CHAPITRE IV
Ses démêlés avec le chapitre. — Il agrandit et reconstruit l'église. — Achat du petit presbytère. — Un précieux obituaire. — Premières confréries. — Nouveaux iconoclastes.
Le successeur de Guillaume Bordier, Eustache Savary, occupe une place d’honneur dans la série des curés de Saint-Hippolyte, tant par la durée de son administration — un demi-siècle comme Cancien Triboular — que par sa féconde activité.
A vrai dire il semble qu’il ait apporté quelque tergiversation au début à accepter la cure de Saint-Hippolyte, devenue vacante en août 1508 par le décès de Guillaume Bordier. Cette expectative fut cause sans doute que le chapitre présenta un autre candidat, un certain Jean Mallabry, qui obtint ses lettres de collation le 6 septembre et prit possession le lendemain (1) . Le chapitre avait profité avec d’autant plus de hâte de l’hésitation d’Eustache Savary qu’il ne l’avait pas choisi librement : dès le 6 mars 1508, Eustache Savary avait en effet présenté aux chanoines des lettres apostoliques leur enjoignant de l’envoyer en possession du premier bénéfice à leur nomination qui viendrait à vaquer (2) .
Un long procès s’ensuivit, pendant lequel le chapitre fit admi-
(1) Arch. Nat. L 422. Mémoire pour « discrète personne maistre Jehan Maillabry, maistre es ars, escolier estudient en l’Université de Paris », défendeur, « contre Eustace Savary demandeur et complaignant en cas de saisine et de nouvelleté pour raison de la possession et jouissance de l’œuvre et église paroissiale de Saint Ypolite en la ville Sainct Marcel lez Paris, ...profits, revenues et esmolumens à icelle appartenans. »
(2) Arch. Nat. LL 553, f. 175.
nistrer pour son compte au temporel la cure de Saint-Hippolyte par Nicolas Régnault (1) . Enfin, après trois ans, Eustache Savary obtint la reconnaissance définitive de son droit et c’est seulement le 6 octobre 15 11 que nous le voyons acquitter au chapitre son don de bonne arrivée, une taxe de deux écus (2).
Les rapports d’ Eustache Savary et du chapitre devaient encore être troublés dans la suite. Nous trouvons en effet dans l’Inventaire des archives de Saint-Marcel (3), l’indication de procedures relatives a un autre procès qui les mit aux prises pendant quinze ans, de 1525 à 1540. Eustache Savary, ayant été privé par le chapitre de certaines distributions, avait fait appel et obtenu gain de cause devant l’officialité de Paris (4). Le chapitre porta la contestation devant l’archevêque de Sens, métropolitain de 1 évêché de Paris, qui donna pleins pouvoirs à Mes Brachet et Verius, conseillers au Parlement. Par leur sentence rendue le 5 juin 1540, ils maintinrent le chapitre dans ses droits, en ce qui concerne la distribution des méréaux et la punition des chapelains qui négligeraient l’assistance aux offices de la collégiale. Eustache Savary fut condamné aux dépens.
Les curés de Saint-Hippolyte profitèrent si bien de la leçon que nous n aurons plus pendant près d’un siècle à enregistrer de semblables démêlés.
La reconstruction de l’église, commencée sous Guillaume Bordier, fut le grand œuvre d’Eustache Savary. Deux textes nous apportent à ce sujet d’intéressants détails.
C’est d’abord une délibération du chapitre de Saint-Marcel en date du 29 juillet 1521. Les chanoines ayant égard à la supplique qui leur a été présentée par le curé et les marguilliers de Saint-Hippolyte et considérant que cette église est leur fille et dépend de leur propre collégiale, autorisent lesdits curé et marguilliers à agrandir leur église par derrière et leur font donation
(1) Arch. Nat. LL 554, f. 8.
(2) Arch. Nat. LL E54, f. 24.
(B) Arch. Nat. LL 582, p.. 43.
(4) Arch. Nat. S 1931.
SAINT-HIPPOLYTE
à cet effet d’un terrain de six toises et demie de long sur deux toises de large (i).
Le second texte a été relevé par M. Coyecque dans les registres de Catherin Fardeau, notaire. C’est un marché conclu le 5 mars 1544 entre Pierre La Grippe, voyer de Notre-Dame de Paris et tailleur de pierre rue « Quiquetonne », et la fabrique de l’église Saint-Hippolyte à Saint-Marcel, représentée par Jean Gobelin, teinturier, Jacques Macé, Jean Nicolas et Thomas Cordier, pour « faire de sondict métier de maçon et peine d'ouvriers et aydes tant seullement, toute la maçonnerie qui reste à parachever du comble, allées et chapelles qui sont encommancez de neuf tant seullement en lad. église... et fournir par chascune sepmaine six (un blanc) sans les aydes qu’il conviendra pour ce faire, et commander à ce faire dedans quinze jours... aupris de soixante solz tournois chascune toise desd. ouvraiges, faictz et parfaitzs, taillez et assis, tezée aux us et coustumes de Paris, de peine d’ouvriers et aydes seullement, tant pour la taille que pour la maçonnerie, que lesd. marguilliers luy seront tenuz payer par chascune sepmaine dix livres tournois,... à commancer... le samedi paravant ledymanchede la my caresme... et pour ce faire seront tenuz lesd. marguilliers le fournir de toutes matières, estophes, escharfaulx et autres matières qu'il conviendra pour ce faire et lesquelz ouvraiges ledict La Grippe promect... de faire... suyvant le plan d’icelle besongne qui ja est encommancé sans qu’il soit aucune chose toizé de ce qui ja est faict... (2). »
(1) Arch. Nat. LL 551.
(2) Recueil d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris et de ses environs au XVI ■ siècle, publié par M. Coyecque, N° 2889. On trouve dans le même recueil l’indication de cinq autres pièces qui intéressent notre paroisse :
N° 1579. — Testament dn 30 juillet 1540, de Benoît Noël, teinturier : lieu de sépulture, l’église St-Hippolyte.
N» 2200. — Délivrance à la fabrique de St-Hippolyte, représentée par Jacques Gobelin, teinturier, Jean More, parcheminier, Jean Tirouin, tavernier, et Didier Charles, maçon, d’une rente de 8 s. p. constituée par testament du 12 août 1540 de Guillaume Barbier, carrier, sur une maison grande rue St-Marcel, à l’image de Saint Jean-Baptiste, à charge d’une messe basse le jour de Saint-Fiacre, anniversaire de la mort dudit testateur.
N° 2836. —Reçu parla fabrique de St-Hippolyte, représentée par Jacques Gobelin, teinturier en écarlate, Jean Nicolas et Jacques Macé, de 6 1. 1 s. 10 d. t. dont une partie est affectée au rachat d’une rente de 6 s. p. léguée
Les travaux se poursuivaient encore et le chœur était inachevé à la mort d’Eustache Savary, car voici ce que nous lisons dans un codicille de son testament en date du 21 novembre 1560.
Et pour ce que de présen. ladite église Sainct Ypolitte a grand besoing de réparations, mesmement de faire parachever le cœur d’icelle, accorde ledict Savaris que par les mains de susdictz exécuteurs ou l’un d’eux soyt employé de la dite somme [600 livres tournois], audict cœur d’église et pour le parachèvement d’iceluy, jusques à la somme de trois cens livres tournois, si bon semble aulx marguilliers et paroissiens de la dite paroisse... (1).
La sollicitude d’ Eustache Savary ne se bornait pas à la reconstruction de l’église. L’achat du petit presbytère eut lieu sous son administration. C’était une maison contenant deux corps d’hôtel, cour au milieu, jardin derrière, située rue Saint-Hippolyte au chevet de l’église. L’acquisition en fut faite le 3 octobre 1520 par Jean Canaye, Guillaume Lescuyer et Pierre Normant, marguilliers, de Guillaume Courcelat, natif de Saint-Marcel, « valet de chambre de la comtesse de Sanneterre en Espagne, fils de Nicolas Courcelat, en son vivant foulon de draps, demeurant audit Saint-Marcel » (2). Le petit presbytère était affecté au clergé de la paroisse, le grand presbytère étant spécialement réservé au curé.
à la dite église par Colette Cadou sur une maison sise rue de Copeaux, près la porte Bordellcs. (12 Janvier 1544).
N» 3190. —Titre nouvel au profit de la fabrique de St-Ilippolyte pour une rente de 8 s. p. grevant une maison avec cour et jardin, grande rue St-Marcel, à l’enseigne de la Corne de Cerf , contiguë d’un côté à la veuve de Jean Gobelin et aboutissant à la Reine Blanche, (24 avril 1544).
N° 3225. — Titre nouvel relatifà une rente de 41. t. à laquelle la fabrique de S.t-Hippolyte a droit, par transport de François Gobelin, teinturier, sur une maison sise rue de Loürcines. (2 juillet 1544).
Les Marguilliers de Saint-Hippolyte avaient aussi droit à diverses rentes sur plusieurs maisons situées devant la porte de l’abbaye des Cordelières. Ils furent obligés d’en recevoir le rachat, par sentence du 20 décembre 1544 du prévôt de Paris. (Arch. Nat. S 4675).
Nous nous abstiendrons généralement désormais de noter les textes qui signalent des rentes dues à la fabrique de Saint-Hippolyte sur des immeubles du quartier. Il nous a paru toutefois utile de les indiquer jusqu’ici, à raison de leur ancienneté et de leur petit nombre.
(1) Arch. Nat. S 3371.
SAINT-HIPPOLYTE
C’est aussi Eustache Savary qui fit dresser l’obituaire de Saint- Hippoly te, conservé au Département des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale sous le numéro 11754 du Fonds Français (1) En voici le titre complet : « Ce -présent livre a esté faict des deniers et du vivant de Me Eustache Savari curé de l’église monsieur Saind-Hippolyte et scaint Marcel lez Paris pour estrebaillê et mis entre les mains des curés qui seront après luy, affin qu’ils soient instruictz tant des fondations qu’il y a faictes à ladicte église que aussi des biens immeubles, deniers et meubles, qu’ilz a donnés et assignez à la fabrique de ladicte église, pour satisfaire aux curez et prebstres qui feront lesdictz services et fondations. »
Les feuillets 65 à 72 nous donnent l’ordre du service divin « qui ce faict au long de l’an, en l’église parrochial Monsieur Saint-Ypolite ». Cette addition est particulièrement intéressante par son objet même et aussi par les indications de confréries que nous pouvons y relever :
Confrérie et autel de Saint-Vincent , pour les vignerons. Confrérie de Saint-Paul.
Confrérie de Saint-Michel, pour les tondeurs.
Confrérie de Saint-Maurice, pour les teinturiers.
Confrérie de dévotion de Notre-Dame. (Fête patronale : la Nativité de Marie, le 8 septembre.)
Le 13 mars était alors le jour de la Dédicace de l’église Saint- Hippolyte (2).
(1) Parchemin, 85 feuillets. Le texte de l’obituaire a été publié en résumé par Aug. Molinier dans les Obituaires de la province de Sens (p. 855).
Nous avons déjà fait observer que cet obituaire a été tenu à jour pendant quelque temps par les successeurs d’Eustache Savary.
Les fondations qui y sont mentionnées intéressent les familles dont les noms suivent et fixent ainsi le souvenir des plus anciens bienfaiteurs ou paroissiens notables de St-Hippolyte :
Aubert, Ballichou, Barbier, Basin, Belletière, Berthoys, Boisseau, Bonnet, Boutilier, Bouhourt, Canaye, Chevalier, Cocqueterre, Collet, Dauvergne, David, Debeaune, Delanoe, Delaporte, De la Royne, De la Savignie, Dubuz, Frère, Fuchière, Gardenlorge, Gobelin, Grospermy, Hersant, Huet, Le Painctre, Lescuyer, Lesueur, de Loingtieng, Louvet, Marchant, Mariette, Mascon, Maucousteaux, Milles, Mouligniau, Nefflier, Niquet, Oudin, Paulmier, Picart, Pommelle, Toubeau, Touppet, Triboular, Valençon, Vigner, Vincent.
(2) Plus tard, ce fut le 27 avril et la solennité se célébrait le dimanche libre le plus rapproché de cette date. [Almanach spirituel de 1771, iv" dimanche après Pâques.)
Les dernières années d’ Eustache Savary furent attristées par l’apparition de la Réforme Protestante dans la ville de Saint- Marcel. Il ne vécut pas assez pour être témoin des scènes de
l’église saint-hippolyte réédifiée au XVIe SIÈCLE
(. D'après un dessin provenant de V ancienne collection Vivenel.)
carnage qui ensanglantèrent la maison du Patriarche et l’église Saint-Médard dans la journée du 27 décembre 1561. Mais dès 1560 les calvinistes s’étaient enhardis jusqu’à briser une image de Notre-Seigneur qui se trouvait au-dessus de la porte de la Maladrerie Saint-Valère, rue de Lourcine. Une procession de réparation fut ordonnée par l’évêque de Paris, Eustache du Bellay et le clergé de Saint-Hippolyte y assista avec le clergé de Saint-Médard. L’image brisée fut d’ailleurs remplacée aussitôt,
SAINT-HIPPOLYTE
par les soins de Jean Marcau, chantre et chanoine de Notre- Dame (1).
Cependant, averti par l’âge et la maladie, Eustache Savary avait résigné sa cure en faveur d’un de ses parents, Jean Savary, que nous en voyons titulaire dès le 21 octobre 1560 (2). Il mourut quelques semaines plus tard — le ,25 novembre sans doute — et fut inhumé dans l’église paroissiale.
Son testament avait été reçu le 3 octobre 1560 par Fardeau et Cartault, notaires à Paris, et complété par un codicille en date du 21 novembre. Délivrance en fut faite le 25 décembre par les exécuteurs testamentaires, Jean Gobelin, Jean Canaye et François Gobelin, suivant acte passé devant Me Périer (3).
Eustache Savary léguait à la fabrique une maison sise rue de la Licorne, en la Cité, à l’enseigne de T image Notre-Dame (4).
Il faisait donation à l’église « d’un calice garny de sa platine, deux buyrettes et une boiste servant à mettre le pain à chanter, le tout d’argent doré pesant lesdits calice et platine 6 mars une once, les deux buyrettes, trois marcs et ladite boiste, le couvercle de laquelle sert de paix, 1 marc 2 onces — et ung corporalier couvert d’or, etc... »
Il léguait enfin à Jean Savary et aux curés ses successeurs trois arpents de vignes en la censive de Saint-Marcel, un au lieu dit les Hautes Cerisaies et les deux autres au lieu appelé Bras de fer.
(1) Piganiol de la Force: Description historique de la Ville de Paris et de ses environs (1765), tome V, p. 230.
(2) Arch. Nat. LL 558. fol. 177 et 180.
(3) Arch. Nat. S 3371.
(4) Cette maison avait fait l’objet d’une première donation le 4 janvier 1542. Nous lisons en effet au registre des Insinuations du Châtelet (Arch. Nat. Y 87, fol. 323 v») que Eustache Savaris, curé de Saint-Hipppolyte à Saint-Marcel-lez-Paris, fait donation à Perrette Fourquette, veuve de Valentin Santerre, d’une maison à Paris en la Cité, rue de la Licorne derrière l’église de la Madeleine, à l’enseigne de V Image de Notre-Dame « aboutissant par derrière à l’ostel où pend pour enseigne la. Ratière, ladite donation faite par ledit Savaris pour accomplir les dernières volontés de sa mère en récompense des bons et agréables services à elle rendus pendant sa vieillesse par Perrette Fourquette. »