‹ Une philosophie nouvelle: ce qu'elle doit être devant la scienceChapitre 113 sur 141 · LA BAIS0N · texte numérisé non relu

LA BAIS0N

faculté donnée à tous , grands ou petits , qui nous fait hommes et nous met en relation avec Dieu ; tous en sont doués, tous s'en servent; c'est un instrument en luimême infaillible ; mais il ne reste jamais chez nous à l'état absolu, qui n'est qu'une simple virtualité; dès que la raison pénètre l'intelligence , la volonté et le sentiment de l'homme, elle entre dans un état relatif, il y a variété entre les individus dans l'application qu'ils en font. De même qu'à l'aide des vingt-quatre lettres se composent tous les livrés bons ou mauvais, de même avec le petit bagage des axiomes de la raison, l'esprit humain se forme sur le monde qui l'entoure, et les êtres qu'il conçoit , des idées justes ou fausses, et trouve la vérité ou l'erreur, ainsi fait-il, dans le domaine de la volonté,, le bien ou le mal ; mais les vérités nécessaires révélées par la raison ne subissent aucun changement en elles-mêmes, car elles sont éternelles ; de même la liberté peut violer la loi morale, qui conservera toujours, malgré cette transgression , son autorité absolue. Ceux donc qui parlent d'une raison personnelle et individuelle ne savent pas ce qu'ils veulent dire ; on doit , toutes les fois qu'un philosophe s'exprime ainsi, substituer au mot de raison celui d'intelligence; la raison, encore une fois, ou du moins ce que nous entendons par là , ne peut jamais être individuelle et personnelle , c'est l'élément absolu , universel et divin de l'humanité ; c'est par la raison seule qu'un homme peut appeler un autre homme son frère, son semblable, son prochain. Si la raison n'existait pas , nous ne pourrions pas avoir des rapports avec les autres, ni penser, ni converser ensemble , ni entretenir les liens de famille et de société , ni parler de droits et de devoirs , qui supposent tous une règle uniforme d'intelligence et d'action , un même soleil éclairant de ses rayons toutes les créatures morales et libres qui portent la figure humaine. Le philosophe peut déga-

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