‹ Une philosophie nouvelle: ce qu'elle doit être devant la scienceChapitre 104 sur 141 · DEUX FINS DU PROGRES · texte numérisé non relu

DEUX FINS DU PROGRES

doit manifester dans cette vie ; puis , en même temps , en s'acheminant vers la mort, il tend à l'épanouissement des nouveaux attributs qu'il lui est donné de manifester et de développer dans sa vie future prochaine*

Toute essence s'élève d'un mode de vie à un mode de vie supérieur, sans solution de continuité, et en quelque sorte en ligne droite.

Le progrès se scinde en deux moments :

Jo Le développement de la nature actuelle , par le passage graduel du mal au bien , ou plutôt du bien au mieux , dans les limites de la même vie ;

2° Le développement de la nature essentielle ou de r essence même, par le passage d'une vie à une autre.

La progression s'accomplit ainsi sous deux modes : le perfectionnement d'une sérieuse vie, la transformation ou métempsycose.

Chaque espèce, en passant à une vie plus élevée, ne fait que développer son essence, ou ses attributs. Dans le passage d'une espèce, d'un règne, d'une créature à une autre, il n'y a en effet que la manifestation d'un ou plusieurs attributs nouveaux : et dans le progrès interne d'une même espèce, d'un même règne, il y a le développement plus grand des mêmes attributs qui les caractérisent -foncièrement dans leur vie présente.

Chaque terme du progrès se marque et s'explique par le passage du bien au mieux, du bon au meilleur, et ainsi de suite, sans que jamais les êtres atteignent au meilleur fixe, définitif ou absolu : le meilleur relatif se déplaçant sans cesse avec l'idéal, attendu que le point de mire , l'infini absolu , n'a point de dernier terme.

La place des êtres sur l'échelle illimitée du progrès se mesure au nombre et à la qualité des attributs divins auxquels ils participent dans une même vie, et au degré de développement et d'intensité de ces mêmes attributs dans cette vie. Les évolutions des âmes ou des Esprits

ont une parfaite analogie avec les évolutions organiques ou matérielles, et elles leur correspondent. — D'un côté, progrès de formes et de propriétés physiques ; — de Ta utre, propres d'attributs, de facultés intellectuelles et morales. — D'un côté, organismes de plus en plus riches en nombre et en intensités ; — de l'autre, facultés déplus en plus élevées, de plus en plus variées et énergiques.

La préexistence des êtres est une loi nécessairement impliquée dans le dogme de création continue et de la transformation progressive, ou de la palingénésie universelle. Mais il y a la préexistence une ou abstraite, celle des êtres qui ne se savent point avoir jamais été dans une vie précédente, et la préexistence pleine ou concrète, celle des êtres qui ont souvenir ou conscience de leurs vies passées.

La préexistence abstraite est sans valeur pour les créatures qui l'ont parcourue ou subie ; car, en réalité et au point de vue moral, elle est pour eux comme si elle n'avait jamais été ; mais pour Dieu il n'en est point ainsi : la préexistence continue lui apparaît comme la justification du progrès indéfini qu'il a voulu mettre non-seulement dans l'ensemble de ses créations, mais dans la destinée de chacune de ses créatures en particulier. Chacune de nos voies est donc pour lui l'un des anneaux sans nombre d'une chaîne immense , à l'aide de laquelle il élève graduellement la substance de l'être vers des existences supérieures. Dieu voit donc parfaitement le progrès de ses créatures dans cette préexistence inconsciente mais progressive des individus ; tandis que les êtres moraux, libres et intelligents ne peuvent y reconnaître que la condition providentielle de leur personnalité.

De même que l'existence de l'être universel prouve la réalité du progrès universel, de même la réalité du progrès universel prouve l'existence de Dieu.

Page 1