SCÈNE XIII
Les mêmes ; BROWN, WILLIAM (vétu burlesquement, de grands pantalons el un gros gilet d’éloffe, un bonnet rouge, elc.)
BROWN ({irant William par le bras).
Mais venez donc.... Cé vous être sec comme ça. WILLIAM (se débaltant).
Laissez-moi, vous dis-je.
JOSEPH
Mais que diantre ! (à Louis) C’est ton garçon! Je parie que c’est encore quelque tour de son ami... (Riant) Ha! ha! ha!..,. le mâtin est assez farceur. ...
BE ns
WILLIAM (à part).
Mille diables! Malvina qui me voit dans ces maudits habits !
BROWN
Jé voulé emmener loui faire la tour de Ja village... But cé loui né vouloir pas pour oune diable.
WILLIAM (se débatlant toujours).
Brown... my friend, if you please... , Mais voyez donc ce que c'est que l'habit, dites donc. Il ne paraît pas mieux que nous tous comme cela. WILLIAM (voulant s’en aller).
De grâce ! Brown.
BROWN (/e relenanl).
Halte là!.... Mais qué diable! cé vous bien comme ça ! cé vous paraître jouste comme oune bonne grosse habitaaie.
WILLIAM
Mlle Malvina, excusez l'habit, s’il vous plaît.
MALVINA
Eh ! pourquoi donc ? Il vous va à merveille.
BROWN
Cé cé qué jé dis, à vermeille.... (à William) Vénez faire oune petite tour.
WILLIAM ( fâché).
Brown !.... (S’échappant brusquement ) Laissez-moi aller. BROWN (surpris).
Ah! cé vous être encore fâché ?.... (Lui frappant sur lépaule.) Là.... là.... là... Vous diré toujours à moû qué vous ennouyer.... Eh bien! cé moû vouloir désennouyer vous, et vous né voulez pas.
WILLIAM (à part).
J’étouffe !....
BROWN
Oh! moû oublie de dire à vous. Cé moà invité beaucoup de vos amis ; ils vont vénir bientôt.... nous allons attendre eux ici,
WILLIAM (vivement). | Qui cela ?
BROWN
Oune peiite boxsiou.... pouis oune violon... Ah! vous | allez voir... Nous danser comme des damnés. | |
WicziaM (vivement et avec impatience).
| Ah! «
| BROWN. 4 Joustement.... les voilà. |
er | SCÈNE XIV. | I
Les mêmes; BAPTISTE, Vizcacxois et ViLLAGEOISES, | È (parmi lesquels Un Bossu el UN Musicien). |
BROWN (les recevant). “ Ah! bon! Cé mon ami et moû bien contents dé voir (à vous. Venez, mes bons amis, approchez. (à Willium) Donnez la main à vos amis. | WILLIAM. | Brown, vous me paierez ce tour-là. | Brown (aux villageois). | Mon bon ami William éprouvé oune grand satisfacchon de voir vous.
WILLIAM (à part). 3 À ‘ Gueux d’Anglais !
BROWN. {\ Cé habillé loui pour lé circonstance.
WILLIAM (à part). | Exécrable farceur !
| BROWN
Il voulé absoloument aller au-devant dé vous; loui si ‘pressé dé voir vous.
WILLIAM (à part). Oh ! le pendard !
En Le Bossu (donnant la main à William).
Bonjour, mon Guillot ! Chez vous sont ben t’jours? Mais c’est curieux Ça ; ils m’disaient qu’tété si fiar. T’v'là habillé comme nous autres.... pis quand même. (Les villageuts donnent la main à William.)
BROWN (aux villageois).
Messieurs, cé moû avoir lé honor dé présenter à vous mon sœur, qui parlé français presqu’aussi ben qué mo. (Malvina salue les villageois.) Oh! donnez le main, donnez le main. Pas avoir honte. Cé 16 sœur à moâ. Cé bientôt avoir lé plaisir de devenir habitante comme vous autres... Bonne pour tirer de vaches, et moi aussi. Et pouis mon grand ami va vénir aussi, jé croûs. Voyez, il a déjà pris 16 costioume.
LE BossU (à William).
Quoi ! vas-tu venir encôre toucher les bœufs ? (Criant.) Aïe ! aïe! Rougé, Caillé!..., WILLIAM (à part).
Oh ! que je fais de mauvais sang!
LE BOSSU
Tu t'en acquittais pas mal; maïs quoiqu’ça, j'te bittais, quand même. T’souviens-tu du temps qu’tu m’coupais ma raie ? (à Bapliste.) Mais dis donc, toé qui m’disais qu’il l'avait mal r'çu!.... T'as eu la barlue, j’cré.
BAPTISTE
Ah! bon! Tu n’taparçois pas !.... N'importe, j’sé c’que j'sé, mille framboises ! (Ofrant un mouchoir à William.) Il est nette, n’gènez-vous pas.
JosEPH (à Bapliste).
Pourquoi ce mouchoir ?
BAPTISTE (4 Wülliam).
C’est pour vous essuyer les mains, M. Gouliamme, hem ! (Il fait un salut burlesque).
WILLIAM (à part).
Misérable bouffon !
cs À == BROWN (à Malvina).
Voyons, la main. (Malvina donne la main aux villageois.) LE BOSSU.
C’est-i game un peu, c’tte d’moiselle Manivella. C6 pas pus fièreuse qu’nous autres.
BAPTISTE
‘Son frère non plus.
LE BOSSU
Ah! pour ça, non.... Cé d’bonnes gens tout d’bon, quand même.
BAPTISTE
C’est-i dommage que Ça saie protestant !
LE BOSSU
Chut!.... Qué qu’ça fait, ça! Cé du fanatisse, comme disent les grosses gens.
BAPTISTE
Oui, mais t’sés ben que l’eatéchisse....
LE BOSSU
Ah ! tais-toi donc avé ton catéchisse. T’és seulement pas capable de comprendre un mystère.... Pis, ça nous r’gârde pas, quand même.
JoSEPH (à Malvina).
Monsieur votre frère est un gaillard qui aime le plaisir. BROWN. Eh ! cé nous venir exprès pour ça, vous savez, Oh! sans doute, sans doute. Divertissez-vous autant qu’il vous plaira. Ça me fait plaisir. Vous avezun musicien ?... MALVINA.
En effet... Oh! Mlle Flore, nous allons danser..., Je suis passionnée pour la musique et la danse.
FLORE, Je l’aime bien aussi, je vous jure.
MALVINA
Monsieur le musicien, une valse, s’il vous plaît. Allons, M. William, faites donc un peu le galant.
L] WILLIAM
Je prie mademoiselle de m’excuser. Je ne saurais danser dans cet accoutrement.
MALVINA
Vous êtes très bien.... Venez donc. (Elle prend William par la main. — Au musicien.) Vous savez jouer la valse ?
LE MUSICIEN
La vasse ? Non, mademoiselle.
MALYVINA.
Eh bien ! alors, ayez la bonté de jouer une polka. LE MUSICIEN.
J’n’en sais pas, mam'selle.
BROWN
Jouez le galope. (Chantant et dansant.) Tum... titi... tum...titic.s tUMoeso titisse tum..s Hein? Cé vous savoir ?
LE MUSICIEN
Non, monsieur. (Wälliam retire sa main de celle de Malvina.)
Eh bien! n’importe.... jouez ce que vous savez.
LE MUSICIEN
J’sés l’jack-de-gris, le mistigris, l’ostination. MALVINA.
Vous ne savez pas de quadrilles ?
LE MUSICIEN
Ben dam !...,. C’est p’têtre c’que j’appelons des cassereels.
MALVINA
Oh ! non.
BROWN
Moë, jé souis pour lé strathspey.
LE MUSICIEN
J’connaissons pas l’estropié, monsieur.
BROWN
Eh bien donc ! oune reel.
oo 0
LE MUSICIEN
Oh! le ri, c’est mon fort ; le ri et la gigue. (Le mwsicien mel son violon d'accord et prélude à la campagnarde.) Un ri? BROWN.
S'il vous plaît, (Le musicien joue à la campagnarde, sans que l’on danse.) Oh! c’est bon, cé famoux reel. A présent, oune jig.
LE MUSICIEN
Eune gigue ? Voici, monsieur. (Il joue le méme air.) BROWN.
Cé être bien beau ; mais jé trouvé qué cette jig ressemblé beaucoupe au reel.
LE MUSICIEN
Oui, monsieur, ils sont frère et sœur. Oh ! j'avais oublié d’vous dire que j’vous envoie aussi l’cotillon aussi ben qu’les musiciens d’la ville.
BROWN
Voyons. (Le musicien joue le même air.) C’est quiourioux
ça, comme cet air-là ressemble aux deux autres. LE MUSICIEN.
Oh ! pardine, monsieur, il n’y a que l’nom qui fait la différence.
BROWN
Oui, jé croâs m'en apercevoir. Eh bien ! jouez lé prémier. LE MUSICIEN.
Ah! bon.... Un ri, n’est-ce pas? (I{ joue ; l'on danse. Baptiste danse avec Flore. Broivn veut faire danser William, gui ne veut pas. Enfin Brown danse avec Malvina. Le bossu el autres dansent.
WILLIAM (à part).
Bande de butors! (I! sort aussitôt qu'on a commencé à
danser.)