UNE RENCONTRE AUX EAUX DE SPA
Les romanciers ont d'imprescriptibles privilèges sans lesquels leur métier serait, je vous le jure, le plus impossible et le plus décourageant de tous les métiers.
Les lois de l'espace et du temps n'existent pas pour eux.
Ils peuvent enfourcher à leur gré l'hippogriffe de la fantaisie, franchir en quelques pages ou même en quelques lignes des semaines, des mois, des années, — de l'enfant faire un vieillard, — quitter Paris pour la Chine, et les grandes Indes pour Londres ou Berlin.
Nous allons user de ce droit et transporter nos lecteurs en Belgique, aux eaux de Spa, dans le courant du mois «l'août de l'année 1836, sept ans à peu près, par conséquent, après le jugement et la condamnation de Georges de Com marin.
UXK PASi?ION 2'io
Tous les gens de vie confortable et de haute élégance connaissent l'établissement thermal que nous venons de nommer, et l'ont pratiqué plus ou moins. — Une description, môme sommaire, serait donc parfaitement superflue et nous nous abstiendrons.
La saison était brillante. — Les millionnaires de toute l'Europe semblaient s'être donné rendez-vous à Spa. Les hôtels et les maisons particulières regorgeaient de monde. Les bals et les concerts se succédaient sans relâche, à la grande joie des dilettanti et des jolies femmes qui trouvaient à se rassasier de musique et de danse.
Presque toujours, dans les réunions nombreuses et composées d'éléments hétérogènes, il se rencontre un personnage qui, à un titre quelconque, fait plus particulièrement sensation et concentre sur lui l'attention générale.
Ce personnage est tantôt un écrivain célèbre ou un grand artiste, — tantôt un dandy marchant avec plus ou moins de bonheur sur les traces du comte d'Orsay ou de l'inimitable Brummel, — tantôt un homme de beaucoup d'esprit, — tantôt un eccentricman, comme on dit en Angleterre.
Nous devons ajouter que parfois la foule s'exagère singulièrement les qualités et les mérites de celui dont elle fait son favori, et à qui elle décerne pour quelques semaines le sceptre fragile de la popularité et l'éphémère royauté de la mode.
Le héros de la saison, à Spa, en 1836, était un Français et s'appelait Georges de Bracieux. — On
ne parlait que de lui et ses moindres actions excitaient l'enthousiasme universel.
Voici quels étaient les titres de M. de Bracieux à la faveur générale dont il jouissait sans conteste :
Sa beauté remarquable, et surtout étrange, attirait d'abord et captivait le regard.
Quoique évidemment il fût jeune encore, il paraissait difficile ou même impossible de lui donner un âge précis. — Ses cheveux bruns et mollement ondulés étaient non pas grisonnants, mais entremêlés çà et là de mèches d'une éclatante blancheur. — Parfois une ride profonde sillonnait son front, et parfois aussi cette ride disparaissait absolument.
Les yeux de M. de Bracieux, très-grands et trèsnoirs, éclairaient en quelque sorte son visage régulier et d'une pâleur d'ivoire. — Ils offraient une expression multiple et changeante comme les aspects de la mer. — Souvent mélancoliques et rêveurs, — souvent étincelants d'un feu bizarre, — ils avaient à certaines heures le regard sombre et morne d'un homme qui est descendu tout vivant //ans les profondeurs de l'en fer, — ainsi que les femmes italiennes le disaient à leurs enfants épouvantés en i' gardant passer le Dante.
La 1 che, tantôl entrouverte par un sourire plein
de grâce el de bienveillance, tantôt contractée par nu retins .uni [■ el sardonique, disparaissait a demi sous des moustaches longues et soyeuses.
Ces vives et bizarres oppositions, qui frappaient
l'observateur dans le visage du lion de Spa, se retrouvaient dans son caractère.
On avait vu M. de Bracieux, en proie sans doute à de passagers accès de spleen, passer plusieurs jours sans franchir le seuil du chalet délicieux dont il faisait sa résidence, et sans y vouloir admettre un seul visiteur, puis, aussitôt après, se livrer au plaisir avec une infatigable ardeur et devenir l'âme de toutes les fêtes et de toutes les parties.
Peut-être cette gaieté bruyante, nerveuse, toute en dehors, ressemblait-elle beaucoup à la joie factice et fiévreuse de l'homme désespéré qui veut s'étourdir, et qui demande au vin de Champagne l'oubli des larmes et le don du rire; — mais la foule enchantée ne se préoccupait point de savoir si le masque souriant cachait un visage morne...
Qu'importe à la foule?...
Quand on l'occupe, c'est assez.
Personne ne connaissait la fortune de M. de Bracieux, mais cette fortune devait être énorme, à en juger du moins par le luxe quasi-princier du Français, par ses libéralités fastueuses et par les sommes considérables qu'il répandait en bienfaits autour de lui.
M. de Bracieux avait à Spa huit chevaux de la plus grande beauté, et un état de maison à l'avenant.
Ses domestiques ne portaient pas la livrée. — Ils étaient uniformément vêtus de noir, et lui-même ne quittait jamais le grand deuil, ce qui d'ailleurs ne nuisait en rien à son élégance.
On racontait de lui des traits de prodigalité touchant presque à la folie.
Un soir, — ayant jeté une poignée de pièces d'or sur le tapis vert de la roulette, — il gagna vingt mille francs.
Peut-être allait-il continuer et risquer ces vingt mille francs d'un seul coup, car il était aussi peu soucieux du gain que de la perte, quand une personne de sa connaissance l'appela en passant.
Il roula négligemment les billets de banque, — les mit dans la poche de côté de son habit et sortit du salon de jeu.
Une heure après il était assis en plein air devant un café, fumant un cigare de Manille et dégustant un sorbet au rhum, lorsqu'une jeune fille, une musicienne ambulante, frêle et jolie et d'une tournure gracieuse et décente, s'arrêta en face de lui et, après avoir joué quelques vieux airs sur une guitare de forme antique, tendit à son auditoire une petite sébile d'étain.
M. de Bracieux mit un louis dans cette sébile.
Un sourire de joie céleste illumina le visage de la musicienne, et elle s'écria avec une expression de reconnaissance qui venait du cœur :
— Oli ! merci, monsieur!...
— Mon enfant, — demanda le Français, — pourquoi donc semblez-vous si heureuse?
— Parce que la pièce d'or que vous venez de me donner augmente mon petit trésor, — répondit la jeune fille, — et, quand il sera complet, je pourrai quitter enûn un métier que je déteste...
— Pourquoi le détestez- vous?
— Parce que celles qui l'exercent sont méprisées, et que presque toutes le méritent...
— Quand vous serez libre, que l'erez-vous?
— Je retournerai auprès de ma mère et j'épouserai un jeune homme à qui je suis promise...
— Et que vous aimez ?
— De toute mon àme !
— Quel est votre pays, mon enfant?...
— Paris.
— Comment vous nommez-vous?
— Marie.
M. de Bracieux tressaillit.
— Ah ! — répéta-t-il d'une voix émue, — vous vous nommez Marie ?...
— Oui, monsieur.
— Quelle somme vous est nécessaire pour la réalisation de vos projets d'avenir?....
— Trois mille francs.
M. de Bracieux tira de sa poche le rouleau de billets de banque qu'il venait de gagner à la roulette, et le présenta à la musicienne stupéfaite, en lui disant :
— Tenez, mon enfant, — tenez, Marie, — en voici vingt mille. — Soyez heureuse et, si vous êtes reconnaissante, priez parfois pour une pauvre femme qui porte le même nom que vous...
Puis, sans attendre les remerciements de celle qu'il enrichissait bien au-delà de ses espérances et de ses rêves, il s'éloigna rapidement.
Vingt anecdotes du même genre prouvaient l'iné-
puisable générosité du personnage qui nous occupe.
Depuis trois mois que M. de Bracieux se trouvait à Spa, en butte aux provoquantes agaceries d'une foule de charmantes sirènes à qui sa beauté, son originalité, et surtout sa fortune, tournaient la tête, il n'avait été le héros d'aucune anecdote scandaleuse ou seulement galante.
Sans affectation et sans pruderie il aurait, dit-on, abandonné son manteau entre les mains d'une Putiphar entreprenante, plutôt que de renoncer au vœu d'étrange rigorisme qu'il semblait avoir prononcé.
A coup sûr cette conduite ne résultait point d'une vertu poussée jusqu'au ridicule, — elle devait être la conséquence de l'inviolable fidélité du Français à un souvenir , — à une morte peutêtre.
M. de Bracieux ne vivait pas seul.
Il avait auprès de lui l'un de ses amis, — homme très-charmant, très-spirituel, et, disait-on, trèssavant, qui partageait sa popularité et qu'on appelait le docteur.
Ce docteur, jeune encore, de fort grande mine et chevalier de la Légion d'Honneur, passait les deux tiers de -a vie à visiter les malades indigents de Spa il îles environs.
Non-seulemen1 il n'acceptail aucune rémunération pour Bes soins assidus, mais encore il fournis- Bail à titre gratuit, à sa nombreuse clientèle, tous les médicaments nécessaires, el répandait dans les
mansardes et dans les chaumières d'abondantes aumônes.
Le reste de son temps appartenait au monde, et les étrangers de distinction le recherchaient pour le charme et la courtoisie de ses manières et pour Fattrait de sa conversation à la fois solide et brillante.
Pénétrons, s'il vous plaît, dans les salons de la Redoute (ainsi se nommait alors le Kursaal de Spa), vaste bâtiment construit au centre de la ville, dans le style de Louis XV le plus pur.
Une des grandes fêtes de la saison allait avoir lieu, — concert et bal; — mais, comme il n'était que huit heures du soir, la foule élégante n'affluait pas encore, les musiciens des orchestres mettaient leurs instruments d'accord, et des promeneurs en petit nombre peuplaient seuls l'immense solitude des salles éclairées à giorno.
Le docteur allait et venait lentement, sous les flammes éblouissantes des lustres et des girandoles, côte à côte avec un pair d'Angleterre qui le consultait au sujet d'une demi-douzaine de maladies imaginaires, et auquel il répondait invariablement, toutes les trois minutes :
— La distraction, milord, la distraction... — pour les malades de votre genre, c'est la panacée universelle... — Amusez- vous et vous serez guéri...
— Aoh! yesl — murmurait l'Anglais, puis il reprenait de plus belle sa consultation.
Peu à peu, cependant, la solitude se peuplait. Quelques jolies femmes, quelques fraîches toi-
lettes apparaissaient, et rà et là on voyait briller de beaux yeux et scintiller des diamants.
Le docteur venait enfin de quitter son Anglais, ou plutôt d'être quitté par lui et poussait un ouf! de satisfaction et de délivrance, quand il se trouva face à face avec une forme longue et mince, vêtue de rose vif et décolletée un peu plus que de raison.
Deux exclamations se eroisèrent.
— Le docteur Martial !!!
— Madame la baronne de la Margelle !!! Sylvanire, — en effet c'était bien elle, n'avait
point changé depuis sept années, — ou du moins elle avait trouvé le secret
« De réparer des ans l'irréparable outrage !!! »
Des cosmétiques un peu plus épais plâtraient des rides un peu plus profondes, et le pastel dans son ensemble oll'rait en 1836 la même apparence qu'en 1829.
Peut-être la taille avait-elle pris un peu de roideur ; mais, comme elle était toujours aussi sèche, l'aspect général ne se trouvait point modifié.
La baronne conservait d'ailleurs sa passion pour les couleurs tendres, pour les exhibitions d'épaules et pour les bijoux-souvenirs*
Au moment où clic aperçut Martial, sa figure rayonna de joie.
Le visage du médecin n'exprima que la surprise et une nuance d'inquiétude.
— Ce cher docteur!!! — s'écria Sylvanire, — quel plaisir inattendu !!! — Arriver ce matin à Spa et le trouver ce soir à la Redoute 1!! — c'est à peine si j'en crois mes yeux !... Voilà ce qui s'appelle une heureuse rencontre, une vraie rencontre de comédie ou de romanll!...
Et elle s'empara triomphalement du bras de son interlocuteur, en se promettant bien de ne lui rendre sa liberté qu'à bon escient.
— Madame la baronne me paraît se porter à merveille,— dit Martial, qui sachant parfaitement à qui il s'adressait pouvait risquer sans crainte des compliments presque pareils à des épigrammes, — elle est belle et séduisante plus que jamais !!!
— Ah! mon Dieu! — répliqua la douairière de la meilleure foi du monde, — je le sais, — je ne change pas... — Une aimable fée, qui me voulait du bien, a mis sans doute dans mon berceau quelques douzaines de flacons de la fontaine de Jouvence!...— Ètes-vous ici depuis longtemps, cher docteur?
— Depuis trois mois, madame la baronne.
— Pour raison de santé ?
— Pas le moins du monde.
— Allons, tant mieux ! — Moi, je vous le répète, j'arrive... —je suis à Spa depuis quatre heures de l'après-midi.
— Seule?
25 ï UNE PASSION
— Non pas. — Mon neveu et sa femme m'accompagnent.
— Madame la comtesse de Talmay! — murmura le docteur en palissant.
— Elle-même... — Cette chère Marie, je ne la quitte guère... — elle ne pourrait se passer de moi...
— Quoique nous soyons, à peu de chose près, du même âge, je suis véritablement une mère pour elle...
— Et la santé de madame de Talmay ?
— Déplorable, docteur, déplorable ! ! ! — La pauvre enfant ne s'est jamais relevée des suites foudroyantes de son émotion au sujet de cette horrible affaire que sans aucun doute vous ne pouvez avoir oubliée...— Mon Dieu ! que mon neveu s'est mal conduit dans ces tristes circonstances!!! — La condamnation de ce pauvre Georges, qu'elle savait innocent,
— innocence dont je n'ai jamais douté, vous vous en souvenez, — non plus que vous, d'ailleurs, — a porté à la santé do Marie un coup terrible... — Depuis culte époque elle ne vit plus, elle se traîne, et je ne conserve aucune espérance de la voir se remettre un jour d'une façon complète...
— il paraît cependant que madame de Talmaj veut essayer de l'influence salutaire des eaux de Spa.
— N'en cii'\rz rien. — Ce n'est pas elle qui vient ici de son plein gré... — c'est mon neveu qui l'y conduit, Comme il la conduit partout.
— Que voulez-vous dire, madame la baronne?
— Je veu-x dire que, dans L'hiver qui Suivitce
funeste automne de 1829, Henri se fit donner une consultation par trois ou quatre des principaux médecins de Paris, auxquels il expliqua comme il l'entendit la maladie de sa femme... — Ces messieurs prescrivirent à l'unanimité, comme unique antidote, la distraction... — C'est un remède que vous connaissez sans doute, cher docteur?
— Je l'ordonnais il n'y a qu'un instant, mais je le réserve en général pour les gens qui ne sont pas malades.
— Armé de sa consultation qu'il prenait au pied de la lettre, — continua. Sylvanire, — mon neveu, depuis cette époque, a passé son temps à distraire sa femme avec une incroyable ténacité... — La chère mignonne n'a plus une minute de repos, tant il lui faut s'amuser et se distraire sans trêve et sans relâche... — Moi, je me sacrifie pour ne pas la laisser seule avec son mari, et je me distrais de compagnie... — Vous savez, ami docteur, que j'ai toujours eu les plus grandes dispositions au dévouement!... Bref, notre existence entière est consacrée à des plaisirs sons fin, qui se succèdent avec la plus invariable régularité. — L'été, Dieppe, Trouville, Brighton, Bade, Plombières, Bagnères, enfin tous les en. droits où l'on s'amuse sous prétexte de se guérir* nous reçoivent et nous fatiguent.. . — L'hiver, à Paris, nous ne manquons pas une représentation de l'Opéra ou des Italiens, et nous allons chaque soir dans trois ou quatre salons...— Du 15 novembre au 15 avril, moi qui vous parle, je ne me suis pas mise une seule fois dans mon lit, depuis six ans, avant
quatre heures du matin... et ma nièce en a fait autant... — Que pensez-vous de ce régime ?
— Je ne connais aucune constitution assez forte pour y résister.
— Excepté la mienne ! docteur, excepté la mienne I
— Le ciel récompense mon sacrifice 1 — Je n'en souffre vraiment pas trop! — Je suis d'acier! — Je plie et ne romps jamais !
— Mais, d'après ce que vous venez de me dire, il n'en est point de même pour madame la comtesse?
— Hélas! hélas! la pauvre chère enfant, malgré ces distractions administrées à grandes doses et selon l'ordonnance, languit comme une fleur qui s'incline sur sa tige... — Vous la verrez, docteur, et vous serez effrayé de l'expression soutirante et désolée de son visage... — Elle est toujours belle, cependant, belle comme un ange... à ce point que lorsque nous paraissons ensemble dans une fête elle a le plus grand succès, même à côté de moi...
— Jugez! —Beaucoup de gens, en la voyant si pâle et si triste au milieu des plaisirs, se persuadent qu'elle donne cette expression à sa figure pour se rendre intéressante... — Mais je sais qu'il n'en est rien. — D'ailleurs, dans quelques instants, vous en jugerez par vos propres yeux.
— Comment] dans quelques instants!! — s'écria Martial.
— Sans doute, Henri et Marie vont venir au bal.
— Ce soir?
— Qu'y a-t-il d'étonnant à cela ?
— Madame de Talmay arrive à peine! — Elle vient de voyager, elle doit être brisée de fatigue !
— Je ne dis pas non, mais mon neveu n'est point homme à perdre une minute. Il n'admet pas la fatigue., il n'admet que la distraction.
— C'est de la cruauté !
— Il prétend que c'est de l'exactitude et qu'un traitement perd tout son effet lorsqu'il est interrompu...— A. propos, docteur, — continua Sylvanire en brusquant, comme on voit, la transition, — puisque vous êtes ici depuis trois mois, vous devez y connaître tout le monde.
— A peu près...
— Dès mon arrivée j'ai pris quelques renseignements sur les gens de mérite et d'élégance qui se trouvent à Spa; — mais ces renseignements, émanés de subalternes, furent nécessairement très-superficiels. — Je compte sur vous pour les compléter.— Parlez-moi donc un peu du lion de la saison, — de ce personnage accompli, beau et mystérieux comme un héros de roman, et dont on fait si grand bruit ici.
— Comment se nomme cette merveille?
— Georges de Bracieux, m'a-t-on dit.
— Madame la baronne, — répondit Martial, — voilà les salons qui se remplissent, nous sommes au milieu de la foule, et le concert commence. — Si vous le voulez bien, j'aurai l'honneur de vous conduire dans un petit salon exclusivement réservé aux joueurs de whist et de bouillotte, et où nous
•2o8 UNE PASSION
pourrons nous asseoir et causer en toute liberté. Sylvanire agita en minaudant le bel éventail peint par David, et murmura d'une voix enfantine :
— Seule avec vous, docteur!... un tête-à-tête! En vérité, je ne sais si je dois... C'est bien compromettant...
— Bah! madame la baronne, — risquez-vous...
— Vous me promettez d'être sage ?
— Sur l'honneur ! f
— Allons, je me risque...
Et Sylvanire accompagna ces derniers mots d'une œillade (rès-encourageante et d'un petit coup d'éventail.
Le docteur et la douairière arrivèrent dans la pièce étroite où les gens sérieux, pour qui le whist constitue le plus complet de tous les plaisirs, n'étaient point encore installés.
Sur les tapis verts des tables de jeu, les paniers de fiches et les paquets de cartes toutes neuves s'étalaient entre les bougies surmontées do leurs abatjour.
Martial avança un fauteuil à la douairière et s'assit à son côté, d'un air que Sylvanire trouva peutêtre un peu trop respectueux.
L'orchestre Lointain commençait les premières ii h -sures do l'ouverture -lu FreyaehuH.