LA CRÉATION
Ciel le, cette même infinité d'attributs infinis, mais il ne les a ni ne les aura jamais en acte d'ane manière absolue : seulement il les développera et les manifestera progressivement dans l'infinité des temps.
Voilà comment et jusqu'à quel point on peut dire que tous les êtres possibles dans l'univers sont des dieux en puissance , et le deviennent indéfiniment en acte ou en réalité dans la durée infinie, sans jamais être Dieu absolument, bien qu'ils soient faits virtuellement à son image.
Dieu se communique , se détermine ou se différencie infiniment dans chacun de ses attributs infinis , sans jamais se communiquer lui-même , c'est-à-dire sans jamais communiquer à aucune des existences individuelles, son privilège d'avoir des attributs infinis en nombre infini absolu.
Chaque genre ou espèce d'être dans l'univers a , en participation, la révélation d'un plus ou moins grand nombre de ces attributs et de combinaisons ou de modes de ces attributs, depuis l'infiniment petit jusqu'à l'infinimcnt grand.
Toute créature , quelle qu'elle soit, à peine d'équivaloir au néant , ne pouvant pas ne point participer à quelque attribut de l'être universel , et à un degré quelconque, ne peut donc pas ne point être faite à son image à quelque degré.
Notre raison, notre nature ne nous révèle que trois de ces attributs.
Nous différons graduellement autant des infinités relatives d'êtres supérieurs à nous en révélations, en facultés, en participations aux attributs divins, que chacune des infinités relatives d'ordres d'êtres inférieurs au genre humain différent de nous à tous égards.
Il est absurde de supposer que nous soyons faits à l'image de Dieu, à l'exclusion de tous les autres êtres dé
44 PROGBKS INCESSANTS.
l'univers , en ce sens que Dien n'aurait en grand rien de plus que ce que nous avons en petit.
Non-seulement , au-dessous de notre échelon dans l'univers , tous les êtres sont et ne peuvent pas ne pas être faits à l'image de Dieu , comme nous , sinon au même degré que nous ; mais il est au-dessus de nous , à l'infini , des créations qui , par leur nature , approchent progressivement plus que nous, relativement, de l'image parfaite de Dieu, sans jamais, bien entendu, atteindre au terme impossible où la similitude de ressemblance se confondrait avec l'identité ; ou à l'équivalence, puisque l'infini relatif est incapable d'atteindre jamais l'infini absolu , duquel il reste toujours à une distance infinie.
Si nous sommes destinés à l'immortalité , c'est-à-dire à l'éternité relative d'existences à venir, comme nous le sommes à l'éternité absolue d'essence, c'est pour revêtir successivement , c'est pour participer indéfiniment, dans le temps et dans l'espace, à l'infinité de ces attributs infinis que Dieu seul possède dans toute leur plénitude, et dans une absolue et immuable éternité.
Nos progrès à l'infini dans des vies ultérieures à l'infini , consistent précisément dans cet épanouissement successif d'un ou plusieurs des attributs non encore manifestés en nous : ce n'est donc pas seulement un développement en degré , en intensité , — mais aussi et surtout en nombre et en nature d'attributs, de facultés, de participations divines, que celui qui nous attend dans nos vies ultérieures.
Dieu se déterminant et se manifestant extérieurement à son être personnel et identique dans tous ses attributs, c'est-à-dire créant incessamment sous tous ses modes d'existences , et cela d'une manière infiniment progressive, il suit que, pour donner à un être d'un ordre inférieur la révélation de ses créations d'un ordre supérieur.
MODES DU PBOGHES. 45
il suffit que Dieu modifie en conséquence la nature actuelle de cet être, ou plutôt que Dieu ait en conséquence préétabli virtuellement, par ses lois générales, les modifications qui devaient s'opérer indéfiniment «n leur essence sous les conditions de temps et d'espace.
Ainsi , il a suffi à Dieu de donner à la nature humaine les idées constitutives de la raison humaine, pour nous faire voir un monde essentiellement nouveau par rapport à la nature animale simple.
Les objets de tous les ordres possibles existent indépendamment de nous, à l'infini, dans l'univers infini ; et une idée mise en une créature vieat lui représenter chacun de ces objets ou de ces ordres ; un attribut nouveau vient lui révéler des mondes nouveaux pour elle, bien que ces mondes existent déjà et de tous temps pour d'autres monades, prédisposées antérieurement et depuis un temps indéfini pour la connaissance ou représentation de ces êtres , de ces principes et des relations que Dieu a voulu mettre entre eux.
C'est ainsi que dans l'univers , où l'infinité d'attributs infinis rayonnent du sein de la divinité, et resplendissent actuellement de vie manifestée, chaque ordre d'êtres ne voit, ne sent, ne connaît de ces êtres on de ces attributs que ceux qu'il est dans les desseins de Dieu de lui révéler dans la durée et dans l'étendue.
Tout le reste est pour chaque ordre comme s'il n'était point, absolument ignoré d'eux, jusqu'à ce qu'un développement radical progressif dans Pessence de l'être lui fasse voir un nouveau soleil et le nouveau monde que ce soleil éclaire pour elle.
Dieu , par la nature de sa perfection souveraine , ne pouvant communiquer à chacune de ses créatures son être tout entier, ou son infinitude absolue , il était de sa perfection de leur communiquer du moins tout ce qui en deçà était possible, ce qui ressemblait le plus à