INFINI CRÉÉ
a virtuellement dans l'éternité, sauf à ce qu'elle les dégage et les manifeste progressivement dans la successivité.
Quoi qu'il en soit , personne ne pouvait s'avancer aussi loin dans cette voie que Spinosa , en formulant expressément l'infinité d'attributs infinis , s'il eût développé ses prémisses ; car cette infinité d'attributs dépasse infiniment la fécondité des deux seuls attributs esprit et matière , auxquels se borne la spéculation de tous les autres philosophes. Mais il ne l'a point fait; en nous efforçant de le suppléer, nous croyons rendre plus évidente la nécessité ou la légitimité de la croyance en l'infinité des infinités relatives , réelles ou possibles d'existences et de créations sui generis , c'est-à-dire radicalement , absolument autres que celles dont notre intelligence peut se faire une idée vague en se représentant la pensée et l'étendue, l'amour, la puissance et l'intelligence.
Le plus grand mot de la langue, après celai de Dieu, c'est sans doute celai du progrès, surtout si l'on réfléchit qu'il est synonyme de liberté , d'amour, de verta , d'immortalité et de bonheur.
Par la loi du meilleur progressif, tout s'explique. L'espèce humaine a la clef des causes finales, en tant du moins qu'elles se rapportent à sa nature rationnelle, morale et physique.
Selon nos forces, travaillons donc à défricher ce champ de l'avenir.
Ce qu'il y a de plus nécessaire dans l'être, après l'être et l'existence, c'est le changement, le mouvement, la diversité ou variété , et le développement. L'univers, dans son ensemble comme dans ses parties , est un perpétuel mouvement : rien de stable ou de fixe absolument ; au contraire , tout varie , tout se meut , tout devient sans cesse. La vie, elle-même, qu'est-ce autre
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^etiose qu'une force ou an être qui se meut et qui devient? Ce qui était comme rapport, combinaison ou proportion , il y a un infiniment petit de seconde , n'est cLéjà plus , et ce qui est maintenant a déjà fini ! Tout <coule, tout flue incessamment dans la nature, dans l'humanité et dans ee qui vient d'elle.
Ainsi le changement continu, universel, le devenir permanent, voilà une première et souveraine loi du monde moral et du monde physique , que la philosophie doit constater recelant des conséquences infinies pour la science synthétique.
Le progrès, ou le mieux et le meilleur dans le changement, voilà la seconde loi de la création; loi non moins importante que la première , puisqu'elle élimine «n quelque sorte ce que le changement pour le changement aurait de triste et de décourageant. Le progrès , c'est-à-dire l'ascension indéfinie vers un idéal relatif de perfection et de bonheur, de beauté, de sainteté et de vérité, dont la connaissance elle-même et la réalité semblent se déplacer et s'éloigner à mesure que le genre humain croit s'en rapprocher, comme si elle avait son objet et son lien dans l'idéal absolu : Dieu.
La science et l'expérience en sont, en effet, venues à constater qu'au sein de ce changement universel et continu, se cachait le progrès universel et continu de la création.
Ainsi, non-seulement tout change, tout devient, tout marche et se transfigure; mais tout avance, tout s'améliore et se perfectionne, tout progresse, tout tend graduellement vers un but, le type absolu du meilleur, que Dieu seul connaît, qu'il conçoit éternellement, et qu'il réalise successivement dans l'infinité du temps et de l'espace ; tandis qu'il ne nous est donné que de voir petit à petit des lambeaux, des simulacres, de plus en plus étendus de ce type divin.