‹ Une philosophie nouvelle: ce qu'elle doit être devant la scienceChapitre 101 sur 141 · SOLIDARITE DE LA CRÉATION · texte numérisé non relu

SOLIDARITE DE LA CRÉATION

Le progrès n'est point le privilège exclusif de notre seule humanité, c'est un principe métaphysique qui embrasse toute la création passée, présente et future.

L'immanence de Dieu dans la création fait que tous les êtres de l'univers sont retenus entre eux dans l'unité par le lien nécessaire et intime, qui résulte de cette immanence même ; comment ne seraient-ils pas dans une dépendance mutuelle , dans une association et une solidarité éternelles entre eux tous ; puisqu'ils dérivent d'une même et éternelle essence; puisqu'ils reçoivent de celui seul qui est la véritable unité, et l'ordre et la sagesse même, leur mouvement, leur être, leur vie? puisque, pour garantir leur vie et leur destinée respective , Dieu les doit mettre en rapport de un et de moyens réciproques? Qu'est-ce que la création, prise h cette hauteur , si ce n'est un ensemble immense de rapports , de corrélations , de subordinations réciproques ; d'actions de réactions mutuelles, incessantes, ce qui se caractérise parfaitement par ce mot : univers, un et divers.

Du point de vue du progrès , Dieu , l'Etre universel , attendu son immanence dans la création, doit donc être considéré comme le point de concours de toutes les vies passées, présentes et futures, comme l'aimant, sur lequel se tournent et tendent toutes les existences en activité dans la suite infinie des siècles.

Tous les êtres de l'univers, toutes les parties de la création, sont dans la plus étroite dépendance les uns des autres; l'ordre, la coordination , l'harmonie, l'unité, ne sont pas autre chose que l'expression de cette dépendance.

Donc la loi de solidarité universelle est enveloppée dans celle du progrès universel. En d'autres termes: tous les systèmes entre eux , tous les globes de chaque système, tous les genres de chaque globe, toutes les

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espèces de chaque genre, tous les individus de chaque espèce sont solidaires dans leurs destinées ou leurs progrès.

Quoi qu'il en soit , le temps est venu de faire passer dans la foi générale ces vérités capitales : la parenté de l'homme et de la nature, leur égale valeur absolue, leur égale légitimité , leur égale consécration dans la pensée et l'amour de Dieu, et leur égale importance ou nécessité dans l'économie de l'univers. Cette parenté n'est pas douteuse : la chimie, la physique, l'astronomie, la physiologie comparée, la géologie, toutes les sciences naturelles achèvent aujourd'hui de vérifier à posteriori cet à priori de la philosophie religieuse des temps reculés.

Pour Comprendre cette parenté, il suffit de s'assurer qu'il n'y a que des êtres, des forces, des énergies, dans la création absolue. Nulle part n'est l'inertie réelle, la passivité complète, l'atome stupide, la molécule sans force , sans activité , sans âme , sans perception , sans affinité et sans liberté, sans but et sans tendance.

La matière n'est qu'un mot relatif destiné à distinguer le moindre être, un genre particulier d'être, des manières d'êtres inférieurs par rapport aux êtres supérieurs, ou enfin destiné à distinguer les êtres simples des êtres composés.

Si la vie est partout où est là matière , c'est que la matière n'est qu'un composé d'êtres-en affinité , c'est-àdire de forces, qui donc ont en elles-mêmes, en essence, le mouvement et la vie inséparables de tout ce qui existe.

Tout est de Dieu ; donc, par cette seule origine , tout est divin ; tout doit remonter à Dieu , s'élever vers Dieu; donc tout mérite ou commande notre amour, notre culte, nos égards et nos soins. Nous ne devons abuser de rien et devons communier avec tous sans condition de dis-

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cernement, mettant en toutes choses la mesure, le poids et le nombre.

Sans doute , nos attaches avec le genre humain sont plus étroites, mais voilà tout.

Nul être, fût-il le plus infime, n'est jamais confiné dans sa sphère actuelle d'existence. Non pas que Dieu lui donne, dans un avenir quelconque, le perfectionnement illimité ou les destinées des êtres les plus privilégiés , mais parce que l'équivalence finale ou tendantielle des destinées est impliquée dans la notion du parfait; nous l'invoquons donc cette équivalence , non à titre d'obligation ou de justice de la part de l'être universel envers les êtres finis, mais à titre de convenance morale, et aussi à cause de l'uniformité des voies et du caractère d'universalité des lois de Tordre.

Tout ce qui est individualité , tout ce qui n'est pas Dieu dans sa personnalité absolue, tous les êtres sans exception , participent donc tôt ou tard aux prérogatives du progrès.

En effet, pourquoi des exceptions? En quoi le progrès des petits entrai nerait-il le regrès des grands? Ne peuvent-ils être toar-à-tour sans dommage pour personne? Pourquoi serions-nous ravalés, si chaque singe devenait homme , si même l'espèce singe se transformait en espèce humaine? Alors surtout que l'espèce humaine deviendrait communément une espèce supérieure à ellemême. Où serait l'humiliation si jadis Dieu nous avait faits singes avant d'être humains? Quel mal y a-t-il , au point de vue de la morale , de la politique et de la religion, à ce que les trois règnes progressent? Quoique, à un degré moindre, -notre sollicitude, notre sympathie, notre affection doivent s'étendre à tout ce qui est, à l'univers entier.

Souvenons-nous sans cesse que l'univers et l'humanité étant en Dieu, de Dieu et par Dieu, c'est-à-dire différen-

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tiellement consubstantiels à l'être universel , ont un lien, une unité éternelle dans cette commune origine ou filiation ; que les différences de genres, de règnes, d'espèces n'autorisent qu'une différence de degré dans l'amour ou l'affinité qui doit rapprocher tous les êtres sortis de la haute source divine.

Le véritable universel et Tunique c'est Dieu, l'être universel ; c'est donc lui qui est cette grande mer de la substance , dans laquelle toutes les collections d'individus , avec leurs similitudes et leurs différences plus ou moins, et relativement grandes : l'humanité, l'animalité , la végétativité et la minéralité , vont se rattacher et se confondre, comme en leur commune source, essence et matrice, et sceller leur unité et leur solidarité.

La première conséquence naturelle de cette unité d'origine , de cette même paternité des populations de l'univers, est que toutes les essences possibles participent tôt ou tard, par l'efficace des lois générales, aux mêmes existences , ou au moins à des équivalentes. Que les trois règnes progressent comme nous, avec nous? Et comment progresseraient-ils sans arriver aux frontières, sur le domaine d'une espèce supérieure à l'animalité, soit l'humanité ici-bas, soit une espèce équivalente, dans quelque partie de l'univers?

Peut-être toutes les créations, sans exception, accessibles à notre mode de connaissance , jouissent-elles d'un certain degré de libre arbitre, de sensibilité et de perception , depuis l'infiniment grand, selon leur rang sur l'échelle de la vie ; peut-être les espèces des règnes inférieurs ont-elles un rayon où s'exerce leur choix dans l'instinct à tous ses degrés, comme. nous en avons vu un dans l'ordre de l'intelligence. Dans cette hypothèse, elles pourraient , comme nous, mériter et démériter dans leur sphère restreinte.

Quoi qu'il en soit, en l'absence même des conditions

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essentielles du libre arbitre et de la possibilité du mérite en elles , c'est-à-dire dans tout être qui n'a pas raison et intelligence comme l'espèce humaine, à notre point de vue d'êtres moraux , toutes les créatures possibles de l'ordre inférieur doivent mériter de leur auteur, par cela seul qu'il les a fait servir mécaniquement comme conditions du bonheur supérieur des êtres libres , intelligents et moraux.

Il les a donc sacrifiés, condamnés à une existence subalterne qui crie compensation.

Quoi d'étonnant alors , — si l'on fait intervenir la toute-puissante bonté de Dieu, et la bienfaisante loi du progrès, — que le créateur juge le monde des infiniment peu vivants comme ayant bien mérité de parcourir successivement , et à son tour , la même carrière que ses aines du monde libre et raisonnable, et qu'au jour opportun dans l'ensemble des desseins divins ils passent à des vies supérieures l

Et comme l'humanité aussi est condition de bonheur pour des êtres plus élevés qu'elle-même, ou fonctions subalternes de fins supérieures , elle aussi mérite de son auteur des vies meilleures à l'infini.

Dieu est sans cesse occupé, non pas, comme on l'a dit, à réduire l'empire du mal, mais à accroître celui du bien et du mieux , pour tous les êtres , dans la durée et dans l'étendue.

Cherchez, imaginez un meilleur monde que celui du progrès illimité vers Dieu et en Dieu, vous n'en trouvez point qui satisfasse davantage la raison et le cœur, et qui s'adapte mieux aux exigences de l'explication universelle.

Nous pouvons donc recevoir, parmi les prolégomènes indispensables et fondamentaux de la philosophie du progrès, les données suivantes : Toute essence est desti-

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née à graviter infiniment vers le meilleur; sortie deDietf, elle tend à toujours vers Dieu.

Tout être a pour fin le bien , le mieux , le meilleur à jamais croissant; par conséquent, pour condition, le progrès à l'infini, ou le passage du bien au mieux.

Tous les êtres composent ainsi une échelle immense, sur laquelle ils se rangent et se meuvent tour-à-tour, selon Tordre préalable de, l'univers en voie de développement.

Tous les êtres, sans exception, sont les parties d'un même ensemble, les éléments d'une même conception , les ressorts d'un même mécanisme, les fonctions d'un même organisme , les conditions et les moyens d'une même fin : Tordre de l'univers est le plus grand bien de toutes les créatures dans l'infinité des temps et des lieux.

Il n'y a que des êtres , des âmes , des forces dans l'être composé qu'on nomme matière : tout vit, tout est animé plus ou moins ; rien , absolument rien , n'est inerte.

Tous les êtres ayant également , en virtualité, une infinité d'attributs qui tous tendent indéfiniment à se manifester dans l'infinie durée, et étant destinés à parcourir les mêmes phases d'existence ou d'équivalence, sont essentiellement égaux, parents et frères ; et il n'y a dans tout l'univers qu'une seule race , la race de Dieu. Ce ne sont pas les essences qui sont inégales ou différentes ; ce sont leurs états , leurs positions respectives , simultanées, sur l'échelle du progrès.

Toutes les essences ont, de toute éternité, leurs principes d'individualité, leur aséité propre, que rien ne saurait leur faire perdre ; de toute éternité elles ont en puissance toutes les virtualités qu'elles doivent tendre à jamais à manifester progressivement dans le temps et l'espace sans fin : à savoir, une infinité d'attributs infinis.

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