LE POSITIVISME. VII
science mère qui seule leur fournit leurs définitions et leurs axiomes ? Ils placent les mathématiques en tête de la liste des sciences positives, et ils veulent l'arithmétique et l'algèbre sans l'idée d'unité, la géométrie sans l'idée de l'espace et les axiomes? Quoi! ils nient toute idée absolue, .et tout en mathématique est absolu? Ils voient partout la relativité, et tout en géométrie est nécessaire? Étranges philosophes, si on peut leur donner ce nom, que véritablement ils usurpent, qui pour construire leurs sciences en méconnaissent les bases et les plus simples conditions. Pourront-ils faire, notamment, de la statique ou de la mécanique rationnelle, sans les notions de force, de temps, de mouvement? On peut en dire autant de toutes les sciences conservées cependant dans leur programme et qui deviennent radicalement impossibles sans les éléments fournis par le métaphysicien.
Nous avions l'intçntion de développer cette polémique contre le positivisme, mais nous ne saurions mieux faire que Durand de Gros qui, dans le premier et excellent chapitre de son Ontologie (1871) ( 1 # )» écrase définitivement cette école qui ne laissera rien d'elle qu'une philosophie tronquée et une science incomplète et fragmentaire. Il prouve d'une manière irréfutable qu'en chassant toute recherche métaphysique et en écartant l'absolu, A. Comte et Littré sont forcés d'en revenir aux qualités occultes des choses, aux entités mystérieuses qu'ils avaient
(1) Nous renvoyons nos lecteurs à cet ouvrage que l'on trouve à la librairie Germer-Baillière ; 1 v. in-18, 1871.'
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cependant la prétention de bannir ; ainsi les positivistes sont réduits à dire que si le soleil attire, éclaire et échauffe la terre à une distance de deux cent cinquante-deux millions de kilomètres, c'est uniquement en vertu de la propriété d'attraction, de lumination et de calé faction qui lui est inhérente (p. 21 ) que l'innervation est due à la propriété du nerf \ Si Torricelli n'avait pas démontré l'existence de l'air mosphère,le positivisme n'eût vu aansle corps sonore qu'une propriété de sonorité (p. 22). Littré ne dit-ij pas dans son dictionnaire que le calorique est une propriété de la matière se faisant sentir à distance comme la gravitation. Il écarte soigneusement toute autre explication comme tendant à la métaphysique (p. 23).
D'après cette lumineuse philosophie, qui ne réussit que trop à envahir la médecine, la peste est infectieuse et contagieuse en vertu de son infectiosité et de sa contagiosité. Si Stahl, puis Lavoisier n'avaient expliqué le mécanisme de la combustion, le positivisme l'expliquerait par la combustibilité (p. 24).
La doctrine positiviste des propriétés irréductibles de la matière, ne diffère de la doctrine scolastique des qualités et facultés occultes, que par la substitution du mot propriété aux mots qualité et faculté. Au fond, la vieille doctrine et la nouvelle n'en font qu'une. La plaisanterie par laquelle Molière terrassait les médecins de son temps, pourrait parfaitement s'appliquer au positivisme, « cur opium facit dormirel — quia est in eo virtus dormitiva. »
« Toute propriété a son mécanisme, dit fort bien Durand de Gros, toute loi a son procédé, son modus