DE L'ABSOLU. LXXI
à l'amour, avaient lieu dans l'espace et dans le temps, proportionnés aux besoins, à l'avancement et à la capacité de chacun, et pal* conséquent relatifs comme l'être auquel ils s'adressent? C'est là en vérité un bien profond et bien étrange égarement.
2° IL faut reviser toutes les révélations, aujourd'hui qu'elles ne paraissent plus répondre aux développements de l'esprit humain, surtout lorsqu'il s'agit d'un bas monde, où l'ignorance grossière de ceux qui les ont reçues ont .voulu les condenser dans une lettre immobile, et leur attribuer un caractère d'infaillibilité qu'elles ne sauraient avoir. L'infaillibilité existerait bien pour elles, à condition qu'elles ne soient point altérées au moment précis où elles sont données à l'humanité, car elles sont ce qu'il y a de plus convenable à l'époque pour son avancementet son éducation ^mais dans quelques siècles, dans moins de temps peut-être, les êtres mobiles ayant marché réclament d'autres enseignements; enfants, écoliers de divers degrés, adultes, hommes faits, le genre humain a passé par toutes ces phases. Or, ce qui convient à l'enfant ne peut s'appliquer à l'écolier, ce qui convient à tous deux ne saurait être de mise avec l'adolescence . et encore moins avec la virilité. Ce qui a gâté la raison de tous ces philosophes, à de rares exceptions près, c'est qu'ils ont supposé que Dieu agissait toujours dans son absolu même pour l'ordre tendantiel, notion absurde et métapbysiquement irréalisable. Ils n'ont pas compris ce qu'ont exprimé admirablement les Druides, qu'une des nécessités divines était que l'Être se fit fini avec le fini, c'est-à-dire qu'il n'exerçât son action éducatrice que gradati veinent,' et selon les dispositions de ceux qu'il veut élever, c'est-à-dire encore qu'il ne révélât de son, verbe que ce qui serait compris, aux médiateurs chargés par lui de le répandre et de le semer. II fallait donc que ceux-ci n'eussent l'inspiration que par mesure et peu à peu, correspondante et adéquate aux intelligences qui devaient se l'assimiler. Voilà une première cause d'erreur, si des aveugles ont voulu arrêter ce qui est essentiellement mobile, et en faire un faux absolu, si dans des intérêts d'ambition, d'orgueil, de pouvoir et d'autorité, ils ont érigé le changeant et le déveioppable en immuable et fixe. C'est gravement se tromper sur des questions capitales, et prendre la nature des choses au rebours.