qu’il paroist par une épitaphe étant posé en lad. église ou il apert que laditte somme a été employée sans s’en expliquer autrement, ne sachant pas même quels sont lesdits fonds (2).
L’épitaphe dont il est parlé dans ce texte est sans doute celle qu’a en vue Dulaure lorsque, dans sa Nouvelle Description des curiosités de Paris, il signale à Saint-Hippolyte « à gauche, contre le mur de la nef, une longue épitaphe d’un Gobelin très considéré en son temps ».
Le même auteur a relevé une autre épitaphe en lettres go-
(1) Arch. Nat. Z t» 153.
(2) Il semble bien, à voir la concordance les dates entre les services indiqués dans
qui existe pour le nombre et ce texte et ceux dont il est
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thiques d’un Gobelin inhumé à Saint-Hippolyte, qui n’est pas autrement désigné dans les vers qui composent l’inscription (1):
Ici gist Gobelin, ains son corps seulement,
Car son esprit heureux est ore au firmament ;
Bien que la mort l’ait prins en la fleur de son âge, Si a-t-il accompli ce que Dieu veut de nous, L’aimant de tout son cœur et bienfaisant à tous. Peut-on d’un plus long vivre attendre davantage ?
Revenons au curé Cancien Triboular.
Le 21 octobre 1475, il reçoit le testament de Messire Nicole Nefflier, prêtre, maître es-arts, demeurant rue Saint-Hippolyte, dans une maison tenant d’une part à Guillaume Lefèvre, d’autre part à l’évêque de Thérouanne et par derrière aux héritiers de Robin Prévôt. Il est curieux de noter que ces lettres testamentaires sont « scellées en double queue et cire verte, comme il apparoit, du scel de la cure et église paroissial Monseigneur Saint-Ypolite aud. Saint-Marcel (2). » Ainsi la paroisse était assez indépendante du chapitre pour avoir son sceau particulier.
Dans un acte de vente du 20 novembre 1481, nous trouvons mention d’une rente de 4 sols parisis que l’église Saint-Hippolyte a droit de prendre sur un hôtel avec jardin, puits et dépendances, rue des Marmouzets, tenant d’une part au presbytère, de
question dans le testament cité plus haut, qu’il s’agisse ici seulement d’assurer la fondation faite par Jean Gobelin, le 24 janvierl584. Philbert serait-il le frère ainé survivant dont le nom ne figure pas dans la copie du testament reçu par le curé Denys Perreau ? On connait un Philibert Gobelin, mari de Jeanne Foubert, qui était fils aîné d’un Jean Gobelin et arrière-petit-fils du fondateur de la dynastie. Ce Philibert a le titre d e secrétaire du Roy le 6 août 1573 et il résigne sa fonction le 31 mars 1584, deux mois seulement après la mort de Jean Gobelin. Or, précisément, le frère du testateur était secrétaire du Roy et il succéda au défunt dans la direction de la teinturerie.
La perpétuité des prénoms de Philibert et de Jean dans la famille des Gobelin rend les identifications très difficiles.
(1) Edition 1775, pp. 328-329.
(2) Arch. Nat. S 1925 b. Acte du 31 juillet 1476 passé par Guillaume Delaporte, laboureur, exécuteur testamentaire de M“ Nefflier.
SAINT-HIPPOLYTE
l’autre aux héritiers de Guillaume Lefèvre ex aboutissant par derrière aux Poulies (i).
Vaincu par l’âge et les infirmités, Cancien Triboular dut un jour résigner sa cure de Saint-Hippolyte. C’était chose faite et depuis peu, au lundi saint de l’année 1488 (n. s.), date à laquelle le chapitre lui accordait de porter les insignes des chapelains de la collégiale Saint-Marcel, comme il les portait avant la résignation de sa cure (2).
Un an plus tard, Cancien Triboular mourait, léguant ses orgues à l’église collégiale, à charge par les marguilliers de faire célébrer un service, composé de trois hautes messes, dix messes basses et un vigile avec les recommandations (3) .
Il avait été curé de Saint-Hippolyte pendant plus d’un demi-siècle !
En faveur de qui avait résigné Cancien Triboular quand il se démit de ses fonctions en 1488? Les registres capitulaires ne contiennent aucune indication sur ce point.
Il nous faut aller jusqu’au 20 mars 1497 pour trouver le nom d’un nouveau titulaire de la cure de Saint-Hippolyte, Guillaume Bordier. A cette date Jehan Desbe, laboureur, vend en effet à la fabrique une encoignure contenant six toises de long sur trois pieds de large ou environ, contre soixante sols parisis représentant les arrérages de cinq ans d’un cens de douze sols que la fabrique avait droit de prendre sur un demi-arpent de vigne au lieu dit La Malmaison (4). Cette allée aboutissait à l’étable du curé Guillaume Bordier, dont le nom est ainsi mentionné dans l’acte de vente.
C’est sous Guillaume Bordier sans doute que furent commencés les travaux de reconstruction et d’agrandissement de l’église. D’après le Mémoire contre Bruté déjà cité (5), une chapelle Notre-Dame aurait été construite en 1497 à Saint-Hippo-
(1) Arch. Nat. S 1925 a.
(2) Arch. Nat. LL 553, f. 36,
(3) Ibidem , f. 44.
(4) Arch. Nat. S 3371.
(5) Mémoire contre Bruté, p. 102.
LA PAROISSE AU XVe SIÈCLE
lyte et quelques années après on aurait 'construit trois"autres chapelles et réparé les murs de l’église.
Une croix de pierre fut aussi élevée alors derrière^l’église, suivant la permission que les marguilliers de Saint-Hippolyte en reçurent du chapitre de Saint-Marcel le 3 février 1500 (n. s.) (1).
La petite église Saint-Hippolyte étaitdéjàd’autantplus insuffisante que le territoire de la paroisse comprenait alors une notable partie de ce qui est devenu le faubourg Saint-Jacques. On dut même dès ce temps autoriser les paroissiens les plus éloignés à fréquenter une sorte de chapelle de secours consacrée d’abord sous le vocable de la Sainte-Trinité et vouée ensuite à Notre-Dame, d’où le nom de Notre-Dame des Champs donné à cette région. Deux articles d’un compte de 1497 prouvent que les paroissiens de Saint-Hippolyte faisaient des offrandes et des oblations dans cette chapelle et que le curé et la fabrique en avaient le profit.
« Le premier est de 6 livres 8 sols. C’est une recette de ce qui s’est trouvé dans la boete de Notre-Dame-des-Champs depuis Pâques jusqu’au jour de Saint-Marcel.
« L’article 2 est de 5 livres rapportées de la même boete le vendredi béni » (2).
Un siècle, un long siècle encore pendant lequel les habitants ne cesseront de se multiplier dans cette partie du territoire de Saint-Hippolyte et un démembrement douloureux, mais nécessaire, sera opéré.
Chapelle de secours, église succursale, paroisse autonome, voilà les trois étapes à parcourir. Nous sommes encore à la première.
(1) Arch. Nat. LL 553 f. 119.
(2) Mémoire contre Brute, p. 127.