LE MEILLEUR RELATIF
la loi du progrès continu et indéfini. Il dépasse infiniment tout ce que Ton pourrait attendre d'un meilleur stable, permanent, et, une fois pour toutes, tel que le concevaient les philosophes, il y a quelques siècles.
Ce meilleur tout d'une pièce se trouve d'ailleurs compris et réalisé dans la création sans cesse progressive; mais il n'en est qu'un moment fugitif. Il s'évanouit successivement par une transfiguration insensible, pour faire place à une infinité d'infinités d'autres meilleurs ou d'autres créations, dont chacune est supérieure é. celle qui la précède , et ainsi de suite à l'indéfini absolu. — Et c'est en cette continuelle et infinie mobilité que consiste précisément l'ordre immuable, universel et absolu. Pour l'être universel en soi , dans son absolue personnalité , il n'y a pas progrès , car il est immuable et il est le meilleur même ou le parfait absolu.
Mais pour Dieu, en tant que vivant dans les créations, en tant qu'énergie et activité créatrice de l'objectivité dans le temps , on peut dire qu'il y a progrès , en ce sens que, par son immanence universelle et sa toute présence d'action, il peut être considéré comme la vie universelle manifestée et développée. Car alors il devient lui-même indéfiniment, dans la croissance des effets de la causalité en acte de production continue.
A plus forte raison, pour un être fini créé, qui se développe sous les conditions du temps et de l'espace, qui se meut et qui change sans cesse. Dans tout ce qu'il est, le progrès ne peut ne point. être; car le progrès n'est pas autre chose que l'expression de l'activité se manifestant à tout jamais dans la direction infinie du meilleur, sous les formes des temps et de l'espace combinés. Pour tous les êtres finis, apparaître à la vie c'était s'échapper de l'éternité, ou tomber dans la durée, dans le successif. Vivre, en effet, c'est agir, c'est se
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mouvoir; c'est changer, et changer c'est être dans la succession.
Et pour l'être universel, créer c'était concevoir et assigner un but successif à ses créatures, et le but, le meilleur, c'est-à-dire le progrès, le perfectionnement sans bornes.
Ainsi, le temps, qui est la forme et la condition du changement.
Ainsi encore, la création existant, le progrès illimité de l'univers s'ensuivait naturellement d'une nécessité morale. Le progrès infini est donc bien une conséquence , un accompagnement ou, si l'on veut, une des formes obligées de la création ; et la création étant de tout temps , le progrès aussi est et sera de tout temps.
La perfection divine est exclusive d'une immobilité systématique; le mal positif, le mal en tant qu'être n'étant pas, il ne se peut que rien dans l'univers stationne et s'immobilise absolument. L'espérance est le droit de toute créature intelligente , et ce droit, ce désir ne saurait être déçu.
Ne voir que l'instabilité et la douleur dans le monde, c'est affirmer que l'univers est régi par les stupides décrets d'un législateur imbécile , impulsionné, contra ^ dictoire en son essence. Dans l'œuvre incessante et continue de la création , Ton ne conçoit pas le changement pour le changement. Du point de vue divin , le changement a de toute nécessité une intention , une direction , une fin.
Cette fin ne peut être pour nous que celle qui nous apparaît comme la plus compatible avec la notion du parfait et du meilleur, et tout à la fois comme rendant mieux compte de ce que nous savons des phénomènes et des lois de l'univers à notre connaissance et à notre expérience.
D'ailleurs, l'idée de progrès implique non-seulement