INFINIS RELATIFS
condité , à la force créatrice inépuisable , qui est en chacun d'eux , se combinant selon les lois mathématiques r jettent en quelque sorte dans l'espace , à chaque instant de l'infinie durée , une infinité d'infinis relatifs , c'est-àdire une infinité de mondes ou d'univers infinis, chaque combinaison partielle de ces attributs étant la base principale ou le pivot d'une création spéciale ; et comme derrière le présent-, il y a déjà et toujours un nombre indéfini d'infinités d'infinis relatifs ou de mondes infinis, qui se trouve réalisé.
Et cependant jamais le nombre sans cesse croissant d'infinis relatifs de mondes, d'espèces, d'êtres et d'individus qui vont s'accumulant sans discontinuité dans la création, n'atteint ni n'atteindra le nombre infini absolu; en d'autres termes , jamais le nombre des infinités d'infinis relatifs ne sera tel , qu'il n'y ait plus place dans la vertu créatrice de Dieu ou dans la durée et l'étendue pour un nombre d'infinis relatifs plus grand. Au contraire, malgré la grandeur infinie des infinités relatives, le nombre réalisé des infinis de divers ordres reste toujours à une distance infinie du nombre infini absolu; de ce nombre maximum qui , une fois atteint , équivaudrait à la virtualité créatrice absolue de Dieu, ou supposerait un arrêt absolu dans l'activité extérieure de Dieu.
Cependant, après tout, il nous suffit que non-seulement des infinités d'infinis relatifs, mais une simple infinité, mais même l'indéfini, soit dans l'univers; car alors nous aurions toujours une infinité d'attributs divins, émergeant du sein de Dieu, et rayonnant, se manifestant incessamment par la production indéfinie de nouvelles existences en nombre indéfini !...
L'indéfini I qu'avons-nous besoin de plus pour admirer et espérer, et même pour éprouver le vertige!... — Si l'indéfinitude des mondes et des existences incessam-
INFINIS BELATIFS. 44
ment créés implique des limites qui reculent sans cesse et à tout jamais devant nos additions ; — si, en outre, il n'est pas certain que cet indéfini dans la création, ait réellement des limites, ou ne puisse pas ne point en avoir, c'est-à-dire si rien ne prouve que ce né soit pas un indéfini absolu, équivalent dès lors à notre infini relatif!!!...
Attendu la faible portée de notre vue , l'indéfini seul est déjà bien propre à fasciner l'entendement. Toutefois, précisément parce que notre conception est infiniment incapable d'embrasser l'infini, il n'est point à craindre que nous puissions employer des termes dont la compréhension le dépasse: infini relatif et indéfini absolu seront donc , si on le préfère , des expressions équivalentes. —Mais non! fini, indéfini, infini relatif, infini absolu, autant d'idées essentielles dans l'esprit humain , et correspondant à des êtres , à des réalités ou à des modes. Vainement on a tenté , vainement on tentera d'en supprimer une au profit des autres.
A première vue , il ne répugne point à la perfection de Dieu que tous les êtres possibles aient reçu manifestation dès la création initiale; car il resterait encore, peut-on dire, à l'activité de Dieu dans l'infinité de la durée la tâche de conserver, de faire croître, de perfectionner à toujours les existences, de déterminer les modes et la nature de leurs vies futures à l'infini. Son activité alors se porterait donc non à la création incessante de nouveaux êtres, mais à la conservation et à la transformation progressive de tous êtres dans le temps et l'espace.
Mais combien cette idée est loin de répondre à l'idéal de perfection ! Combien il est plus digne de l'Être universel de le concevoir comme ayant créé d'abord , c'està-dire de tout temps , une infinité relative d'êtres , de mondes et d'espèces, et ensuite toujours de même et
1*2 INFINIS BELATIFS.
continuellement!... Qui ne voit que faire produire tout d'un coup , spontanément 4 une force infinie ce qu'elle ne devait créer que dans l'infinie succession des siècles, c'est nier l'infini même, arrêter sa vie dans ce qu'elle a de plus essentiel, en annulant au début son énergie et son activité créatrice ?
Il y a plus : si tous les êtres possibles n'étaient pas dans la dépendance de la volonté de Dieu pour leur existence successive et ordonnée, toutes les essences possibles se seraient échappées de l'éternité dès le premier moment de la durée ; leurs manifestations n'eussent été que le réceptacle passif de l'univers, qu'une force aveugle d'où toutes choses s'écouleraient fatalement, confusément.
Ainsi, en Dieu le nombre infini absolu d'attributs infinis est actuel. — Dans l'univers, le nombre infini absolu soit d'êtres, soit d'attributs virtuels, soit d'espèces, soit d'individus , soit de mondes , n'est point , ne sera jamais actuel ; mais il est , il sera toujours en tendance à l'infini, dans la durée et l'étendue. — Le nombre infini actuel est non effectif; c'est-à-dire qu'absolument il n'y a point de limites au progrès de la création.
De même, l'infini en existences n'est et ne sera jamais que le relatif, non absolu.
Peut-être est-ce là ce qu'il y a de plus consolant dans l'ordre de la croyance philosophique fondée sur la notion du parfait.
Dieu a donc non-seulement en puissance , mais en éternelle réalité, une infinité d'attributs infinis.
Tout être réel ou possible dans la création a bien aussi dans son essence, à l'état de puissance tendan-