DIEU DAIS S L' UNIVERS
Ce titre veut être expliqué : nous allons, d'ailleurs, parler de création ; il ne faut pas qu'on puisse se méprendre sur notre pensée à ce sujet. Nous ne croyons ni à une création séparée de Dieu , ni à un univers fait de rien , ni à l'émanation panthéistique. En employant ce mot de création, nous voulons seulement exprimer tout à la fois et la distinction et la dépendance éternelle des êtres ou des choses par rapport à Dieu. Nous excluons donc toute idée de séparation ou de scission , comme aussi toute idée de confusion, d'union ou d'identification absolue entre Dieu et l'univers.
Le panthéisme dit : Dieu est tout, Dieu est tout ce qui est ; mais il n'est pas moi , qui suis cependant ; et moi je ne suis pas lui. Et cela n'est pas une hypothèse , une opinion ; cela est absolument certain, et je n'ai pas de plus grande certitude. Seulement il est vrai que je suis de Dieu, par Dieu, en Dieu.
L'Être universel est tout à la fois transcendant et immanent à l'univers : — transcendant , par la conscience qu'il a de son être infini, absolu, un, indivisible , incommunicable à jamais dans sa personnalité , dans ce qui le fait être lui-même d'une vie propre, distincte de celle de la création ; — immanent, en ce qu'il demeure
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éternellement comme raison et cause dernière, et comme unique soutien avec l'efficace de sa force créatrice , de ses lois et de sa volonté , à la racine, à la source vive et comme au cœur de ce qui fait l'essence, le mouvement et la vie de tous les êtres de l'univers.
Ou nous ne pouvons absolument rien dire de Dieu , ou sa première perfection est d'être conscient et personnel , et le type absolu de toute conscience et de toute person-* nalité.
De même, ou Dieu n'est point éternel, immuable, et l'individualité des êtres n'est qu'une illusion ; ou tout ce qui existe a son principe et sa cause dans l'éternité , et , par conséquent, est éternel comme essence, sinon comme existence. Les plus éclairés des philosophes catholiques le reconnaissent eux-mêmes.
L'être particulier est donc tout à la fois dans le temps et dans l'éternité. — Dans le temps, parce qu'il n'existe, c'est-à-dire ne se manifeste et ne se développe son essence que successivement et selon la sagesse et la volonté de Dieu ; — dans l'éternité , parce qu'il est d'une éternité fixe, déterminée comme essence en Dieu, et que, par sa substance, il dépend de la sagesse immuable de Dieu.
Nous croyons donc que les essences de tous les êtres possibles sont au-dessus de la durée, c'est-à-dire éternelles dans le sein de Dieu, comme celle de Dieu ; qu'une fois tombées dans le temps, ces essences manifestées se développent en passant successivement par les mêmes phases; elles ont devant elles les mêmes vies ou des infinités d'existences équivalentes à parcourir, mais en des temps différents ; et c'est ainsi que se réalise ou tend à se réaliser progressivement dans l'infinie durée, l'égalité des conditions de sainteté , d'élévation et de bonheur parmi les citoyens de l'universelle cité de Dieu. La virtualité absolue chez tous les êtres possibles serait donc au fond la même, ou semblable, ou égale en définitive, mais non
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les manifestations contemporaines. Et dans cette éternité des essences individuelles, combinées avec leur manifestation moralement nécessaire tôt ou tard dans l'infinité des temps, nous trouvons précisément l'absolue garantie de l'immortalité de tous les êtres , et la démarcation radicale entre le panthéisme et la vraie doctrine touchant les rapports de Dieu et de l'univers.
Ainsi distinct, mais non séparé ; distinct, mais dépendant et subordonné à toujours; moyennant ce correctif à toute formule favorisant l'interprétation panthéistiqae, nous disons volontiers avec la grande tradition philosophique et religieuse : « En lui nous vivons, et nous nous mouvons, et nous sommes. »
Et s'il fallait en quelques mots achever le signalement de la théodicée qui nous guide, nous ajouterions : Dieu , l'être unique qui a une infinité d'attributs infinis, c'est l'être des êtres, c'est-à-dire la raison éternelle et la cause éternelle immanentes de tout ce qui est. Tout est de lui, par lui , en lui , mais rien n'est lui ; puisque tout est de lui, sauf lui, puisqu'il ne peut être lui et en même temps quelque chose qui n'est pas lui.
Cette explication donnée , nous retrouvons la difficile question des manifestations de Dieu.
Outre l'infini absolu , l'infini en tous sens et sous tous lès rapports , notre esprit conçoit fort bien l'infini relatif, c'est-à-dire l'infini en un ou plusieurs sens à l'infini; par exemple : une ligne , un nombre d'êtres d'un ordre déterminé ; un ensemble illimité d'hommes, de chevaux, d'arbres, c'est-à-dire un nombre sans nombre. De même, nous concevons que des infinis relatifs d'ordres différents il y en ait à l'infini dans la succession infinie, et
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